Ingliche Titcheur

03 octobre 2018

La fille qui ne savait pas dire non

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J’ai beaucoup de mal à dire non. Comme beaucoup de monde, je sais. Chez moi, ça prend la forme d’un syndrome de Wonderwoman. La femme qui est toujours partante pour sauver le monde, ou plus humblement accepter une tâche que d’autres refusent de faire. 

Ca n’a pas que tu mauvais, bien sûr. Par exemple, je suis très contente de ne pas avoir dit « non » à Tendrépoux quand il m’a demandé si je voulais l’épouser. Tout comme je dis rarement « non » à une 3ème part de gâteau au chocolat. Par exemple. Du coup quand une amie m’a demandé: « Tu n’écris plus sur ton blog? », j’ai répondu « Si bien sûr! J’ai justement un billet tout prêt. » Archi faux, même si le billet est tout prêt dans ma tête depuis belle lurette. Je n’ai juste pas un instant à moi en ce moment. Forcément, quand on ne sait pas dire non…

C’est surtout au boulot et en société que j’ai du mal à secouer la tête de gauche à droite. Ainsi, j’avais commencé l’année universitaire dernière (2017-2018) en annonçant clairement que je ne reprendrai pas la direction du secteur l’année suivante et qu’il fallait commencer à me trouver un remplaçant. Bon ben devine qui dirige le secteur cette année encore? Bibi. Mes deux collègues les plus proches ont quitté l’université pour d’autres horizons professionnels et personne d’autre ne s’est présenté. Je connais bien la mission, c’était plus simple, ça arrangeait tout le monde, donc j’ai dit que je continuais. Mais attention, hein, c’est juste pour cette année! Après je dis non!

Avec le départ de mes collègues, il a aussi fallu trouver quelqu’un pour reprendre la responsabilité de l’enseignement à distance dans notre université. J’ai dit oui mais avec l’aide de ma collègue d’espagnol. Il y a du mieux déjà.

Et si on faisait de notre université un centre de certification en langues? Riche idée! Mais qui pourrait être désigné responsable de centre? Ah tiens, Titch! Oui d’accord ok. 

Il y a deux jours, je reçois un mail d’une collègue qui déclinait poliment la proposition qu’on lui faisait de devenir expert dans un comité d’évaluation des formations. Gentiment, elle proposait mon nom, précisant, « vous verrez, Titcheur est très rigoureuse et en plus elle est sympa ». Tu apprendras donc que la flagornerie marche très bien avec moi puisque me voilà embarquée dans une aventure qui, je le crains, va me dépasser un peu mais bon. Ca a l’air intéressant.

Ajouté à cela, j’ai accepté (je crois même avoir proposé!) de donner des cours d’ingliche dans les classes de maternelle de mes filles. Je dois donc préparer pour la première fois de ma vie des séquences pédagogiques pour des enfants de 3 et 4 ans. Je suis pétrifiée. Mais il est trop tard pour reculer. Je suis donc présentement en train de choisir des comptines et des livres et à m’entraîner à parler d’une voix suraiguë pour faire parler une marionnette du nom de Roxy. 

Et puis accessoirement, je n’ai pas su dire non à la dernière AG des copropriétaires de mon immeuble quand on a demandé qui voulait bien assurer la présidence du conseil syndical. Je suis donc aussi officiellement en charge de choses aussi exaltantes que signaler au syndic le dysfonctionnement d’une ampoule ou décortiquer les devis pour la réfection de l’escalier. 

Je crois tout de même que mon cerveau s’est mis de lui-même en mode survie quand j’ai réussi à ne pas donner suite à un email des parents d’élèves de la classe de mon aînée cherchant des candidats pour les rejoindre sur la liste des représentants des parents à l’école élémentaire. Ce n’est pas sans fierté que j’avoue ici ne pas m’être portée volontaire. 

Je te rassure, je sais aussi dire non quand il le faut: à mes étudiants, quand ils me demandent si je peux monter leur note parce qu’il leur faudrait 14 pour valider leur master, au militant anti-fourrure qui me demande si j’ai déjà vu un film d’animal en train de se faire écorcher vif, au mec dans la rue qui me demande mon 06 vas-y-fais-pas-ta-pute, à Tendrépoux, quand il me demande si ça me dit qu’on parte en camping-car avec les enfants aux prochaines vacances d’été (je crois lui avoir répondu « over my dead body »), à mes filles, quand elles me demandent si on peut adopter un hamster, ou aux gens qui me demandent si on compte faire un 4ème enfant pour avoir un garçon. 

Voilà, avec un peu de volonté, j’arriverai peut-être à ne pas devenir présidente de l’AFRLM (Association Française des Ratons-Laveurs en Macramé) ou à refuser le statut pourtant certainement très convoité de déléguée à l’intersyndicale de la NIET (Nébuleuse Internationale des Enseignants Triskaïdékaphobes).

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23 août 2018

Bye bye baby

 

good bye

 

Cet été, un événement d’importance s’est produit. Royal Baby est devenue Royal Kid. Elle n’a pas encore 3 ans (dans 1 mois!) mais elle a définitivement quitté son statut de bébé et une petite révolution s’est opérée à la maison. 

 

Déjà, je me suis débarrassée de tous ses vieux bodies, disant adieu aux perfides boutons pression que je persiste à mal boutonner malgré tout l’entraînement dont je dispose. A la place, j’ai acheté un stock de petites culottes ravissantes (histoire de la motiver pour qu’elle évite de les ruiner). 

 

Ensuite, nous avons mis en vente le lit à barreaux à la peinture défraîchie (3 enfants qui font leurs dents dessus, ça use). A la place, nous avons monté un lit de grande. Dont elle peut descendre toute seule si besoin sans hurler à la mort jusqu’à réveiller toute la maisonnée pour que quelqu’un vienne l’en sortir. 

 

Puis c’est aux couches que nous avons enfin dit bye bye. Je te raconte pas le budget ainsi économisé entre les lingettes, les couches, les crèmes anti-irritations, ça nous paye facilement deux baby-sitting mensuels en plus! La table à langer qui dégage, c’est 1 mètre carré de gagné (9000 balles en moyenne à Paris tout de même)! Et surtout, surtout, depuis que mon enfant pose son Royal séant sur le trône familial, finies les nausées lors du changement de couches!

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L’été nous a aussi démontré que notre petite troisième était parfaitement capable de marcher comme ses soeurs: exit donc le porte-bébé ET la poussette canne! Si vraiment elle flanche (ce qui n’est pas arrivé de l’été), elle grimpe sur les épaules de papa. 

 

Le seul accessoire encore marqué « bébé » que je lui concède, c’est sa tétine, qu’elle a beaucoup de mal à lâcher. Mais elle rentre en petite section dans une semaine, et j’ai bon espoir que d’ici Noël, on avance sur le sujet. 

 

Je n’ai donc officiellement plus de bébé à la maison. En tous cas, il n’y a plus aucun accessoire de puériculture qui traîne et… ça fait du bien! Une autre ère s’ouvre devant nous. Bientôt plus personne ne fera la sieste, tous mes enfants seront scolarisées. Elles grandissent et je prends énormément de plaisir à les regarder franchir toutes ces étapes. Le côté bébé ne me manque pas. Bien sûr, quand je vois mon neveu de 1 an, je craque complètement. Mais je suis contente aussi de laisser à mon frère les joies des nuits et des aliments hachés ou la surveillance 24h/24 pour éviter un décès précoce de l’enfant par électrocution/chute/noyade/ingestion de shampoing… Je suis moi-même parvenue à maintenir en vie 3 êtres vivants. Alors certes, elles ne sont pas encore 100% autonomes, mais j’aime les aider à grandir. Mamerveille sait maintenant se doucher et se shampouiner seule. Maprinchesse a appris à torcher son fessier princier sans assistance. On savoure ces petites victoires qui peuvent paraître insignifiantes mais qui changent réellement le quotidien. Prochaine étape: la rentrée des classes pour toutes les trois. Affaire à suivre…

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21 juin 2018

21 juin

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Aujourd’hui, c’est le 21 juin. Le premier jour officiel de l’été. Ca fait quelques temps qu’on le sentait venir, avec quelques pics de température à 35°, et, concomitamment, des relents d’urine de chien chaude et autres odeurs corporelles non désirables te rappelant que, oui, il va être temps de décaniller vers des horizons plus purs. 

Aujourd’hui, c’est le 21 juin. Jour de fête de la musique. Je te raconte pas l’état des enfants. Elles sont présentement en train de se dandiner sur le balcon au son d’une reprise douteuse d’un morceau d’Archive. Mamerveille brandit un drapeau bleu-blanc-rouge au passage. Maprinchesse se déhanche comme une Beyoncé des bacs à sable et Royal Baby bouge son boule en rythme. Le batteur est parti dans un solo improbable et mes 3 mini groupies sont en transe. Ca promet. 

Aujourd’hui, c’est le 21 juin. Jour le plus long de l’année. Au vu de l’excitation générale (voir paragraphe précédent), je pense abdiquer tout de suite et renoncer à les coucher. 2 ans et des bananes c’est bien pour une première nuit blanche, non? Maprinchesse est manifestement chaude pour partir en after tandis que Mamerveille, toujours raisonnable, s’est assise dans le canapé avec un bouquin. Depuis qu’elle sait lire, c’est un peu son obsession. Validée à 100% par sa mère, tu penses. 

Aujourd’hui, c’est le 21 juin. Jour de l’anniversaire de mon petit frère, Doudur. Je t’en ai parlé ici. Et bien mon petit frère a 30 ans aujourd’hui. 30 (trente) ans. La vache. Je le revois encore à 2 ans, se baladant à poil dans la maison, vêtu d’un simple collier et d’un bandana dans les cheveux. Je le revois aussi, à 7 ans, déguisé en Batman et s’inventant des missions secrètes dans la maison. C’était hier à peine ses 14 ans, cheveux longs, visage blafard et teint de vampire anémié, les pouces pleins d’ampoules à force de jouer aux jeux vidéos. Passe ton bac d’abord, les jeux vidéos c’est pour les ados attardés, tu changeras d’avis en grandissant. Hier aussi ses années de fac dans MA fac (mais avant que j’y enseigne), à se former pour pouvoir suivre son rêve: un master dans le game design. Hier toujours son départ pour le bout du monde, pour pouvoir travailler dans le domaine qu’il aime. Il y a 5 minutes, son retour en France, en province, lui le Parigot jusqu’au bout des ongles. Sa rencontre avec sa douce et ses deux chats. Et voilà qu’aujourd’hui mon Doudur a 30 ans? 30 ans! Ce n’est plus Doudur mais « Grand Doudou », l’idole de mes filles. Celui qui sait leur faire la fusée, qui ne semble jamais se lasser de leurs demandes de jeux incessantes. Celui qu’on voit trop peu, parce qu’il habite dans le sud-euh (avé l’accent). Mais celui qu’on retrouve toujours le même , avec quelques cheveux blancs peut-être, mais toujours son doux regard vert. Alors, bon anniversaire petit frère.

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30 mai 2018

Pause café

coffee

Ah! Une petite pause entre une préparation de cours et un mail, ça va me faire du bien! Que c’est agréable de pouvoir bosser de chez soi tout de même! On est plus tranquille!

Tiens c’est quoi ce ticket de pressing? Ah oui, c’est mon manteau d’hiver que j’ai fait nettoyer il y a 3 mois, il faut peut-être que j’aille le récupérer; ils les gardent combien de temps les vêtements?

Tant que j’y suis, j’irai déposer le chèque qui jaunit dans mon porte monnaie depuis 6 mois à la banque, c’est sur le chemin du pressing, ça fera d’une pierre deux coups. Ah oui, je dois aussi prendre rendez-vous pour l’entretien de la chaudière, déclarer les impôts, et poster cette lettre qui traîne sur le meuble de l’entrée depuis des semaines…

Tiens, ça me rappelle que je n’ai pas rempli les papiers pour la cantine, et qu’il faut que je pense au cadeau de fin d’année des maîtresses. Ah oui, il y a aussi la sortie au musée de la grande jeudi prochain et l’excursion au zoo de la moyenne le jeudi suivant. Il ne faudra pas que j’oublie de préparer leurs pique-niques.  Et c’est à quelle heure déjà le spectacle de danse ? Il faudrait que je mette une alerte dans mon téléphone pour ne pas rater la réinscription pour le cours de l’année prochaine, et réussir à choper une place pour le cours de tennis… c’est quand déjà l’inscription au centre de loisirs pour cet été ? Tiens, ça me fait penser qu’il faut que je trouve une baby-sitter pour samedi soir et que je prévienne l’école que Mamerveille restera à l’étude demain et que Maprinchesse restera à la garderie car la nounou ne pourra pas venir les chercher. 

Il me faut un café, ça va me réveiller un peu et m’aider à me concentrer. Note pour plus tard: il reste 4 filtres à café. Penser à en racheter. 

Dieu merci, pour la grève de la cantine la maman de Lola a pu prendre Mamerveille et ma mère est allée chercher Maprinchesse sans quoi j’étais bien embêtée. Tiens il n’y a plus de vinaigre il faudra que je pense à en racheter, ainsi que de l’eau déminéralisée, et des sacs poubelle. Bon, ça y est? La lessive est finie? Reste plus qu’à plier le linge sec et étendre le linge mouillé. Puis ranger le linge propre évidemment. Il faut que je rachète des culottes taille 2 ans. Royal Baby s’essaye au pot et il y a quelques ratés (euphémisme). Ses sous-vêtements sont irrécupérables, franchement on dirait qu’elle s’est assise sur un animal décédé. 

Ah zut! Le lave-vaisselle est plein et propre. Tant pis, je lave ma tasse à la main, je le viderai plus tard. Rho et puis ce voyant qui clignote! Je sais qu’il n’y a plus de liquide de rinçage! C’est bon, j’en remets! Pfiou, j’ai besoin d’air moi. 

Ohlala quand je vois ces pauvres plantes crevées qui trônent sur le balcon, ça fait pitié quand même. Il faudrait que je les remplace quand j’aurai 5 minutes. Mais avant il faut impérativement que je fasse le tri (encore!) dans les fringues des enfants. Elles grandissent si vite et les tiroirs ne ferment plus! Oui mais alors il faudra porter les sacs à donner rapidement car l’entrée est déjà encombrée des jouets que j’ai triés cet hiver et que je n’ai pas eu le temps d’apporter à Emmaüs... ah oui il faut aussi que j’aille déposer les piles usagées au magasin. Fait chier cette conscience écolo... 

Tiens! Tendrepoux a enfin changé l’ampoule du couloir. Je peux rayer ça de la « to do »! Ça serait pas mal qu’il s’occupe du porte-vélo de la voiture pour les vacances. Ah les vacances...

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18 mai 2018

Schizophrénie maternelle

good mom

Elles sont anges. 

Elles sont démons. 

 

Elles sont ma vie.

Elles auront ma peau. 

 

Elles me manquent. 

Elles m’étouffent. 

 

Elles me fascinent. 

Elles m’envahissent. 

 

Elles m’attendrissent. 

Elles m’agacent.

 

Elles me font fondre d’amour. 

Elles me font hurler. 

 

Elles me font rire. 

Elles me font pleurer. 

 

Elles me rendent folle de joie. 

Elles me rendent folle. 

 

Elles m’ont faite louve. 

Elles me rendent chèvre. 

 

Elles sont le centre de mon univers. 

Elles sont parfois un véritable trou noir. 

 

Je pourrais passer la nuit à les regarder dormir. 

Je violente le premier qui les réveille. 

 

Je pourrais les mettre dans le mur tellement elles m’énervent parfois. 

Je suis prête à tuer si on leur fait du mal. 

 

Je ne les vois pas assez. 

Je trouve le mercredi après midi très long. 

 

J’adore leurs rires mutins. 

Je ne supporte pas leurs caprices. 

 

J’aime être le centre de leur monde. 

J’aimerais pouvoir faire pipi tranquille. 

 

Je ne peux imaginer ma vie sans elles. 

J’aimerais plus de temps pour moi. 

 

Elles sont tout. Et son contraire. C’est normal, docteur? 

 

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09 mai 2018

Fin de semestre : blocus, partiels et autres joyeusetés

therapist

Après plus de 3 semaines de blocage, ma fac a enfin été évacuée. Les étudiants qui squattaient les lieux ont été délogés et les locaux sont en cours de remise en état. Nous devrions pouvoir reprendre une activité normale bientôt. 

Bien sûr, les bloqueurs s’insurgent contre la « violence » de l’intervention des CRS (faut dire qu’ils se sont fait réveiller en pleine nuit, c’est sûr que c’est pas agréable) et crient au fascisme car on voudrait les faire taire. Je n’ai strictement aucune compassion à leur endroit: ils ont pris les lieux par la force au nom de leur opposition à une loi déjà votée, ont imposé leur pseudo débat démocratique au reste de leurs camarades ainsi qu’aux enseignants et au personnel administratif, tout cela pour voter un blocus qui aura certes bien emmerdé la communauté estudiantine locale, mais qui n’aura pas fait bouger les lignes d’un chouïa. Ca en a touché une sans faire bouger l’autre comme dit si gracieusement le proverbe. A la fin, quand je passais voir le campus, il ne restait qu’une vingtaine de jeunes, débattant dans la cour de l’organisation de leur vie en communauté. Une fille a pris le micro pour demander aux gens de bien vouloir fumer leur joint à l’extérieur des locaux. Un autre, manifestement exténué, demandait à l’assemblée que des volontaires viennent les rejoindre pour assurer les nuits car les quelques étudiants qui tenaient le blocus la nuit étaient au bord du burn out. Bref, on était loin des foules galvanisées, le poing levé en l’air criant des slogans révolutionnaires. 

Donc, oui, en effet, quand j’ai appris que nous pourrions enfin retrouver l’usage de notre lieu de travail, j’ai été ravie. L’université n’est pas un lieu de lutte, comme l’égrenait un braillard au microphone lors de la dernière AG, c’est un lieu d’enseignement, d’apprentissage et d’échanges. C’est un lieu ouvert à tous et toutes, sans considération politique. Si certains veulent parler politique, ils n’ont qu’à créer un club ou rejoindre le parti de leur choix. Mais qu’ils laissent la fac tranquille ! Que se passerait-il si chaque groupuscule politique se mettait à bloquer les lieux à chaque fois qu’une loi ou un événement leur faisait de l’air ? On peut ne pas être d’accord, mais je reste persuadée que tout bloquer n’est pas une solution. La preuve ? ni notre ministre de l’enseignement supérieur ni les médias n’étaient au courant que notre fac était bloquée… avant le déblocage ! On voit la portée du mouvement…  

Et pendant que quelques dizaines d’étudiants jouaient à Koh-Lanta dans nos salles de classe, le reste du monde a tenté de continuer de tourner. Nous nous sommes donc organisés pour faire passer les partiels en ligne ou à distance. Avons passé des heures à échanger des mails avec les étudiants et les collègues, essayant de ne laisser personne sur le carreau et de n’oublier aucun étudiant. Les étudiants salariés, ou étrangers, ou en stage, ou devant rendre leur chambre de bonne à la fin du mois ont eu des sueurs froides. Mais ils se sont juste fait taxer d’égoïstes par ceux qui estiment mieux savoir que tout le monde ce qui est BIEN pour l’humanité. Le personnel administratif a été placé en congé. Les enseignants, dont les vacataires, absolument pas payés pour cela, ont passé des heures également à trouver des solutions pour que leurs étudiants puissent être évalués de façon équitable, pour que leur diplôme ait un sens.

Au final, la casse est minime (tant matériellement que sur le plan académique), mais il y a quelque chose de pourri dans le royaume. Oué, je suis tellement en rogne que je cite Hamlet. Parce qu’au final, tout cela n’aura servi à rien. La loi ORE est toujours là, Parcoursup est en cours et les premiers futurs étudiants recevront leurs réponses dans les prochains jours. Je le sais, j’ai participé aux commissions Parcoursup pour mon université. Parce que je voulais comprendre de l’intérieur de quoi il s’agissait (et pas juste en lisant des tracts biaisés ou des articles dans la presse). Parce qu’avant de hurler au loup, il faudrait peut-être savoir de quoi on parle. L’outil est compliqué, c’est sûr. Il y a des questions qui se posent, c’est une évidence. Il y aura des ajustements à faire l’année prochaine, c’est certain. Mais je suis convaincue qu’il faut tester les choses avant de les juger. On me rétorquera qu’il faut surtout créer plus de places à l’université pour faire face à la démographie grandissante. Certes, mais tout le monde sait 1) que les finances publiques ne sont pas au top et 2) que même si c’était voté, on ne fait pas sortir une université de terre en 6 mois. Bref, Parcoursup, avec tous ses défauts, est une solution qui, à mon sens, est toujours plus valide que le tirage au sort de l’an dernier (qui n’a provoqué aucun blocus alors que c’est quand même révoltant de jouer ses études sur un coup de dés). Et à tous ceux qui maintiennent que l’université est non sélective et doit le rester, je répondrai par un énorme LOL. Quand on voit le taux d’évaporation des étudiants en cours de 1ère année de licence (dans mon université, en anglais, j’ai plus de 1100 inscrits au premier semestre, ils ne sont plus que 900 et des brouettes au second, et je compte environ 800 étudiants en fin de licence…), qu’on arrête de dire qu’il n’y a pas de sélection. Quelles que soient les motivations de ces abandons, il y a bien un problème d’orientation au départ. Donc si Parcoursup permet aux universités de prévenir les élèves que ça va être chaud patate de réussir médecine en sortant d’une filière littéraire et que ce sera sans doute plus aisé pour quelqu’un qui a fait S, ou qu’en ayant jamais fait d’italien, ça va être compliqué de réussir une licence dans cette langue (oui parce que, contrairement à ce que l’on peut croire, une licence d’italien ne forme pas de grands débutants - enfin pas dans notre université en touts cas - donc quand tu arrives en sachant dire que « pasta arrabiata ciao bella », disons qu’il va falloir une sacrée intervention divine pour arriver à suivre), et bien ce sera déjà ça de gagné. 

La parenthèse « blocus » s’achève donc, me laissant avec mes centaines de copies dématérialisées et un délai pathétique pour tout corriger et rentrer les notes… avant les sessions de rattrapage en juin.

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09 avril 2018

Bloque ta fac

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Ce matin, ma fac était bloquée. Portes barricadées avec force mobilier renversé, bannières avec des slogans à l’orthographe parfois douteuse et aux revendications très variées (« Etudiant.e.s amianté.es: fac bloquée » - « Chien Guevara » - Gni?), quelques gamins cagoulés (« parce que sinon les fachos nous menacent de mort madame » - ah bon?), un panier rempli de salade et de brocoli (je te jure) et deux chiens qui gambadaient (des labradors - on est dans une fac de lettres, on aime l’amour). On avait été prévenu: jeudi dernier, une AG s’était tenue sur le parvis du campus et une bonne soixantaine d’étudiants s’étaient succédé au micro pour partager leurs points de vue dans l’indifférence quasi générale. Un vote avait eu lieu et une majorité de 26 voix avait décrété un blocus ce matin. La démocratie quoi. 

 

Sauf que, évidemment, quand des centaines d’étudiants sont arrivés lundi matin, certains pour passer leurs partiels, d’autres pour bêtement aller en cours, et ont trouvé portes closes, ce processus très « démocratique » a vite trouvé sa limite. Une AG et des débats ont été imposés par une minorité d’étudiants bloqueurs, ravis de tous pouvoir nous réunir pour débattre, bien malgré nous, sur la réforme de l’université, de la SNCF, Notre-Dame des Landes, la casse sociale, etc. « Bah oui parce que quand on organise des AG, personne ne vient », se plaint une organisatrice. Prenons donc les gens en otage et forçons les à écouter la bonne parole, ce sera mieux donc. 

 

Je suis restée près de 6h à écouter les « débats » sous la pluie. Oui parce que malgré le fait que des centaines d’étudiants criaient leur désir de voir le blocus se lever, les GO tenaient à leur AG, leur ordre du jour à 4 points et leur « débat ». Qu’à cela ne tienne, à 9h on nous annonce que l’AG se tiendra à 11H et sera suivie d’un vote. Tous, étudiants, profs et personnel administratif, pour ou contre, décident de rester et de faire entendre leur voix. A 11H, l’AG « s’organise ». Tu noteras, lecteur attentif, mon usage abondant de guillemets. Parce qu’à 11H, et devant une foule sans cesse plus grande, les organisateurs n’avaient pas anticipé qu’il fallait un lieu pour se réunir et une sono pour se faire entendre. Après une tentative avortée de tous nous faire rentrer dans un amphi trop petit, décision est prise de tenir l’AG sur le parvis. Nous sommes donc priés de nous assoir. Puis, un jeune homme s’est mis à s’époumoner dans un porte-voix pour nous expliquer le principe d’une tribune muette. Nous avons donc tous appris, comme de gentils moutons, à faire les marionnettes, les bras en l’air si nous étions d’accord ou à croiser les bras dans le cas contraire. Au bout d’1h, quelqu’un a eu la brillante idée d’installer un micro et un ampli, nous laissant amplement le temps de prendre connaissance des tracts distribués à l’entrée. 

Je t’en ai mis une petite photo pour qu’on ne puisse pas me targuer d’être de mauvaise foi ou mauvaise langue.

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 Voilà. Je te passe le reste du document, bourré de généralisations, inexactitudes et exagérations sauvages: « A la fin, si on parvient à faire des études malgré la sélection, nos diplômes qu’on aura achetés, ne donneront plus accès à des droits collectifs. Nous n’aurons plus de droits du tout, nous serons des salariés jetables ! ». Et nous mourrons tous amiantés. 

 

Quand enfin l’apparition d’un micro a pu rendre les propos des uns et des autres audibles, les «débats » ont pu commencer. Enfin, les débats. Les prises de parole, à tour de rôle, de gens tantôt pour le blocus tantôt contre. Avec des arguments plus ou moins pertinents des deux côtés. Ceux qui voulaient bloquer la fac étaient taxés de feignasses irresponsables, ceux qui voulaient débloquer de fachos égoïstes. De la nuance quoi. Le tout sous une pluie qui n’a cessé de croître, exacerbant un peu plus les passions. 

Quand enfin nous sommes passés au vote, là aussi la désorganisation régnait. Plus de 30 minutes pour décider de comment procéder avant de convenir, au final, de regrouper les gens de chaque côté du parvis avec un groupe « pour le blocus » et un groupe « contre » et de compter chaque personne en les faisant ressortir de la fac. Là encore, ça n’a pas été sans peine puisque le groupe « contre » exigeait que seuls les étudiants en possession de leur carte universitaire puissent voter afin que ne pèsent pas dans les votes les voix de personnes extérieures à notre fac (les mêmes qui portaient masques et cagoules…). Les organisateurs commençaient à en avoir assez et à le faire savoir. « De toutes façons, je m’en bats les couilles, on refera une AG jeudi prochain quelle que soit l’issue du vote! », s’est écriée une organisatrice, avec classe et distinction, sous les protestations générales. 

 Trempée et transie de froid, j’avoue être partie une fois avoir pu voter. Je ne sais pas encore ce qui a été décidé même si, à vue de nez, le groupe des opposants au blocus me semblait plus nombreux que ceux qui voulaient poursuivre le mouvement. Je sais juste que j’ai des dizaines de mails d’étudiants et de profs qui m’attendent et qui me posent tous la même question: Qu’est-ce qu’on fait maintenant? 

Je ne sais pas. On verra. Pour l’instant, j’essaye de me remettre de la violence latente de ce mouvement, où on se fait traiter de « fachos » quand on émet une opinion divergente, où on est soit « pour » soit « contre », sans nuance possible, où une poignée de personnes peut se permettre de décider de ce que toute une communauté estudiantine doit faire, quand et sous quelles modalités, de quoi l’on peut parler et à quel moment. Le tout sous l’étendard de la démocratie. Evidemment. 

PS: on m’informe que la poursuite du blocus a été votée. Je n’arrive pas à avoir les chiffres officiels du comptage mais on va dire que la démocratie a parlé. Le bien a triomphé du mal. Les gentils vont pouvoir sauver les méchants malgré eux et avec un peu de chance, tout le monde aura 10/20 à son semestre.

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18 mars 2018

Comme un air de renouveau

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J’ai eu 3 enfants en 4 ans. Lorsque j’ai découvert que j’étais enceinte de Royal Baby, Mamerveille avait 4 ans et Maprinchesse 8 mois… Je me doutais que ça allait être sportif mais j’étais tellement heureuse que je balayais les remarques inquiètes de mes proches et les (me?) persuadais que j’allais m’en sortir. Après tout, je les avais voulues ces petites, et je n’étais pas la première ni la dernière femme au monde à avoir une famille nombreuse ou des enfants d’âges rapprochés! Bref, je plongeai la tête dans les sables confortables du déni. 

Mamerveille a été un bébé parfait. Elle a fait ses nuits à 6 semaines, a toujours eu bon appétit, a certes fait des otites à répétition les 2 premières années de sa vie mais était sinon une petite fille facile, douce et dormeuse (couchée 20h levée 9h, le rêve). Quand sa petite soeur est née, les premiers mois ont été un peu difficiles puisque nous étions en plein déménagement, que Maprinchesse est arrivée 1 mois trop tôt et qu’elle avait un gros RGO qui l’a bien embêtée les premiers temps. Mais à 4 mois, elle faisait ses nuits et mis à part des bronchiolites à répétition, était en pleine forme. Gérer mes petites filles me paraissait très facile et je ne comprenais pas trop comment on pouvait se trouver submergé par deux enfants. Les miennes sont peut-être particulièrement cools, je ne sais pas, mais en tout cas, je trouvais ça easy peasy

Puis je me retrouvai enceinte de Royal Baby. Un peu rapidement (ironie) et de façon inattendue (re-ironie). Mais après avoir galéré des années pour avoir notre premier bébé, nous n’allions tout de même pas bouder notre plaisir et c’est avec une très grande joie que nous accueillîmes notre troisième enfant. C’est là que les choses se corsèrent. Si tu as bien calculé, Mamerveille avait presque 5 ans (elle entrait en moyenne section de maternelle) et Maprinchesse à peine 18 mois quand leur petite soeur a pointé le bout de son nez. On ne peut pas franchement dire qu’elles étaient autonomes. La première année a donc été particulièrement sportive. J’ai des souvenirs vivaces d’avoir à faire dîner les aînées (repas normal pour la grande, purée moulinée pour la moyenne) tout en allaitant la troisième (qui a eu le bon ton de se satisfaire de tétées de 5 minutes chrono là où ses grandes soeurs prenaient goulûment leur temps ). Je me souviens aussi avec émotion des après-midis où je devais chercher les 2 grandes à l’école et à la crèche, avec la petite dernière en porte-bébé. Que de sueur et de maux de dos! 

Mais là où Tendrépoux et moi avons eu le plus de mal, c’est sur le sommeil. Car depuis la naissance de Royal Baby, soyons honnêtes, nous avons très peu dormi. Même si ses deux grandes soeurs sont de parfaites marmottes, notre numéro 3 a été un peu plus compliquée. Elle a fait ses nuit relativement rapidement mais a mis à peu près 1 an à réussir à trouver sa tétine toute seule la nuit. Nous nous levions donc en moyenne 3 fois par nuit pour lui remettre sa satanée tétine. Ces micro-réveils n’étaient pas bien méchants mais couplés aux cauchemars de la grande ou aux maladies infantiles de l’une ou de l’autre, aux pipis au lit et autres vomis de minuit, j’estime que nous avons perdu environ 6 mois de sommeil ces 2 dernières années. 

Récemment, les choses ont empiré: Royal Baby refusait d’aller se coucher sans un rituel interminable qui nécessitait notamment que l’un de nous deux reste assis à côté de son lit, dans le noir, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Je te passe nos vaines tentatives pour nous extirper de ce traquenard avant qu’elle n’atteigne une phase de sommeil suffisamment profonde pour ne pas être réveillée par le moindre grincement du plancher. Je te passe aussi toutes nos tentatives éducatives (laisser pleurer, gueuler, bercer, chanter des chansons, la faire dormir avec nous etc) toutes plus inutiles les unes que les autres. Rien à faire, pendant 3 mois Royal Baby ne s’endormait pas avant 23h. Nos soirées étaient inexistantes puisque nous nous relayions à ses côtés quand l’un craquait. Pire, elle se réveillait quasiment toutes les nuits à 2h du matin et exigeait de venir dormir avec nous sous peine de se mettre à hurler. Nous avons cédé de nombreuses fois, avons aussi tenté à de multiples reprises de la rendormir (selon le mode d’emploi sympa expliqué plus haut, ce qui pouvait prendre jusqu’à une heure). Tout ça pour être réveillés vers 6h avec un « Z’ai faim » catégorique. 

Autant te dire que notre couple n’avait jamais été mis à plus rude épreuve. Même la PMA ne nous a pas fait autant de mal. Dans notre épuisement nous avons tout de même eu la lucidité de ne pas nous engueuler pour des broutilles, conscients que, l’un comme l’autre, nous étions en mode survie. Je me souviens d’une discussion avec Tendrépoux où nous nous disions que, quand même, si nous étions divorcés, nous pourrions avoir les enfants en garde alternée et que du coup, nous pourrions dormir correctement 1 semaine sur 2. Dommage que nous nous aimions tant, avions-nous conclu dans un sourire fatigué. 

C’est quelques jours plus tard que nous avons décidé qu’il était temps de faire quelque chose et sommes donc allés consulter une pédopsychiatre recommandée par une amie qui avait connu les mêmes problèmes. Il aurait fallu recourir à un marabout ou sacrifier un chaton un soir de pleine lune, je crois qu’on aurait signé aussi. Dieu merci, il a suffi d’une consultation pour tout remettre en ordre. Quelques conseils pratiques tous bêtes (encore fallait-il avoir assez de neurones éveillés pour y penser), une excellente écoute et une petite fille très réceptive et nous sommes rentrés plein d’espoir. 

Depuis, nous avons retrouvé une vie normale. Nous dormons presque 8h par nuit d’un sommeil ininterrompu. Les filles se couchent à 20h et se lèvent à 7h, voire plus tard le weekend. Tendrépoux et moi sommes reposés. Je suis plus sereine, je ne m’énerve plus pour rien, j’ai retrouvé le bonheur de m’occuper des enfants. Je ne crie (presque) plus. Je n’ai plus ce besoin incompressible de faire la sieste le week-end pour récupérer (la preuve, je suis en train d’écrire ce billet avant d’aller faire un fondant aux pommes #wondermamanisback). Les enfants me paraissent moins pesantes, je prends à nouveau du plaisir à être avec elles le week-end, alors que quand nous étions au fond de notre gouffre d’insomnies, tout nous paraissait dur et contraignant. Bref, le printemps tarde à arriver, mais chez nous il y a déjà comme un air de renouveau.

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11 mars 2018

La mi-semestre

finish line

La mi-semestre, cette pseudo-échéance qui laisse un peu songeur. Déjà 6 semaines de cours effectuées (ressenties: 12). La « rentrée » est enfin loin dernière nous si l’on fait exception de cet étudiant qui a débarqué lundi dernier pour son « premier » cours en 3ème année de licence. « Je suis nouveau » qu’il m’a dit. Après avoir intérieurement poussé des jurons à faire rougir Tarentino, je lui ai souhaité la bienvenue et lui ai dit de sortir une copie double et un stylo. C’était le jour du partiel de mi-semestre… Je n’ai aucune idée d’où sort cet étudiant ni de pourquoi il ne s’est inscrit dans mon cours d’anglais qu’au mois de mars (on allait pas taper la causette en pleine épreuve) mais je suis globalement très dubitative sur le système de fonctionnement de notre université. 

 

Chez nous, l’assiduité n’est pas obligatoire. Les étudiants viennent en cours. Ou pas. Peu importe. Ils n’ont pas à justifier leurs absences (sauf aux partiels) et viennent si ça leur chante. Ce sont les syndicats étudiants qui ont obtenu ce « droit majeur » il y a quelques années. Du coup, sur chaque groupe de 30 étudiants, on compte une quinzaine de personnes réellement assidues et une autre moitié de gens qui viennent toutes les 3 semaines ou moins. Qu’est-ce que ça peut me faire? te demandes-tu certainement. Bah en tant que prof, je prépare mes cours en fonction de mon public et leur nombre joue un rôle: leur demander de travailler en groupe ou de préparer des exposés va dépendre de combien d’étudiants se pointent en cours. Accessoirement, je n’aime pas le gaspillage et photocopier des documents pour 30 personnes et n’avoir que 12 étudiants en classe, ça me rend très chafouin. Ensuite, il faut gérer ceux qui ne viennent pas régulièrement et qui ne rattrapent pas ce qui a été fait (malgré le fait que tous mes documents soient postés en ligne sur la plate-forme numérique dans ce but précis): que de temps précieux gaspillé à répéter les mêmes consignes ou informations! Inutile de ce fait de leur donner des devoirs à la maison puisque soit ils ne viendront pas, soit ils ne l’auront pas préparé et devront le faire en classe, faisant encore perdre du temps aux étudiants sérieux qui, eux, auront fait leur travail. Si l’assiduité était obligatoire, je pourrais au moins compter sur le fait que les étudiants ne peuvent plus se cacher derrière le «mais j’étais absent». Notons le cas particulier (et heureusement rare) des étudiants qui se pointent uniquement au premier cours (pour avoir les dates des partiels) et le jour des examens. Je crois qu’ils ne se rendent même pas compte qu’ils donnent l’impression de considérer leur prof uniquement comme une machine à évaluer, une sorte de chose n’existant dans ce bas monde que dans le but de déchiffrer leur production et de leur attribuer une note. Alors qu’en vrai on est des titcheurs avec plein de sentiments à l’intérieur. 

 

Chez nous également, il est possible de s’inscrire en licence à n’importe quel moment de l’année. Il y a bien des dates officielles d’inscriptions administratives mais il y a toujours des exceptions. Les départements ne disent jamais « non mais bon on est en décembre là, vous pouvez plus vous inscrire. » A croire que le concept de date limite n’existe pas. Sache donc, jeune padawan stressé par Parcoursup, que des places, il y en a toujours pour peu qu’on frappe à la bonne porte… Nous avons donc l’obligation d’accepter en cours tout nouvel arrivant et ce, quelque soit le moment de l’année. Il m’est arrivé d’accueillir un nouveau le jour du partiel final du mois de décembre. Il revenait de l’étranger, était bien conscient d’arriver « un peu tard » (sans blague), mais bon, comme on lui a dit qu’il pouvait venir, bah il s’est présenté à toutes ses épreuves. A aucun moment quelqu’un ne lui a dit que ça allait être compliqué de valider un semestre sans avoir assisté au moindre cours. Au contraire, on lui laisse entendre que c’est faisable.Très valorisant pour notre formation non? Ce qui m’agace surtout c’est que c’est à l’institution de se plier au calendrier perso de l’étudiant plutôt que l’inverse. Oui, nous sommes du service public mais même quand on va à la mairie, il y a des horaires d’ouverture et des dates limites à respecter pour certaines formalités sans quoi on se fait gentiment rembarrer. A la fac, on a vraiment l’impression que faire les choses un peu dans les clous, c’est pour les faibles. Qu’on peut toujours s’arranger avec le règlement et qu’au fond, les gens qui respectent les procédures et font les choses dans les temps sont des abrutis qui n’ont pas compris qu’on pouvait arriver au même résultat en grillant la file d’attente. 

 

Bon, j’arrête de m’énerver pour rien. D’autant qu’à part ces quelques cas tout de même très isolés, j’ai des étudiants choupinous qui font bien leur travail et sont investis dans leurs études. Je m’éclate avec mes collègues, suis des formations super intéressantes et commence doucement à envisager la possibilité lointaine mais de moins en moins improbable de me mettre à la recherche de façon plus concrète. Une thèse oué. Mais pas tout de suite. Là j’ai 3 petites filles à élever. Et 88 oraux de master à corriger. Et un autre paquet de 40 copies de master. Et mon cours de jeudi prochain qu’il faut que je retouche. Bref, la mi-semestre… 

 

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02 février 2018

Conseils de Titcheur à Titcheur

rocking

Il y a des jours où quoiqu’on fasse, tout se déroule mal. Et quand on titche toute la journée, ces petites tracasseries qui pourraient rester des broutilles insignifiantes peuvent littéralement finir par te pourrir la journée. En tant qu’experte en moments de solitude et diplômée d’Etat en gaffe humiliante, je me permets donc ces quelques conseils, qui n’ont pour modeste ambition que d’éviter à mes collègues enseignants certains écueils. Toute ressembance avec des situations déjà vécues est parfaitement normale (enfin j'espère).

1. Pars du principe que la loi de Murphy s’applique toujours (parce que c’est le cas). La loi de Murphy, c’est tout simple, c’est cet adage selon lequel tout ce qui peut mal se passer se passera mal.

Exemple: tu as prévu de faire tout un cours sur un extrait de film. Quand tu arrives dans ta salle, tu réalises que le vidéo projecteur ne fonctionne plus. Tu descends 3 étages chez les appariteurs chercher un vidéo projecteur de rechange. Tu remontes 3 étages et tu l’installes. Tu as perdu 5 minutes. Tu es encore dans les temps. Tu branches ton ordinateur et lances la vidéo. Mais tu réalises que le son ne fonctionne pas. Tu redescends 3 étages pour demander aux appariteurs des hauts-parleurs. Ils te tendent un sac, tu le saisis, remontes en courant les 3 étages, branches les hauts-parleurs et relances ta vidéo. Là, tu t’aperçois que ça ne fonctionne toujours pas. Tu pestes, tes étudiants commencent à se dissiper. Le cours a commencé depuis 15 minutes et rien ne fonctionne. Tu redescends les 3 étages quatre à quatre, essayes de garder ton calme en demandant aux appariteurs pourquoi leurs putain de hauts-parleurs ne marchent pas. Ils rigolent: tu n’as pas branché le port USB qui assure l’alimentation alors ça risque pas de marcher. Tu insultes la terre entière in petto, remontes les 3 étages en soufflant comme un boeuf, branches les hauts-parleurs et le port USB et relances la vidéo. Sauf que celle-ci s’éteint au bout de 2 minutes car ton ordinateur n'a plus de batterie. Tu farfouilles dans ton sac à la recherche du chargeur. Interroges tes étudiants munis d’un computer. Aucun n’a la même marque que toi. Tu as perdu 30 minutes de cours, tu sues, tu pues, tu retournerais bien te coucher mais tu peux pas car 35 âmes en perdition attendent impatiemment que tu déverses ton savoir. Tu improvises alors un débat sur un sujet qui n’a rien à voir avec la vidéo initialement prévue et espères avoir fait illusion (rassure toi, non). 

computer

 

Il te faut donc an-ti-ci-per. Prévoir un plan B. Ou alors avoir de GROS talents d’improvisation. Donc personnellement, j’ai toujours plusieurs activités sous le coude, comme ça si quelque chose plante pour une raison X ou Y (technologie en panne ou tout bêtement activité qui ne suscite pas l’adhésion des étudiants) et bien je passe à autre chose. Et parfois je me retrouve à faire des trucs pas prévus du tout (comme passer 15 minutes à travailler une règle de prononciation au lieu de faire une analyse de texte comme imaginé initialement). Bref, quand on voit que les choses dérapent et qu’on perd trop de temps à s’acharner à faire ce qui était prévu, mieux vaut parfois changer d’idée et rebondir sur autre chose. Il sera toujours temps de se rattraper à un prochain cours!

teacher

 

2. Sois à l’aise dans tes baskets. Littéralement. On passe des heures debout à piétiner quand on est prof donc si on est mal chaussé, ça peut vite tourner à l’enfer plantaire. Je crois avoir expérimenté toutes les galères sur la question: de la chaussette qui glisse au fond de la bottine (c’est agaçant hein?), aux talons trop hauts qui font souffrir, en passant par le talon qui casse net en début de matinée et qui fait que tu passes ta journée à claudiquer sous le regard mi-hilare mi-horrifié de tes étudiants à qui tu fais quand même cours, bien décidée à faire comme si de rien n’était alors que manifestement tu manques de t’étaler dès que tu fais un pas.  

Donc assumes tes Vans ou tes boots plates. Mais si tu as des orteils en titane, fais toi plaisir et met des talons de 12 cm!

model

 

3. Evites de manger de l’oignon à la cantine. Oui je sais, ce bo-bun était exquis. Mais il était gavé d’oignons. Et tu ne digères pas l’oignon. Tu as donc embaumé ta salle de cours pendant 3 heures. Tes étudiants avaient un mouvement de recul dès que tu t’approchais pour leur dire un truc. Toi même tu t’auto-indisposais. Tu sentais tellement fort que personne ne s’est assis à côté de toi dans le carré central du métro alors qu’on était aux heures de pointe. Bref, tu pues.  

Solution: achète (et mâche!) des chewing-gums extra fort, lave toi les dents ou mieux, évite les aliments qui fâchent. Tu ne voudrais quand même pas que tes étudiants ne se souviennent de toi que comme de « la prof qui sent le boeuf sauté dans sa bouche ». 

 

bagel

4. Ne sois pas trop impulsif. Oui c’était très professionnel de ta part de proposer à tes étudiants qu’ils t’envoient un enregistrement mp3 de 5 minutes pour que tu leur corriges leur prononciation à tous individuellement. Oui, ça part d’un très bon sentiment et ça leur fera le plus grand bien. Sauf que tu as proposé ça à tes 3 groupes hier. Et que chacun de tes groupes compte 30 étudiants. Et que, si tout le monde t’envoie son travail, ça va te faire 450 minutes d’audio à écouter. Soit 7h30 de ta vie. Ce qui représente aussi une saison entière de Stranger Things

bright

 

5. Sois malin. En vrai, tu sais bien que environ 2% des étudiants t’enverront leur travail. Tu passeras donc au mieux 10 minutes de ta laïfe à corriger leurs productions. Donc non seulement tu passes pour la prof super dispo et super pro auprès de tes étudiants, mais en plus tu auras le droit de les pourrir au cours suivant en leur disant que vraiment, c’est dingue d’être si peu investi dans ses études, qu’ils devraient un peu arrêter de binge-watcher Stranger Things sur Netflix et travailler un peu plus leur ingliche à la place. Tu l’as bien mérité!

franco

 

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