Ingliche Titcheur

09 avril 2018

Bloque ta fac

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Ce matin, ma fac était bloquée. Portes barricadées avec force mobilier renversé, bannières avec des slogans à l’orthographe parfois douteuse et aux revendications très variées (« Etudiant.e.s amianté.es: fac bloquée » - « Chien Guevara » - Gni?), quelques gamins cagoulés (« parce que sinon les fachos nous menacent de mort madame » - ah bon?), un panier rempli de salade et de brocoli (je te jure) et deux chiens qui gambadaient (des labradors - on est dans une fac de lettres, on aime l’amour). On avait été prévenu: jeudi dernier, une AG s’était tenue sur le parvis du campus et une bonne soixantaine d’étudiants s’étaient succédé au micro pour partager leurs points de vue dans l’indifférence quasi générale. Un vote avait eu lieu et une majorité de 26 voix avait décrété un blocus ce matin. La démocratie quoi. 

 

Sauf que, évidemment, quand des centaines d’étudiants sont arrivés lundi matin, certains pour passer leurs partiels, d’autres pour bêtement aller en cours, et ont trouvé portes closes, ce processus très « démocratique » a vite trouvé sa limite. Une AG et des débats ont été imposés par une minorité d’étudiants bloqueurs, ravis de tous pouvoir nous réunir pour débattre, bien malgré nous, sur la réforme de l’université, de la SNCF, Notre-Dame des Landes, la casse sociale, etc. « Bah oui parce que quand on organise des AG, personne ne vient », se plaint une organisatrice. Prenons donc les gens en otage et forçons les à écouter la bonne parole, ce sera mieux donc. 

 

Je suis restée près de 6h à écouter les « débats » sous la pluie. Oui parce que malgré le fait que des centaines d’étudiants criaient leur désir de voir le blocus se lever, les GO tenaient à leur AG, leur ordre du jour à 4 points et leur « débat ». Qu’à cela ne tienne, à 9h on nous annonce que l’AG se tiendra à 11H et sera suivie d’un vote. Tous, étudiants, profs et personnel administratif, pour ou contre, décident de rester et de faire entendre leur voix. A 11H, l’AG « s’organise ». Tu noteras, lecteur attentif, mon usage abondant de guillemets. Parce qu’à 11H, et devant une foule sans cesse plus grande, les organisateurs n’avaient pas anticipé qu’il fallait un lieu pour se réunir et une sono pour se faire entendre. Après une tentative avortée de tous nous faire rentrer dans un amphi trop petit, décision est prise de tenir l’AG sur le parvis. Nous sommes donc priés de nous assoir. Puis, un jeune homme s’est mis à s’époumoner dans un porte-voix pour nous expliquer le principe d’une tribune muette. Nous avons donc tous appris, comme de gentils moutons, à faire les marionnettes, les bras en l’air si nous étions d’accord ou à croiser les bras dans le cas contraire. Au bout d’1h, quelqu’un a eu la brillante idée d’installer un micro et un ampli, nous laissant amplement le temps de prendre connaissance des tracts distribués à l’entrée. 

Je t’en ai mis une petite photo pour qu’on ne puisse pas me targuer d’être de mauvaise foi ou mauvaise langue.

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 Voilà. Je te passe le reste du document, bourré de généralisations, inexactitudes et exagérations sauvages: « A la fin, si on parvient à faire des études malgré la sélection, nos diplômes qu’on aura achetés, ne donneront plus accès à des droits collectifs. Nous n’aurons plus de droits du tout, nous serons des salariés jetables ! ». Et nous mourrons tous amiantés. 

 

Quand enfin l’apparition d’un micro a pu rendre les propos des uns et des autres audibles, les «débats » ont pu commencer. Enfin, les débats. Les prises de parole, à tour de rôle, de gens tantôt pour le blocus tantôt contre. Avec des arguments plus ou moins pertinents des deux côtés. Ceux qui voulaient bloquer la fac étaient taxés de feignasses irresponsables, ceux qui voulaient débloquer de fachos égoïstes. De la nuance quoi. Le tout sous une pluie qui n’a cessé de croître, exacerbant un peu plus les passions. 

Quand enfin nous sommes passés au vote, là aussi la désorganisation régnait. Plus de 30 minutes pour décider de comment procéder avant de convenir, au final, de regrouper les gens de chaque côté du parvis avec un groupe « pour le blocus » et un groupe « contre » et de compter chaque personne en les faisant ressortir de la fac. Là encore, ça n’a pas été sans peine puisque le groupe « contre » exigeait que seuls les étudiants en possession de leur carte universitaire puissent voter afin que ne pèsent pas dans les votes les voix de personnes extérieures à notre fac (les mêmes qui portaient masques et cagoules…). Les organisateurs commençaient à en avoir assez et à le faire savoir. « De toutes façons, je m’en bats les couilles, on refera une AG jeudi prochain quelle que soit l’issue du vote! », s’est écriée une organisatrice, avec classe et distinction, sous les protestations générales. 

 Trempée et transie de froid, j’avoue être partie une fois avoir pu voter. Je ne sais pas encore ce qui a été décidé même si, à vue de nez, le groupe des opposants au blocus me semblait plus nombreux que ceux qui voulaient poursuivre le mouvement. Je sais juste que j’ai des dizaines de mails d’étudiants et de profs qui m’attendent et qui me posent tous la même question: Qu’est-ce qu’on fait maintenant? 

Je ne sais pas. On verra. Pour l’instant, j’essaye de me remettre de la violence latente de ce mouvement, où on se fait traiter de « fachos » quand on émet une opinion divergente, où on est soit « pour » soit « contre », sans nuance possible, où une poignée de personnes peut se permettre de décider de ce que toute une communauté estudiantine doit faire, quand et sous quelles modalités, de quoi l’on peut parler et à quel moment. Le tout sous l’étendard de la démocratie. Evidemment. 

PS: on m’informe que la poursuite du blocus a été votée. Je n’arrive pas à avoir les chiffres officiels du comptage mais on va dire que la démocratie a parlé. Le bien a triomphé du mal. Les gentils vont pouvoir sauver les méchants malgré eux et avec un peu de chance, tout le monde aura 10/20 à son semestre.

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18 mars 2018

Comme un air de renouveau

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J’ai eu 3 enfants en 4 ans. Lorsque j’ai découvert que j’étais enceinte de Royal Baby, Mamerveille avait 4 ans et Maprinchesse 8 mois… Je me doutais que ça allait être sportif mais j’étais tellement heureuse que je balayais les remarques inquiètes de mes proches et les (me?) persuadais que j’allais m’en sortir. Après tout, je les avais voulues ces petites, et je n’étais pas la première ni la dernière femme au monde à avoir une famille nombreuse ou des enfants d’âges rapprochés! Bref, je plongeai la tête dans les sables confortables du déni. 

Mamerveille a été un bébé parfait. Elle a fait ses nuits à 6 semaines, a toujours eu bon appétit, a certes fait des otites à répétition les 2 premières années de sa vie mais était sinon une petite fille facile, douce et dormeuse (couchée 20h levée 9h, le rêve). Quand sa petite soeur est née, les premiers mois ont été un peu difficiles puisque nous étions en plein déménagement, que Maprinchesse est arrivée 1 mois trop tôt et qu’elle avait un gros RGO qui l’a bien embêtée les premiers temps. Mais à 4 mois, elle faisait ses nuits et mis à part des bronchiolites à répétition, était en pleine forme. Gérer mes petites filles me paraissait très facile et je ne comprenais pas trop comment on pouvait se trouver submergé par deux enfants. Les miennes sont peut-être particulièrement cools, je ne sais pas, mais en tout cas, je trouvais ça easy peasy

Puis je me retrouvai enceinte de Royal Baby. Un peu rapidement (ironie) et de façon inattendue (re-ironie). Mais après avoir galéré des années pour avoir notre premier bébé, nous n’allions tout de même pas bouder notre plaisir et c’est avec une très grande joie que nous accueillîmes notre troisième enfant. C’est là que les choses se corsèrent. Si tu as bien calculé, Mamerveille avait presque 5 ans (elle entrait en moyenne section de maternelle) et Maprinchesse à peine 18 mois quand leur petite soeur a pointé le bout de son nez. On ne peut pas franchement dire qu’elles étaient autonomes. La première année a donc été particulièrement sportive. J’ai des souvenirs vivaces d’avoir à faire dîner les aînées (repas normal pour la grande, purée moulinée pour la moyenne) tout en allaitant la troisième (qui a eu le bon ton de se satisfaire de tétées de 5 minutes chrono là où ses grandes soeurs prenaient goulûment leur temps ). Je me souviens aussi avec émotion des après-midis où je devais chercher les 2 grandes à l’école et à la crèche, avec la petite dernière en porte-bébé. Que de sueur et de maux de dos! 

Mais là où Tendrépoux et moi avons eu le plus de mal, c’est sur le sommeil. Car depuis la naissance de Royal Baby, soyons honnêtes, nous avons très peu dormi. Même si ses deux grandes soeurs sont de parfaites marmottes, notre numéro 3 a été un peu plus compliquée. Elle a fait ses nuit relativement rapidement mais a mis à peu près 1 an à réussir à trouver sa tétine toute seule la nuit. Nous nous levions donc en moyenne 3 fois par nuit pour lui remettre sa satanée tétine. Ces micro-réveils n’étaient pas bien méchants mais couplés aux cauchemars de la grande ou aux maladies infantiles de l’une ou de l’autre, aux pipis au lit et autres vomis de minuit, j’estime que nous avons perdu environ 6 mois de sommeil ces 2 dernières années. 

Récemment, les choses ont empiré: Royal Baby refusait d’aller se coucher sans un rituel interminable qui nécessitait notamment que l’un de nous deux reste assis à côté de son lit, dans le noir, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Je te passe nos vaines tentatives pour nous extirper de ce traquenard avant qu’elle n’atteigne une phase de sommeil suffisamment profonde pour ne pas être réveillée par le moindre grincement du plancher. Je te passe aussi toutes nos tentatives éducatives (laisser pleurer, gueuler, bercer, chanter des chansons, la faire dormir avec nous etc) toutes plus inutiles les unes que les autres. Rien à faire, pendant 3 mois Royal Baby ne s’endormait pas avant 23h. Nos soirées étaient inexistantes puisque nous nous relayions à ses côtés quand l’un craquait. Pire, elle se réveillait quasiment toutes les nuits à 2h du matin et exigeait de venir dormir avec nous sous peine de se mettre à hurler. Nous avons cédé de nombreuses fois, avons aussi tenté à de multiples reprises de la rendormir (selon le mode d’emploi sympa expliqué plus haut, ce qui pouvait prendre jusqu’à une heure). Tout ça pour être réveillés vers 6h avec un « Z’ai faim » catégorique. 

Autant te dire que notre couple n’avait jamais été mis à plus rude épreuve. Même la PMA ne nous a pas fait autant de mal. Dans notre épuisement nous avons tout de même eu la lucidité de ne pas nous engueuler pour des broutilles, conscients que, l’un comme l’autre, nous étions en mode survie. Je me souviens d’une discussion avec Tendrépoux où nous nous disions que, quand même, si nous étions divorcés, nous pourrions avoir les enfants en garde alternée et que du coup, nous pourrions dormir correctement 1 semaine sur 2. Dommage que nous nous aimions tant, avions-nous conclu dans un sourire fatigué. 

C’est quelques jours plus tard que nous avons décidé qu’il était temps de faire quelque chose et sommes donc allés consulter une pédopsychiatre recommandée par une amie qui avait connu les mêmes problèmes. Il aurait fallu recourir à un marabout ou sacrifier un chaton un soir de pleine lune, je crois qu’on aurait signé aussi. Dieu merci, il a suffi d’une consultation pour tout remettre en ordre. Quelques conseils pratiques tous bêtes (encore fallait-il avoir assez de neurones éveillés pour y penser), une excellente écoute et une petite fille très réceptive et nous sommes rentrés plein d’espoir. 

Depuis, nous avons retrouvé une vie normale. Nous dormons presque 8h par nuit d’un sommeil ininterrompu. Les filles se couchent à 20h et se lèvent à 7h, voire plus tard le weekend. Tendrépoux et moi sommes reposés. Je suis plus sereine, je ne m’énerve plus pour rien, j’ai retrouvé le bonheur de m’occuper des enfants. Je ne crie (presque) plus. Je n’ai plus ce besoin incompressible de faire la sieste le week-end pour récupérer (la preuve, je suis en train d’écrire ce billet avant d’aller faire un fondant aux pommes #wondermamanisback). Les enfants me paraissent moins pesantes, je prends à nouveau du plaisir à être avec elles le week-end, alors que quand nous étions au fond de notre gouffre d’insomnies, tout nous paraissait dur et contraignant. Bref, le printemps tarde à arriver, mais chez nous il y a déjà comme un air de renouveau.

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11 mars 2018

La mi-semestre

finish line

La mi-semestre, cette pseudo-échéance qui laisse un peu songeur. Déjà 6 semaines de cours effectuées (ressenties: 12). La « rentrée » est enfin loin dernière nous si l’on fait exception de cet étudiant qui a débarqué lundi dernier pour son « premier » cours en 3ème année de licence. « Je suis nouveau » qu’il m’a dit. Après avoir intérieurement poussé des jurons à faire rougir Tarentino, je lui ai souhaité la bienvenue et lui ai dit de sortir une copie double et un stylo. C’était le jour du partiel de mi-semestre… Je n’ai aucune idée d’où sort cet étudiant ni de pourquoi il ne s’est inscrit dans mon cours d’anglais qu’au mois de mars (on allait pas taper la causette en pleine épreuve) mais je suis globalement très dubitative sur le système de fonctionnement de notre université. 

 

Chez nous, l’assiduité n’est pas obligatoire. Les étudiants viennent en cours. Ou pas. Peu importe. Ils n’ont pas à justifier leurs absences (sauf aux partiels) et viennent si ça leur chante. Ce sont les syndicats étudiants qui ont obtenu ce « droit majeur » il y a quelques années. Du coup, sur chaque groupe de 30 étudiants, on compte une quinzaine de personnes réellement assidues et une autre moitié de gens qui viennent toutes les 3 semaines ou moins. Qu’est-ce que ça peut me faire? te demandes-tu certainement. Bah en tant que prof, je prépare mes cours en fonction de mon public et leur nombre joue un rôle: leur demander de travailler en groupe ou de préparer des exposés va dépendre de combien d’étudiants se pointent en cours. Accessoirement, je n’aime pas le gaspillage et photocopier des documents pour 30 personnes et n’avoir que 12 étudiants en classe, ça me rend très chafouin. Ensuite, il faut gérer ceux qui ne viennent pas régulièrement et qui ne rattrapent pas ce qui a été fait (malgré le fait que tous mes documents soient postés en ligne sur la plate-forme numérique dans ce but précis): que de temps précieux gaspillé à répéter les mêmes consignes ou informations! Inutile de ce fait de leur donner des devoirs à la maison puisque soit ils ne viendront pas, soit ils ne l’auront pas préparé et devront le faire en classe, faisant encore perdre du temps aux étudiants sérieux qui, eux, auront fait leur travail. Si l’assiduité était obligatoire, je pourrais au moins compter sur le fait que les étudiants ne peuvent plus se cacher derrière le «mais j’étais absent». Notons le cas particulier (et heureusement rare) des étudiants qui se pointent uniquement au premier cours (pour avoir les dates des partiels) et le jour des examens. Je crois qu’ils ne se rendent même pas compte qu’ils donnent l’impression de considérer leur prof uniquement comme une machine à évaluer, une sorte de chose n’existant dans ce bas monde que dans le but de déchiffrer leur production et de leur attribuer une note. Alors qu’en vrai on est des titcheurs avec plein de sentiments à l’intérieur. 

 

Chez nous également, il est possible de s’inscrire en licence à n’importe quel moment de l’année. Il y a bien des dates officielles d’inscriptions administratives mais il y a toujours des exceptions. Les départements ne disent jamais « non mais bon on est en décembre là, vous pouvez plus vous inscrire. » A croire que le concept de date limite n’existe pas. Sache donc, jeune padawan stressé par Parcoursup, que des places, il y en a toujours pour peu qu’on frappe à la bonne porte… Nous avons donc l’obligation d’accepter en cours tout nouvel arrivant et ce, quelque soit le moment de l’année. Il m’est arrivé d’accueillir un nouveau le jour du partiel final du mois de décembre. Il revenait de l’étranger, était bien conscient d’arriver « un peu tard » (sans blague), mais bon, comme on lui a dit qu’il pouvait venir, bah il s’est présenté à toutes ses épreuves. A aucun moment quelqu’un ne lui a dit que ça allait être compliqué de valider un semestre sans avoir assisté au moindre cours. Au contraire, on lui laisse entendre que c’est faisable.Très valorisant pour notre formation non? Ce qui m’agace surtout c’est que c’est à l’institution de se plier au calendrier perso de l’étudiant plutôt que l’inverse. Oui, nous sommes du service public mais même quand on va à la mairie, il y a des horaires d’ouverture et des dates limites à respecter pour certaines formalités sans quoi on se fait gentiment rembarrer. A la fac, on a vraiment l’impression que faire les choses un peu dans les clous, c’est pour les faibles. Qu’on peut toujours s’arranger avec le règlement et qu’au fond, les gens qui respectent les procédures et font les choses dans les temps sont des abrutis qui n’ont pas compris qu’on pouvait arriver au même résultat en grillant la file d’attente. 

 

Bon, j’arrête de m’énerver pour rien. D’autant qu’à part ces quelques cas tout de même très isolés, j’ai des étudiants choupinous qui font bien leur travail et sont investis dans leurs études. Je m’éclate avec mes collègues, suis des formations super intéressantes et commence doucement à envisager la possibilité lointaine mais de moins en moins improbable de me mettre à la recherche de façon plus concrète. Une thèse oué. Mais pas tout de suite. Là j’ai 3 petites filles à élever. Et 88 oraux de master à corriger. Et un autre paquet de 40 copies de master. Et mon cours de jeudi prochain qu’il faut que je retouche. Bref, la mi-semestre… 

 

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02 février 2018

Conseils de Titcheur à Titcheur

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Il y a des jours où quoiqu’on fasse, tout se déroule mal. Et quand on titche toute la journée, ces petites tracasseries qui pourraient rester des broutilles insignifiantes peuvent littéralement finir par te pourrir la journée. En tant qu’experte en moments de solitude et diplômée d’Etat en gaffe humiliante, je me permets donc ces quelques conseils, qui n’ont pour modeste ambition que d’éviter à mes collègues enseignants certains écueils. Toute ressembance avec des situations déjà vécues est parfaitement normale (enfin j'espère).

1. Pars du principe que la loi de Murphy s’applique toujours (parce que c’est le cas). La loi de Murphy, c’est tout simple, c’est cet adage selon lequel tout ce qui peut mal se passer se passera mal.

Exemple: tu as prévu de faire tout un cours sur un extrait de film. Quand tu arrives dans ta salle, tu réalises que le vidéo projecteur ne fonctionne plus. Tu descends 3 étages chez les appariteurs chercher un vidéo projecteur de rechange. Tu remontes 3 étages et tu l’installes. Tu as perdu 5 minutes. Tu es encore dans les temps. Tu branches ton ordinateur et lances la vidéo. Mais tu réalises que le son ne fonctionne pas. Tu redescends 3 étages pour demander aux appariteurs des hauts-parleurs. Ils te tendent un sac, tu le saisis, remontes en courant les 3 étages, branches les hauts-parleurs et relances ta vidéo. Là, tu t’aperçois que ça ne fonctionne toujours pas. Tu pestes, tes étudiants commencent à se dissiper. Le cours a commencé depuis 15 minutes et rien ne fonctionne. Tu redescends les 3 étages quatre à quatre, essayes de garder ton calme en demandant aux appariteurs pourquoi leurs putain de hauts-parleurs ne marchent pas. Ils rigolent: tu n’as pas branché le port USB qui assure l’alimentation alors ça risque pas de marcher. Tu insultes la terre entière in petto, remontes les 3 étages en soufflant comme un boeuf, branches les hauts-parleurs et le port USB et relances la vidéo. Sauf que celle-ci s’éteint au bout de 2 minutes car ton ordinateur n'a plus de batterie. Tu farfouilles dans ton sac à la recherche du chargeur. Interroges tes étudiants munis d’un computer. Aucun n’a la même marque que toi. Tu as perdu 30 minutes de cours, tu sues, tu pues, tu retournerais bien te coucher mais tu peux pas car 35 âmes en perdition attendent impatiemment que tu déverses ton savoir. Tu improvises alors un débat sur un sujet qui n’a rien à voir avec la vidéo initialement prévue et espères avoir fait illusion (rassure toi, non). 

computer

 

Il te faut donc an-ti-ci-per. Prévoir un plan B. Ou alors avoir de GROS talents d’improvisation. Donc personnellement, j’ai toujours plusieurs activités sous le coude, comme ça si quelque chose plante pour une raison X ou Y (technologie en panne ou tout bêtement activité qui ne suscite pas l’adhésion des étudiants) et bien je passe à autre chose. Et parfois je me retrouve à faire des trucs pas prévus du tout (comme passer 15 minutes à travailler une règle de prononciation au lieu de faire une analyse de texte comme imaginé initialement). Bref, quand on voit que les choses dérapent et qu’on perd trop de temps à s’acharner à faire ce qui était prévu, mieux vaut parfois changer d’idée et rebondir sur autre chose. Il sera toujours temps de se rattraper à un prochain cours!

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2. Sois à l’aise dans tes baskets. Littéralement. On passe des heures debout à piétiner quand on est prof donc si on est mal chaussé, ça peut vite tourner à l’enfer plantaire. Je crois avoir expérimenté toutes les galères sur la question: de la chaussette qui glisse au fond de la bottine (c’est agaçant hein?), aux talons trop hauts qui font souffrir, en passant par le talon qui casse net en début de matinée et qui fait que tu passes ta journée à claudiquer sous le regard mi-hilare mi-horrifié de tes étudiants à qui tu fais quand même cours, bien décidée à faire comme si de rien n’était alors que manifestement tu manques de t’étaler dès que tu fais un pas.  

Donc assumes tes Vans ou tes boots plates. Mais si tu as des orteils en titane, fais toi plaisir et met des talons de 12 cm!

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3. Evites de manger de l’oignon à la cantine. Oui je sais, ce bo-bun était exquis. Mais il était gavé d’oignons. Et tu ne digères pas l’oignon. Tu as donc embaumé ta salle de cours pendant 3 heures. Tes étudiants avaient un mouvement de recul dès que tu t’approchais pour leur dire un truc. Toi même tu t’auto-indisposais. Tu sentais tellement fort que personne ne s’est assis à côté de toi dans le carré central du métro alors qu’on était aux heures de pointe. Bref, tu pues.  

Solution: achète (et mâche!) des chewing-gums extra fort, lave toi les dents ou mieux, évite les aliments qui fâchent. Tu ne voudrais quand même pas que tes étudiants ne se souviennent de toi que comme de « la prof qui sent le boeuf sauté dans sa bouche ». 

 

bagel

4. Ne sois pas trop impulsif. Oui c’était très professionnel de ta part de proposer à tes étudiants qu’ils t’envoient un enregistrement mp3 de 5 minutes pour que tu leur corriges leur prononciation à tous individuellement. Oui, ça part d’un très bon sentiment et ça leur fera le plus grand bien. Sauf que tu as proposé ça à tes 3 groupes hier. Et que chacun de tes groupes compte 30 étudiants. Et que, si tout le monde t’envoie son travail, ça va te faire 450 minutes d’audio à écouter. Soit 7h30 de ta vie. Ce qui représente aussi une saison entière de Stranger Things

bright

 

5. Sois malin. En vrai, tu sais bien que environ 2% des étudiants t’enverront leur travail. Tu passeras donc au mieux 10 minutes de ta laïfe à corriger leurs productions. Donc non seulement tu passes pour la prof super dispo et super pro auprès de tes étudiants, mais en plus tu auras le droit de les pourrir au cours suivant en leur disant que vraiment, c’est dingue d’être si peu investi dans ses études, qu’ils devraient un peu arrêter de binge-watcher Stranger Things sur Netflix et travailler un peu plus leur ingliche à la place. Tu l’as bien mérité!

franco

 

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26 janvier 2018

Vie de mère

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Hier, j’ai eu la chance d’aller au théâtre avec une amie pour voir l’excellent one-woman show de Véronique Gallo, belge et maman de 4 enfants qui m’a fait hurler de rire pendant 1h30. Le titre de son spectacle: « Vie de mère ». Ce qui explique peut-être pourquoi le seul mâle du public s’est discrètement échappé de la salle au milieu du spectacle. Le pauvre homme a du avoir du mal à se reconnaître dans ce portrait d’une mère (légèrement) débordée par son quotidien avec 4 enfants. 

Je ne veux pas faire ma féministe à deux balles mais pourtant le vécu décrit avec beaucoup d’humour par Véronique Gallo pourrait tout aussi bien être celui d’un homme (hormis les passages sur le périnée of course) puisque, après tout, un homme devrait aussi se sentir concerné par les nombreuses scènes ordinaires de la vie familiale que relate l’artiste. Le coucher des enfants, notamment, est mimé avec un réalisme décapant: qui n’a jamais tenté de sortir de la chambre d’un enfant fraîchement endormi en effectuant des micro-déplacements au ralenti de peur de faire grincer une latte de parquet ou de respirer un peu trop fort et provoquer le réveil inopiné du chérubin enfin KO? Bref, j’ai trouvé bien dommage que ce spectacle n’ait été vu que par des mères de famille déjà acquises à la cause… 

Pour ma part, assise au premier rang, je pleurais de rire. Et de soulagement. Ainsi, je ne suis pas la seule à fantasmer sur le départ (un jour lointain) de mes enfants de la maison? Ainsi, je ne suis pas la seule à me réveiller tous les matins en me promettant d’être patience et bienveillance à l’égard de mes 3 filles mais de finir par leur hurler dessus en fin de journée? Ainsi, je ne serais pas la seule psychopathe au monde à à la fois aimer mes enfants à en mourir et rêver de m’exiler sur une île déserte? Ainsi, je ne suis pas seule à angoisser sur ce fameux adage « Petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes »? J’ai toujours eu beaucoup de mal avec cette phrase qui minimise les soucis que l’on peut avoir avec des enfants en bas âge. Et pourtant, certaines expériences sont hard core: le manque de sommeil par exemple. Et je ne parle pas des 6-8 premières semaines de vie avec un nourrisson qui demande sa tétée. Naaaaan. Je te parle du manque chronique de sommeil, celui qui s’installe dans la durée, sur plusieurs années. Quand on sait que la privation de sommeil est un moyen utilisé par la CIA pour torturer les prisonniers à Guantanamo, ça relativise le côté « petit problème », non? 

Je suis maman depuis 6 ans, 3 mois et 14 jours. On peut donc dire que je dors mal et peu depuis 6 ans, 3 mois et 14 jours. Ma puînée fêtera ses deux ans et demi bientôt mais on ne peut pas dire qu’elle soit fan de son lit. Dormir est une perte de temps pour elle qui n’a jamais fait de siestes réglementaires pour son âge. Elle se réveille entre 5h30 et 6h30 le matin, fait une sieste de 2h l’après-midi (les bons jours) et en ce moment, refuse de s’endormir avant 23h. Ah oui, elle se réveille aussi toutes les nuits à 3h du matin et jusqu'à il y a peu hurlait jusqu’à 4h. Il faut dire que, ballots que nous sommes, nous avions pris la très mauvaise habitude de régler ce souci de réveil nocturne en la prenant avec nous dans notre lit. Sauf qu’après plusieurs mois de co-dodo avec une enfant, certes charmante, mais néanmoins remuante, nous avons décidé de faire acte d’autorité parentale et de reconquérir notre pieu. Nous nous sommes promis de ne plus céder et de la laisser pleurer s’il le fallait. Royal Baby recommence donc à faire (à peu près) ses nuits dans son lit, sans (trop) protester. Cette nuit par exemple, elle s’est bien réveillée à 3h du matin comme d’habitude, m’a expliqué qu’elle n’était « pas contente » (huhuhu, et maman elle est contente tu crois?) mais s’est finalement rendormie sans trop broncher jusqu’à 6h45, heure à laquelle elle a décrété que la maisonnée pouvait se réveiller. 

Pensant qu’elle redoutait la solitude, nous avons un moment envisagé de la mettre dans la chambre de ses soeurs, qui, elles, dorment ensemble depuis toujours. Après tout, nous sommes-nous dit, cela doit être dur pour elle d’être la seule à dormir toute seule dans la maison. Son besoin d’être collée à sa maman doit bien provenir d’une angoisse de la solitude. Mais nous avons vite renoncé à cette idée quand Mamerveille et Maprinchesse nous ont de concert expliqué que 1) ah non ça va pas être possible et 2) on veut dormir nous 

Nous nous sommes donc armés de patience et avons continué à rassurer, consoler, en nous levant une, deux, cinq, dix fois la nuit mais sans lâcher l’affaire. Ca a l’air de marcher mais avec cette enfant, rien n’est jamais acquis.  La preuve, à Noël elle nous gratifiait de royales grasses matinées (8h du matin!) que nous avions naïvement imaginées être définitives. Je te raconte pas la déception quand elle s’est remise à se réveiller à 6h du matin… 

Bref, tout ça pour dire que Tendrépoux et moi-même manquons cruellement de sommeil. Nous nous couchons tous les soirs en nous disant que la nuit va être pourrie (on est rarement déçus). Et on se dit que peut-être bien qu’on aura d’autres (plus gros) problèmes quand les filles seront grandes, mais que tout doit être quand même plus facile quand on a assez dormi. Nan parce que là, on est en mode survivor avec Tendrépoux. On se soutient quand on voit que l’autre va craquer. On s’offre des moments de répit quand on sait que l’autre n’en peut plus. Par exemple ce matin, je me suis levée à 6h45 pour que Tendrépoux puisse gratter 30 minutes de rab (gardez moi une place au Panthéon, merci) et on se relaye la nuit quand Royal Baby se réveille. Mais il va falloir que ça s’arrête un jour (ça va s’arrêter hein?). Déjà parce que je me ruine en anti-cernes et que je bois tellement de café que je vais finir par avoir des palpitations. Et puis parce que je n’ai pas particulièrement l’intention de décéder prématurément. Sur ces bonnes paroles, je vais me faire un petit expresso. What else?

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19 janvier 2018

Journal de bord d’une Ingliche Titcheur #3 - La rentrée

C’est la semaine de la rentrée. Bizarrement, je n’ai jamais été plus proche du petit-suicide que cette année. 

petit suicide

 Tout ce qui pouvait partir en sucette est parti en sucette. 

La semaine dernière, je peinais à recruter des profs pour remplacer des désistements de dernière minute. 

Cette semaine, je dois fermer des groupes et annoncer à des profs qui ont passé des jours à préparer leurs cours que, finalement, ça va pas être la peine de se déplacer. Les étudiants de ma faculté ne veulent manifestent pas travailler le vendredi après-midi et ont donc déserté tous les cours qui étaient placés ce jour là. Il faut croire qu’ils préfèrent être en weekend le jeudi soir et s’entasser à 35 dans leurs cours de langue plutôt que de travailler dans des conditions décentes. Et après je reçois des commentaires du style « Vos cours sont trop nuls, on progresse pas et on est trop nombreux en cours donc on peut pas parler à l’oral ».  

rolling eyes

Ce semestre il est impossible de trouver une salle libre le jeudi après-midi. Là, pour le coup, tout le monde veut faire cours ou venir en cours. Je me retrouve donc avec la salle la plus pourrie du monde avec des tables tellement serrées que pour mon cours d’interprétation théâtrale, ça va être compliqué et du matériel défectueux (j’ai l’image mais pas le son). 

great

Je ne sais pas si c’est la fatigue, le surmenage ou l’alcool, mais j’ai multiplié les boulettes en organisant le planning de mes 99 collègues. Du coup, il m’est parfois arrivé d’oublier de prendre en compte la demande d’un enseignant de modifier un créneau, ou de placer 2 fois un prof sur un même créneau. Heureusement, cela représente 2% des cas mais ça créé un vieux coup de stress sur le moment. 

come on

Je suis à deux doigts d’aller acheter 2 packs de Gervais au fruits donc, mais dieu merci, il reste une chose qui me pousse à y croire encore: mes étudiants choupi avec qui j’ai commencé mes premières séances cette semaine. Y a pas à dire, quand tu rentres dans ta salle de cours et que tu la quittes le sourire aux lèvres, c’est que tu es au bon endroit.

pleased

 

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11 janvier 2018

Journal de bord d’une Ingliche Titcheur #2

Zen-Yoga

La semaine précédent la rentrée est toujours atroce. Déjà parce que c’est la semaine où je cauchemarde que j’arrive nue (et pas épilée) devant mes étudiants ou que je dois repasser l’agrégation et que je ne connais pas le programme et que je me ridiculise devant un jury exclusivement composé de mes collègues qui perdent du coup toute estime à mon endroit.

Mais la semaine précédent la rentrée, à la fac, c’est surtout la semaine de toutes les angoisses pour les phobiques administratifs. Pour ma part, étant en charge de tout le planning des cours d’anglais pour les non spécialistes, je dois m’assurer que tous cours sont placés aux bons horaires, dans les salles équipées de façon adéquate et qu’il y a un enseignant pour chaque cours. Dans ma fac, nous proposons plus de 250 cours par an. Voilà, donc je te laisse faire le calcul: 250 cours divisés par x profs fois y créneaux horaires = racine carrée de pi. 

En gros, je m’arrache les cheveux pour trouver des profs spécialisés dans les domaines que nous proposons afin d’offrir à nos étudiants chéris des enseignements de la meilleure qualité possible. En général, j’y parviens après des heures passées à lire des CV, recevoir les candidats, échanger avec eux en français (pour vérifier qu’ils pourront se débrouiller dans notre système compliqué) et en anglais (parce que j’ai eu de sacrées surprises en recevant en entretien des professeurs auto-certifiés bilingues en anglais qui font 3 fautes par phrase…), caler les emplois du temps et diriger les nouvelles recrues vers leur responsable pédagogique (en général moi d’ailleurs). Donc quand enfin le planning est rempli et vérifié, je ressens une sérénité et un sentiment de complétude malheureusement vite pollués par une angoisse latente. Celle du désistement de dernière minute. Qui est inévitable. En gros, c’est jamais arrivé que c’est pas arrivé. Et cette rentrée du deuxième semestre ne déroge pas à la règle. 

 

J’ai donc appris hier qu’une collègue qui doit enseigner un cours lundi matin à 9h ne « pourra finalement pas assurer son cours ». Sans autre motif. J’ai donc 72h pour lui trouver un remplaçant qu’il faudra bien sûr former également. Tout. Va. Bien. 

 

Cette semaine est tellement stressante que dès que j’entends le bip signifiant que j’ai reçu un email, une boule se forme dans mon estomac et ne disparaît que lorsque je réalise que ce n’est pas un email m’annonçant un autre problème. Au choix: 

 

« Je viens de consulter mon emploi du temps en ligne et je vois que vous avez placé mes cours le mardi. Or, le mardi je peux pas j’ai aqua-poney, donc il faudrait me le mettre le jeudi plutôt, merci. » Bah non en fait, les étudiants sont déjà inscrits sur ce créneau, je ne peux plus rien changer maintenant. 

 

« Je fais le cours du vendredi sur la presse mais j’ai oublié de vous dire que je serai absente sur 4 dates parce que j’ai un autre travail et des rendez-vous placés ces jours là. C’est pas grave, hein? » Bah si en fait, vu que nos étudiants n’ont déjà que 12 cours, si tu en enlèves le tiers ça va pas aller…

 

« Bonne nouvelle, je suis enceinte et partirai en congé maternité le 12 février! » Bah félicitations. Mais crotte, il va falloir que je vous remplace au milieu du semestre. 

 

Dieu merci, le yoga et la méditation transcendantale (et l’alcool) m’aident à rester relativement stable psychologiquement (à l’instar d’un certain président, hu hu hu). 

 

Les étudiants sont au moins aussi pressurisés que les profs. Ils sont en pleines inscriptions pédagogiques et eux aussi doivent résoudre des équations à 8 inconnues. Illustration: 

Etant donné que je bosse au McDo le mardi toute la journée et le jeudi après-midi et que je ne peux donc pas avoir cours en même temps

Etant donné que j’ai 1H30 de transport depuis chez moi et que je ne peux donc pas commencer à 8h ou finir trop tard

Etant donné que je dois prendre 2 UE professionnalisantes, 1 UE de langue et 1 UE libre en plus de mes UE disciplinaires

Etant donné que le site internet des inscriptions pédagogiques a buggué 3 fois ce matin

Etant donné que tous les groupes de littérature sont complets et que je ne peux finaliser mes inscriptions s’il me manque ne serait-ce qu’un seul cours 

Etant donné que le cours de linguistique est en même temps que le cours de civilisation mais que ce sont les seuls groupes où il reste de la place

Etant donné que le secrétariat de ma formation ne décroche jamais le téléphone

Etant donné qu’il y a 3h30 de queue pour accéder à un être humain au-dit secrétariat

Etant donné que le-dit secrétariat est ouvert de 9h30 à 12h puis de 14h à 17h

Calculez la probabilité pour que je fasse une dépression nerveuse et m’en prenne physiquement au premier être humain croisé. Vous avez 1h. 

 

Dieu merci, cette semaine arrive bientôt à son terme et, bon an mal an, tout devrait à peu près bien se passer lundi matin. Un nouveau semestre commence. C’est parti!

06 janvier 2018

Journal de bord d’une Ingliche Titcheur #1

New-Years-Resolution-Humor

2018. Nouvelle année. Nouvelles résolutions. Nouveaux objectifs. 

Cette année, promis juré craché, j’écrirai davantage. En 2017, je n’ai écrit que 12 billets. Ecrire sur ce blog ou à côté demande du temps que j’ai pas su dégager l’année dernière. J’ai souvent privilégié d’autres activités autrement plus essentielles (corriger une copie, changer une couche, accompagner une sortie scolaire, préparer un cours, faire un escape game avec des copains, buller devant une série…). Cette année, donc, j’ai décidé de tenir un journal de bord de mes activités professionnelles. Je ne dis pas que tu n’entendras jamais parler des dernières prouesses en bricolage de Tendrépoux ou des mignoneries de mes filles, mais ce blog ne s’appelle pas « Ingliche Titcheur » pour rien non plus. 

En cette première semaine de cette nouvelle année, que peut donc bien faire une enseignante d’anglais du second degré détaché dans le supérieur? Hein? Et bien comme nous sommes encore officiellement en vacances, j’en profite pour… ne pas travailler. Shocking, isn’t it? 

Après un premier semestre très chargé, je décompresse, je joue avec mes filles, je fais mes albums photos, je finis de digérer la raclette de Noël (oué), je fais des grasses matinées indécentes - Royal Baby ayant enfin décidé d’arrêter de se réveiller à 6h du matin, toute la famille récupère environ 2 ans de sommeil de retard. Je n’ai même pas une copie à corriger puisque je suis venue à bout de l’intégralité de mes 200 copies avant les fêtes (self-five). Je te l’ai dit, cette année je suis or-ga-ni-sée. 

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Néanmoins, en bonne fonctionnaire éthique et responsable, je me suis penchée cette semaine sur la réforme de la carrière des enseignants. Avant, les profs étaient inspectés régulièrement (tous les 8 ans) (oui, c’est de l’ironie), flippaient bien leur race à l’idée de jouer un bon bout de leur carrière sur leur performance sur 1h de cours et proposaient des pots-de-vin à leurs élèves pour ne pas qu’ils leur pourrissent l’inspection. En vrai, ça se passe toujours plutôt bien rappelle toi… A l’issue de cette inspection, l’enseignant reçoit une note pédagogique sur 60 et une note administrative sur 40 de la part de son proviseur. La note totale sur 100 permettait ensuite au prof d’être éventuellement promouvable à l’échelon supérieur, ce qui lui permet d’augmenter sensiblement son salaire (lol). En tant que PRAG (Professeur Agrégé détaché à l’université), je n’ai plus d’inspection, ni de distinction entre note pédagogique et administrative. C’est ma directrice qui me met une note sur 100, et comme personne n’a aucune idée de comment je fais (bien) mon travail et bien j’ai automatiquement la note maximale pour mon échelon. Cela ne me sert strictement à rien puisque depuis que je suis à la fac, je progresse moins vite que si j’était restée au lycée. Bref. 

La réforme introduit plein de nouvelles choses: plus de notes ni d’inspection, tout le monde progresse au même rythme mais des « rendez-vous carrière » sont organisés lorsque l’on atteint les 6ème, 8ème et 9ème échelons de la classe normale (sur 11 au total, avant la hors classe puis la classe exceptionnelle fraîchement créée). Le « rendez-vous carrière », pour les profs du secondaire, consiste en une inspection suivie d’un entretien avec l’inspecteur pédagogique et un compte-rendu du proviseur. Le rapport ensuite envoyé au ministère permet théoriquement aux profs excellents de booster leur progression et de gagner 1 an sur le passage à l’échelon suivant. Pas mal sur le principe puisque, de toutes façons, les critères de progression (grand choix, choix, ancienneté) étaient si opaques que personne n’y comprenait rien. Là au moins, c’est clair, tu as 3 opportunités d’accélérer le processus (et de gagner 3 ans donc). 

Mais évidemment, pour les PRAG (moi donc), c’est plus compliqué. Etant au 8ème échelon, je suis concernée par ce fameux « rendez-vous carrière ». J’ai donc contacté mon gestionnaire à la fac pour lui demander comment ça allait se passer. Pas de réponse. Je le relance. 

- Bah en fait, on ne sait pas, on a reçu une circulaire du rectorat mais rien n’est précisé. 

- Ah. Et donc il faudrait peut-être appeler le rectorat pour en savoir plus non?  

- Ah oui. Ce serait bien que vous le fassiez plutôt. 

- …

 

Oui, tu as bien lu, cher lecteur. Les RH me demandent de faire leur job. Mais je n’ai pas vraiment le choix: c’est l’une des 2 occasions qu’il me reste pour faire progresser ma carrière un peu plus rapidement. Certes, je pourrais laisser couler et attendre tranquillement de gravir les échelons à l’ancienneté mais le je-m’en-foutisme ambiant m’exaspère. Le statut de PRAG est déjà bien pourri, si en plus on ne peut pas faire valoir ses maigres droits à mettre en avant le travail que l’on fournit, à quoi ça sert? Voulant être certaine de ne pas me faire avoir, j’ai donc accepté (faible je suis). J’ai passé la semaine à appeler le rectorat. Oui je sais, la deuxième semaine des vacances de Noël c’était ambitieux. J’ai envoyé des mails via la plate-forme I Prof. J’ai écrit à l’inspection générale. J’ai appelé tous les numéros possibles et imaginables. J’ai même écrit à un syndicat à la fac. Pour l’instant, seul l’inspecteur général m’a répondu (très gentiment) en me joignant des textes officiels qui malheureusement ne donnent pas beaucoup de détails. Car si pour les profs du secondaire, il existe une application sur laquelle on peut planifier son rendez-vous carrière, s’y préparer, télécharger un modèle de compte-rendu, etc pour les enseignants détachés dans le supérieur, c’est beaucoup plus flou. 

Voici donc où j’en suis: l’entretien doit être passé auprès du président de l’université qui devra rédiger un compte-rendu qu’il devra soumettre à une personne/institution dont je cherche encore l’identité (la circulaire parle du « ministère » mais sans nommer un service en particulier). 

Je n’ai aucune idée de la durée de l’entretien, ni de ce que je suis censée dire ou faire. J’imagine que je vais lui expliquer ce que je fais en cours et hors des cours, me jeter des fleurs sans en avoir l’air, rougissant avec modestie en expliquant mes pratiques pédagogiques révolutionnaires ou retenant une larme d’émotion en évoquant mes liens si forts avec mes étudiants. Pouf pouf. Je pense que le président de l’université n’en sait rien non plus, ni à quoi doit ressembler son rapport. Les RH en tous cas n’en savent rien de leur propre aveu. Je leur ai écrit pour leur demander d’organiser tout cela en leur joignant tous les documents que j’ai récoltés ces derniers jours. Oui, en gros, je leur ai gentiment demandé de faire leur boulot. Shocking isn’t it? 

J’attends donc de voir si j’obtiens des réponses supplémentaires, tout en restant effarée par le manque d’organisation totale de la chose. Le pire, à mon sens, ce sont les RH qui ne se bougent absolument pas pour obtenir les informations nécessaires pour faire leur boulot. Le ministère aurait également pu penser à toutes les situations de l’éducation nationale (les PRAG sont quand même très nombreux!) et se fendre d’une procédure claire et précise pour nous éviter tout ce tintouin. Et puis, pourquoi ne pas nous faire suivre les mêmes procédures que dans le secondaire? Je sais qu’il y a des PRAG qui n’enseignent pas, mais pour la grande majorité qui enseigne, pourquoi ne pas faire venir un inspecteur qui valide sa pédagogie, laissant à la présidence de l’université (ou à la direction du département où travaille le prof) le soin de juger des contributions autres que pédagogiques? Ca n’aurait pas été aussi simple? Voire l'occasion de corriger des différences de traitement d'un autre âge? Depressing, isn’t it? 

13 décembre 2017

Conseils à mes étudiants en fin de semestre

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Cher Lambda, 

Je te retrouve après 12 semaines de cours à l’université. Les vacances approchent, tu n’en peux plus. Tu as survécu à une gastro, les pannes de train à Montparnasse mais il te reste la plus grosse épreuve du semestre: les partiels. Et comme je commence à avoir un peu d’expérience sur le sujet, voici quelques précieux conseils pour survivre à cette dernière semaine. 

Feurste ovol, petit rappel qui semble basique mais qui pourtant s’avère nécessaire: l’université ne fournit pas les copies, ni les stylos d’ailleurs. Si tu peux aussi penser à investir dans du Typex, ce serait choupi car les ratures rendent les correcteurs chafouins. Si, je t’assure, quand tu as 300 copies à corriger, tu apprécies un peu d’esthétisme et les torche-balles rédigés sur du papier à petits carreaux, sans marge et sans sauter de ligne avec des gribouillis partout, ça saoule. Tu peux également investir dans une montre car on ne te laissera pas consulter ton téléphone « pour regarder l’heure madame ». 

In a seconde taïme (comme on ne dit pas en ingliche), si tu n’as pas mis les pieds en cours du semestre, évite d’envoyer un email à ta prof le dimanche soir pour lui demander l’intégralité de ses cours et les modalités de l’examen qui a lieu le lundi matin. 1) ça fait pas sérieux et 2) assume et vas-y les mains dans les poches tellement c’est pas acceptable de s'y prendre autant à la dernière minute. Nan, cherche pas, y a pas moyen de rattraper 12 semaines de cours en une nuit, même si t’es bilingue. C’est juste insultant pour le prof que tu sembles considérer comme une machine à donner des notes. Un cours ça se suit et si tu n’as pas pu/voulu y aller du semestre, assume. 

Numbeur free, si tu as été assidu, essaye au moins d’apprendre le vocabulaire clef de ton cours. Quand tu as passé 12 semaines à travailler sur la presse anglophone, c’est pas possible de raconter que « the article in the journal has a big title » quand on t’a spécifiquement appris que « journal » se dit « newspaper » et « titre », « headline ». Y a un moment, faut apprendre un peu son cours ou alors faut arrêter de râler contre le vilain système d’éducation français qui sait pas enseigner les langues. 

Ouate’s more, n’essaye même pas de tricher. Car même si tu ne te fais pas choper pendant l’examen, avec ton téléphone savamment caché dans l’écharpe que tu as négligemment posée sur tes genoux, sois sûr que tu te feras griller à un moment ou à un autre. Tu crois vraiment que c’est discret un paragraphe recopié de wikipédia dans une copie? Tu crois vraiment qu’on pense que tu as eu un éclair de génie quand soudain, après un paragraphe bourré de fautes, tu te mets à écrire dans un anglais parfait et très informé? Tu penses qu’on ne sait pas se servir de Gougeule pour aller vérifier quand on a un doute? Franchement tu auras une meilleure note en écrivant avec tes propres mots, même s’il y a des erreurs, qu’avec le 0/20 et le rapport au jury que tu te prendras immanquablement en trichant de la sorte. 

Faïneli, va récupérer ta copie une fois qu’elle sera corrigée. Trop peu d’étudiants comprennent l’importance de cette étape. Et pourtant, comment veux-tu progresser si tu n’identifies pas tes erreurs? Où est ta marge de progression si tu ne sais même pas où tu n’as pas réussi ou au contraire, quels sont les points forts sur lesquels tu peux capitaliser? Une fois que tu auras fait ce travail d’analyse de ta copie, là, oui, je t’autorise à en faire du papier d’allumage pour ton feu de cheminée. Ou une jolie boulette qui finira à la poubelle. Mais plize, prends la peine de lire les remarques de ton correcteur! Tu peux même pousser le délire jusqu'à essayer de comprendre pourquoi tu as eu faux et de travailler sur les erreurs que tu commets le plus. Et tu verras, ce putain de S à la troisième personne du singulier du présent finira bien par rentrer. 

Voilà jeune padawan, ces quelques conseils qui, je l’espère, t’aideront à réussir. Et puis rappelle-toi, si tu rates la première session, il y a toujours les rattrapages. Et non, ce n’est pas la honte absolue de valider son année au mois de juillet. Je conçois que ce soit pénible de reculer son départ en vacances pour aller composer une épreuve de littérature américaine mais rassure-toi, ça l’est tout autant pour nous de vous corriger alors qu'on rêve de soleil et de sable fin. 

Allez, shit, comme on ne dit pas non plus en ingliche et n’oublie pas de mettre ton réveil et de bien manger au petit-déjeuner!

Ta dévouée, 

Titcheur

 

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11 octobre 2017

Faut-il faire un plan de carrière pour son enfant dès la maternelle?

tiger mom

Cette année, Mamerveille est rentrée en CP. Elle ne sait pas encore lire mais elle comprend les syllabes simples et déchiffre des mots peu complexes. Elle fait des progrès chaque semaine. Un de ses petits camarades de classe (et je pense qu’il n’est pas seul) lit déjà couramment.  

Mamerveille est fille de prof d’anglais mais ne parle pas anglais. Elle connaît quelques mots courants mais je ne lui parle pas en anglais toute la journée. Je ne mets pas les dessins animés en VO non plus et si je lui lis parfois une histoire en anglais, elle réclame bien vite la version française. 

Mamerveille est aussi fille d’ingénieur, mais bizarrement ça n’étonne personne qu’elle ne connaisse pas le théorème de Pythagore…  

J’ai la chance d’habiter un quartier de Paris où l’offre scolaire pullule en établissements tous plus prestigieux les uns que les autres: entre le privé catho hyper sélectif, le privé international où se retrouvent toutes les daughters of et sons of (pas de bitch, sot!) et les écoles Montessori bilingues, il y a le choix. Mais c’est à l’école publique du coin que j’ai inscrit mes enfants. 

Outre le fait qu’elle a le gros avantage d’être a environ 30 secondes à pied de la maison, je suis très satisfaite de ce qu’y font mes enfants. Certes Mamerveille ne maîtrisait pas les équations à 2 inconnues en fin de grande section de maternelle. Elle a « juste » appris à colorier sans dépasser, à découper, à coller, à écrire son nom en attaché, à se repérer dans le temps et dans l’espace, à respecter des règles de vie de classe et à nourrir des escargots — entre autre. Bien sûr, de notre côté, nous l’initions à plein de choses: sport, culture, musique, etc mais je ne fais rien de particulier pour la « pousser ». Je ne lui passe pas Mozart la nuit en fond de tâche dans l’espoir qu’elle se réveille virtuose le matin. Je réponds à toutes ses questions (enfin j’essaie!) mais je ne cherche pas à en faire un singe savant qui pourrait réciter la table des éléments (sans trop comprendre à quoi ça correspond) juste pour épater la galerie. Ce qui m’importe, c'est qu’elle aime aller à l’école et qu’elle s’épanouisse. Elle va donc dans une école publique parfaitement normale et y apprend les choses - shocking! - qui sont au programme de CP. Ni plus, ni moins.  

Maprinchesse suivra le même chemin. Et pareil pour Royal Baby.  

Attention, je ne dis pas que je ne suis pas méga attentive à la scolarité de mes enfants. Je suis à la sortie des classes à 16h30 (privilège de prof) et je supervise les devoirs avec soin. J’aide Mamerveille à dompter les subtilités parfois perfides de la langue française (« Oui ma chérie, il y a un T à la fin du mot mais on ne le prononce pas, ni ce S là d’ailleurs, ni le E muet à la fin de ce mot… »). Mais je ne compte pas lui bourrer le crâne pour qu’elle sache lire avant tout le monde. Je ne vois pas très bien à quoi ça l’avancera exactement puisqu’ils finiront tous bien par savoir lire! Je ne la vois pas écrire « apprentissage de la lecture à 5 ans et 7 mois » sur son CV quand elle sera grande par contre j’imagine assez bien l’ennui qu’on doit développer quand on regarde les autres travailler des compétences qu’on a déjà acquises. Tu me diras que pendant ce temps là, l’enfant qui sait déjà lire lit. Certes mais quoi? A quoi ça sert d’être en avance sur les autres? Je m’assurerai bien évidemment que mes enfants progressent et fassent leurs apprentissages dans les meilleures conditions mais je me refuse à les inscrire contre leur gré dans une compétition que je juge malsaine. 

Evidemment, si mes enfants sont demandeuses, je répondrai à leur désir d’aller plus loin et je ne critique pas les parents qui répondent simplement aux demandes leurs enfants. J’essaierai aussi de stimuler leur curiosité et je sais que par rapport à des familles moins privilégiées cela fait déjà une énorme différence au final. Mais je ne me vois pas imposer à mes filles des heures et des heures de travail en plus, juste pour en faire des bêtes à concours. Si cela vient d’elles, c’est une chose mais je ne suis pas du genre Tiger Mom à l’américaine. 

Dès la fin de la crèche, j’ai eu des conversations hallucinantes avec des parents très méfiants vis-à-vis du public. J’entends bien que tout est loin d’être parfait dans l’éducation nationale mais franchement, dans notre petit arrondissement pépère de la capitale, on est super bien lotis. Je comprends bien sûr que les établissements sus-mentionnés puissent faire rêver. Je confesse bien volontiers m’être renseignée sur les conditions d’admission, notamment dans les établissements bilingues. 

Mais outre le fait que la scolarité dans ces écoles huppées coûte environ un rein et une cornée, je n’ai pas particulièrement envie que mes enfants subissent de véritables entretiens d’embauche alors qu’ils n’ont même pas perdu leur première dent de lait et encore moins qu’ils soient adoubés par un orthophoniste qui jugera de leur capacité à gérer un apprentissage en langue étrangère. J’adhère encore moins à la stratégie de contournement du collège public du quartier qui n’a pas une réputation folichonne, certes, mais qui fait des efforts de dingue pour redresser la barre. Combien d’enfants sont directement inscrits en maternelle dans un établissement catholique, non par foi religieuse, non plus parce que la maternelle ou l’élémentaire publiques auraient des résultats désastreux, mais par simple calcul en vue du contournement de la carte scolaire en collège? 

Je suis peut-être naïve, ou alors c’est le corporatisme qui parle (mais si tu me lis depuis quelques temps, tu ne me feras pas ce procès là!), mais je fais confiance aux institutions publiques pour l’instruction de mes enfants. Comme tous les parents, je suis ambivalente: d’un côté je veux ce qu’il y a de mieux pour mes enfants et je serais certainement la première à être fière si mes filles montraient un talent particulier à quelque chose, à l’école comme dans tout autre domaine d’ailleurs. Mais finalement le plus important c’est leur bien-être. Mamerveille aime aller à l’école, elle y apprend plein de choses à un rythme normal. Elle est curieuse comme une enfant de 6 ans l’est naturellement. Elle adore dire qu’elle a des devoirs et beaucoup de travail à faire et s’y plie volontiers tous les jours mais je ne la sens pas surmotivée pour en faire plus que ce qui est demandé. Pour ma part, j’estime que l’école a un rôle fondamental mais que c’est aussi aux parents à éveiller leurs enfants au monde. On apprend partout, tout le temps: à lire, à compter, mais aussi à nager, à coudre ou à faire ses lacets. On apprend à respecter les autres et les différences. On apprend ce que c’est que la mort, ou la maladie. On apprend à lire l’heure et à peindre. On découvre les chefs-d’oeuvre du cinéma et de la musique. On apprend le solfège et le catéchisme. On a 6 ans. On a le temps avant d’avoir à nager avec les requins...

PS: en anticipation des réactions outrées de parents qui se sentiraient concernés, je ne parle que pour ma paroisse, de ce que je veux pour MES enfants. Si vous faites pas pareil chez vous, ça vous regarde, je juge pas, je donne simplement ma vision des choses. Merci les gens!

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