Ingliche Titcheur

17 septembre 2017

C’est la rentrée (again!)

 

back to school

Encore une nouvelle rentrée. La même ritournelle: la douceur du papier d’un cahier neuf, le crissement d’un stylo plume, l’odeur tannée d’un cartable en cuir… Pour moi, la prof de service, l’éternelle élève, la meuf qui veut pas quitter l’école, cette époque de l’année est un pur bonheur. Bon, je n’ai tout de même pas fait des rondades de joie en quittant la plage et le soleil, mais disons que je vis plutôt bien le fait de retrouver mon boulot, mes collègues et mes étudiants. Mais cette fois, cerise sur le pompon, Mamerveille rentre au CP, et Maprinchesse en petite section! Mes deux grandes filles me rejoignent dans ce merveilleux royaume qu’est l’Education Nationale. Royal Baby a encore un an de répit (ou à tirer?) à la crèche avant de rejoindre ses soeurs dans ce long parcours qu’est la scolarité. 

Ma grande rentre au CP, donc. Ca me fait tout bizarre de le dire. Et pourtant, elle a bien grandi, je l’ai vu venir. Elle a pris deux pointures cet été et je vais devoir refaire intégralement sa garde-robe (sauf si on me dit que le pantacourt a fait son grand retour). Elle me récite ses premières poésies, déchiffre ses premiers mots et continue de nous poser des questions improbables (comment l’eau arrive-t-elle dans le robinet? par où les escargots font-il caca? …). Son cartable est bien trop grand pour elle mais elle le porte joyeusement jusqu’à l’école tous les matins. 

Ma moyenne rentre en maternelle. Elle attendait ça depuis des mois. A force de m’accompagner pour aller chercher sa grande soeur, elle connaît déjà les lieux par coeur. Elle regarde d’un oeil étonné ses camarades qui pleurent le matin et se sent comme un poisson dans l’eau dans sa classe. Elle a quand même du mal à comprendre comment s’organise sa semaine, entre les grandes journées et les petites journées, les journées où elle voit sa maîtresse tout le temps et celles où elle a ses TAP (on va lui fabriquer un calendrier pour lui expliquer son emploi du temps). Elle est propre de jour comme de nuit, répète à qui veut l’entendre qu’elle est grande maintenant et qu’elle n’a « plus besoin de papa et maman ». Elle distribue toujours câlins et bisous comme du bon pain et garde son odeur de pain d’épice tout chaud de quand elle était bébé. 

Ma petite rentre chez les grands à la crèche. La rentrée à l’école, ce sera l’année prochaine pour elle. Elle est tirée vers le haut par ses soeurs, s’exprime très bien alors qu’elle n’a même pas fêté ses deux ans, est particulièrement dégourdie (surtout quand il s’agit de faire des bêtises) mais on sent que la reprise est rude et que la collectivité n’est pas toujours évidente. La fatigue est là après à peine une semaine (sans compter la morve au nez, mais ça, je me suis fait une raison…). Elle se réveille à 6h30 tous les matins et pète le feu. On doit l’empêcher de sauter partout sur son ballon sauteur (on a des voisins), de faire rouler sa poussette (on a des voisins et un parquet ancien), de jouer au ballon dans le salon (on a des voisins, un parquet ancien et des trucs qui pourraient casser). Bref, on canalise notre petit zébulon comme on peut avant de l’emmener se défouler à la crèche (où là, elle peut y aller!). 

Quant à moi, la rentrée universitaire est demain. Je suis prête. Mes cours aussi (heureusement). Pour la première fois depuis le début de ma looongue carrière (11 ans tout de même), je suis sereine et dans les temps. Tout est prêt. J’ai même le temps de chiader mes powerpoint avec des memes marrants pour faire rigoler mes étudiants. Ou pas. On verra s’ils sont perméables à mon légendaire sens de l’humour. Pour la première fois depuis des années donc, je me sens super ready à reprendre. J’ai même l’impression que je ne ferai pas de cauchemar de pré-rentrée cette année (on en reparle demain matin…).  

La grosse nouveauté, c’est que j’ai décidé d’enfin profiter du seul réel avantage de ma noble profession: avoir du temps pour m’occuper des enfants. L’an dernier, j’étais tellement contente de reprendre après un long congé maternité que je me suis laissé submerger par les taches administratives, les cours tout nouveaux à préparer et des heures supplémentaires que je n’ai pas su refuser. Du coup, j'ai passé l'année à avoir l'impression de tout mal faire: d'être une prof à la ramasse, toujours à l'arrache pour ses cours et une mère fatiguée, peu patiente et pas très disponible. Pour la bienveillance on repassera... Là, j’ai procédé à un énorme travail sur moi-même pour: 

1) annoncer dès le début de l’année que je ne reprendrai pas mes responsabilités administratives l’année prochaine et donc être réellement en vacances à partir du 1er mai prochain! (j’assume) (le jour où ces missions seront rémunérées autrement que par de misérables décharges de cours on en reparlera) (#PRAGpower pour qui comprendra…). Bref, après 6 ans de bons et loyaux services, je laisserai quelqu’un s’occuper du recrutement des 80 vacataires nécessaires pour enseigner nos 250 TD d’anglais pour nos 6500 étudiants… Dorénavant, je me concentrerai sur ma mission première: faire cours, enseigner l'anglais avec toujours autant de passion, améliorer ma pratique, varier mes sujets et approfondir mes connaissances. Et accessoirement, m'occuper de mes enfants au lieu de répondre à des mails à 23h38. 

2) embaucher une babysitter pour faire la sortie de l’école deux soirs par semaine. J’arrête de jouer à la wonderwoman qui enchaîne boulot-métro et deuxième vie (goûter-laver-dîner-coucher des enfants) et je me fais aider. Donc deux soirs par semaine, je n’aurai pas à sortir comme une dératée de ma salle de cours pour piquer un sprint jusqu’au métro et courir à l’école maternelle puis à l’école élémentaire puis à la crèche pour récupérer mes mômes. Ce n’est pas moi qui me pèlerait le jonc à surveiller ma progéniture au parc en plein hiver ces jours là. Au lieu de ça, je pourrai finir de corriger une copie, faire des photocopies, ou des courses, tiens. Leur préparer un dîner sain et équilibré pendant que la nounou les occupera. Soyons fous, peut-être même irai-je juste prendre un pot avec une collègue, voire, sacrilège de mère indigne, aller me faire faire les ongles!  

Il m'aura fallu 2 ans pour admettre qu'accepter de l'aide ne signifiait pas que j'étais une mère irresponsable. J'ai aussi compris que mon métier serait toujours le même, quel que soit mon investissement, alors que mes enfants, elles, franchiront des étapes uniques que je m'en voudrais de rater. Elles sont petites, elles ont besoin de moi et j'avoue adorer les observer grandir et créer leurs liens de soeur. Je veux être là pour les devoirs, pour les confidences de sortie de classe et les secrets de filles.

Bref, cette année, ma devise sera « une prof saine dans une mère sereine ». Ou l’inverse.

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07 juin 2017

Brèves de supermarché

men food

« - Allo, chérie? Oui je suis au rayon frais là, et je trouve rien de ce qui est sur la liste. Le beurre salé, je suis désolé mais je trouve pas, y a du doux, du allégé et du demi-sel mais c’est tout.

- ...

- Ah? C'est la même chose? Mais comment veux-tu que je le sache? Moi je croyais que tu voulais du 100% salé!

- ...

- Ah d’accord. Par contre, ta "crème fraîche semi-épaisse 12% de matière grasse" et bien pardonne moi de te le dire, mais ça n'existe pas! A 12%, j'ai de la crème liquide et la crème semi-épaisse est à 18% mais semi-épaisse à 12%, y a pas.

- ...

- Comment ça "on s'en fout?"?! Attends, moi je suis sympa je fais les courses pour t'aider mais si tu n'es pas précise sur la liste on s'en sortira pas. Et puis si tu t’en fous, pourquoi tu marques tout ça ? 

- ...

- Ne t'énerve pas, chérie. Je voulais juste dire que j'ai besoin d'être sûr que ce que je ramène va aller, on va pas s’engueuler pour de la crème fraîche ! Bon tant que je t'ai au téléphone... pour les légumes, tu as juste écrit « pommes de terre ». Mais j'en prends combien? 

- ...

- Bah je sais pas moi? 2? 50? Je me rends pas compte! Et puis je prends quelle sorte? Des rouges, des jaunes, des rates du Touquet, des bio? 

- ...

- Ok. Donc la prochaine fois, tu notes « pommes de terre de variété Amandine en sachet de 1,5kg » comme ça ça ira plus vite. Et du coup pour les courgettes, c'est pareil, je sais pas quoi faire, moi: 2 kg, ça fait combien de courgettes? 

- ...

- Nan mais reste calme! Je vais demander à la dame de la caisse de les peser. Bon et pour finir, tu as mis "des couches pour le petit". Bon, tu sais que je sais quelle taille il fait et la marque qu'on prend, hein? Mais juste pour être sûr, c'est bien des Huggies taille 2? 

- ...

- Nan mais ça va, je plaisante je savais que c'était des Pampers taille 3! Mais alors du coup je prends le paquet violet ou le jaune? C'est quoi la différence? Les bébés ils ont l’air contents sur les deux paquets... On veut quoi: qu’il soit à l’aise pour jouer ou au sec la nuit? Bon, je prends un de chaque! Putain c'est compliqué tes trucs. 

- ...

- Nan mais je dis pas que c’est "tes" trucs! C’est vos trucs à toi et au petit. Enfin à nous. Enfin tu vois! Je veux juste dire que c'est compliqué ce merchandizing de merde et cette société de consommation à la con! 

- ...

- Ouais ben désolé si je suis pas parfait comme toi! Désolé de pas connaître le poids moyen d'une courgette ou d'être au top sur les crèmes fraîches. Je m'en cogne de la crème fraîche si tu savais! Je bosse la semaine moi.

- ...

- Nan mais je sais que toi aussi tu bosses. C'est juste que je sais pas comment tu fais pour penser à tout ça et te rappeler de tous ces trucs. Pourquoi c'est si important que la crème soit semi-épaisse et pas liquide. Franchement, tu te plains de devoir penser à tout mais tu t’imposes vraiment des trucs débiles parfois….

-

- La quoi ? La « charge mentale » ? Qu’est-ce que c’est encore que ce truc à la con ? Tu as encore lu ça dans un de tes magazines à la noix c’est ça ? Et ça va encore me retomber dessus !

-

- Bon, tu sais quoi, on va en discuter ce soir autour d’un bon vin. Parce que je me rappelle peut-être pas la taille des couches du petit, mais je me souviens que sa mère adore le Volnay. D’ailleurs, j’ai repris une caisse de Chablis, du Prosecco et du Campanil parce que, je sais pas si tu avais remarqué, mais la cave est à sec, on a plus rien à boire. Et c’était pas sur la liste ça. »

 

Toute ressemblance avec une situation réelle serait purement fortuite…

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26 avril 2017

De la politique sur Facebook

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Ceci est une illustration à vocation humoristique et ironique. 

Est-ce cette campagne politique ou est-ce la caractéristique intrinsèque des réseaux sociaux, mais je n’ai jamais lu autant de haine en ligne. Je suis à deux doigts de supprimer mon compte Facebook tellement je n’en peux plus de lire, tous les matins, les postes rageurs, vindicatifs, ou prosélytes de certains de mes contacts. Je n’ose plus dire « amis » car ce terme me semble bien fallacieux quand on parle de gens qu’on ne côtoie plus que virtuellement ou d’amis d’amis dont on voit les posts malgré des réglages de confidentialité pourtant fins. 

J’ai mes opinions politiques. Dimanche dernier, j’ai glissé un bulletin dans l’urne. Puis j’ai vu les résultats. Je n’ai pas à vous dire si j’en ai été satisfaite ou pas, cela ne vous regarde pas et cela ne vous intéresse certainement pas non plus. Evidemment, je suis choquée que le Front national soit arrivé au second tour. Comme beaucoup, la normalisation dont ce parti a fait l’objet me semble dangereuse et je n’adhère pas à ce projet. J’espère de tout coeur qu’il sera rejeté au second tour et massivement. Mais je ne supporte plus les pseudos débats qui ont lieu sur Facebook. Alors les gens qui postent des « statuts »  de 8m de long expliquant à quel point ça vous fait mal au fondement d’aller voter Macron la semaine prochaine, que vous le ferez en vous bouchant le nez tellement il incarne tout ce que vous détestez mais moins que Marine quand même parce que, elle, bon c’est juste pas possible: j’aimerais savoir ce que vous attendez comme réponse? Une médaille parce que vous votez pour quelqu’un qui n’était pas votre premier choix? Mais c’est un peu le jeu d’un scrutin à deux tours, non? 

A ceux qui fustigent les personnes qui pensent ne pas aller voter, à ceux qui vomissent leur dégoût des deux candidats restant, à ceux qui se moquent des gens qui ont pu être convaincus par Macron, à ceux qui méprisent les électeurs qui ont choisi Le Pen, j’ai juste envie de dire: pour qui vous prenez-vous? Etes-vous si supérieurs au reste de la population pour que votre opinion doive s’ériger en vérité? Ne pouvez-vous vraiment pas accepter la pluralité des positions, la différence des parcours et des choix? Pensez-vous vraiment convaincre qui que ce soit par vos discours hargneux en ligne? Avez-vous vous-même changé d’opinion parce qu’un de vos « amis » s’est échiné à vous montrer la voie pendant la campagne électorale? Je ne crois pas. 

Débattre, essayer de convaincre ceux qui voient les choses différemment, oui bien sûr, c’est le socle de la politique. Mais il y a une grosse différence entre exposer des faits et des arguments et pointer du doigt ceux qui pensent différemment de nous. Je suis la première à relayer des articles de journaux ou des interviews que je juge intéressants mais il ne me viendrait jamais à l’idée de traiter mes amis mélenchonistes de fous furieux, mes amis fillonistes de cathos intégristes homophobes, ou mes amis hamonistes (oui j’en ai!) d’idiots patentés. Je respecte leur sensibilité politique tout comme j’espère qu’ils respectent la mienne. 

Les réseaux sociaux ont ouvert un espace de parole vertigineux: on peut afficher sur son mur ses convictions, les crier à la terre entière, débattre avec de parfaits inconnus dont nous croisons le chemin au hasard des algorithmes facebookiens. Liberté d’expression me direz-vous. Certes. Mais le masque de la virtualité fait souvent oublier que, de l’autre côté de l’écran, il y a des personnes qui peuvent être heurtées par la virulence de certains.

Evidemment, je ne suis pas obligée de lire les postes avec lesquels je ne suis pas d’accord, ni de rejoindre une conversation qui me déplaît, mais je me pose la question d’un éventuel effet pervers de ces réseaux sociaux. Je ne crois pas être la seule à saturer de ce débat qui ne s’arrête plus, des rumeurs, des on-dits, des chiffres qui circulent, des commentaires qui les accompagnent. On a beaucoup critiqué cette campagne électorale mais je ne sais pas si le rôle des réseaux sociaux, gigantesques caisses de résonance, a été étudié. Ces lieux où la moindre phrase est décortiquée et commentée, où chacun y va de sa légitime indignation ou de sa diatribe personnelle, me semblent désertés par la raison et la mesure. Cette instantanéité qui ne laisse pas la place à une distanciation critique me fait peur… 

Alors le 7 mai, vous voterez bien pour qui vous voulez (c’est le principe du vote à bulletin secret il me semble). Vous voterez peut-être Macron par conviction, ou par résignation, ou en vous bouchant le nez; vous voterez peut-être blanc, vous ne voterez peut-être pas. Vous voterez peut-être même Le Pen (et je ne serai pas d’accord avec vous mais je ne vous considérerai pas pour autant comme un suppôt de Satan — tout le monde sait que Marine est la fille cachée de Voldemort). Je débattrai volontiers avec vous autour d’un verre de rouge. En personne. Mais pas sur les réseaux sociaux. Pitié. Je préfère encore voir les photos de votre plat du jour ou des vidéos de chatons. 

 

PS: consciente de la teneur hautement controverse de mes propos (je parle de politique quoi), je prierai tout le monde d’être également mesuré et respectueux dans les commentaires. Des coeurs avec les mains.

19 avril 2017

Moi présidente

pin-up-vote

Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, 

Etant donné la médiocrité absolue de cette campagne présidentielle, j’ai décidé de présenter ma candidature à la magistrature suprême. Oui, je sais, le premier tour est dans 4 jours mais je suis sûre de pouvoir vous convaincre que voter Titcheur, c’est voter pour un avenir meilleur (c’est mon slogan de campagne) (désolée, je suis aussi ma propre directrice de campagne, et crois-moi que je vais m’auto-virer tellement je suis mauvaise). Voter Titcheur, c’est voter pour un avenir meilleur, disais-je. Pourquoi? Je vais vous le dire. 

 

1. Moi présidente, plus de guerre, parce que j’interdirai le guerre (ainsi que la mort, la maladie et la famine). Ce sont des mesures fortes, qu’il fallait prendre depuis longtemps mais mes prédécesseurs, ces pleutres, ont tous manqué de volonté. Je ne faiblirai pas. Les Français seront invités à faire l’amour à la place.  

 

2. Moi présidente, puisqu’il n’y aura plus de guerre ni de maladie ni de mort, les budgets de la défense et de la santé seront entièrement dédiés à la lutte contre le chômage. Un plan de formation géant permettra à chaque Français de se former aux jobs du futur (pilotes de drones, designer de vêtements pour robots androïdes, concepteur de panneaux solaires pour éoliennes, …). 

 

3. Moi présidente, puisqu’il n’y aura plus aucun chômeur, le budget de Pôle Emploi sera entièrement ré-investi dans l’Education nationale et dans l’environnement. 

 

3. Moi présidente, en matière d’éducation, mon sujet fétiche par excellence, je promets, et ceci n’est pas dit à la légère, qu’à la fin de mon quinquennat, chaque petit élève français connaîtra ses verbes irréguliers d’anglais par coeur. Et j’aimerais être jugée sur cet engagement. 

 

4. Moi présidente, toujours en matière d’éducation, je revendrai tous les iPads à 800 boules généreusement offert par le précédent gouvernement aux collégiens pour augmenter le salaire des enseignants. Sauf celui des profs de maths. Parce que. 

 

5.  Moi présidente, toutes les machines à café seront remplacées par des modèles performants servant des liquides goûtus. Il y aura d’ailleurs des menus 100% bio à la cantine et des frites à chaque service. 

 

6. Moi présidente, je lutterai contre le terrorisme et l’insécurité. Tout terroriste sera inlassablement poursuivi, jugé, emprisonné et torturé en étant forcé d’écouter la « musique » de Maître Gims en étant pendu par les orteils. Et pour que les Français se sentent plus en sécurité sur leur territoire, je distribuerai gratuitement à chaque foyer des gilets pare-balle et une caisse de Chablis (ça détend). 

 

7. Moi présidente, je lutterai aussi contre ces petites incivilités qui pourrissent le vivre ensemble. Il sera désormais passible d’amendes de prononcer les mots « au jour d’aujourd’hui » et « malgré que », les gens qui crachent par terre seront obligés de lécher leur production à même le sol et les jeunes qui utiliseront encore l’expression « j’m’en bats les couilles » devront se prêter à l’exercice et la vidéo de leur exploit sera postée sur les réseaux sociaux. Cela devrait les calmer. 

 

8. Moi présidente, les uniformes des forces de l’ordre seront désormais roses, couleur beaucoup pacifique et tendance 2017 que ce bleu marine informe. Les magistrats auront droit à des séances de psy gratuites et les juges des enfants auront le droit de tabasser personnellement le pédophile de leur choix. 

 

9. Moi présidente, je mettrai fin au réchauffement climatique. J’installerai la climatisation dans chaque foyer. Celle-ci sera alimentée par un ingénieux système de vélo permettant à chaque Français d’assurer sa propre climatisation, et pour un vélo installé, une glace vanille-chocolat offerte!

 

10. Enfin, moi présidente, la paix régnera dans l’univers. Je nommerai Miss France premier ministre afin de m’en assurer. Je ferai d’ailleurs de l’égalité homme-femme un combat de tous les instants et ma première mesure consistera à surpayer toutes les femmes de 30% dans le privé comme le public afin de compenser des décennies d’inégalités salariales. 

 

Voilà, mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, en 10 points le programme que je vous propose pour redresser notre beau pays. Vous pouvez bien sûr consulter mon programme détaillé sur le site www.jevousaibieneus.com et contribuer au financement de ma campagne en envoyant des pots de Nutella à l’Elysée, vu que je vais y emménager dans 15 jours.

27 mars 2017

Miscellanées de mars

BlogBC9

1 mois que je n’ai pas écrit… et pourtant il s’en est passé des choses! 

Un mois au ralenti. 

Les enfants ont encore été malades, et nous aussi par la même occasion. J’ai même réussi l’exploit de contracter une pneumopathie, heureusement guérie aujourd’hui. Mais comme je ne fais pas les choses à moitié, là je souffre depuis une semaine d’une angine aphteuse. En gros c’est une angine qui se fait un peu suer toute seule et qui décide de ramener des potes relous - des aphtes - qui squattent partout dans ma bouche, sur ma langue, et mon palais et me font pleurer de douleur au moindre contact. Je ne m’alimente qu’avec la plus grande difficulté et commence à m’inquiéter que cela passe un jour (j’ai été sur Doctissimo et y a des meufs qui ont ça depuis des ANNEES) (oui je vais sur doctissimo, c’est mon côté masochiste). C’est viral apparemment, donc à part de l’aspirine, rien. 

Donc ça, c’était en fond de tache tout le mois. J’ai du dépenser le PIB du Burundi en mouchoirs et en sprays buccaux (cherchez plus, les mauvais chiffres de la sécu ce mois-ci, c’est nous). 

 

Un mois intense. 

Pour autant, j’ai bossé comme une folle. Je ne sais pas comment c’est encore possible après 4 ans d’enseignement à l’université, mais cette année, je n’ai aucun cours de prêt en avance. Je dois tout préparer chaque semaine et c’est très long et stressant. Je suis donc en permanence en train de courir après les deadlines et j’avoue sans fausse modestie ne pas avoir encore du improviser un cours faute de temps pour le préparer. Genre l’angoisse n°2 des profs après arriver à poil en cours (ce qui revient symboliquement au même j’en conviens). 

 

Des escape game. 

Je ne sais pas si tu connais ces jeux d’évasion grandeur nature qui fleurissent un peu partout dans Paris. Le concept? Tu as 60 minutes pour sortir d’une pièce dans laquelle tu es enfermé avec tes co-équipiers. Tu dois résoudre des énigmes, trouver des codes, selon des scénarios franchement bien pensés et dans un environnement immersif souvent très réaliste et c’est G.E.N.I.A.L. Ca combine tout ce que j’aime: me creuser les méninges, le suspense, un bon scénario, des énigmes parfois vraiment ardues et ensuite un bon resto avec les copains pour débriefer de nos expériences. 

J’en ai fait 2 jusqu’à présent avec des amis: Mission Impossible et Crime au Cabaret. Je recommande chaudement!

Mais ce n’est pas tout! J’ai aussi eu la chance de pouvoir tester un Learning Scape, à savoir un escape game pédagogique. Le concept est le même mais appliqué aux profs à l’université. Il y a eu un article dans les journaux à ce sujet. C’est vraiment super comme idée et c’est quelque chose que j’aimerais développer en cours: amener les étudiants à travailler en groupe, à collaborer (en ingliche évidemment) pour résoudre des énigmes et avancer dans le scénario tordu que je leur aurais construit. Evidemment, je n’aurai jamais les moyens de re-créer un environnement immersif mais en réfléchissant à un bon scénario sur le monde de l’université, je pense qu’il y a moyen de gamifier ma pédagogie pour reprendre le jargon… 

 

Des « moisiversaires ». 

Non pas qu’ils soient moisis, bien au contraire. Mais Mars est la période où mes enfants grandissent. 

Mamerveille a 5 ans et demi. Elle fait du poney et s’initie à la danse classique. J’arrive toujours trop tôt à son goût pour la chercher à l’école mais le matin elle serre toujours son doudou fort contre elle avant de partir. Elle est douce et patiente avec ses soeurs dont elle adore s’occuper. « Mais c’est à ça que ça sert une grande soeur », me dit-elle souvent. Ma grande fille, responsable et sérieuse. A qui il faut rappeler qu’elle est encore une enfant malgré ses velléités de grandir et de (sic) sortir au restaurant avec ses amies quand elle sera au CP. 

Maprinchesse, elle, fêtera ses 3 ans dans quelques jours. Elle a grandi d’un coup: elle s’exprime très bien, lève un index autoritaire à chaque fois qu’elle veut dire (ou plutôt intimer) quelque chose  et n’a qu’une hâte, celle d’enfin rentrer à l’école maternelle. J’ai fait l’erreur de l’emmener à la mairie pour faire son inscription, pensant lui faire plaisir. La pauvre a longtemps pleuré, s’imaginant qu’elle irait dès le lendemain user les bancs de la petite section. Va expliquer la notion de « euh, encore 6 mois à attendre ma puce » à une enfant qui a déjà du mal à se rappeler ce qu’elle a fait le matin même….

Et puis il y a Royal Baby qui fête ses 18 mois aujourd’hui même. 18 mois déjà qu’elle est arrivée dans notre famille de fous. Elle y trouve sa place sans aucun problème, sait s’imposer avec ses soeurs et réclamer l’attention qu’elle souhaite. Ses grands yeux bleus me déconcertent à chaque fois qu’elle les pose sur moi et ses bouclettes blondes ont laissé la place à un carré de petite fille faussement modèle - sa première coupe de cheveux (j’avoue j’en ai gardé une mèche) (j’ai le droit c’est mon dernier bébé) (et puis ce n’est pas comme si je l’avais rangé dans mon porte-monnaie pour pouvoir le renifler de temps à autre, ça va je suis pas une psychopathe). Elle grandit à toute vitesse, commence déjà à parler, prononce parfaitement les prénoms de ses soeurs et de plein d’autres mots mais s’obstine à m’appeler « Papa ». Je feins d’être offensée, elle éclate de rire. Elle a un an et demi, elle règne sur le monde. 

 

Tendrépoux. 

Je ne t’en parle plus beaucoup sur ces pages. Il faut dire qu’avec tout son boulot, il n’a plus le temps de bricoler et par là même de dégourdir mes zygomatiques. Il bosse autant à la Bourreaux & co qu’à la Slaves & Associates, donc là dessus ça ne me change pas la vie. Il compte toujours ses bobos le matin au lever (tendinite à l’épaule droite, arthrite au genou gauche, péricardite, cancer de l’oreille et j’en passe). Je m’inquiéterai le jour où il se lèvera sans me dire qu’il a mal quelque part. 

On est crevés tous les deux, conscients d’être « dans le dur «  en ce moment. On tient la barre ensemble et quand l’un des deux craque, l’autre est toujours là pour prendre la relève. C’est bon de savoir que l’autre est là pour soi. Malgré la fatigue, les nuits super pourries, les maladies à répétition, les réveils à 5h30, les enfants à gérer tout le temps, la logistique permanente, je sais qu’il me regarde avec bienveillance et il sait que c’est réciproque. On est pas du tout au top de notre forme, avec ma bouche en putréfaction, je suis tout sauf glamour: notre couple en pâtit forcément un peu car nous n’avons pas beaucoup de temps pour nous. Mais quand on arrive à voler un déjeuner en amoureux ou une soirée, voire un week-end, on retrouve, intact, le petit bijou qu’est notre couple. Et on se dit qu’on a bien raison de ne pas céder à la facilité des engueulades liées à la fatigue ou des reproches qui pourraient aisément fuser. Pas facile d’être parents de 3 jeunes enfants, mais si on garde de vue la raison première de leur existence (notre amour indéfectible), ça aide à garder le cap. 

Je pourrais être pigiste chez Marie-Claire ou Biba, tiens, avec tous ces bons conseils matrimoniaux…

 

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26 février 2017

Que faire avec 3 enfants en bas âge à Paris pendant les vacances? (petit guide de survie)

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Les vacances sont terminées depuis déjà une semaine dans la zone C. En tant que titcheur, l’un de mes nombreux avantages (outre le salaire indécent et la voiture de fonction) est de pouvoir bénéficier des vacances scolaires, ce qui est très pratique quand on a des enfants scolarisés. Bon, en vrai, comme je titche à la fac, je n’ai qu’une semaine sur deux à chaque « petites » vacances (shocking!), donc il faut tout de même occuper Mamerveille, 5 ans 1/2, 1 semaine par période de vacances. Cette année, elle a eu la chance de passer 8 jours au ski avec ses grands-parents et ses cousins et en a profité pour décrocher son flocon haut la main (fierté maternelle, larmichette d’émotion au coin de l’oeil). 

Bref, cette année, j’ai passé une semaine entière avec mes trois filles à Paris. Pas question de partir seule avec les trois, d’autant que la veille des vacances on me diagnostiquait une pneumopathie. 

Parenthèse médicale: une pneumopathie c’est une infection des poumons. Pour ma part, c’est une trachéite qui a dégénéré en bronchite qui a dégénéré en pneumopathie. Je trainais donc cette m*rde depuis Noël et ne comprenais pas pourquoi j’étais aussi épuisée. Je toussais tellement depuis deux mois que je m’étais déchiré un muscle intercostal et que je ne dormais plus la nuit. C’est donc sur les rotules, avec deux de tension que j’ai commencé ces vacances de février. Autant te dire que j’appréhendais un chouïa de devoir m’occuper de mes trois furies petits anges pendant 7 jours entiers. 

En temps normal, si j’avais été en forme, j’aurais organisé un super programme pour faire de ces vacances un moment exceptionnel dont mes filles se rappelleraient toute leur vie (rien que ça). Pour Royal Baby, j’avais prévu des séances d’éveil à la gym chez Gymboree au Jardin d’acclimatation. Pour Maprinchesse, c’était une virée mère-fille à la cité des Enfants à la Villette et divers spectacles adaptés à son âge, repérés sur internet. Et j’avais envisagé des séances de cinéma et des ateliers au musée pour Mamerveille. Le tout entrecoupé bien sûr d’après-midis où on aurait invité leurs amis à jouer à la maison et où j’aurais géré toute cette petite troupe avec l’énergie et le sourire d’une bonne Wondermaman. 

Sauf que quand ton but premier dans la journée est d’éviter de te casser une côte à force de tousser et espérer que tes 3 enfants synchronisent leur temps de sieste pour que tu puisses te reposer toi aussi une petite heure, tout ce vaste programme s’avère peu réaliste. 

Alors j’ai renoncé. Je ne me suis fixé absolument aucun objectif, aucun défi. Pas de programme pédagogico-montessorien, pas d’activité démesurément ludique, aucun horaire imposé, aucune contrainte si ce n’est celle des repas. Rien. J’ai laissé les filles jouer à tout ce qu’elles voulaient à la maison. Elles m’ont retourné leur chambre à plusieurs reprises mais j’ai aimé les regarder redécouvrir des jouets oubliés au fond d’un coffre et s’inventer des jeux toutes les trois. Leurs interactions étaient fascinantes et, en toute honnêteté, le fait qu’elles puissent s’occuper toutes seules pendant 1 heure me permettait de m’allonger un peu et de souffler. Les dessins animés étaient aussi autorisés et j’ai été contente de constater à quel point elles étaient déjà raisonnables puisqu’elles demandaient d’elles-mêmes à éteindre la télévision quand elles en avaient assez. Les premiers jours, nous sommes restées à la maison. Je les ai juste sorties le matin au parc, profitant des premiers rayons du soleil parisien. Assiste sur un banc, le visage frappé par un doux rayon annonçant déjà un printemps pourtant encore lointain, je les laissais s’ébattre, glisser sur le toboggan, se rouler dans le bac à sable et bouffer de la terre si l’envie leur en prenait. Elles ont fait de la trottinette, du vélo, de la draisienne. Elles ont couru après des bulles de savon, se sont renversé le produit dessus, et ont pleuré parce qu’il n’y en avait plus. Elles se sont déguisées, ont joué aux Playmobil, ont fait des puzzles et des dessins. Elles se sont disputé aussi, ont pleuré, ont réclamé « les bras, maman ». Elles ont peint, découpé, collé. Elles ont joué à la poupée, à cache-cache et à la dînette. Nous avons fait des jeux de société (il en existe dès l’âge de 2 ans, comme le jeu du verger par exemple). Nous sommes prises en photos. Nous avons mis la musique à fond et avons chanté à tue-tête. Nous nous sommes faits d’énormes câlins et des batailles rangées de jets de peluches. 

Les journées se sont enchaînées en douceur. La seule contrainte à laquelle je n’ai pu échapper était celle des repas: le déjeuner et le dîner devaient être pensés et préparés bien à l’avance afin qu’il n’y ait plus qu’à les réchauffer à notre retour de promenade et en fin de journée. Mes enfants sont en effet un peu comme des Gremlins: si je ne les nourris pas à heures fixes, elles se transforment en monstres sanguinaires. 

J’essayai juste de donner un côté un peu festif à ces vacances parisiennes. Oh, il ne m’a pas fallu grand chose: une crêpe party pour le goûter, des séances de maquillage et de déguisement, des bains moussants, un spectacle de Guignol et un tour de manège. Rien de rare, mais cela a suffi à enthousiasmer mes trois petites. 

D’ailleurs, je recommande vraiment le maquillage Snazaroo: plein de couleurs, pas de paraben ni de saloperies allergènes (produit très bien toléré par la peau des enfants) et qui s’enlève à l’eau, ce qui est bien pratique. Il y a un livret avec des idées de maquillage et les étapes pour y  parvenir. Les enfants ADORENT et je dois avouer que Tendrépoux et moi nous disputons parfois le pinceau pour donner libre cours à notre créativité… 

Côté boulot, je n’ai absolument RIEN foutu. Mais alors rien du tout. J’ai juste lu les quelques mails qui m’ont été envoyés mais n’y ai pas répondu. J’ai résisté à l’envie de préparer des cours ou de corriger des copies. La seule lecture que j’ai commencé (mais pas fini), c’est celle d’un BIBA (je sais, j’assume). Je me suis entièrement consacrée aux enfants, bien consciente que si je commençais à me mettre des impératifs de boulot, je n’allais pas supporter leurs incessantes sollicitations. J’ai bien fait car, en effet, elles m’ont beaucoup sollicitée. Les journées étaient tout de même denses et je dois avouer que je n’ai eu aucune peine à trouver le sommeil le soir venu.  

Au final, ces vacances complètement non exceptionnelles se sont super bien passées. J’ai réussi à récupérer, les filles se sont reposées et je pense sincèrement que le fait de ne m’être pas mis la pression m’a permis d’être plus cool avec elles et de dédramatiser le fait de ne « rien faire ». Parce que finalement, c’est ça le sens du mot vacances, non? Faire le vide, alléger son quotidien, s’affranchir le plus possible des contraintes. C’est peut-être plus facile à faire sous les cocotiers ou dans un bar d’altitude à Serre-Che. Mais ça marche aussi en restant chez soi.

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27 janvier 2017

Mes étudiants - cuvée 2017

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Ils sont ma raison d'être. Littéralement. Sans eux, je n’existerai pas c'est aussi simple que ça. A-t-on jamais vu un être humain sain d'esprit pérorer pendant des heures face à des tables vides, gesticulant, gribouillant quelques notes au tableau et se retournant théâtralement devant des chaises inoccupées? Si, peut-être quelque candidat à des primaires électorales en manque cruel de notoriété lors d'un meeting raté.

Bref. Sans étudiants, pas de prof alors que l'inverse n'est pas nécessairement vrai. Laisse moi te présenter quelques personnalités croisées ce semestre à la fac.

 

Le retardataire

Il arrive en retard de 10 minutes car il "n'a pas trouvé la salle madame". Il s'assied un peu bruyamment, encore essoufflé et sort ses affaires avec précipitation. Son téléphone sonne, ajoutant à sa confusion. C'est à ce moment là que je lui demande: "Mais qui êtes-vous?"

Nous sommes le 13 décembre, soit l'avant-dernière semaine du semestre. Je n'ai jamais vu cet étudiant en cours et suppute qu'il doit être inscrit sur ma liste et que, bien que n'ayant jamais fait acte de présence, il s'inquiète subitement de ce qu'il pourrait y avoir à réviser pour le partiel de la semaine prochaine. Que nenni. Le jeune homme se lance dans une tirade m'expliquant qu'il vient de s'inscrire dans notre université et que par conséquent il se rend bien compte qu'il a raté quelques cours (euphémisme) mais qu'il veut quand même passer des examens même s'il sait que ça va être difficile (litote). C'est sur que réviser un semestre de travail dans toutes les matières en une semaine et sans une page de cours, ça va être un peu chaud cacao (métaphore). Et puis l'anglais, on sait ce que c'est hein! Un petit sujet d'expression écrite qu'on peut improviser sur le coin de la table sans avoir suivi un cours (ironie). Après tout ça se saurait si les cours de langue étaient pensés selon une progression pédagogique bien précise (antithèse). C'est pas comme si la prof (bibi en l'occurrence) avait passé des heures à penser sa séquence, à dégoter les documents les plus adaptés, à les didactiser, à imaginer des activités créatives et originales pour que ses étudiants travaillent des compétences bien ciblées (re-antithèse). Et puis une copie de plus ou de moins à corriger ça ne fera pas de différence hein?

 

La malade

Elle arrive essoufflée et en larmes avec 30 minutes de retard. C'est le jour de l'examen. Livide, les joues encore humides, elle me souffle dans un sanglot: "Je sus désolée madame, je sais, je suis en retard, mais je suis malade. " Alors que je m'inquiète de son état et lui tapote l’épaule dans un geste réconfortant, elle prononce les deux syllabes qui fâchent : "ga-stro". Je retire ma main de son épaule et arrête de respirer. Je la regarde scanner la pièce à la recherche d’une place libre et peine à contenir un « non pas là! » instinctif lorsqu’elle s'installe à la table juste devant mon bureau. Elle respire bruyamment, se dandine sur sa chaise et pousse des soupirs de malaise pendant 20 bonnes minutes avant de se précipiter dehors et de revenir un bon quart d'heure plus tard, verte, en m'expliquant qu’elle ne va pas pouvoir rester jusqu'au bout. Sans blague. Elle plie ses affaires en réprimant un haut-le-cœur et prend congé sous le regard interrogateur des ses camarades, innocents dans leur ignorance. Après son départ, je me frotte frénétiquement les mains avec le gel hydroalcoolique qui ne me quitte jamais et envisage de brûler la copie qu'elle m'a tout de même rendue. J’imagine la pauvre jeune fille, malade, mais devant reprendre son RER pour rentrer chez elle et agoniser sous sa couette, angoissant à l’idée de rater tous ses partiels. Je lui envoie un email rassurant pour lui proposer de rattraper son examen ultérieurement, lui rappelle de bien consulter un médecin pour avoir un certificat médical expliquant son absence et lui conseille de se reposer pour guérir au plus vite. Et de bien rester au chaud. Chez elle.

 

Le négociateur

Il m’a écrit un email. Et puis un deuxième. Mais comme mes réponses ne le satisfaisaient pas, il sollicite un entretien en personne, « pour mieux vous expliquer ma situation madame. » Sauf que sa situation était déjà parfaitement claire dans son premier mail (de 100 lignes). Ainsi que dans ses deuxième et troisième mails (de 400 lignes). Il a 12,5 de moyenne en anglais ce semestre. Or il lui faut impérativement 14 pour présenter un dossier de master 2. Il sait qu’il a des lacunes mais il a vraiment beaucoup travaillé, et puis il a un job à côté pour payer ses études et il fait aussi du théâtre alors il n’a pas beaucoup de temps pour ses études. Et puis l’anglais, c’est une matière mineure, hein. Il trouve que, quand même, je note sévèrement et que ses copies méritaient bien plus que les notes que je lui ai mises. D’ailleurs vous êtes sûre que vous avez bien lu cette phrase là, non parce que j’ai bien mis le « s » à la troisième personne, hein, c’est juste que j’écris pas très lisiblement. Il ne voit pas pourquoi je ne pourrai pas lui rajouter quelques points sur sa moyenne. Ca ne va pas changer ma vie, mais lui, ça fera toute la différence. Non, ce n’est pas ce qu’il dit à tous les profs. C’est juste en anglais qu’il lui faut 14. C’est bête, quand même, vous trouvez pas madame ? Franchement, vous pourriez faire un petit effort.

Le négociateur est reparti avec sa moyenne de 12,5 et quelques réflexions bien senties sur les notions d’effort, d’équité, d’exigence de niveau et de respect dû aux enseignants. Je crois qu’il a aussi appris une nouvelle expression anglophone. WTF.

 

La surdouée

Elle est en double cursus droit-études moldaves. Elle travaille à côté bien sûr car elle vient d’un milieu modeste et sa bourse ne couvre pas tous ses frais. Elle veut présenter un dossier pour partir en séjour ERASMUS l’année prochaine et du coup, elle aimerait bien débuter le portugais en plus de ses cours d’anglais car elle rêve d’aller à Lisbonne. Elle rend des travaux impeccables et toujours à l’heure. Elle n’a été absente qu’une seule fois dans le semestre et elle me prie de l’excuser mais sa maman est décédée le mois dernier, d’ailleurs voici le certificat de décès, mais je vous promets madame, je vais rattraper votre cours. Elle s’investit dans l’association de théâtre de la fac car elle trouve ça passionnant et me demande si elle peut proposer des activités théâtrales pour mon cours d’anglais oral car elle a de supers idées. Je regarde ce petit bout de femme d’une vingtaine d’années, éblouie par tant d’énergie, de motivation, de passion, de projets. Cette femme ira loin, me dis-je, très loin. Rien ne l’arrêtera.

 

L’étudiant lambda

Je le croise dans un couloir. Je sais que je le connais car il me sourit et me dit bonjour. Je ne sais pas s’il se rend compte que je n’ai absolument aucune idée de qui il est ni dans quel cours il est mais j’espère que mon sourire franc et mon salut dynamique donneront le change. Je fais un effort surhumain pour noter un détail physique qui me permettra de l’identifier la prochaine fois. En vain évidemment. Il fait partie de mes 350 étudiants ce semestre, et à moins de me faire son exposé à poil, il y a peu de chance que je me rappelle de lui avant la fin de l’année. Il s’assied au milieu de ses camarades, 2 rangs avant le fond de la pièce. Fondu dans la masse, caché derrière l’écran de son ordinateur ou la tête penchée sur ses notes, il participe peu et évite mon regard quand je pose une question. Dans les activités de groupe il reste un peu dans son coin mais pas assez pour que je le remarque et l’encourage à s’investir davantage. D’ailleurs, il est en général une fille. Car les hommes sont rares dans les matières enseignées dans ma faculté et par conséquent je me rappelle plus vite d’eux.

Elle traverse ma vie sans y laisser de trace particulière. Elle s’appelle Léa, Manon ou Sara. Elle est brune et enveloppée dans une grande écharpe de laine. J’aimerais bien la connaître mieux car je sais qu’elle est fascinante. D’ailleurs c’est en général quand je lis sa copie que je réalise qui j’ai devant moi : un esprit fin et pertinent qui s’exprime avec clarté. Elle se livre un peu, ouvre la porte vers son monde et je la découvre le temps d’une correction. Le temps de m’apercevoir que, décidemment, il y a des frustrations dans ce métier où on abat des heures de cours devant des publics anonymes et trop nombreux…

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10 janvier 2017

Non aux cadences infernales!

Dumbledore

Je crois que mon corps essaye de me dire quelque chose... 

Depuis deux semaines, j'ai mal au dos. Au début ce n'était qu'un léger pincement dans les lombaires. Puis progressivement la douleur s'est accrue, m'obligeant à rectifier mes postures, bien plier les genoux quand je me baisse, et maintenant je ne me lève plus d'une chaise sans me soutenir le dos dans une grimace de douleur, le moindre changement de position est une torture et non je ne te parle pas de ma vie sexuelle, idiot. Donc je crois que mon corps essaye de me dire quelque chose. Genre "Stop!" ou "Va te coucher!" (Lol). 

Il est vrai que je tire peut être un chouïa trop sur la bête. C'est pas moi qui le dit mais la dame de 55 ans qui est dans mon cours de yoga et qui m'a dit ce matin même: « Mais tu n'en fais pas un peu trop?" Alors qu'on ne se connaît ni des lèvres ni des dents comme dirait l'autre.

Au boulot c'est pareil. Tout le monde me dit que je suis "très énergique quand même". Le "quand même" m'invite à penser que ce n'est pas forcément une qualité. Certes, je cours tout le temps, et quand je marche, c'est d'un pas pressé et bruyant. Je n'y peux rien, je déteste perdre mon temps et tout déplacement donne lieu chez moi à une activité parallèle. Genre je suis en train d'écrire ce billet dans le métro car c'est du temps gagné. Quand je plie mon linge, j'en profite pour appeler la banque, quand je fais les courses j’ai au moins une copine au téléphone en même temps (quand ce n’est pas une conf’ à trois) (et non je ne te parle toujours pas de ma vie sexuelle, cochon) et quand je fais mon yoga, je prépare mes cours mentalement comme je te le disais pas plus tard que la semaine dernière (et là je place discrètement le fait que je tiens à fond ma résolution numbeur fwoui). Donc en gros je ne m'arrête jamais. La nuit non plus puisque je te rappelle que je suis pourvue de 3 exquises petites filles qui, quoique faisant mon bonheur quotidien, n'en pourrissent pas moins très (trop) régulièrement mon temps de récupération nocturne à moi que j’ai. Je ne te parle même pas des exigences nocturnes de Tendrépoux qui empiètent aussi allègrement sur mon sommeil (elle était là la parenthèse sur ma vie sexuelle, j’espère que tu as aimé, tu n’en sauras pas plus). Et puis dormir, c'est tricher, on dormira quand on sera mort, comme disait je sais plus qui mais certainement quelqu’un de très bien.  

Mon corps semble donc avoir pris les commandes. Il se rebelle, il se rebiffe, il refuse d'obtempérer. Tiens toi bien, je n'ai même pas pu faire une charrue ou même me tenir en position du fœtus au yoga ce matin. La te-hon absolue. Mon corps me lâche, mon corps est dans la rue (au sens figuré hein, va pas te faire des idées!), mon corps ne veut plus avancer, tape du pied et est a deux doigts de se rouler par terre en hurlant. Mon corps manifeste avec une pancarte "Stop aux cadences infernales!" Mon corps ne veut plus négocier, il passe en 49.3. 

Alors plutôt que d'écouter la petite voix culpabilisante dans ma tête qui me dit d’avaler quelques anti-inflammatoires, d'enfiler un corset et de me remettre à ma préparation de cours, je crois que pour une fois je vais l'écouter, prendre rendez-vous chez l'oestéo ou le premier rebouteux venu puis rentrer chez moi prendre un thé bien chaud, me vautrer, bien calée dans des coussins, dans le canapé et mater la dernier saison de Grey's Anatomy. Et je crois que mon corps réclame aussi des cookies home made. Ou des Oreos. Je suis pas sûre, je suis pas très habituée à l'écouter.  

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01 janvier 2017

(Modestes) résolutions pour 2017

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En exclusivité, ta Titcheur, (modestement) sublime dans sa (modeste) tenue de soirée, lors de ses (modestes) agapes pour le passage à 2017. 

 

Je te souhaite une merveilleuse année, fidèle lecteur! Que 2017 te soit douce et profitable. Qu’elle t’apporte joie et prospérité, santé et sérénité, nuits non interrompues et journées bien remplies. Que tes amours soient solides et tes amitiés exaltantes. Et vice-versa. Que tes finances soient inversement proportionnelles à tes soucis (ou tes kilos en trop) (chacun ses soucis). Que tes mayonnaises prennent, que ton vin ne soit jamais bouchonné, que ton petit orteil ne heurte jamais un coin de table, que personne ne te dérobe ton précieux, et que la gastro évite ta demeure pour les 365 prochains jours. Mes voeux sont modestes, je sais, mais tu penseras à moi à chaque fois que tu ouvriras un bon Maranges.

Pour ma part, voici mes résolutions pour 2017: 

Résolution n°1: prendre des résolutions tenables. L’an dernier je te faisais doucement rigoler avec mon projet de perdre mes kilos de grossesse en suivant les cours de fitness de Tracy Anderson dont les vidéos sur Youtube sont à la gymnastique ce que les sandwiches SNCF sont à la gastronomie. Cette année, je serai plus modeste. Déjà parce que je n’ai plus de kilos à perdre (j’en rougis de modestie) mais que ce n’est pas grâce à Tracy Anderson qui devrait plutôt se recycler dans les forces spéciales irakiennes pour aller faire peur à Daesh en Syrie tellement ses vidéos sont une torture pour le corps. Mon secret minceur (*voix de pouffiasse insupportable*)? M’occuper de mes 3 enfants en bas âge tout l’été dans une maison de vacances à 3 étages. En plaçant judicieusement la table à langer au dernier étage et en multipliant les montées d’escaliers, tu grilles approximativement 3012 calories. Accompagné d’un régime strict à base de spritz et de pâté de tête, tu perds 4 kilos en 3 semaines. Ne me remercie pas, j’aime contribuer au bien-être de mon prochain (t’ai-je déjà dit que Modeste était mon deuxième prénom?). 

Résolution n°2: lire. Un peu. Quand j’ai le temps et l’envie. Pas de pression. L’an dernier je publiai à la fanfaronnade une liste de livres que je n’ai donc absolument pas lus. J’en suis toujours page 273 des Versets Sataniques de Salman Rushdie et je m’endors systématiquement à la même ligne et à 22h14. L’intégrale de Sherlock Holmes attend sagement son heure sur mon chevet et j’ai le projet de lire le dernier Harry Potter, of course, mais aussi City on Fire (reçu à Noël… 2015…). On en reparle en 2021 donc. 

Résolution n°3: continuer le yoga avec assiduité. Depuis la rentrée je prends des cours de yoga toutes les semaines et c’est une révélation! 1 heure trente minutes de bonheur intégral, de relaxation spirituelle et physique d’où je ressors le corps et l’âme dénoués. Respirations, étirements, postures, torsions s’enchaînent et pendant ce temps mon cerveau bouillonne. Bizarrement, je ne déconnecte pas du tout: je prépare mes cours mentalement, organise mes journées dans ma tête pendant que mon corps suit la mécanique du yoga.  Chien tête en bas, mon cours du jeudi prend forme. Posture du cobra, j’imagine une activité linguistique innovante (rien que ça). Posture du triangle, je réalise qu’il me manque un exercice de vocabulaire pour préparer mon atelier d’écriture créative du vendredi. Et ainsi de suite jusqu’à ce que ma semaine de cours soit mentalement prête. Physiquement, les bien-faits sont énormes: je n’ai plus mal au dos depuis que je pratique ce sport et les deux semaines d’interruption des vacances (et mes lombaires) me rappellent à quel point le yoga me fait du bien. Vivement mardi donc et Namasté à tous! 

Résolution n°4: écrire plus régulièrement. Au moins deux billets par mois (elle est loin la période où je t’écrivais un calendrier de l’avent bloguesque, soit 24 billets en 24 jours, hein? J’étais si créative (et nullipare…) à l’époque!). Si tu savais le nombre de billets commencés dans ma tête et jamais mis à l’écrit faute de temps, tu m’en voudrais beaucoup, toi qui adore te délecter de ma plume à tes heures perdues (modestie, je crie ton nom). J’aime pourtant tellement écrire, mais là encore, faute de temps, je dois prioriser. Et bizarrement, écrire un billet arrive loin  (très loin) derrière faire les courses, préparer à manger, récupérer les enfants, s’occuper des enfants, torcher les enfants, nourrir les enfants, laver les enfants, sortir les enfants et accessoirement bosser. 

Résolution n°5:  chérir Tendrépoux. Parce que cette année on fête nos 10 ans de mariage tout de même. Tes idées cadeaux sont les bienvenues en commentaires (pas sur Facebook, il lit la page!). Il m’offre un voyage surprise, va falloir rivaliser. Donc à part l’adorer pour les 364 prochains jours, il va falloir que je me creuse le ciboulot pour célébrer mes 10 années d’union à cet être exquis qui illumine mon quotidien et me fait bidonner chaque fois qu’il se saisit d’un outil pour bricoler. 

Résolution n°6: profiter des enfants. Je ne te soulerais pas ici sur le fait que j’idolatre mes enfants, que je les adore, que je les aime plus que tout, comme un fou comme un soldat comme une star de cinéma toussa toussa. Soit tu n’as pas d’enfants et tu t’en fous. Soit tu as des enfants et tu vois de quoi je parle mais tu t’en fous quand même. Dans les deux cas tu as bien raison.

Je vais m’arrêter là sur les résolutions. Si j’arrive à m’y tenir ce sera bien. Verdict dans 364 jours.

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07 décembre 2016

Taupe modèle - final

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Cela fait un moment que je veux écrire ce billet. Comme tu le sais puisque tu lis ce blog religieusement tous les jours (oui, même les jours où je n'écris pas, c'est à dire à peu près 345 jours par an, je comprends ton addiction, moi-même j'avoue une compulsion incompressible pour les pages nécrologies du Figaro, c'est mon petit plaisir coupable quotidien et ça me rappelle ma chance d'être en vie), comme tu le sais disais-je, je suis une ancienne taupe. J'ai passé 30 ans de ma vie avec des lunettes et des lentilles. Mais ça, c'était avant comme le dit la pub. Depuis je me suis fait opérer de la myopie et je t'ai raconté cette immersion furtive dans le monde de la charcuterie avec force détails ici. Et comme tous les opérés, je m'esbaudissais de façon assez insupportable sur ma vision bionique (ta mère) (blague poétique numéro un). 

Mais pour être tout à fait honnête, il faut que je raconte la suite maintenant, ne serait-ce que par devoir moral envers tous ceux qui envisagent de se faire opérer ou ceux pour qui l'opération n'a pas été le succès espéré. Parce qu'en fait ma vision à l'œil droit s'est assez vite détériorée. Rien de méchant, hein, on est loin de l'œil de verre et du bandeau de pirate mais disons que les mois qui ont suivi l'opération, ma vision n'était pas très nette, surtout en cas de lumière faible. Je t'entends déjà ricaner, fourbe que tu es: « Dans le noir on voit rien c'est normal, elle a pas inventé l'eau tiède la Titch! »  Évidemment, sot! Par lumière faible, j'entends les lumières artificielles type néon ou lumière de fin de journée en novembre par temps de bruine. Bref dans les couloirs du métro ou de la fac, j'avais du mal à voir. La nuit c'était encore pire. Conduire de nuit par temps de pluie était aussi raisonnable pour moi que d'aller se baigner au milieu des requins quand on a ses règles (blague poétique numéro deux). Bref, je commençais à stresser et passais mon temps à me masquer un œil, puis l'autre, et à auto-évaluer ma vue. 

Au mois de mars 2013, soit 6 mois après mon opération, Tendrepoux et moi partîmes à Miami fêter ses 40 ans. Oui je sais, tu ne t'imaginais pas que ta Titcheur, être subtil aux goûts délicats et hautement intellectuels, puisse aller se vautrer dans des lieux aussi décadents! Ceci fera l'objet d'un billet spécial Maillami (comme on dit en bon ingliche) parce qu'il n'y a pas que des putes et de la drogue là bas (il y a aussi des hommes à moitié nus qui font du sport sur la plage) et si tu es très gentil, je te dirais même où on mange le meilleur hamburger de l'univers. 

Mais revenons à nos lorgnons. 

A Miami, le jour, je revivais.  La lumière était si pure, le ciel si bleu et le soleil si brillant (poil aux dents) que j'avais l'impression d'avoir des yeux de lynx. Mais le soir, quand nous pouvions enfin admirer la skyline illuminée, quelle déception (poil au fion) (blague poétique numéro trois)! Des tâches floues au lieu des lumières si éclatantes des devantures des hôtels Art Déco et les yeux si secs (merci la clim') que j'avais vraiment la sensation d'avoir quelque chose (genre un morceau de verre) dans l'œil droit. De retour à Paris je filais chez mon médecin. Verdict: sécheresse oculaire (sans blague), un œil gauche à 12/10 et l'œil droit à 9,5/10. Je repartais avec mes larmes artificielles et tachai d'oublier ce léger différentiel entre les deux yeux. Jusqu'à l'hiver suivant où, exaspérée par l'écart de vision, je commençais à sérieusement m'inquiéter. Je retournai voir mon ophtalmologue qui me confirma cet écart minime mais m'expliquait que la plupart des gens s'accommodaient rapidement de ce genre de différence entre les yeux. Sauf que dans mon cas, cette différence me dérangeait vraiment et en permanence. Le médecin me proposa une retouche - gratuite- pour tenter de remédier au problème. 

Après 15 jours de réflexion et de recherches frénétiques sur internet à base de mots clefs du style "retouche après opération myopie cécité?", je retournai le voir et acceptai la retouche. Je connaissais la procédure et savais à quoi m'attendre. Il m'expliqua qu'il n'aurait pas besoin de re-découper ma cornée mais qu'il lui suffirait de soulever le capot de l'ancienne opération. 

Le jour J je me rendis à la clinique après avoir pris soin d'ingurgiter un Lexomil (riche idée compte tenue de la suite des événements...). 

Âmes sensibles, si vous préférez éviter les détails je vous invite à aller lire les meilleurs tweets de Donald Trump ici (mais il n'est pas sur que vous ayez moins envie de vomir ensuite). 

Je m'allongeai sur la table et une fois les gouttes d'anesthésie instillées dans mes yeux, je devinai les gestes du médecin. Il devait "juste" soulever le capot. Sauf que, pas de bol, j'avais tellement bien cicatrisé de ma première opération que le capot ne voulut pas s'ouvrir. Le médecin insista, délicatement bien sûr. Il changea d'outils. Au bout de 5 interminables minutes il me dit: "Bon je n'y arrive pas. Je vais essayer une dernière chose mais si ça ne fonctionne pas, je n'insisterai pas. Mon unique but est de vous apporter un mieux, pas de prendre des risques. Levez-vous."  Un énorme Gniiii? mental m'envahit mais j'obtempérai et allai m'installer vers l'appareil qu'il me désignait. Je commençai à regretter ma décision. Après tout j'aurais bien fini par m'habituer, pourquoi aller chercher la petite bête? Et si j'étais en train de faire une énorme bêtise? Et si je perdais mon œil droit? Et si je faisais un arrêt cardiaque sur cette table juste pour 0,5 dioptries à la noix? Au bout de 2 minutes de trifouillage avec ce qui me semblait être un tire-bouchon rouillé, il réussit enfin à soulever le capot. Je me rallongeai sur la table et le laser fit son office en 5 secondes. Je repartis un peu tremblante mais soulagée. 

Les suites de l'opération furent beaucoup moins douloureuses que la première fois. Aucune sensation désagréable mais la satisfaction d'avoir récupéré une vision parfaite à l'œil droit. Impression confirmée le lendemain lors de la visite de contrôle. 

Seul hic, je réalisai 10 jours plus tard que j'étais enceinte de Royal Baby pendant l'opération ! Pas idéal en effet me dit le médecin mais bon, c'est pas comme si on pouvait revenir en arrière. Ma grossesse se passa sans que mes yeux me posent problème (tu me diras, j'étais trop occupée à serrer les cuisses pour ne pas accoucher prématurément...). Mais après la naissance de Royal Baby, fin septembre 2015, rebelote: vision floue, yeux secs. Je paniquais: la grossesse m'avait-elle fait perdre des dioptries? Cette légende était-elle donc vraie? Je retournais sur les forums internet où tous les cas de ratés des opérations se retrouvent pour comparer leur misère : un tel voit double pendant qu'un autre voit des tâches noires dans son champs de vision. En général un troll vient déverser son fiel à base de "faut vous en prendre qu'à vous-même, personne ne vous a forcé à vous faire charcuter, ça vous apprendra, c'est bien fait pour votre sale tête!"  Bref, je me voyais déjà devoir commander des lunettes pour espérer voir net à nouveau. 

Je me rendis donc chez mon ophtalmologue. Après un examen complet il me dit:

« - Écoutez Madame, vous avez toujours 10/10 à droite et 12/10 à gauche. Votre cornée est parfaite. Il n'y a rien

- Mais pourtant je vois flou, surtout en fin de journée. 

- Hmmm. Dites moi, il à quel âge votre bébé?

- 2 mois. 

- Et elle fait ses nuits?

- Ha non pas encore. 

- Hmmm. Donc on peut dire que vous êtes un peu fatiguée en ce moment?

- (Je commence à voir où il veut en venir) Heu oui, surtout avec les 2 aînées qui ne sont pas bien grandes non plus...

- Et vous passez du temps sur les écrans?

- Oui. Je travaille sur mon ordinateur plusieurs heures par jour. 

- Bon écoutez, je pense que vous êtes fatiguée. Il faut arrêter de chercher la petite bête. Tout va bien. »

Je pris congé, un peu piteuse, mais rassurée également. Il n'y avait aucune méchanceté ni même de condescendance (peut-être un soupçon d’exaspération) dans les propos de mon médecin, juste un constat que j'étais incapable de faire moi même: quand on est épuisée on ne voit rien. 

Aujourd'hui, un an après, ma vision est parfaite de jour comme de nuit. Je n'y pense même plus à vrai dire. Mais je tenais à écrire ce billet au cas où une autre personne aussi angoissée que moi veuille lire un autre témoignage que ceux qu’on trouve sur les forums et qui sont souvent très anxiogènes. Donc oui une retouche peut se passer très bien et avoir les effets escomptés (poil au nez). Et non a priori vos yeux ne vont pas se dessécher et tomber de leurs orbites (poil à la bite). Je te laisse, cher lecteur, sur cette note de poésie et t’en souhaite une bien belle (de journée) (pas de bite). 

 

Posté par Titcheur à 13:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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