Ingliche Titcheur

07 décembre 2016

Taupe modèle - final

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Cela fait un moment que je veux écrire ce billet. Comme tu le sais puisque tu lis ce blog religieusement tous les jours (oui, même les jours où je n'écris pas, c'est à dire à peu près 345 jours par an, je comprends ton addiction, moi-même j'avoue une compulsion incompressible pour les pages nécrologies du Figaro, c'est mon petit plaisir coupable quotidien et ça me rappelle ma chance d'être en vie), comme tu le sais disais-je, je suis une ancienne taupe. J'ai passé 30 ans de ma vie avec des lunettes et des lentilles. Mais ça, c'était avant comme le dit la pub. Depuis je me suis fait opérer de la myopie et je t'ai raconté cette immersion furtive dans le monde de la charcuterie avec force détails ici. Et comme tous les opérés, je m'esbaudissais de façon assez insupportable sur ma vision bionique (ta mère) (blague poétique numéro un). 

Mais pour être tout à fait honnête, il faut que je raconte la suite maintenant, ne serait-ce que par devoir moral envers tous ceux qui envisagent de se faire opérer ou ceux pour qui l'opération n'a pas été le succès espéré. Parce qu'en fait ma vision à l'œil droit s'est assez vite détériorée. Rien de méchant, hein, on est loin de l'œil de verre et du bandeau de pirate mais disons que les mois qui ont suivi l'opération, ma vision n'était pas très nette, surtout en cas de lumière faible. Je t'entends déjà ricaner, fourbe que tu es: « Dans le noir on voit rien c'est normal, elle a pas inventé l'eau tiède la Titch! »  Évidemment, sot! Par lumière faible, j'entends les lumières artificielles type néon ou lumière de fin de journée en novembre par temps de bruine. Bref dans les couloirs du métro ou de la fac, j'avais du mal à voir. La nuit c'était encore pire. Conduire de nuit par temps de pluie était aussi raisonnable pour moi que d'aller se baigner au milieu des requins quand on a ses règles (blague poétique numéro deux). Bref, je commençais à stresser et passais mon temps à me masquer un œil, puis l'autre, et à auto-évaluer ma vue. 

Au mois de mars 2013, soit 6 mois après mon opération, Tendrepoux et moi partîmes à Miami fêter ses 40 ans. Oui je sais, tu ne t'imaginais pas que ta Titcheur, être subtil aux goûts délicats et hautement intellectuels, puisse aller se vautrer dans des lieux aussi décadents! Ceci fera l'objet d'un billet spécial Maillami (comme on dit en bon ingliche) parce qu'il n'y a pas que des putes et de la drogue là bas (il y a aussi des hommes à moitié nus qui font du sport sur la plage) et si tu es très gentil, je te dirais même où on mange le meilleur hamburger de l'univers. 

Mais revenons à nos lorgnons. 

A Miami, le jour, je revivais.  La lumière était si pure, le ciel si bleu et le soleil si brillant (poil aux dents) que j'avais l'impression d'avoir des yeux de lynx. Mais le soir, quand nous pouvions enfin admirer la skyline illuminée, quelle déception (poil au fion) (blague poétique numéro trois)! Des tâches floues au lieu des lumières si éclatantes des devantures des hôtels Art Déco et les yeux si secs (merci la clim') que j'avais vraiment la sensation d'avoir quelque chose (genre un morceau de verre) dans l'œil droit. De retour à Paris je filais chez mon médecin. Verdict: sécheresse oculaire (sans blague), un œil gauche à 12/10 et l'œil droit à 9,5/10. Je repartais avec mes larmes artificielles et tachai d'oublier ce léger différentiel entre les deux yeux. Jusqu'à l'hiver suivant où, exaspérée par l'écart de vision, je commençais à sérieusement m'inquiéter. Je retournai voir mon ophtalmologue qui me confirma cet écart minime mais m'expliquait que la plupart des gens s'accommodaient rapidement de ce genre de différence entre les yeux. Sauf que dans mon cas, cette différence me dérangeait vraiment et en permanence. Le médecin me proposa une retouche - gratuite- pour tenter de remédier au problème. 

Après 15 jours de réflexion et de recherches frénétiques sur internet à base de mots clefs du style "retouche après opération myopie cécité?", je retournai le voir et acceptai la retouche. Je connaissais la procédure et savais à quoi m'attendre. Il m'expliqua qu'il n'aurait pas besoin de re-découper ma cornée mais qu'il lui suffirait de soulever le capot de l'ancienne opération. 

Le jour J je me rendis à la clinique après avoir pris soin d'ingurgiter un Lexomil (riche idée compte tenue de la suite des événements...). 

Âmes sensibles, si vous préférez éviter les détails je vous invite à aller lire les meilleurs tweets de Donald Trump ici (mais il n'est pas sur que vous ayez moins envie de vomir ensuite). 

Je m'allongeai sur la table et une fois les gouttes d'anesthésie instillées dans mes yeux, je devinai les gestes du médecin. Il devait "juste" soulever le capot. Sauf que, pas de bol, j'avais tellement bien cicatrisé de ma première opération que le capot ne voulut pas s'ouvrir. Le médecin insista, délicatement bien sûr. Il changea d'outils. Au bout de 5 interminables minutes il me dit: "Bon je n'y arrive pas. Je vais essayer une dernière chose mais si ça ne fonctionne pas, je n'insisterai pas. Mon unique but est de vous apporter un mieux, pas de prendre des risques. Levez-vous."  Un énorme Gniiii? mental m'envahit mais j'obtempérai et allai m'installer vers l'appareil qu'il me désignait. Je commençai à regretter ma décision. Après tout j'aurais bien fini par m'habituer, pourquoi aller chercher la petite bête? Et si j'étais en train de faire une énorme bêtise? Et si je perdais mon œil droit? Et si je faisais un arrêt cardiaque sur cette table juste pour 0,5 dioptries à la noix? Au bout de 2 minutes de trifouillage avec ce qui me semblait être un tire-bouchon rouillé, il réussit enfin à soulever le capot. Je me rallongeai sur la table et le laser fit son office en 5 secondes. Je repartis un peu tremblante mais soulagée. 

Les suites de l'opération furent beaucoup moins douloureuses que la première fois. Aucune sensation désagréable mais la satisfaction d'avoir récupéré une vision parfaite à l'œil droit. Impression confirmée le lendemain lors de la visite de contrôle. 

Seul hic, je réalisai 10 jours plus tard que j'étais enceinte de Royal Baby pendant l'opération ! Pas idéal en effet me dit le médecin mais bon, c'est pas comme si on pouvait revenir en arrière. Ma grossesse se passa sans que mes yeux me posent problème (tu me diras, j'étais trop occupée à serrer les cuisses pour ne pas accoucher prématurément...). Mais après la naissance de Royal Baby, fin septembre 2015, rebelote: vision floue, yeux secs. Je paniquais: la grossesse m'avait-elle fait perdre des dioptries? Cette légende était-elle donc vraie? Je retournais sur les forums internet où tous les cas de ratés des opérations se retrouvent pour comparer leur misère : un tel voit double pendant qu'un autre voit des tâches noires dans son champs de vision. En général un troll vient déverser son fiel à base de "faut vous en prendre qu'à vous-même, personne ne vous a forcé à vous faire charcuter, ça vous apprendra, c'est bien fait pour votre sale tête!"  Bref, je me voyais déjà devoir commander des lunettes pour espérer voir net à nouveau. 

Je me rendis donc chez mon ophtalmologue. Après un examen complet il me dit:

« - Écoutez Madame, vous avez toujours 10/10 à droite et 12/10 à gauche. Votre cornée est parfaite. Il n'y a rien

- Mais pourtant je vois flou, surtout en fin de journée. 

- Hmmm. Dites moi, il à quel âge votre bébé?

- 2 mois. 

- Et elle fait ses nuits?

- Ha non pas encore. 

- Hmmm. Donc on peut dire que vous êtes un peu fatiguée en ce moment?

- (Je commence à voir où il veut en venir) Heu oui, surtout avec les 2 aînées qui ne sont pas bien grandes non plus...

- Et vous passez du temps sur les écrans?

- Oui. Je travaille sur mon ordinateur plusieurs heures par jour. 

- Bon écoutez, je pense que vous êtes fatiguée. Il faut arrêter de chercher la petite bête. Tout va bien. »

Je pris congé, un peu piteuse, mais rassurée également. Il n'y avait aucune méchanceté ni même de condescendance (peut-être un soupçon d’exaspération) dans les propos de mon médecin, juste un constat que j'étais incapable de faire moi même: quand on est épuisée on ne voit rien. 

Aujourd'hui, un an après, ma vision est parfaite de jour comme de nuit. Je n'y pense même plus à vrai dire. Mais je tenais à écrire ce billet au cas où une autre personne aussi angoissée que moi veuille lire un autre témoignage que ceux qu’on trouve sur les forums et qui sont souvent très anxiogènes. Donc oui une retouche peut se passer très bien et avoir les effets escomptés (poil au nez). Et non a priori vos yeux ne vont pas se dessécher et tomber de leurs orbites (poil à la bite). Je te laisse, cher lecteur, sur cette note de poésie et t’en souhaite une bien belle (de journée) (pas de bite). 

 

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16 novembre 2016

Quatre?

babyboom

J’avais pourtant juré que c’était terminé. J’étais définitive et sûre de moi. J’en avais même parlé là. J’avais atteint la sérénité qui accompagne la certitude de ses choix. Trois enfants, c’était déjà miraculeux étant donné notre parcours. Et puis notre appartement était déjà trop juste pour nous 5, mes grossesses ont toutes été compliquées, nous avions 3 enfants en bonne santé, pourquoi tenter le diable? 

Est-ce les insinuations à peine voilées d’un Tendrépoux qui s’imagine déjà père d’une ribambelle d’enfants? Ou bien les plaisanteries de notre entourage qui ne nous voit apparemment pas du tout nous arrêter là? Ou peut-être les couples qui, autour de nous, se lancent dans l’aventure des familles (vraiment) très nombreuses?  Quoiqu’il en soit, je me prends depuis quelques temps à rêvasser de nourrisson et de ventre arrondi. Je m’attendris sur les nouveaux-nés des copines, et jurerai presque avoir eu une montée de lait au son des vagissements du fils de 3 semaines d’une amie. 

Hier soir, Tendrépoux travaillait tard. J’allumai donc la télévision pour me tenir compagnie pendant que je corrigeais mes copies de grammaire (des chefs-d’oeuvre qui mériteraient un billet à eux seuls). Je tombai sur l'émission « Baby-boom » diffusé sur une chaîne de la TNT. Je ne regarde plus ce genre de programmes depuis quelques temps déjà (14 mois en gros) (date de mon dernier accouchement), mais je dois admettre que je suis toujours aussi émue par la venue au monde de tous ces beaux bébés, et je me remémorai, l’oeil humide, mes propres accouchements. 

Malgré les difficultés, l’alitement, les contractions, le stress, j’ai toujours adoré être enceinte. Et malgré les douleurs et les suites de couches vraiment pas glamour, j’ai adoré mes 3 accouchements. J’ai presque regretté avoir eu la péridurale pour le dernier tellement je gérais bien mes contractions pendant tout le travail (presque j’ai dit). Et si, la prochaine fois, je tentais d’accoucher sans péridurale?

Alors que j’étais perdue dans mes pensées, une quinte de toux attira mon attention. J’attendis un peu mais en voyant que Royal Baby ne se rendormait pas, j’allai la chercher. Elle toussait beaucoup et avait le nez pris. Je décidai donc de la prendre un peu avec moi, histoire de la laisser respirer après l’avoir mouchée. 

Je me rassis devant l’émission et en profitai pour plonger ma tête dans ses boucles blondes, humant leur parfum, embrassant son petit cou tout chaud. Je la serrai fort contre moi, savourant ce moment si rare où nous n’étions que toutes les deux. Dans ma tête, une pensée se formait, de plus en plus précise. Après tout, pourquoi pas? Je suis encore assez jeune et mon corps semble avoir enfin compris comment on faisait. Mon mari est partant et j’aime tant les bébés! Je suis peut-être prête à recommencer. 

Tendrépoux arriva sur ces considérations intérieures. Il me raconta sa journée, le stress de son boulot et se prépara à manger. Je décidai de recoucher le bébé qui se frottait les yeux. Mais alors que je m’avançai vers sa chambre, elle fut prise d’une violente quinte de toux. Si violente qu’un geyser de vomi expulsa la tétine de sa bouche et vint s’écraser sur le premier obstacle venu. En l’occurrence ma personne. Je me retrouvai donc avec un bébé très étonné par cette première expérience dans les bras, intégralement recouverte des restes de sa purée au potiron. La matière encore chaude dégoulinait dans mon décolleté, glissait le long de mon ventre et venait s’accumuler le long de ma ceinture. Tendrépoux me prit le bébé des bras et, retenant un spasme de dégoût, lui retira ses habits souillés. Quant à moi je filai dans la salle de bains pour me laver intégralement et passai la demi-heure qui suivit à essayer de récupérer mon pull cashmere et à me débarrasser de cette odeur de tenace. Il était 23h43. Je m’en souviens bien parce que c’est l’heure à laquelle le principe de réalité est venu se rappeler à moi. Les enfants, ce contraceptif naturel…

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10 novembre 2016

Miscellanées de Novembre

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Je ne reconnais au mois de novembre que deux vertus : le 1er et le 11 novembre. Cela doit être la feignasse de prof en moi qui parle, mais on m’accordera le droit de penser que 2 ponts (quand ils ne tombent pas le week end ou pis, pendant les vacances scolaires !), c’est bien la moindre des choses qu’on pouvait instaurer pour nous faire supporter ce mois indigeste.  

Je ne parle évidemment pas de la météo. Novembre n’y est pour rien s’il fait déjà -2° et qu’il pleut à verse toute la journée. Novembre fait son job, il nous prépare physiquement au véritable hiver en venant titiller nos défenses immunitaires. Cette année, la gastro de Noël est en avance… ça promet ! 

Et puis c’est la faute d’Octobre si on a changé d’heure, même si c’est en Novembre qu’on se le prend en pleine face. Les 7 premiers jours de ce mois honni, Maprinchesse et Royal Baby se sont organisées pour se réveiller, chacune à leur tour, vers 5h30, afin de s’assurer que leurs parents adorés arborent au plus vite le teint grisâtre incontournable cette saison. 

Heureusement, si le changement d’heure fait que le soleil est déjà levé à l’heure où l’on peut contempler son teint défraîchi dans le miroir le matin, le corollaire est qu’il fait nuit dès 17h, limitant de facto toute sortie avec les enfants à se promener dans la rue (les parcs fermant plus tôt), exercice peu ludique pour eux, engoncés qu’ils sont dans leurs doudounes, écharpes et bonnets. Faire les boutiques ? Un fou rire nerveux s’empare déjà de moi rien qu’à l’idée d’imaginer mes 3 filles chez Zara, à courir dans des directions opposées pendant que j’essaye de calmer le bébé dans sa poussette sous le regard désapprobateur de vendeuses nullipares ultralookées. 

Je ne remercie pas non plus les Américains pour être venus nous pourrir le mois encore un peu plus en élisant un homme aux problèmes capillaires proportionnels à la noirceur de son âme. Je vais faire ici une parenthèse politique exceptionnelle : ne nous étonnons pas de l’élection de Donald Trump. Notre vision de petits Français si progressistes et supérieurs, drapés dans nos valeurs républicaines et notre supériorité intellectuelle n’a aucune valeur sur le territoire américain et est en général complètement faussée par notre égocentrisme hexagonal. Alors on peut dénigrer ces abrutis de Ricains incultes et amoureux de leurs armes à feu, on peut se moquer du candidat élu et du chihuahua qui lui tient lieu de chevelure, on peut se rassurer en se disant que personne n’est assez bête pour voter pour un type qui se vante de tripoter des femmes, qui veut interdire l’accès au sol américain à tous les musulmans ou qui veut construire un mur le long de la frontière mexicaine payé par les mexicains of course. On peut continuer à se voiler la face, mais alors il ne faudra pas être surpris lorsque notre Donald Trump à nous (Marine Le Pen pour ne pas la nommer), sera non seulement au deuxième tour de l’élection présidentielle (ça, tout le monde semble l’avoir acquis avec un naturel qui me semble déjà problématique), mais peut-être bien élue présidente si le même scénario se déroule ici. Elle n’a rien besoin de dire. Elle n’intervient plus dans les médias. Elle n’en a pas besoin. Elle laisse faire les autres. Les laisse s’enliser dans la turpitude de leurs faux débats (voter Juppé aux primaires, est-ce voter Bayrou ? Macron sera-t-il candidat ? JL Mélanchon porte-t-il des caleçons rouges ?). Elle les laisse montrer à des électeurs désabusés qui hurlent pourtant depuis des années maintenant leur ras-le-bol de ces élites politiciennes que le système ne change pas. Ces mêmes élites et ce même système que représentait une certaine Hillary Clinton. Donc faudra pas s’étonner si nos bouseux arriérés à nous votent « mal » en 2017…

Bref, c’était mon analyse éminemment personnelle et sans aucune prétention à un quelconque  prosélytisme. 

Bon et puis, faut-il le rappeler ? Le mois de novembre restera désormais à jamais lié aux attentats du 13. J’avais fait le récit des événements que j’avais vécus ici. Je ne reviendrai pas dessus. Chaque fois que j’en entends parler, mon cœur se serre et bat plus vite. Les larmes me montent aux yeux. J’évite de regarder les reportages actuels sur les victimes ayant survécu au drame. Parce que je suis très mal à l’aise avec le traitement impudique qu’en font les médias, avec force musique dramatique en fond et zoom sur les yeux humides de la victime. Il faut se souvenir, évidemment mais je doute que ce soit en remuant les horreurs commises et vécues ce soir là qu’on rendra vraiment hommage à ceux qui ont perdu la vie ou qui sont restés traumatisés dans leur chair ou leur esprit. Mais bon, je peux aussi comprendre le besoin de raconter et de se livrer et je suis une grande fille qui n’est pas obligée d’allumer la télévision. 

Je propose donc de tout bonnement supprimer ce mois inutile. Ca fera 30 jours de moins à l’heure d’hiver et on saura pourquoi les supermarchés ont déjà mis tous les produits de Noël en rayon. Et comme je ne veux léser personne, je propose que tous ceux qui sont nés en Novembre (les pauvres !) puissent choisir une date anniversaire plus cool et, de facto, le signe astrologique qu’ils préfèrent. Les Scorpions me remercieront. Quant aux deux jours fériés, il va de soi qu’ils seront déplacés à des dates plus pratiques (genre en février pour qu’on puisse se faire des weekends au ski prolongés ou en juin, pour profiter du soleil). Votez Ingliche Titcheur ! 

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08 octobre 2016

The Back to School (merci Google translate)

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Il y a 3 semaines, je te narrais avec angoisse mes cauchemars pré-rentrée universitaire. 3 semaines déjà et pas une minute pour revenir t’en parler en ces modestes lieux. Dire que je suis sous l’eau est un vaste euphémisme. Je suis sous l’eau avec des enclumes dans les poches. Et des boulets aux pieds. Sous une couche de banquise épaisse. Non je ne dramatise pas *main sur le front, tête rejetée en arrière*.  

Je cours partout: pour être à l’heure à la fac, pour être à l’heure à la crèche et pour être à l’heure à l’école. Pour préparer les repas à l’heure, donner les repas à l’heure et coucher tout le monde à l’heure. Et enfin pour que mes cours soient prêts à l’heure, que mes copies soient corrigées à l’heure, que mon boulot administratif soit rendu à l’heure et pour répondre à tous mes mails à l’heure. Je ne parlerai pas de tous les milliards d’autres trucs qui doivent être faits à l’heure aussi, je commence à avoir l’impression d’être le crocodile de Peter Pan qui a avalé une horloge… Par contre, je ne compte pas mon temps quand il s’agit de distribuer les bisous, faut pas pousser non plus!  

Mais je ne suis point là pour venir geindre et me complaire dans un misérabilisme aussi inapproprié que loin de la vérité. La vérité, c’est que je suis HEUREUSE. J’adore courir partout, être éreintée le soir et avoir mille choses à penser. Certes, j’espère respirer un peu plus à la fin du semestre, mais j’avoue apprécier ma vie en ce moment. Tu en déduiras donc (fin limier que tu es) que la rentrée s’est très bien passée. En effet, on peut le dire.  

Les murs ont beau être toujours aussi amiantés, certains collègues toujours aussi peu aimables et quelques étudiants toujours aussi râleurs, j’ai l’impression de flotter sur un nuage d’optimisme et de foi en mon prochain. 

J’ai retrouvé avec plaisir les étudiants. Ils changent chaque année, je n’ai pas forcément les mêmes têtes dans mes classes, mais à chaque fois, je suis fascinée par ces jeunes hommes et jeunes femmes. Ils ont 20 ans et la vie devant eux. Certains sont perdus, n’ont aucune idée de ce qu’ils veulent faire et regardent l’avenir avec inquiétude. D’autres ont des projets plein la tête, rêvent de voyages à l’étranger et de jobs exotiques. D’autres encore se fondent plus dans le décor, ombres croisées dans les couloirs. Mais tous me touchent au plus profond de moi. La maternité a du me « ramollir » un peu mais je suis émue d’être le témoin et même parfois l’assistante de ces jeunes qui sont la force vive de notre pays (#jedeviensvieille). Je les observe et aime imaginer leur vie en écoutant les bribes de leurs conversations. Ils sont sérieux, ils bossent dur, ils jonglent souvent entre leurs études et un job alimentaire dont la rémunération est souvent proportionnelle à l’intérêt. Certains découvrent Paris et sa vie culturelle et j’adore les entendre s’émerveiller de leur dernière trouvaille. Cela me rappelle mes propres années étudiantes et nos sorties entre copains (#sérieuxjedeviensvieille). Bref, je regarde et traite tous ces jeunes étudiants avec toute la bienveillance possible. 

Rassure-toi, il m’arrive bien sûr de m’agacer sur l’étudiant qui « n’a pas trouvé la salle » après 3 semaines de cours. Les mails écrits par les parents des étudiants en L2 me laissent toujours pantoises. J’ai toujours des sueurs froides lorsqu’un étudiant en Master me sort « I have 20 years ».  Et bien sûr, tout n’a pas été facile côté administratif: il y a eu quelques ratés, des profs qui ne sont jamais venus, des salles attribuées à deux cours en même temps, des files interminables devant les bureaux pour les inscriptions pédagogiques. Mais j’ai aimé retrouver cette atmosphère estudiantine et le fourmillement intellectuel de l’université. 

Les projets de recherche, les colloques, les conférences: tout ce monde me fascine et même si je n’en fais pas (encore) partie, je commence à essayer de cerner les sujets qui pourraient m’intéresser dans un futur lointain mais peut-être pas tant que ça (tu as vu cette habile mention, l’air de rien, que je me collerai bien à une thèse?). 

Voilà où j’en suis, cher lecteur. Fatiguée, mais heureuse (mais fatiguée). D’ailleurs, je vais devoir te laisser, s’il y a bien une chose qui n’attend pas, c’est l’heure de l’apéro!

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15 septembre 2016

Cauchemar

Cauchemar

J’entre dans l’amphithéâtre. Malgré l’immensité des lieux, il fait chaud. Je m’avance vers l’estrade, les bras chargés de photocopies, mon ordinateur pesant lourd sur mon épaule endolorie. Pourquoi ai-je mis des talons? Je vacille en descendant les marches interminables qui me conduisent sur la scène. C’est mon premier cours en amphi, moi qui n’ai jamais enseigné que dans des petites salles de 40 personnes. Aujourd’hui, ils seront 400. 

Autour de moi, le bruit des étudiants qui s’installent, papotent, et semblent faire peu de cas de ma présence. Je tapote le microphone du doigt, racle ma gorge et lance un « Hello everyone, please have a seat so that we can begin ». Ma voix n’a pas tremblé. C’est déjà ça. Pas de réaction dans la salle où les étudiants avancent mollement, dans un brouhaha incompréhensible. Je les observe, mais ne vois qu’une masse sans visage. 

Je décide de commencer le cours, malgré la rumeur ambiante. Je sais qu’en amphi, il est impossible d’avoir le silence complet. Il faut juste que je m’habitue et que je me lance. J’ouvre mon ordinateur, je farfouille dans mes papiers. Je ne retrouve pas mon premier cours. Je ris nerveusement. Wait a second guys. Je sens les regards converger vers moi tandis que je cherche de plus en plus vainement un papier qui n’est manifestement pas dans ma sacoche. Non, pas aujourd’hui! Je ne vais quand même pas improviser 1h30 de cours magistral! La rumeur grandit dans la salle, amplifiée par les volumes démesurés. Une goutte de sueur perle sur ma joue. Il fait vraiment trop chaud ici. 

Et puis ça commence. Un « C’est vraiment n’importe quoi! » s’élève. Suivi d’un « C’est quoi cette prof? » anonyme. Je les prends en pleine figure. OK let’s start, people! Mais personne ne m’écoute. Les étudiants ne sont même pas assis. Ils approchent, m’encerclent, le visage méprisant. Et là, je réalise que je les connais. Ils sont tous là: Ahmed, Toufik, Etienne, Sofiane, et même… non c’est impossible! Jean-Kevin! Tous les élèves qui ont, à un moment ou un autre de ma carrière, réussi à me déstabiliser par leur comportement, leurs mots et parfois leur violence. Ils sont tous là et ils me narguent, Jean-Kevin en tête, entraînant les autres dans leur lynchage public. 

Je n’ai jamais eu aussi chaud, j’essaye de me raccrocher à un semblant d’autorité. Asseyez-vous ou sortez! Merde, c’est sorti en français. J’ai l’impression d’avoir des papiers plein les mains et ne plus savoir qu’en faire. Ils tombent par terre, je les ramasse. Les étudiants n’obtempèrent toujours pas et me regardent m’enliser dans la masse de polycopiés. La pendule indique qu’une heure est déjà passée. C’est impossible. Nous n’avons rien fait. Ils ne sont même pas assis et je ne me rappelle même plus ce que j’étais censée leur enseigner. Ils ont mis au jour l’imposture que je suis et ils le savent. Ils n’éprouvent aucune pitié. Je ferme les yeux un instant, priant pour me réveiller de ce cauchemar éveillé. Et le rire grinçant de Jean-Kevin retentit. 

 

Illustration: Le Cauchemar, Füssli, 1781. 

 

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30 août 2016

Partir en vacances avec 3 enfants de moins de 5 ans

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Si tu lis ce blog régulièrement, genre depuis sa création il y a bientôt 7 ans, il ne t’aura pas échappé que l’année dernière à la même époque, c’était un peu la lose chez les Titcheur. Pour te la faire courte, je passai mon été alitée à compter mes contractions en serrant les ovaires très fort dans l’espoir de ne pas accoucher prématurément de ma puînée (qui, rappelons-le, est finalement née à 4 jours du terme) (oh the irony!). Pendant ce temps, Tendrépoux goûtait les joies de la parentalité célibataire en vacances avec les 2 « grandes » (3 ans 1/2 et 18 mois à l’époque). Il rentra épuisé, cerné et le pied cassé (aucun rapport) tandis que je tentais la méthode Coué en postant des photos de mes pieds dans la litière du chat sur Facebook. La lose totale quoi. 

C’est dire si, cette année, nous avions de grosses attentes quant à nos premières vacances à 5. Et nous n’avons pas été déçus. 3 semaines entre la Bretagne et le sud de la France, tous les 5 ou avec des amis ou de la famille, voilà ce que ça donne des vacances avec 3 enfants de moins de 5 ans (4 ans 2/3, 2 ans presque 1/2 et 10 mois pour être précise). 

La première chose à faire pour être sûr de passer de bonnes vacances, c’est d’être réaliste quant à ce qu’on peut faire lorsqu’on part avec 3 enfants si jeunes. Donc une fois qu’on a bien intégré que les soirées trop arrosées qui se terminent à 4h du matin, les grasses matinées, la plage entre 12h et 16h, le farniente, le petit verre de blanc avec les huîtres qui vont bien à 11H sur le marché, l’apéro dans le bar sur-bondé à la sortie de la plage et la lecture d’un roman ne sont pas envisageables, on pourra profiter des choses qu’on PEUT faire. 

Comme on est de vrais warriors avec Tendrépoux, nous avons même commencé nos vacances avec Marine (d’Une Chambre à moi) (si tu ne connais pas, tu vas là et tu lis) (et puis tu reviens finir ce billet) (faut pas déconner non plus) et Jean-Chou et leurs 3 enfants de 8 ans, 6 ans et 2 ans 1/2. Ouais, 1 semaine avec 6 enfants. Je te raconte pas la logistique. N’empêche qu’on a assuré comme des bêtes et qu’avec une organisation de folie, on a pu profiter à fond de nos vacances tous ensemble. 

Alors oui, il y a un maximum de logistique: préparer les repas de 6 gosses affamés après la plage, les déballer, les doucher, arriver à les coucher, c’était du boulot. Mais franchement, on s’est répartis les taches et ça a très bien fonctionné. J’ai même trouvé que c’était plus cool que le reste de l’année où je m’occupe tous les soirs de mes 3 filles toute seule. C’est dire. 

Les 3 plus grands se sont super bien entendus: ils ont inventé tout un tas de jeux, ont fabriqué une maison pour les fées dans le jardin, et étaient tellement heureux d’avoir le droit de veiller et de faire la fête qu’ils se montraient obéissants quand nous leur demandions quelque chose. La petite dernière a juste été transparente (Royal Baby est le plus choupissime bébé du monde) (objectivité maternelle). Elle a suivi sans broncher tout ce beau monde dans toutes les activités entreprises. N’a jamais râlé sur la plage, même quand elle avait du sable plein la bouche. Seules les 2 petites de 2 ans ont fait quelques étincelles: deux centres de l’univers qui se côtoient d’aussi près, forcément, ça peut faire du bruit.  Nous avons un peu passé la semaine à compter les points entre les « C’est à moi ça ! », « Non à moi! ». Cela ne nous a pas empêché de multiplier les activités (plage, marches sur la côte sauvage, crêpes party, visites, etc) et de refaire le monde en buvant du rosé. 

Le reste des vacances s’est déroulé sur le même rythme. A savoir: se lever tôt (entre 7h et 8h chez nous) (je te raconte pas la grasse matinée de ouf la fois où les enfants ont dormi jusqu’à 8h20) (limite on a cru qu’elles ne respiraient plus tellement ça arrive jamais) (du coup on est allé les réveiller pour se rassurer) (les boulets). 

Aller à la plage entre 9h et 11h30, faire un tour de paddle avec les enfants, nager à tour de rôle pendant que l’autre supervise la construction d’une réplique du viaduc de Millau en sable sur la plage. Nous avons aussi fait des mini-randonnées d’1h avec les enfants qui ont appris à apprécier la marche (bon ok, on avait les 2 petites en sac à dos les 3/4 du temps mais tout de même).  

Déjeuner à midi pétante d’un repas ingénieusement préparé avant le départ pour la plage (tout est dans l’organisation je te dis!). Sachant qu’elles commencent à avoir faim et à le faire savoir à partir de 11h, il vaut mieux que tout soit prêt. 

Puis vient la sacro-sainte SIESTE. C’est important de le souligner car c’est à peu près les deux seules heures de la journée où nous avions un peu de temps pour buller (comprendre: lancer une lessive, débarrasser la table, ranger un peu le bordel ambiant et éventuellement piquer une tête dans la piscine et/ou lire une page de Voici) (enfin « lire », regarder les images)(et s’endormir dessus). 

Le goûter est suivi d’une petite balade sur le port ou d’un tour en vélo ou encore de baignades qui occupent la fin de l’après-midi sans effort. 

Le tunnel 18h-20h n’est pas moins fatiguant en vacances: bain, dîner coucher. Par pudeur vis-à-vis de mes lecteurs nullipares, je ne détaillerai pas ces deux heures là. 

Quand ENFIN les enfants dorment (ou font mine de dormir mais mettent en fait leur chambre à sac) (ce que nous les laissons gentiment faire un peu par démission parentale et beaucoup parce que c’est les vacances merde elles peuvent s’amuser un peu aussi) (en général ça finit dans les pleurs parce que l’une s’est fait mal) (donc en fait on monte 15 fois leur dire de se calmer), quand ENFIN les enfants dorment disais-je, nous pouvons savourer un APERO bien mérité. 

Epuisés par notre journée de fous, le dîner est en général frugal (mais bien arrosé) et c’est sur le coup des 22h que nous traînons nos carcasses rôties par le soleil (après avoir crémé 3 enfants on a un peu la flemme de se tartiner à notre tour) et fourbues d’avoir joué avec les enfants toute la journée jusqu’à notre lit où nous nous endormons sur la page 34 du pavé estival emporté avec optimisme en début de vacances (et dont j’arriverai certainement à bout d’ici 2018). 

Pour résumer, des vacances avec 3 nains c’est fatiguant, c’est beaucoup de logistique, c’est beaucoup (rien que?) des activités adaptés à leur âge, c’est une organisation au cordeau pour ne pas se faire surprendre par ces p*tains de repas qui reviennent toutes les 4 heures, et c’est beaucoup de sport (j’ai du monter l’équivalent de 38 fois la Tour Eiffel en marches d’escaliers cet été). 

Mais c’est aussi des moments privilégiés en famille, c’est voir ses enfants grandir (Maprinchesse est devenue propre en 3 semaines, Royal Baby se met debout, Mamerveille a appris à faire du poney), c’est recharger les batteries côté sommeil (22h-7h, ça fait des nuits plus que correctes non?), c’est finir de perdre ses derniers kilos de grossesse sans effort, c’est profiter à fond des moments pour soi, et se dire avec Tendrépoux que toutes nos galères pour fonder une famille valaient vraiment la peine.

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29 juillet 2016

Hymne à l'amour

 

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Mercredi 27 juillet. Le square est presque vide, déserté par sa population de privilégiés déjà partis en vacances. Mes filles jouent joyeusement et je savoure un moment de calme, assise sur un banc, un vent chaud caressant mes jambes encore bien trop pâles. Juste le temps de dresser un petit bilan, de mettre en mots toutes ces belles choses que je ne veux pas oublier. 

 

Mamerveille a 4 ans 2/3. Elle parle. Tout le temps. Elle conjugue les verbes avec fantaisie, manipule la langue avec volupté. Elle est obsédée par les drapeaux (merci l'Euro de foot) et l'Angleterre et veut apprendre à parler anglais (je n'y suis honnêtement pour rien mais j'admets que je jubile). C'est une petite fille très sociable, très entourée à l'école de filles mais surtout de garçons dont elle préfère les jeux. Sa lubie du moment: faire des "parcours" gymnastiques au parc, imaginés par son père. Elle saute, elle grimpe, elle rampe, elle escalade et glisse. Elle a appris à faire du vélo sans les petites roues en un jour (fierté parentèle bonjour). Et quand elle ne construit pas un château dans le bac à sable, elle sautille gaiement. C'est la joie de vivre incarnée. Bon évidemment c'est aussi une vraie naine capable de geindre ou de piquer des colères pour des broutilles. De répéter "j'ai faim" non stop pendant tout le trajet de retour du parc et de ne s'arrêter qu'une fois à table. Elle aime un peu trop la Reine des neiges à notre goût (quand en serons-nous libérés-délivrés ??) et est complètement obsédée par ses cheveux que je dois coiffer et attacher dès son réveil. C’est simple, quand elle se lève elle tient son doudou d’une main et un élastique de l’autre qu’elle me tend sans mot dire. Mais c'est surtout une petite fille très sensible et douce, qui se laisse gentiment marcher dessus par ses deux petites sœurs qu'elle surprotège et qui se fait des « petits sentis » (sic) de son doudou qu’elle trimballe absolument partout avec elle et qu’elle gardera toute sa vie m’a-t-elle expliqué l’autre soir.

Bref, Mamerveille grandit et a hâte d'être au CP pour être enfin adulte et pouvoir aller seule à l'école (sic). D’ailleurs, elle m’a annoncé hier qu’elle avait épousé Thomas mais que c’était quand même Gaëtan son amoureux. 

 

Maprinchesse a 2 ans. C'est une petite fille espiègle à qui on donnerait le bon dieu sans confession avec son petit carré blond de petite fille modèle et ses grands yeux noirs. Elle a un sourire de canaille qui creuse deux petites fossettes adorables sur ses joues et qui nous fait complètement craquer. Elle est obsédée par les chapeaux, elle aime sortir coiffée d'un béret, d'un bonnet, d'une tiare mais un vieux slip ou un brassard de piscine font aussi l'affaire. Elle commence à bien parler même si la phrase qu'elle prononce le plus est "moi aussi". Elle veut tout faire comme sa grande sœur: elle s'essaye à la trottinette, se hisse sur la pointe des pieds pour appuyer sur le bouton de l'ascenseur, mange seule, et suit Mamerveille dans tous les mauvais coups. Leur lubie du moment: se relever en silence une fois couchées et se rendre discrètement dans notre chambre pour sauter sur notre lit. En général, épuisés et trop heureux de siroter un apéro en se racontant notre journée, Tendrepoux et moi nous congratulons d'avoir des filles si faciles et qui devaient être bien fatiguées pour se coucher sans histoires. Il faut attendre un gloussement plus fort qu'un autre pour attirer notre attention, et nous faire réaliser que les lits des filles sont vides et que notre chambre est à sac. Maprinchesse et Mamerveille sont très proches et se soutiennent mutuellement. Quand l'une se fait gronder l'autre arrive à la rescousse pour la consoler. Nous passons notre vie à être attendris en somme. 

Maprinchesse reste cependant un gros bébé de deux ans. Qui me fait des câlins et des bisous et me dit qu'elle est "le gros bébé de maman". Parce que disons qu'elle n'apprécie pas trop que Royal Baby lui ait chipé la position de petite dernière aussi vite. Tiraillée entre l'envie de faire des trucs de grande trop cools comme sa grande sœur et le regret de quitter le douillet statut de bébé comme sa petite sœur, Maprinchesse a une position délicate dans la fratrie. Heureusement elle a un caractère très indépendant: elle aime jouer seule et se raconter ses petites histoires. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds et au square je dois souvent surveiller qu'elle n'aille pas mettre une raclée au "grand" de 3 ans qui a eu l'outrecuidance de la doubler au toboggan. Là où Mamerveille s'excuse de demander pardon, Maprinchesse fonce dans le tas. 

 

Royal Baby a 10 mois. Sa blondeur et ses yeux bleus détonent par rapport à ses sœurs. Ses yeux! On se noie dedans et je peux passer des heures à contempler les nuances d'azur qui s'y succèdent selon la lumière. Deux petites quenottes ornent son large sourire et elle rit aux éclats quand on l'embrasse dans le cou. Elle marche à quatre pattes depuis quelques jours et découvre le monde avec délice. Elle touche à tout, attrape tout, et est tellement heureuse de cette indépendance fraîchement conquise qu’elle sourit tout le temps. Un vrai rayon de soleil. Elle a un caractère très affirmé: il faut voir les jouets voler à travers la pièce lorsqu'elle en a fini avec ou la cuillère de purée valser quand elle n'a plus faim. Elle n'aime rien tant que de se retrouver au milieu de ses deux sœurs, de leurs jeux comme de leurs disputes. Elle a une très grande complicité avec Mamerveille qui s'occupe beaucoup d'elle. Elles peuvent piquer un fou rire rien qu'en se regardant. Maprinchesse est plus circonspecte à son endroit. Qui est cette chose qui attire tous les regards et qui ne sait rien dire d'autre que des "babo" incompréhensibles? Elles commencent à interagir mais de façon assez épisodique. 

Royal Baby à ses petits gestes de bébé adorables: elle se caresse les cheveux quand elle boit son biberon, s’amuse à attraper ses pieds quand on la promène en poussette et aime prendre son bain avec ses aînées et les éclabousser à grands coups de mains dans l'eau. Mais ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est lécher les chaussures de ses soeurs quand elle arrive à mettre la main dessus. De tempérament farouche, il faut beaucoup de temps pour l'apprivoiser. Il faut compter une bonne semaine pour qu’elle accepte qu’un inconnu (genre son grand-père) la prenne dans ses bras. Ca devrait donner des choses intéressantes à la rentrée quand elle ira à la crèche…  

 

Mercredi 27 juillet. Une journée ordinaire et unique pourtant. Les événements tragiques du mois de juillet n’ont fait que renforcer mon envie de profiter de ces bonheurs simples mais précieux et de les graver dans le temps. Il y a tellement d’amour à donner et à recevoir… 

 

 

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27 mai 2016

Pourquoi devenir prof d’anglais?

 

Je suis ton prof

Il y a quelques jours, le journal le Monde publiait un article édifiant sur la difficulté qu’a l’Education Nationale à recruter des enseignants. Pis, 20% des postes de prof d’anglais ouverts au CAPES en 2015 n’ont pas été pourvus. Quand on pense au taux de chômage qui règne en France, on se dit que c’est quand même un joli gâchis. On lit partout à quel point les profs se sentent mal aimés, à quel point leurs conditions de travail sont de plus en plus difficiles avec des élèves présentant des difficultés de plus en plus compliquées à prendre en charge (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, problèmes personnels, handicaps, etc…). Bref, pas étonnant que ça ne se bouscule pas au portillon. 

Tu me connais, je suis une Titcheur dévouée qui aime son job et rien ne me ferait plus plaisir que de contribuer, à ma modeste échelle, à l’épanouissement des élèves et des professeurs, à la baisse du chômage et à la paix dans le monde. Voici donc quelques excellentes raisons pour que TOI (oui, toi, lecteur en quête de sens), tu cesses toute activité séance tenante et que tu t’inscrives au CAPES d’anglais 2017. 

 

1). Etre prof, c’est bénéficier d’un emploi à vie. Ouais, à vie. Genre on t’enterrera dans la cour de récré. En ces temps de chômage de masse et où il est plus facile de finir un marathon en moins de 2h que d’obtenir un CDI, tu admettras que c’est un argument de poids. Pragmatique, certes, mais réel. 

 

2). Tu as donc un salaire garanti à vie. Alors, oui ok, j’ai pas dit que le salaire était mirobolant mais rien ne t’empêche de faire quelques heures sup’ pour arrondir les fins de mois ou de passer l’Agrégation pour gagner quelques centaines d’euros de plus. Et puis mine de rien, ton salaire augmente régulièrement, ne serait-ce que tous les 3 ans avec l’ancienneté. Même si tu es une quiche à ce que tu fais (je sais, c’est très motivant). 

Teacher-meme-money

 

3). Tu ne gagneras peut-être pas énormément de sous mais tu pourras profiter de toutes les vacances scolaires. Certes, une bonne partie des-dites vacances sera occupée à corriger des copies ou préparer des cours mais, soyons honnête, tu pourras quand même en profiter un peu aussi. Pas pour partir en croisière de luxe au Bahamas (voir point 2), mais quelques jours dans un gîte en Ardèche, ça le fait aussi. 

teachers summer vacations

4). Si tu souhaites te reproduire, c’est aussi le métier parfait pour concilier parentalité et vie professionnelle. Tu pourras voir tes nains le mercredi après-midi, parfois même, si ton emploi du temps le permet, les récupérer à l’école à 16h30. Et profiter d’eux pendant les vacances. Fini le casse-tête de savoir à qui refourguer les mômes en juillet-août! Tu auras le privilège de passer ces deux mois en tête à tête avec tes nains. 

friday mom

5). Tu es fan des Beatles? Tu binge-watches des séries US dès que tu as du temps? Tu kiffes Shakespeare/Jane Austen/ Emily Brontë? Tu envies les Britons d’avoir encore une famille royale? Tu guettes les promo Eurostar pour aller à Londres le plus souvent possible? Un word sur two qui exit ta mouth est en ingliche (et c’est insupportable, tu devrais arrêter)? Et bien, en devenant prof d’anglais, tu pourras vivre ta passion au quotidien et la transmettre à des enfants avides de savoir. Et bim! une séquence sur Game of Thrones en 6ème. Et bam! un cours comparatif entre Cendrillon et Kate Middleton en 4ème. Et paf! un voyage à Bristol avec tes 3èmes. Franchement, l’ingliche est la matière la plus COOLISSIME qui bénéficie en plus d’un fort potentiel attractif auprès des élèves. 

cinderella_royalwedding

 

6). Tu veux faire un métier qui a du sens? Franchement, éduquer la jeunesse de France, leur transmettre ton savoir, les amener à aimer une langue étrangère (voire à la maîtriser, rêvons un peu!), élargir leurs horizons culturels, participer à leur construction en tant qu’adolescents, ça a quand même une certaine valeur non? 

little assholes

7). Tu as de l’énergie et tu aimes les défis? Ca tombe bien. Vu qu’en début de carrière tu as 95% de chance de commencer par des remplacements à droite à gauche dans des collèges ou lycées plus ou moins difficiles, je ne te cacherai pas qu’il faut savoir rester motivé. Mais comme dans tout métier finalement. Et à ceux qui me disent « Franchement, faire un bac +5 pour en arriver là! », je réponds simplement qu’il y’a bien des gens qui font 10 ans de médecine pour finir proctologues. Et, je te rassure, un prof, ça ne voit pas tant de trouducs que ça (c’était la minute poésie de ce billet). 

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8). Tu as adoré l’école quand tu étais petit et tu souhaites transmettre ton expérience? Ou au contraire, tu n’as pas aimé ça et tu voudrais que le système change? C’est le moment d’apporter ta pierre à l’édifice. Beaucoup de gens critiquent l’école, l’Education Nationale et les profs. On se fait traiter de feignasses, on fustige les résultats obtenus, on se plaint du niveau qui baisse et des élèves qui ne respectent plus rien. Eh bien on vous attend les gars! Au lieu de râler et de critiquer, venez nous aider à changer les choses! Venez dans les classes, parlez aux enfants, à leurs parents, aux autres profs. Essayez de faire bouger les choses! Même si ça ne marche pas toujours, même s’il y a des jours où on jetterait bien Jean-Kevin par la fenêtre, il y a aussi des moments de bonheur dans une salle de classe.  

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9). Tu souhaites avoir un peu de reconnaissance dans ton métier? N’en attends pas de la part de l’Education Nationale. Je te l’ai déjà dit, que tu fasses ton métier correctement ou pas, tu progresseras comme tout le monde. Non, la reconnaissance n’est pas là. Elle est du côté des élèves. Quand à la fin de l’année, Kimberley t’offre une tasse avec des coeurs dessus pour que tu puisses prendre ton thé dans la salle des profs. C’est dans le mail d’un étudiant qui te remercie pour ton cours. C’est dans les yeux brillants d’Ahmed qui retient ses larmes à la fin de Romeo+Juliet. C’est dans l’invitation Linkedin d’un élève que tu as eu en seconde et qui a aujourd’hui 21 ans et qui t’envoie un petit message pour te donner de ses nouvelles et te dire que tu as compté pour lui. 

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Ca fait 10 ans que je suis prof. J’ai enseigné en collège, en lycée, en prépa, en fac. En ZEP, en RAR-ambition réussite. En établissement de centre ville ou de banlieue. J’ai croisé des élèves de tous horizons. Je ne prétends pas avoir marqué leur vie à chacun mais je suis aux anges chaque fois que l’un d’eux me donne de ses nouvelles. L’enseignement n’est pas un métier facile mais ce n’est pas une vocation non plus. Ni un sacerdoce. C’est un métier fatigant parfois, ingrat souvent, mais gratifiant aussi. C’est un métier où l’on se remet sans cesse en question, où l’immobilisme est impossible. Franchement, c’est un métier magnifique. 

Alors vas-y, lecteur conquis, les infos pour le concours de l’année prochaine, c’est par là. 

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18 mai 2016

J’ai lu pour toi… Sexpowerment

sexpowerment

Je ne t’ai pas habitué aux chroniques littéraires, ami lecteur, mais là, je n’ai pu résister à la perche tendue par Marine d’Une Chambre à Moi. Sa critique du livre de Camille Emmanuelle, Sexpowerment, m’avait intéressée mais, de son propre aveu, elle n’avait pas eu le courage de terminer le livre et proposait à ses lecteurs de l’envoyer à celui ou celle qui serait intéressé(e) pour en faire une critique. 

Etait-ce le manque de sommeil ou le sujet racoleur? Je ne sais pas, mais je me suis portée volontaire et quelques jours plus tard, je recevais la bête. C’était il y a un mois donc (oui, j’ai mis un mois à le lire, et encore, je trouve que j’ai fait vite) (si tu voyais la tronche de mes nuits et de mes journées tu comprendrais mieux pourquoi il est quasi miraculeux que j’ai trouvé le temps de finir ce livre, encore plus d’en écrire une critique!)(et Tendrépoux n’y est malheureusement pas pour grand chose…)(d’où, peut-être cette lecture un peu olé-olé #psychoàdeuxballes). Bref.  

Le livre se présente comme un essai traitant de la notion de « Sexpowerment » (contraction de sex et de empowerment), que l’auteur définit de la sorte: « Le sexpowerment, c’est intégrer les diverses identités sexuelles et amoureuses; c’est admettre qu’entre adultes consentants, tout est permis dans le sexe; c’est se réjouir de voir que les frontières entre les notions autrefois rigides de féminité et de virilité, entre la norme et le hors-norme, entre ce qui est sale et ce qui est noble, ont bougé; c’est se battre contre les stéréotypes sur la sexualité féminine et masculine; c’est promouvoir une éducation sexuelle pour les jeunes et les moins jeunes; c’est se moquer des culs-serrés, des pudibonds et de soi-même; c’est ne pas prendre les femmes pour des victimes et les hommes pour des dominants; c’est considérer que les questions de plaisir sexuel et de représentation des corps sont des questions intimes, culturelles, mais aussi profondément politiques; c’est intégrer du pluriel, en parlant de sexualités et de féministes. »

Jusque là, rien de choquant. A part le passage sur les « culs-serrés et les pudibonds » que je trouve réducteur, je trouve l’idée plutôt séduisante. Camille Emmanuelle se revendique « féministe sexe-positive » (de l’américain sex positive feminist) qui se traduit aussi par « féministe pro-sexe ». L’auteur souligne d’ailleurs que cette appellation est maladroite car elle sous-entend que les autres formes de féministes seraient « anti-sexe », ce qui est faux. 

Bref, l’idée générale c’est que la libération des femmes passe aussi par une dénonciation des discours et injonctions de la société qui contraignent le corps et la sexualité des femmes comme des hommes. 

J’ai été plutôt séduite par certains passages de ce livre, moi qui me suis penchée sur les gender studies pendant mes études (il faudra un jour reparler de cet amalgame ridicule en France sur la « théorie du genre » qui a fait couler tant d’encre à l’époque des ABCD de l’égalité…). Il y a plein de références très intéressantes à des féministes de la 3ème vague et elle retrace brillamment l’historique des mouvements féministes. Elle souligne d’ailleurs un point auquel j’adhère totalement: il n’y a pas un féminisme mais des féminismes et « adhérer à un mouvement, c’est prendre le risque de devoir accepter, selon la loi de la majorité, des prises de position qui vont à l’encontre de ses convictions personnelles. » Entre le mouvement des Femen, « Osez le féminisme » ou autre girl power il y a parfois un monde. Et pourtant, tous ces mouvements revendiquent à la base une seule et même chose, la défense des droits des femmes. Ils ne sont juste pas toujours d’accord sur ce que cela recouvre. 

Or, à mon humble avis, s’il y a des combats sur lesquels il ne faut rien lâcher (droit à disposer de son corps, lutte contre les violences faites aux femmes, le sexisme et les discriminations sexuelles, entre autres), il me semble qu’il faut également savoir accepter la pluralité des femmes et leur laisser la liberté de choisir ce qu’elles veulent. On peut être féministe et mère au foyer. Ou féministe et catholique. Si, si, c’est possible. C’est pourquoi le discours de Camille Emmanuelle m’énerve un peu parfois. Très axé sur le porno (c’en est presque une obsession par endroit), elle ne semble envisager la sexualité que comme très, voire excessivement, libérée (moi je dirais trash, mais je passerais certainement pour une « cul-serrée pudibonde »). 

Certains passages sont volontairement crus, notamment le dernier chapitre où l’auteur narre de façon très graphique comment elle et son mari « baisent ». Pourquoi pas. Je ne vois pas bien à quoi cela sert (émoustiller le lecteur? illustrer son propos « je parle de cul si je veux et comme je veux »?) et cela m’agace d’autant plus qu’elle dit plein de choses très intéressantes par ailleurs. 

Alors oui, j’imagine que tout le monde serait plus détendu du string si tout le monde pouvait atteindre régulièrement des orgasmes sismiques. Certes, les sex toys sont des inventions sympathiques et font de très jolis cadeaux de première communion. Je conviens également que si certain.e.s s’éclatent à fréquenter les clubs échangistes ou à pratiquer le SM, ils devraient en avoir le droit tant que tout cela est fait dans le consentement. Mais j’ai trouvé pénible, à la longue, cette insistance lourdingue de l’auteur sur ce type de pratiques. Libérer la parole autour du sexe, pourquoi pas. Faire l’apologie du porno comme symbole ultime de la libération de la femme, je couine. 

Il y a d’ailleurs tout un passage qui m’aurait fait rire si ce n’était pas en réalité affligeant où l’auteur explique qu’il ne faut pas s’affoler si un adolescent de 12 ans se balade sur You Porn. Si tu es une jeune vierge effarouchée, tu ignores peut-être que You Porn est le Google du porno où se mélangent films X plus ou moins amateurs et où on en trouve pour tous les goûts. En gros, si ton truc c’est les sexagénaires unijambistes et zoophiles, tu trouveras ton bonheur. Il y a de tout sur ce site, mais pour l’auteur, il faut faire confiance aux ados, ces digital natives qui savent faire la part des choses entre fiction et réalité. Son argument: « Se dit-on: « Oh mon Dieu, mon ado a vu Spiderman, j’ai peur qu’il commence à enfiler un collant ridicule et à grimper sur les immeubles de la Défense? » Non. » Bim! V’la l’argument choc. Alors déjà 1) Camille Emmanuelle n’est clairement pas encore maman, sinon elle saurait que les gamins (même de 12 ans) adoooorent se déguiser en Spiderman et grimper partout et surtout là où c’est bien dangereux et 2) ce qu’un ado peut voir sur les sites du genre You Porn est violent. Vraiment violent. Y a qu’à voir les intitulés des vidéos qui savent vendre du rêve (je vais édulcorer un peu, sinon ça fait saigner les yeux): « Jeune pucelle se fait déflorer par 3 jouvenceaux montés comme des ânes » ou « Grosse escalope qui aime siffler se prend deux bottes dans le fût. » De la poésie pure en somme. L’auteur le reconnaît elle-même et avoue avoir cherché longtemps un porno qui sublime le rapport sexuel. On se doute qu’un môme de 12 ans ne va pas pousser ses recherches cinématographiques aussi loin. Et même s’il sait faire le distinguo entre fiction et réalité, quelle image du rapport homme-femme est systématiquement donnée? Une image où la femme est soumise et subit un rapport souvent douloureux où personne n’a l’air de prendre vraiment de plaisir si l’on en croit les mimiques (ridicules) des « acteurs » et où le seul but semble être d’enchaîner les positions toutes plus inconfortables les unes que les autres. 

Alors c’est quoi la solution? « Le collège propose bien un cours d’éducation sexuelle, mais il est rapide et basique, et centré uniquement sur les questions de procréation et de prévention. » déplore Camille Emmanuelle. J’ai envie de dire que c’est déjà pas mal, même si cet enseignement est très certainement perfectible. Je ne pense vraiment pas que le collège soit le lieu idoine où enseigner aux jeunes ce qu’est le plaisir sexuel et comment se le procurer, à soi-même et à autrui. 

Parenthèse lol: je suis en train de m’imaginer le cours de bio, genre cours magistral, où le pauvre prof de SVT se retrouve à expliquer comment stimuler le point G lors d’un rapport sur son tableau blanc interactif devant une audience qui ricane bêtement. Parenthèse refermée. 

L’auteur suggère que des émissions TV pourraient très bien faire le job, comme en Angleterre où la BBC propose depuis 7 ans un Sex education show. Je partage son avis, pour le coup, car s’il est délicat de parler plaisir et désir sexuel avec ses parents ou ses profs, si les copains de classe ou internet ne sont pas les mieux placés pour expliquer les choses pédagogiquement (tu imagines un tutoriel sur la toupie hongroise toi?), une émission de TV  bien fichue pourrait préciser deux-trois trucs importants (le respect de l’autre et de soi, la notion de consentement, les questions de prévention des MST et des grossesses non désirées, la géographie du sexe aussi pourquoi pas…). Mais pourquoi ne pas tout simplement laisser les jeunes faire leurs propres découvertes? Pourquoi vouloir absolument que chaque rapport, même (voire surtout) le premier, soit exceptionnel? Le sexe, c’est une rencontre entre deux corps qui doivent apprendre à se connaître. Il n’y a pas de manuel d’instruction universel qui fonctionnerait pour tout le monde et heureusement! Il y’a des fois où c’est magique, où la terre tremble tellement c’est bon, mais il y a aussi des ratés, des « je suis pas dans le mood », des alchimies qui ne fonctionnent pas. C’est comme ça. Et ce n’est pas grave. 

La lecture de cet essai, même si elle m’a parfois agacée, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce que dit l’auteur, a au moins eu le mérite de soulever quelques questions auxquelles je n’avais pas encore pensé (pour l’instant, la question qui me turlupine - pun intended - est plutôt de savoir si mes nuits seront complètes, à défaut de torrides). 

J’ai 3 filles. Je compte bien les élever dans l’idée qu’elles peuvent être et faire ce qu’elles veulent et qu’elles pourront aimer qui elles veulent. Je voudrais leur apprendre le respect qu’elles se doivent à elles-mêmes et qu’elles doivent exiger des autres. Je voudrais qu’elles aient une conscience féministe, c’est-à-dire qu’elles sachent que les droits qu’elles ont aujourd’hui ont été chèrement acquis et qu’il faudra toujours être sur le qui-vive pour les protéger. J’espère qu’un jour elles rencontreront un homme qui les aimera pour ce qu’elles sont, non pas en tant que femmes, mais simplement en tant qu’être humain. Parce qu’au final, à mon sens, le féminisme devrait surtout avoir pour but de disparaître: quand il n’y aura plus besoin de défendre les droits de la femme mais qu’hommes et femmes, en tant qu’êtres humains, disposerons des mêmes libertés et des mêmes droits, sans que le sexe n’ait quoique ce soit à voir dedans. 

 

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12 avril 2016

Prof au foyer

Profaufoyer

Mamerveille a 4 ans 1/2. Plus tard, quand elle sera au CP et qu’elle sera une adulte (sic), elle sera médecin à l’hôpital ET pompier. C’est la maîtresse qui leur a expliqué qu’un jour, il faudra qu’ils choisissent un métier. 

Du coup, j’ai demandé à ma fille si elle savait quel était mon métier, à moi sa maman. Réponse lapidaire: 

« Bah, toi, tu restes à la maison et tu t’occupes de nous. »

Certes. Il faut dire que je suis à la maison quand son papa l’emmène à l’école et que c’est moi qui vient la chercher. Autant dire que, dans son esprit enfantin, elle doit s’imaginer que je rentre m’asseoir sur le canapé et que j’attends gentiment l’heure de redevenir une maman pendant qu’elle est à l’école.

Je lui explique donc que moi aussi, je suis un genre de maîtresse, sauf que mes élèves à moi sont beaucoup plus grands et que je leur enseigne l’anglais. 

Mamerveille me regarde, l’air surpris, puis me demande: 

« Non mais tu travailles pas vraiment? »

Bon. Manifestement, ma fille ne se rend pas compte que j’ai repris le boulot. C’est bon signe, me diras-tu, cela veut dire que j’arrive à me consacrer totalement aux enfants quand ils sont là et que j’ai réussi à établir une saine barrière entre ma vie professionnelle et ma vie familiale. Mouais. Pas faux. 

Mais alors pourquoi tous les parents d’élèves, mes amis et mes collègues à la fac pensent-ils que je suis encore en congé maternité? Je sais que celui-ci est particulièrement long pour un 3ème enfant (26 semaines), mais il est terminé depuis février tout de même. 

La réponse est simple en fait. J’ai repris le boulot, oui, mais à distance. Comme je te l’expliquais ici, c’est la solution que nous avons trouvé, mon administration et moi, pour que je fasse mon service sans que cela ne soit trop compliqué par rapport aux étudiants et au recrutement des profs qui m’ont remplacée pendant mon congé maternité. Du coup, je travaille de chez moi. Et comme je n’aurai de place en crèche pour Royal Baby qu’en septembre et que recruter une nounou pour quelques heures par semaine et seulement jusqu’à fin avril (puisque le semestre s’achève à ce moment là) était mission impossible, et bien c’est moi qui garde ma puînée. 

J’ai donc le statut complètement bâtard de prof au foyer. Remarque, dans l’imaginaire collectif, j’ai l’impression que ces 2 fonctions sont de toutes façons interchangeables puisque nous les profs avons déjà des horaires teeeeeeeellement légers que nous sommes assimilés à des mères au foyer déguisées (et payées par la collectivité) puisque nous avons la chance de pouvoir pointer à 16h30 à la sortie de l’école récupérer notre progéniture, leur préparer un goûter 100% home-made, gluten-free, et bio et les emmener s’aérer au parc où nous avons prévu tout un tas d’activités ludo-pédagogiques visant à les faire devenir bilingues en ingliche tout en faisant du toboggan. Et je ne te parle pas de toutes ces vacances scolaires où nous pouvons à loisir emmener nos enfants en croisière aux Bahamas ou au ski à Courchevel grâce à notre indécente augmentation salariale (mon Dieu que vais-je pouvoir faire de tout cet argent??)

Sauf que en fait non. Mais alors, qu’est-ce que c’est qu’un prof au foyer

 

Etre prof au foyer, c’est tout faire avec un bébé greffé sous le bras ou un enfant en mode relou dans les parages: préparer l’organisation de l’année prochaine avec une collègue au téléphone tout en changeant une couche débordante, animer une discussion en ligne avec mes étudiants tout en donnant une purée, lire mes mails aux toilettes pendant que Maprinchesse tambourine à la porte en hurlant « Maman, caca, Maman caca ».

Etre prof au foyer, c’est préparer mes cours pendant les siestes du bébé. Et donc mettre une semaine à préparer 3 activités…

C’est corriger les devoirs de mes étudiants dans la cuisine pendant que Mamerveille me pose mille questions (Pourquoi les pigeons ils peuvent voler et pas moi? Et comment je peux faire pour voler? Et quand est-ce que mes cheveux ils seront aussi longs que ceux de Raiponce? Et pourquoi la belle-mère de Blanche-Neige elle veut la tuer? C’est quoi une belle-mère? and so on). 

C’est répondre aux mails de mes collègues le plus rapidement possible pour leur faire croire voir que je suis au taquet mais jamais entre 18h et 20h, évidemment, puisque c’est le créneau de la mort qui tue où j’enchaîne rentrée du square, bain des 3, dîner des 3 et coucher des 3 (autant te dire qu’à 20h, je ne suis qu’une loque qui n’a même plus la force de se servir un apéro!). 

Etre prof au foyer, c’est n’être tellement jamais à la fac que je ne croise jamais mes collègues et que, du coup, on a un peu tendance à m’oublier lorsqu’une réunion s’organise par exemple. Et à m’oublier tout court (*violons*). 

C’est passer beaucoup de temps à rappeler que oui, oui, j’ai repris le boulot, oui, oui, vous pouvez m’appeler et me demander de faire des trucs et oui, oui, je serai là mardi à 14h sans problème pour le conseil scientifique. 

C’est donc aussi faire croire à tout le monde que, non non y a pas de problème pour être là demain de 10h à 13h, alors que je n'ai aucune idée de qui va garder le bébé (ma mère, cette sainte femme), mais ça, chut, il ne faut pas le dire. 

Etre prof au foyer, c’est passer son temps à se justifier: non je ne suis pas en vacances, oui j’ai du travail, non pas autant que d’habitude mais franchement, avec les enfants, c'est tout comme, oui je reprends à temps plein en septembre, non je ne suis pas en congé parental, je fais cours, même si ça peut paraître virtuel parce que c’est en ligne. 

 

Mais être prof au foyer, c’est aussi avoir le confort de prendre son temps: le matin, je me lève, je prépare le petit déjeuner de mon petit monde, habille les deux grandes pour que leur papa les emmène à l’école et à la crèche, m’occupe du bébé pendant que Tendrépoux se prépare. A 8h20, tout le monde quitte la maison et le bébé est recouchée pour sa sieste. Je suis encore en pyjama, les cheveux en pagaille mais je peux enfin m’asseoir et prendre mon café. Dans le silence. 

Etre prof au foyer, c’est savourer une parenthèse appréciable dans une vie professionnelle qui apparaît un peu comme toute tracée.

C’est ne pas avoir d’abonnement pour le métro. 

C’est ne quasiment jamais prendre le métro d’ailleurs. 

C’est ne plus avoir à rater de cours pour emmener un enfant chez le pédiatre. 

C’est ne plus courir à la fin de la journée pour récupérer les enfants à l’école et à la crèche. 

C’est pouvoir faire la sieste après une nuit moisie à 1) essuyer du vomi, 2) consoler une enfant qui a fait un cauchemar, 3) ramasser une tétine perdue, 4) dormir avec un petit être qui a 40° de fièvre et qui ne veut pas rester dans son lit. 

C’est prendre une grosse respiration avant de plonger dans le grand bain en septembre prochain: 10 TDs par semaine, des cours en ligne, des responsabilités administratives, une grande fille en grande section de maternelle, une moyenne fille chez les « grands » et un bébé chez les « petits » dans la même crèche. Des trajets en métro, des horaires à tenir, des sacs trop lourds, des talons trop hauts, des centaines de copies à corriger. Et le temps qui court avec nous.

Posté par Titcheur à 17:43 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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