Ingliche Titcheur

19 janvier 2018

Journal de bord d’une Ingliche Titcheur #3 - La rentrée

C’est la semaine de la rentrée. Bizarrement, je n’ai jamais été plus proche du petit-suicide que cette année. 

petit suicide

 Tout ce qui pouvait partir en sucette est parti en sucette. 

La semaine dernière, je peinais à recruter des profs pour remplacer des désistements de dernière minute. 

Cette semaine, je dois fermer des groupes et annoncer à des profs qui ont passé des jours à préparer leurs cours que, finalement, ça va pas être la peine de se déplacer. Les étudiants de ma faculté ne veulent manifestent pas travailler le vendredi après-midi et ont donc déserté tous les cours qui étaient placés ce jour là. Il faut croire qu’ils préfèrent être en weekend le jeudi soir et s’entasser à 35 dans leurs cours de langue plutôt que de travailler dans des conditions décentes. Et après je reçois des commentaires du style « Vos cours sont trop nuls, on progresse pas et on est trop nombreux en cours donc on peut pas parler à l’oral ».  

rolling eyes

Ce semestre il est impossible de trouver une salle libre le jeudi après-midi. Là, pour le coup, tout le monde veut faire cours ou venir en cours. Je me retrouve donc avec la salle la plus pourrie du monde avec des tables tellement serrées que pour mon cours d’interprétation théâtrale, ça va être compliqué et du matériel défectueux (j’ai l’image mais pas le son). 

great

Je ne sais pas si c’est la fatigue, le surmenage ou l’alcool, mais j’ai multiplié les boulettes en organisant le planning de mes 99 collègues. Du coup, il m’est parfois arrivé d’oublier de prendre en compte la demande d’un enseignant de modifier un créneau, ou de placer 2 fois un prof sur un même créneau. Heureusement, cela représente 2% des cas mais ça créé un vieux coup de stress sur le moment. 

come on

Je suis à deux doigts d’aller acheter 2 packs de Gervais au fruits donc, mais dieu merci, il reste une chose qui me pousse à y croire encore: mes étudiants choupi avec qui j’ai commencé mes premières séances cette semaine. Y a pas à dire, quand tu rentres dans ta salle de cours et que tu la quittes le sourire aux lèvres, c’est que tu es au bon endroit.

pleased

 

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11 janvier 2018

Journal de bord d’une Ingliche Titcheur #2

Zen-Yoga

La semaine précédent la rentrée est toujours atroce. Déjà parce que c’est la semaine où je cauchemarde que j’arrive nue (et pas épilée) devant mes étudiants ou que je dois repasser l’agrégation et que je ne connais pas le programme et que je me ridiculise devant un jury exclusivement composé de mes collègues qui perdent du coup toute estime à mon endroit.

Mais la semaine précédent la rentrée, à la fac, c’est surtout la semaine de toutes les angoisses pour les phobiques administratifs. Pour ma part, étant en charge de tout le planning des cours d’anglais pour les non spécialistes, je dois m’assurer que tous cours sont placés aux bons horaires, dans les salles équipées de façon adéquate et qu’il y a un enseignant pour chaque cours. Dans ma fac, nous proposons plus de 250 cours par an. Voilà, donc je te laisse faire le calcul: 250 cours divisés par x profs fois y créneaux horaires = racine carrée de pi. 

En gros, je m’arrache les cheveux pour trouver des profs spécialisés dans les domaines que nous proposons afin d’offrir à nos étudiants chéris des enseignements de la meilleure qualité possible. En général, j’y parviens après des heures passées à lire des CV, recevoir les candidats, échanger avec eux en français (pour vérifier qu’ils pourront se débrouiller dans notre système compliqué) et en anglais (parce que j’ai eu de sacrées surprises en recevant en entretien des professeurs auto-certifiés bilingues en anglais qui font 3 fautes par phrase…), caler les emplois du temps et diriger les nouvelles recrues vers leur responsable pédagogique (en général moi d’ailleurs). Donc quand enfin le planning est rempli et vérifié, je ressens une sérénité et un sentiment de complétude malheureusement vite pollués par une angoisse latente. Celle du désistement de dernière minute. Qui est inévitable. En gros, c’est jamais arrivé que c’est pas arrivé. Et cette rentrée du deuxième semestre ne déroge pas à la règle. 

 

J’ai donc appris hier qu’une collègue qui doit enseigner un cours lundi matin à 9h ne « pourra finalement pas assurer son cours ». Sans autre motif. J’ai donc 72h pour lui trouver un remplaçant qu’il faudra bien sûr former également. Tout. Va. Bien. 

 

Cette semaine est tellement stressante que dès que j’entends le bip signifiant que j’ai reçu un email, une boule se forme dans mon estomac et ne disparaît que lorsque je réalise que ce n’est pas un email m’annonçant un autre problème. Au choix: 

 

« Je viens de consulter mon emploi du temps en ligne et je vois que vous avez placé mes cours le mardi. Or, le mardi je peux pas j’ai aqua-poney, donc il faudrait me le mettre le jeudi plutôt, merci. » Bah non en fait, les étudiants sont déjà inscrits sur ce créneau, je ne peux plus rien changer maintenant. 

 

« Je fais le cours du vendredi sur la presse mais j’ai oublié de vous dire que je serai absente sur 4 dates parce que j’ai un autre travail et des rendez-vous placés ces jours là. C’est pas grave, hein? » Bah si en fait, vu que nos étudiants n’ont déjà que 12 cours, si tu en enlèves le tiers ça va pas aller…

 

« Bonne nouvelle, je suis enceinte et partirai en congé maternité le 12 février! » Bah félicitations. Mais crotte, il va falloir que je vous remplace au milieu du semestre. 

 

Dieu merci, le yoga et la méditation transcendantale (et l’alcool) m’aident à rester relativement stable psychologiquement (à l’instar d’un certain président, hu hu hu). 

 

Les étudiants sont au moins aussi pressurisés que les profs. Ils sont en pleines inscriptions pédagogiques et eux aussi doivent résoudre des équations à 8 inconnues. Illustration: 

Etant donné que je bosse au McDo le mardi toute la journée et le jeudi après-midi et que je ne peux donc pas avoir cours en même temps

Etant donné que j’ai 1H30 de transport depuis chez moi et que je ne peux donc pas commencer à 8h ou finir trop tard

Etant donné que je dois prendre 2 UE professionnalisantes, 1 UE de langue et 1 UE libre en plus de mes UE disciplinaires

Etant donné que le site internet des inscriptions pédagogiques a buggué 3 fois ce matin

Etant donné que tous les groupes de littérature sont complets et que je ne peux finaliser mes inscriptions s’il me manque ne serait-ce qu’un seul cours 

Etant donné que le cours de linguistique est en même temps que le cours de civilisation mais que ce sont les seuls groupes où il reste de la place

Etant donné que le secrétariat de ma formation ne décroche jamais le téléphone

Etant donné qu’il y a 3h30 de queue pour accéder à un être humain au-dit secrétariat

Etant donné que le-dit secrétariat est ouvert de 9h30 à 12h puis de 14h à 17h

Calculez la probabilité pour que je fasse une dépression nerveuse et m’en prenne physiquement au premier être humain croisé. Vous avez 1h. 

 

Dieu merci, cette semaine arrive bientôt à son terme et, bon an mal an, tout devrait à peu près bien se passer lundi matin. Un nouveau semestre commence. C’est parti!

06 janvier 2018

Journal de bord d’une Ingliche Titcheur #1

New-Years-Resolution-Humor

2018. Nouvelle année. Nouvelles résolutions. Nouveaux objectifs. 

Cette année, promis juré craché, j’écrirai davantage. En 2017, je n’ai écrit que 12 billets. Ecrire sur ce blog ou à côté demande du temps que j’ai pas su dégager l’année dernière. J’ai souvent privilégié d’autres activités autrement plus essentielles (corriger une copie, changer une couche, accompagner une sortie scolaire, préparer un cours, faire un escape game avec des copains, buller devant une série…). Cette année, donc, j’ai décidé de tenir un journal de bord de mes activités professionnelles. Je ne dis pas que tu n’entendras jamais parler des dernières prouesses en bricolage de Tendrépoux ou des mignoneries de mes filles, mais ce blog ne s’appelle pas « Ingliche Titcheur » pour rien non plus. 

En cette première semaine de cette nouvelle année, que peut donc bien faire une enseignante d’anglais du second degré détaché dans le supérieur? Hein? Et bien comme nous sommes encore officiellement en vacances, j’en profite pour… ne pas travailler. Shocking, isn’t it? 

Après un premier semestre très chargé, je décompresse, je joue avec mes filles, je fais mes albums photos, je finis de digérer la raclette de Noël (oué), je fais des grasses matinées indécentes - Royal Baby ayant enfin décidé d’arrêter de se réveiller à 6h du matin, toute la famille récupère environ 2 ans de sommeil de retard. Je n’ai même pas une copie à corriger puisque je suis venue à bout de l’intégralité de mes 200 copies avant les fêtes (self-five). Je te l’ai dit, cette année je suis or-ga-ni-sée. 

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Néanmoins, en bonne fonctionnaire éthique et responsable, je me suis penchée cette semaine sur la réforme de la carrière des enseignants. Avant, les profs étaient inspectés régulièrement (tous les 8 ans) (oui, c’est de l’ironie), flippaient bien leur race à l’idée de jouer un bon bout de leur carrière sur leur performance sur 1h de cours et proposaient des pots-de-vin à leurs élèves pour ne pas qu’ils leur pourrissent l’inspection. En vrai, ça se passe toujours plutôt bien rappelle toi… A l’issue de cette inspection, l’enseignant reçoit une note pédagogique sur 60 et une note administrative sur 40 de la part de son proviseur. La note totale sur 100 permettait ensuite au prof d’être éventuellement promouvable à l’échelon supérieur, ce qui lui permet d’augmenter sensiblement son salaire (lol). En tant que PRAG (Professeur Agrégé détaché à l’université), je n’ai plus d’inspection, ni de distinction entre note pédagogique et administrative. C’est ma directrice qui me met une note sur 100, et comme personne n’a aucune idée de comment je fais (bien) mon travail et bien j’ai automatiquement la note maximale pour mon échelon. Cela ne me sert strictement à rien puisque depuis que je suis à la fac, je progresse moins vite que si j’était restée au lycée. Bref. 

La réforme introduit plein de nouvelles choses: plus de notes ni d’inspection, tout le monde progresse au même rythme mais des « rendez-vous carrière » sont organisés lorsque l’on atteint les 6ème, 8ème et 9ème échelons de la classe normale (sur 11 au total, avant la hors classe puis la classe exceptionnelle fraîchement créée). Le « rendez-vous carrière », pour les profs du secondaire, consiste en une inspection suivie d’un entretien avec l’inspecteur pédagogique et un compte-rendu du proviseur. Le rapport ensuite envoyé au ministère permet théoriquement aux profs excellents de booster leur progression et de gagner 1 an sur le passage à l’échelon suivant. Pas mal sur le principe puisque, de toutes façons, les critères de progression (grand choix, choix, ancienneté) étaient si opaques que personne n’y comprenait rien. Là au moins, c’est clair, tu as 3 opportunités d’accélérer le processus (et de gagner 3 ans donc). 

Mais évidemment, pour les PRAG (moi donc), c’est plus compliqué. Etant au 8ème échelon, je suis concernée par ce fameux « rendez-vous carrière ». J’ai donc contacté mon gestionnaire à la fac pour lui demander comment ça allait se passer. Pas de réponse. Je le relance. 

- Bah en fait, on ne sait pas, on a reçu une circulaire du rectorat mais rien n’est précisé. 

- Ah. Et donc il faudrait peut-être appeler le rectorat pour en savoir plus non?  

- Ah oui. Ce serait bien que vous le fassiez plutôt. 

- …

 

Oui, tu as bien lu, cher lecteur. Les RH me demandent de faire leur job. Mais je n’ai pas vraiment le choix: c’est l’une des 2 occasions qu’il me reste pour faire progresser ma carrière un peu plus rapidement. Certes, je pourrais laisser couler et attendre tranquillement de gravir les échelons à l’ancienneté mais le je-m’en-foutisme ambiant m’exaspère. Le statut de PRAG est déjà bien pourri, si en plus on ne peut pas faire valoir ses maigres droits à mettre en avant le travail que l’on fournit, à quoi ça sert? Voulant être certaine de ne pas me faire avoir, j’ai donc accepté (faible je suis). J’ai passé la semaine à appeler le rectorat. Oui je sais, la deuxième semaine des vacances de Noël c’était ambitieux. J’ai envoyé des mails via la plate-forme I Prof. J’ai écrit à l’inspection générale. J’ai appelé tous les numéros possibles et imaginables. J’ai même écrit à un syndicat à la fac. Pour l’instant, seul l’inspecteur général m’a répondu (très gentiment) en me joignant des textes officiels qui malheureusement ne donnent pas beaucoup de détails. Car si pour les profs du secondaire, il existe une application sur laquelle on peut planifier son rendez-vous carrière, s’y préparer, télécharger un modèle de compte-rendu, etc pour les enseignants détachés dans le supérieur, c’est beaucoup plus flou. 

Voici donc où j’en suis: l’entretien doit être passé auprès du président de l’université qui devra rédiger un compte-rendu qu’il devra soumettre à une personne/institution dont je cherche encore l’identité (la circulaire parle du « ministère » mais sans nommer un service en particulier). 

Je n’ai aucune idée de la durée de l’entretien, ni de ce que je suis censée dire ou faire. J’imagine que je vais lui expliquer ce que je fais en cours et hors des cours, me jeter des fleurs sans en avoir l’air, rougissant avec modestie en expliquant mes pratiques pédagogiques révolutionnaires ou retenant une larme d’émotion en évoquant mes liens si forts avec mes étudiants. Pouf pouf. Je pense que le président de l’université n’en sait rien non plus, ni à quoi doit ressembler son rapport. Les RH en tous cas n’en savent rien de leur propre aveu. Je leur ai écrit pour leur demander d’organiser tout cela en leur joignant tous les documents que j’ai récoltés ces derniers jours. Oui, en gros, je leur ai gentiment demandé de faire leur boulot. Shocking isn’t it? 

J’attends donc de voir si j’obtiens des réponses supplémentaires, tout en restant effarée par le manque d’organisation totale de la chose. Le pire, à mon sens, ce sont les RH qui ne se bougent absolument pas pour obtenir les informations nécessaires pour faire leur boulot. Le ministère aurait également pu penser à toutes les situations de l’éducation nationale (les PRAG sont quand même très nombreux!) et se fendre d’une procédure claire et précise pour nous éviter tout ce tintouin. Et puis, pourquoi ne pas nous faire suivre les mêmes procédures que dans le secondaire? Je sais qu’il y a des PRAG qui n’enseignent pas, mais pour la grande majorité qui enseigne, pourquoi ne pas faire venir un inspecteur qui valide sa pédagogie, laissant à la présidence de l’université (ou à la direction du département où travaille le prof) le soin de juger des contributions autres que pédagogiques? Ca n’aurait pas été aussi simple? Voire l'occasion de corriger des différences de traitement d'un autre âge? Depressing, isn’t it? 

13 décembre 2017

Conseils à mes étudiants en fin de semestre

harvey-specter

Cher Lambda, 

Je te retrouve après 12 semaines de cours à l’université. Les vacances approchent, tu n’en peux plus. Tu as survécu à une gastro, les pannes de train à Montparnasse mais il te reste la plus grosse épreuve du semestre: les partiels. Et comme je commence à avoir un peu d’expérience sur le sujet, voici quelques précieux conseils pour survivre à cette dernière semaine. 

Feurste ovol, petit rappel qui semble basique mais qui pourtant s’avère nécessaire: l’université ne fournit pas les copies, ni les stylos d’ailleurs. Si tu peux aussi penser à investir dans du Typex, ce serait choupi car les ratures rendent les correcteurs chafouins. Si, je t’assure, quand tu as 300 copies à corriger, tu apprécies un peu d’esthétisme et les torche-balles rédigés sur du papier à petits carreaux, sans marge et sans sauter de ligne avec des gribouillis partout, ça saoule. Tu peux également investir dans une montre car on ne te laissera pas consulter ton téléphone « pour regarder l’heure madame ». 

In a seconde taïme (comme on ne dit pas en ingliche), si tu n’as pas mis les pieds en cours du semestre, évite d’envoyer un email à ta prof le dimanche soir pour lui demander l’intégralité de ses cours et les modalités de l’examen qui a lieu le lundi matin. 1) ça fait pas sérieux et 2) assume et vas-y les mains dans les poches tellement c’est pas acceptable de s'y prendre autant à la dernière minute. Nan, cherche pas, y a pas moyen de rattraper 12 semaines de cours en une nuit, même si t’es bilingue. C’est juste insultant pour le prof que tu sembles considérer comme une machine à donner des notes. Un cours ça se suit et si tu n’as pas pu/voulu y aller du semestre, assume. 

Numbeur free, si tu as été assidu, essaye au moins d’apprendre le vocabulaire clef de ton cours. Quand tu as passé 12 semaines à travailler sur la presse anglophone, c’est pas possible de raconter que « the article in the journal has a big title » quand on t’a spécifiquement appris que « journal » se dit « newspaper » et « titre », « headline ». Y a un moment, faut apprendre un peu son cours ou alors faut arrêter de râler contre le vilain système d’éducation français qui sait pas enseigner les langues. 

Ouate’s more, n’essaye même pas de tricher. Car même si tu ne te fais pas choper pendant l’examen, avec ton téléphone savamment caché dans l’écharpe que tu as négligemment posée sur tes genoux, sois sûr que tu te feras griller à un moment ou à un autre. Tu crois vraiment que c’est discret un paragraphe recopié de wikipédia dans une copie? Tu crois vraiment qu’on pense que tu as eu un éclair de génie quand soudain, après un paragraphe bourré de fautes, tu te mets à écrire dans un anglais parfait et très informé? Tu penses qu’on ne sait pas se servir de Gougeule pour aller vérifier quand on a un doute? Franchement tu auras une meilleure note en écrivant avec tes propres mots, même s’il y a des erreurs, qu’avec le 0/20 et le rapport au jury que tu te prendras immanquablement en trichant de la sorte. 

Faïneli, va récupérer ta copie une fois qu’elle sera corrigée. Trop peu d’étudiants comprennent l’importance de cette étape. Et pourtant, comment veux-tu progresser si tu n’identifies pas tes erreurs? Où est ta marge de progression si tu ne sais même pas où tu n’as pas réussi ou au contraire, quels sont les points forts sur lesquels tu peux capitaliser? Une fois que tu auras fait ce travail d’analyse de ta copie, là, oui, je t’autorise à en faire du papier d’allumage pour ton feu de cheminée. Ou une jolie boulette qui finira à la poubelle. Mais plize, prends la peine de lire les remarques de ton correcteur! Tu peux même pousser le délire jusqu'à essayer de comprendre pourquoi tu as eu faux et de travailler sur les erreurs que tu commets le plus. Et tu verras, ce putain de S à la troisième personne du singulier du présent finira bien par rentrer. 

Voilà jeune padawan, ces quelques conseils qui, je l’espère, t’aideront à réussir. Et puis rappelle-toi, si tu rates la première session, il y a toujours les rattrapages. Et non, ce n’est pas la honte absolue de valider son année au mois de juillet. Je conçois que ce soit pénible de reculer son départ en vacances pour aller composer une épreuve de littérature américaine mais rassure-toi, ça l’est tout autant pour nous de vous corriger alors qu'on rêve de soleil et de sable fin. 

Allez, shit, comme on ne dit pas non plus en ingliche et n’oublie pas de mettre ton réveil et de bien manger au petit-déjeuner!

Ta dévouée, 

Titcheur

 

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11 octobre 2017

Faut-il faire un plan de carrière pour son enfant dès la maternelle?

tiger mom

Cette année, Mamerveille est rentrée en CP. Elle ne sait pas encore lire mais elle comprend les syllabes simples et déchiffre des mots peu complexes. Elle fait des progrès chaque semaine. Un de ses petits camarades de classe (et je pense qu’il n’est pas seul) lit déjà couramment.  

Mamerveille est fille de prof d’anglais mais ne parle pas anglais. Elle connaît quelques mots courants mais je ne lui parle pas en anglais toute la journée. Je ne mets pas les dessins animés en VO non plus et si je lui lis parfois une histoire en anglais, elle réclame bien vite la version française. 

Mamerveille est aussi fille d’ingénieur, mais bizarrement ça n’étonne personne qu’elle ne connaisse pas le théorème de Pythagore…  

J’ai la chance d’habiter un quartier de Paris où l’offre scolaire pullule en établissements tous plus prestigieux les uns que les autres: entre le privé catho hyper sélectif, le privé international où se retrouvent toutes les daughters of et sons of (pas de bitch, sot!) et les écoles Montessori bilingues, il y a le choix. Mais c’est à l’école publique du coin que j’ai inscrit mes enfants. 

Outre le fait qu’elle a le gros avantage d’être a environ 30 secondes à pied de la maison, je suis très satisfaite de ce qu’y font mes enfants. Certes Mamerveille ne maîtrisait pas les équations à 2 inconnues en fin de grande section de maternelle. Elle a « juste » appris à colorier sans dépasser, à découper, à coller, à écrire son nom en attaché, à se repérer dans le temps et dans l’espace, à respecter des règles de vie de classe et à nourrir des escargots — entre autre. Bien sûr, de notre côté, nous l’initions à plein de choses: sport, culture, musique, etc mais je ne fais rien de particulier pour la « pousser ». Je ne lui passe pas Mozart la nuit en fond de tâche dans l’espoir qu’elle se réveille virtuose le matin. Je réponds à toutes ses questions (enfin j’essaie!) mais je ne cherche pas à en faire un singe savant qui pourrait réciter la table des éléments (sans trop comprendre à quoi ça correspond) juste pour épater la galerie. Ce qui m’importe, c'est qu’elle aime aller à l’école et qu’elle s’épanouisse. Elle va donc dans une école publique parfaitement normale et y apprend les choses - shocking! - qui sont au programme de CP. Ni plus, ni moins.  

Maprinchesse suivra le même chemin. Et pareil pour Royal Baby.  

Attention, je ne dis pas que je ne suis pas méga attentive à la scolarité de mes enfants. Je suis à la sortie des classes à 16h30 (privilège de prof) et je supervise les devoirs avec soin. J’aide Mamerveille à dompter les subtilités parfois perfides de la langue française (« Oui ma chérie, il y a un T à la fin du mot mais on ne le prononce pas, ni ce S là d’ailleurs, ni le E muet à la fin de ce mot… »). Mais je ne compte pas lui bourrer le crâne pour qu’elle sache lire avant tout le monde. Je ne vois pas très bien à quoi ça l’avancera exactement puisqu’ils finiront tous bien par savoir lire! Je ne la vois pas écrire « apprentissage de la lecture à 5 ans et 7 mois » sur son CV quand elle sera grande par contre j’imagine assez bien l’ennui qu’on doit développer quand on regarde les autres travailler des compétences qu’on a déjà acquises. Tu me diras que pendant ce temps là, l’enfant qui sait déjà lire lit. Certes mais quoi? A quoi ça sert d’être en avance sur les autres? Je m’assurerai bien évidemment que mes enfants progressent et fassent leurs apprentissages dans les meilleures conditions mais je me refuse à les inscrire contre leur gré dans une compétition que je juge malsaine. 

Evidemment, si mes enfants sont demandeuses, je répondrai à leur désir d’aller plus loin et je ne critique pas les parents qui répondent simplement aux demandes leurs enfants. J’essaierai aussi de stimuler leur curiosité et je sais que par rapport à des familles moins privilégiées cela fait déjà une énorme différence au final. Mais je ne me vois pas imposer à mes filles des heures et des heures de travail en plus, juste pour en faire des bêtes à concours. Si cela vient d’elles, c’est une chose mais je ne suis pas du genre Tiger Mom à l’américaine. 

Dès la fin de la crèche, j’ai eu des conversations hallucinantes avec des parents très méfiants vis-à-vis du public. J’entends bien que tout est loin d’être parfait dans l’éducation nationale mais franchement, dans notre petit arrondissement pépère de la capitale, on est super bien lotis. Je comprends bien sûr que les établissements sus-mentionnés puissent faire rêver. Je confesse bien volontiers m’être renseignée sur les conditions d’admission, notamment dans les établissements bilingues. 

Mais outre le fait que la scolarité dans ces écoles huppées coûte environ un rein et une cornée, je n’ai pas particulièrement envie que mes enfants subissent de véritables entretiens d’embauche alors qu’ils n’ont même pas perdu leur première dent de lait et encore moins qu’ils soient adoubés par un orthophoniste qui jugera de leur capacité à gérer un apprentissage en langue étrangère. J’adhère encore moins à la stratégie de contournement du collège public du quartier qui n’a pas une réputation folichonne, certes, mais qui fait des efforts de dingue pour redresser la barre. Combien d’enfants sont directement inscrits en maternelle dans un établissement catholique, non par foi religieuse, non plus parce que la maternelle ou l’élémentaire publiques auraient des résultats désastreux, mais par simple calcul en vue du contournement de la carte scolaire en collège? 

Je suis peut-être naïve, ou alors c’est le corporatisme qui parle (mais si tu me lis depuis quelques temps, tu ne me feras pas ce procès là!), mais je fais confiance aux institutions publiques pour l’instruction de mes enfants. Comme tous les parents, je suis ambivalente: d’un côté je veux ce qu’il y a de mieux pour mes enfants et je serais certainement la première à être fière si mes filles montraient un talent particulier à quelque chose, à l’école comme dans tout autre domaine d’ailleurs. Mais finalement le plus important c’est leur bien-être. Mamerveille aime aller à l’école, elle y apprend plein de choses à un rythme normal. Elle est curieuse comme une enfant de 6 ans l’est naturellement. Elle adore dire qu’elle a des devoirs et beaucoup de travail à faire et s’y plie volontiers tous les jours mais je ne la sens pas surmotivée pour en faire plus que ce qui est demandé. Pour ma part, j’estime que l’école a un rôle fondamental mais que c’est aussi aux parents à éveiller leurs enfants au monde. On apprend partout, tout le temps: à lire, à compter, mais aussi à nager, à coudre ou à faire ses lacets. On apprend à respecter les autres et les différences. On apprend ce que c’est que la mort, ou la maladie. On apprend à lire l’heure et à peindre. On découvre les chefs-d’oeuvre du cinéma et de la musique. On apprend le solfège et le catéchisme. On a 6 ans. On a le temps avant d’avoir à nager avec les requins...

PS: en anticipation des réactions outrées de parents qui se sentiraient concernés, je ne parle que pour ma paroisse, de ce que je veux pour MES enfants. Si vous faites pas pareil chez vous, ça vous regarde, je juge pas, je donne simplement ma vision des choses. Merci les gens!

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04 octobre 2017

Lettre ouverte à un étudiant Lambda

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Cher Lambda,

Je te souhaite la bienvenue dans notre merveilleuse université. Au fait, félicitations pour avoir obtenu une affectation! C’était pas gagné (merci APB!)! Alors comme ça tu te retrouves en fac d’ingliche? J’espère pour toi que c’était ton premier choix car tu as quand même 40% de chance de retaper ta première année donc autant être motivé, tu es là pour un certain temps. Je sais, c’est un peu hard de commencer ma lettre par tant de violence statistique mais je préfère te mettre dans le bain tout de suite - you’re welcome (je suis sympa, je te donne de l’avance en vocabulaire sur tes camarades). 

Tu t’es donc rendu à la faculté lors des multiples réunions de rentrée qui ont certainement dû t’épouvanter. On t’a distribué toutes sortes de prospectus qui contenaient tous des informations CRUCIALES pour tes inscriptions pédagogiques. On t’a parlé de majeure, de mineure, d’enseignements obligatoires ou facultatifs, d’UE, de TD, d’ECTS ou d’ amphis mais le seul acronyme que tu as retenu est BDE (Bureau des Etudiants) car ils présentaient le week end d’intégration à Amsterdam (apparemment, le thème cette année est « Botanique et relaxation »). Tu as des sueurs froides à l’idée de ce qui t’attend: t’inquiète, je vais me charger de te déniaiser universitairement parlant. 

Sache donc, jeune padawan, que tu es rentré dans une jungle. Ici, personne ne t’obligera à venir en cours, à rendre tes devoirs ou à travailler. Personne ne vérifiera que tu as bien pris des notes ou que tu suis en cours. Tu pourras papoter en amphi, checker ta page FB, voire instagrammer tes profs à leur insu sans que personne n’en sache jamais rien (no one will give a shit) (prend des notes!). Tu auras si peu d’heures de cours que tu auras tout le loisir de prendre un petit boulot à côté histoire d’arrondir tes fins de mois. Tu auras le temps de sortir, d’aller au ciné ou en boîte, tu auras plein de tarifs préférentiels et de bons plans grâce à ta carte d’étudiant et au service d’action culturelle de ton université. Tu es un adulte maintenant, personne ne viendra te juger si tu rates un cours un matin parce que tu as la gueule de bois. Tes profs noteront peut-être ton absence (et encore, j’en connais qui s’en contre-fichent comme de leur premier stylo rouge) mais ne s’offusqueront pas de te voir te pointer que pour le partiel alors que tu n’es venu qu’à 2 cours. De toutes façons ils ne se rappellent pas de ton nom…  

Je te vois déjà jubiler: alors c’est vrai? C’est aussi cool que ce qu’on dit? Ca va vraiment être la belle vie pendant 3 ans, avec à la clef, un joli diplôme? 

Si je n’étais pas adepte de la non violence et que je ne sortais pas d’une séance d’Hatha Yoga, je te mettrais bien une grosse claque dans ta tête. Mais tu as de la chance, aujourd’hui je suis bienveillance et charité, je te donnerai donc 2 ou 3 tips (note ça dans ton carnet de vocabulaire) pour que tu survives à l’université. Et je m’en vais te donner ta première leçon académique: le darwinisme. Seuls les plus forts et les plus adaptés survivront.

Lesson number ouane: informe toi. D’abord, tu ressors les prospectus qu’on t’a donné à la rentrée et tu les LIS. Intégralement. Plusieurs fois. Ils contiennent en effet des informations CRUCIALES pour que tes inscriptions pédagogiques ne soient pas un cauchemar. Et je pèse mes mots. Combien d’étudiants en 3ème année ont passé un semestre à suivre des cours réservés aux 1ères années et se sont retrouvés avec une mention « Ajourné » alors qu’ils ont été assidus et ont passé tous les examens? Combien d’étudiants ont vu leur dossier bloqué parce qu’il leur manquait des UE obligatoires? Trop. 

Donc tu t’informes: quels sont les cours obligatoires imposés par ton cursus? quels sont ceux qui sont facultatifs? Va voir le site web de ta fac (si, si elle en a un) et regarde bien tous les descriptifs des cours: niveau de langue, pré-requis, contenus, objectifs, etc. Non pas seulement les horaires: personne n’a intrinsèquement envie de venir bosser un vendredi après-midi mais figure toi que tu devras peut-être te faire violence sur le sujet. Peut-être même que tu auras des trous dans ton emploi du temps. Peut-être même que tes 16 heures de cours hebdomadaires seront étalées sur les 5 jours de la semaine (ce serait pas de bol tout de même) (mais ça peut arriver). Sache qu’aucun secrétariat n’aura de sympathie pour ton cas: si tu n’as pas un VRAI problème - du genre des cours qui se chevauchent ou un bug lors de tes inscriptions sur internet - sache qu’on t’enverra gentiment sur les roses. Tu peux me remercier, je viens de t’éviter des heures de queue devant les divers secrétariats qui n’auraient, de toutes façons, pas manqué de te renvoyer d’un bureau à l’autre, t’expliquant que ton problème ne vient pas de chez eux mais de chez les collègues d’en face. 

Lesson number tou: assiste à tous tes cours. Attention, grosse tautologie en vue. Tu es étudiant. Tu es donc censé ETUDIER. C’est-à-dire bosser en fait. Donc en fait toutes ces jolies plages horaires libres dans ton emploi du temps sont en fait du temps pour travailler. Je sais, c’est dingue. Et attends, j’ai pas fini! Tu auras souvent l’impression de sortir de cours sans avoir de devoirs à faire. WRONG! (comme dirait Donald). Sache qu’à l’université, non seulement tu dois apprendre tous tes cours (c’est la moindre des choses), mais tu es aussi censé approfondir par toi-même, en général en te tapant quelques bouquins soigneusement sélectionnés par tes profs dans des bibliographies chatoyantes. Donc non, le Cliffnote sur Pride and Prejudice ne suffira pas à faire de toi un expert de Jane Austen. Va falloir aller user un peu les bancs de ce qu’on appelle communément une « bibliothèque » (prends des notes). Et il va falloir faire cela dans toutes tes matières. Je vois déjà ton sourire béat du début perdre de sa vigueur. 

Ne t’inquiète pas! Ton université, échaudée par des pourcentages de réussite proches des taux d’érection chez les septuagénaires, s’est dotée d’une armada de bonnes idées pour t’aider à réussir. Sache donc, cher Lambda, que tu pourras suivre une UE intitulée « Apprendre à prendre des notes » qui comptera pour quelques crédits dans ton diplôme et devrait t’aider à suivre en cours. Tu pourras aussi t’aider d’enseignements aussi utiles que des ateliers d’initiation au massage ou un cours d’échecs pour valider ton semestre si tu es un peu juste côté moyenne. C'est toujours agréable de se dire qu'on a validé son diplôme de licence d'ingliche en partie grâce à ses compétences en "Gestion corporelle". Ne me remercie pas, je me sens comme une taupe du KGB au FBI à te donner tous les bons tuyaux!

Voilà, cher Lambda, quelques menus conseils pour bien commencer cette année scolaire. Je me permettrais de te recontacter ultérieurement si je m’aperçois que tu as encore besoin de mes lumières pour t’éclairer dans les ténèbres de la vie universitaire. 

Ta dévouée, 

Titcheur

PS: y aura interro la semaine prochaine, t’as intérêt à avoir révisé!

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17 septembre 2017

C’est la rentrée (again!)

 

back to school

Encore une nouvelle rentrée. La même ritournelle: la douceur du papier d’un cahier neuf, le crissement d’un stylo plume, l’odeur tannée d’un cartable en cuir… Pour moi, la prof de service, l’éternelle élève, la meuf qui veut pas quitter l’école, cette époque de l’année est un pur bonheur. Bon, je n’ai tout de même pas fait des rondades de joie en quittant la plage et le soleil, mais disons que je vis plutôt bien le fait de retrouver mon boulot, mes collègues et mes étudiants. Mais cette fois, cerise sur le pompon, Mamerveille rentre au CP, et Maprinchesse en petite section! Mes deux grandes filles me rejoignent dans ce merveilleux royaume qu’est l’Education Nationale. Royal Baby a encore un an de répit (ou à tirer?) à la crèche avant de rejoindre ses soeurs dans ce long parcours qu’est la scolarité. 

Ma grande rentre au CP, donc. Ca me fait tout bizarre de le dire. Et pourtant, elle a bien grandi, je l’ai vu venir. Elle a pris deux pointures cet été et je vais devoir refaire intégralement sa garde-robe (sauf si on me dit que le pantacourt a fait son grand retour). Elle me récite ses premières poésies, déchiffre ses premiers mots et continue de nous poser des questions improbables (comment l’eau arrive-t-elle dans le robinet? par où les escargots font-il caca? …). Son cartable est bien trop grand pour elle mais elle le porte joyeusement jusqu’à l’école tous les matins. 

Ma moyenne rentre en maternelle. Elle attendait ça depuis des mois. A force de m’accompagner pour aller chercher sa grande soeur, elle connaît déjà les lieux par coeur. Elle regarde d’un oeil étonné ses camarades qui pleurent le matin et se sent comme un poisson dans l’eau dans sa classe. Elle a quand même du mal à comprendre comment s’organise sa semaine, entre les grandes journées et les petites journées, les journées où elle voit sa maîtresse tout le temps et celles où elle a ses TAP (on va lui fabriquer un calendrier pour lui expliquer son emploi du temps). Elle est propre de jour comme de nuit, répète à qui veut l’entendre qu’elle est grande maintenant et qu’elle n’a « plus besoin de papa et maman ». Elle distribue toujours câlins et bisous comme du bon pain et garde son odeur de pain d’épice tout chaud de quand elle était bébé. 

Ma petite rentre chez les grands à la crèche. La rentrée à l’école, ce sera l’année prochaine pour elle. Elle est tirée vers le haut par ses soeurs, s’exprime très bien alors qu’elle n’a même pas fêté ses deux ans, est particulièrement dégourdie (surtout quand il s’agit de faire des bêtises) mais on sent que la reprise est rude et que la collectivité n’est pas toujours évidente. La fatigue est là après à peine une semaine (sans compter la morve au nez, mais ça, je me suis fait une raison…). Elle se réveille à 6h30 tous les matins et pète le feu. On doit l’empêcher de sauter partout sur son ballon sauteur (on a des voisins), de faire rouler sa poussette (on a des voisins et un parquet ancien), de jouer au ballon dans le salon (on a des voisins, un parquet ancien et des trucs qui pourraient casser). Bref, on canalise notre petit zébulon comme on peut avant de l’emmener se défouler à la crèche (où là, elle peut y aller!). 

Quant à moi, la rentrée universitaire est demain. Je suis prête. Mes cours aussi (heureusement). Pour la première fois depuis le début de ma looongue carrière (11 ans tout de même), je suis sereine et dans les temps. Tout est prêt. J’ai même le temps de chiader mes powerpoint avec des memes marrants pour faire rigoler mes étudiants. Ou pas. On verra s’ils sont perméables à mon légendaire sens de l’humour. Pour la première fois depuis des années donc, je me sens super ready à reprendre. J’ai même l’impression que je ne ferai pas de cauchemar de pré-rentrée cette année (on en reparle demain matin…).  

La grosse nouveauté, c’est que j’ai décidé d’enfin profiter du seul réel avantage de ma noble profession: avoir du temps pour m’occuper des enfants. L’an dernier, j’étais tellement contente de reprendre après un long congé maternité que je me suis laissé submerger par les taches administratives, les cours tout nouveaux à préparer et des heures supplémentaires que je n’ai pas su refuser. Du coup, j'ai passé l'année à avoir l'impression de tout mal faire: d'être une prof à la ramasse, toujours à l'arrache pour ses cours et une mère fatiguée, peu patiente et pas très disponible. Pour la bienveillance on repassera... Là, j’ai procédé à un énorme travail sur moi-même pour: 

1) annoncer dès le début de l’année que je ne reprendrai pas mes responsabilités administratives l’année prochaine et donc être réellement en vacances à partir du 1er mai prochain! (j’assume) (le jour où ces missions seront rémunérées autrement que par de misérables décharges de cours on en reparlera) (#PRAGpower pour qui comprendra…). Bref, après 6 ans de bons et loyaux services, je laisserai quelqu’un s’occuper du recrutement des 80 vacataires nécessaires pour enseigner nos 250 TD d’anglais pour nos 6500 étudiants… Dorénavant, je me concentrerai sur ma mission première: faire cours, enseigner l'anglais avec toujours autant de passion, améliorer ma pratique, varier mes sujets et approfondir mes connaissances. Et accessoirement, m'occuper de mes enfants au lieu de répondre à des mails à 23h38. 

2) embaucher une babysitter pour faire la sortie de l’école deux soirs par semaine. J’arrête de jouer à la wonderwoman qui enchaîne boulot-métro et deuxième vie (goûter-laver-dîner-coucher des enfants) et je me fais aider. Donc deux soirs par semaine, je n’aurai pas à sortir comme une dératée de ma salle de cours pour piquer un sprint jusqu’au métro et courir à l’école maternelle puis à l’école élémentaire puis à la crèche pour récupérer mes mômes. Ce n’est pas moi qui me pèlerait le jonc à surveiller ma progéniture au parc en plein hiver ces jours là. Au lieu de ça, je pourrai finir de corriger une copie, faire des photocopies, ou des courses, tiens. Leur préparer un dîner sain et équilibré pendant que la nounou les occupera. Soyons fous, peut-être même irai-je juste prendre un pot avec une collègue, voire, sacrilège de mère indigne, aller me faire faire les ongles!  

Il m'aura fallu 2 ans pour admettre qu'accepter de l'aide ne signifiait pas que j'étais une mère irresponsable. J'ai aussi compris que mon métier serait toujours le même, quel que soit mon investissement, alors que mes enfants, elles, franchiront des étapes uniques que je m'en voudrais de rater. Elles sont petites, elles ont besoin de moi et j'avoue adorer les observer grandir et créer leurs liens de soeur. Je veux être là pour les devoirs, pour les confidences de sortie de classe et les secrets de filles.

Bref, cette année, ma devise sera « une prof saine dans une mère sereine ». Ou l’inverse.

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07 juin 2017

Brèves de supermarché

men food

« - Allo, chérie? Oui je suis au rayon frais là, et je trouve rien de ce qui est sur la liste. Le beurre salé, je suis désolé mais je trouve pas, y a du doux, du allégé et du demi-sel mais c’est tout.

- ...

- Ah? C'est la même chose? Mais comment veux-tu que je le sache? Moi je croyais que tu voulais du 100% salé!

- ...

- Ah d’accord. Par contre, ta "crème fraîche semi-épaisse 12% de matière grasse" et bien pardonne moi de te le dire, mais ça n'existe pas! A 12%, j'ai de la crème liquide et la crème semi-épaisse est à 18% mais semi-épaisse à 12%, y a pas.

- ...

- Comment ça "on s'en fout?"?! Attends, moi je suis sympa je fais les courses pour t'aider mais si tu n'es pas précise sur la liste on s'en sortira pas. Et puis si tu t’en fous, pourquoi tu marques tout ça ? 

- ...

- Ne t'énerve pas, chérie. Je voulais juste dire que j'ai besoin d'être sûr que ce que je ramène va aller, on va pas s’engueuler pour de la crème fraîche ! Bon tant que je t'ai au téléphone... pour les légumes, tu as juste écrit « pommes de terre ». Mais j'en prends combien? 

- ...

- Bah je sais pas moi? 2? 50? Je me rends pas compte! Et puis je prends quelle sorte? Des rouges, des jaunes, des rates du Touquet, des bio? 

- ...

- Ok. Donc la prochaine fois, tu notes « pommes de terre de variété Amandine en sachet de 1,5kg » comme ça ça ira plus vite. Et du coup pour les courgettes, c'est pareil, je sais pas quoi faire, moi: 2 kg, ça fait combien de courgettes? 

- ...

- Nan mais reste calme! Je vais demander à la dame de la caisse de les peser. Bon et pour finir, tu as mis "des couches pour le petit". Bon, tu sais que je sais quelle taille il fait et la marque qu'on prend, hein? Mais juste pour être sûr, c'est bien des Huggies taille 2? 

- ...

- Nan mais ça va, je plaisante je savais que c'était des Pampers taille 3! Mais alors du coup je prends le paquet violet ou le jaune? C'est quoi la différence? Les bébés ils ont l’air contents sur les deux paquets... On veut quoi: qu’il soit à l’aise pour jouer ou au sec la nuit? Bon, je prends un de chaque! Putain c'est compliqué tes trucs. 

- ...

- Nan mais je dis pas que c’est "tes" trucs! C’est vos trucs à toi et au petit. Enfin à nous. Enfin tu vois! Je veux juste dire que c'est compliqué ce merchandizing de merde et cette société de consommation à la con! 

- ...

- Ouais ben désolé si je suis pas parfait comme toi! Désolé de pas connaître le poids moyen d'une courgette ou d'être au top sur les crèmes fraîches. Je m'en cogne de la crème fraîche si tu savais! Je bosse la semaine moi.

- ...

- Nan mais je sais que toi aussi tu bosses. C'est juste que je sais pas comment tu fais pour penser à tout ça et te rappeler de tous ces trucs. Pourquoi c'est si important que la crème soit semi-épaisse et pas liquide. Franchement, tu te plains de devoir penser à tout mais tu t’imposes vraiment des trucs débiles parfois….

-

- La quoi ? La « charge mentale » ? Qu’est-ce que c’est encore que ce truc à la con ? Tu as encore lu ça dans un de tes magazines à la noix c’est ça ? Et ça va encore me retomber dessus !

-

- Bon, tu sais quoi, on va en discuter ce soir autour d’un bon vin. Parce que je me rappelle peut-être pas la taille des couches du petit, mais je me souviens que sa mère adore le Volnay. D’ailleurs, j’ai repris une caisse de Chablis, du Prosecco et du Campanil parce que, je sais pas si tu avais remarqué, mais la cave est à sec, on a plus rien à boire. Et c’était pas sur la liste ça. »

 

Toute ressemblance avec une situation réelle serait purement fortuite…

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26 avril 2017

De la politique sur Facebook

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Ceci est une illustration à vocation humoristique et ironique. 

Est-ce cette campagne politique ou est-ce la caractéristique intrinsèque des réseaux sociaux, mais je n’ai jamais lu autant de haine en ligne. Je suis à deux doigts de supprimer mon compte Facebook tellement je n’en peux plus de lire, tous les matins, les postes rageurs, vindicatifs, ou prosélytes de certains de mes contacts. Je n’ose plus dire « amis » car ce terme me semble bien fallacieux quand on parle de gens qu’on ne côtoie plus que virtuellement ou d’amis d’amis dont on voit les posts malgré des réglages de confidentialité pourtant fins. 

J’ai mes opinions politiques. Dimanche dernier, j’ai glissé un bulletin dans l’urne. Puis j’ai vu les résultats. Je n’ai pas à vous dire si j’en ai été satisfaite ou pas, cela ne vous regarde pas et cela ne vous intéresse certainement pas non plus. Evidemment, je suis choquée que le Front national soit arrivé au second tour. Comme beaucoup, la normalisation dont ce parti a fait l’objet me semble dangereuse et je n’adhère pas à ce projet. J’espère de tout coeur qu’il sera rejeté au second tour et massivement. Mais je ne supporte plus les pseudos débats qui ont lieu sur Facebook. Alors les gens qui postent des « statuts »  de 8m de long expliquant à quel point ça vous fait mal au fondement d’aller voter Macron la semaine prochaine, que vous le ferez en vous bouchant le nez tellement il incarne tout ce que vous détestez mais moins que Marine quand même parce que, elle, bon c’est juste pas possible: j’aimerais savoir ce que vous attendez comme réponse? Une médaille parce que vous votez pour quelqu’un qui n’était pas votre premier choix? Mais c’est un peu le jeu d’un scrutin à deux tours, non? 

A ceux qui fustigent les personnes qui pensent ne pas aller voter, à ceux qui vomissent leur dégoût des deux candidats restant, à ceux qui se moquent des gens qui ont pu être convaincus par Macron, à ceux qui méprisent les électeurs qui ont choisi Le Pen, j’ai juste envie de dire: pour qui vous prenez-vous? Etes-vous si supérieurs au reste de la population pour que votre opinion doive s’ériger en vérité? Ne pouvez-vous vraiment pas accepter la pluralité des positions, la différence des parcours et des choix? Pensez-vous vraiment convaincre qui que ce soit par vos discours hargneux en ligne? Avez-vous vous-même changé d’opinion parce qu’un de vos « amis » s’est échiné à vous montrer la voie pendant la campagne électorale? Je ne crois pas. 

Débattre, essayer de convaincre ceux qui voient les choses différemment, oui bien sûr, c’est le socle de la politique. Mais il y a une grosse différence entre exposer des faits et des arguments et pointer du doigt ceux qui pensent différemment de nous. Je suis la première à relayer des articles de journaux ou des interviews que je juge intéressants mais il ne me viendrait jamais à l’idée de traiter mes amis mélenchonistes de fous furieux, mes amis fillonistes de cathos intégristes homophobes, ou mes amis hamonistes (oui j’en ai!) d’idiots patentés. Je respecte leur sensibilité politique tout comme j’espère qu’ils respectent la mienne. 

Les réseaux sociaux ont ouvert un espace de parole vertigineux: on peut afficher sur son mur ses convictions, les crier à la terre entière, débattre avec de parfaits inconnus dont nous croisons le chemin au hasard des algorithmes facebookiens. Liberté d’expression me direz-vous. Certes. Mais le masque de la virtualité fait souvent oublier que, de l’autre côté de l’écran, il y a des personnes qui peuvent être heurtées par la virulence de certains.

Evidemment, je ne suis pas obligée de lire les postes avec lesquels je ne suis pas d’accord, ni de rejoindre une conversation qui me déplaît, mais je me pose la question d’un éventuel effet pervers de ces réseaux sociaux. Je ne crois pas être la seule à saturer de ce débat qui ne s’arrête plus, des rumeurs, des on-dits, des chiffres qui circulent, des commentaires qui les accompagnent. On a beaucoup critiqué cette campagne électorale mais je ne sais pas si le rôle des réseaux sociaux, gigantesques caisses de résonance, a été étudié. Ces lieux où la moindre phrase est décortiquée et commentée, où chacun y va de sa légitime indignation ou de sa diatribe personnelle, me semblent désertés par la raison et la mesure. Cette instantanéité qui ne laisse pas la place à une distanciation critique me fait peur… 

Alors le 7 mai, vous voterez bien pour qui vous voulez (c’est le principe du vote à bulletin secret il me semble). Vous voterez peut-être Macron par conviction, ou par résignation, ou en vous bouchant le nez; vous voterez peut-être blanc, vous ne voterez peut-être pas. Vous voterez peut-être même Le Pen (et je ne serai pas d’accord avec vous mais je ne vous considérerai pas pour autant comme un suppôt de Satan — tout le monde sait que Marine est la fille cachée de Voldemort). Je débattrai volontiers avec vous autour d’un verre de rouge. En personne. Mais pas sur les réseaux sociaux. Pitié. Je préfère encore voir les photos de votre plat du jour ou des vidéos de chatons. 

 

PS: consciente de la teneur hautement controverse de mes propos (je parle de politique quoi), je prierai tout le monde d’être également mesuré et respectueux dans les commentaires. Des coeurs avec les mains.

19 avril 2017

Moi présidente

pin-up-vote

Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, 

Etant donné la médiocrité absolue de cette campagne présidentielle, j’ai décidé de présenter ma candidature à la magistrature suprême. Oui, je sais, le premier tour est dans 4 jours mais je suis sûre de pouvoir vous convaincre que voter Titcheur, c’est voter pour un avenir meilleur (c’est mon slogan de campagne) (désolée, je suis aussi ma propre directrice de campagne, et crois-moi que je vais m’auto-virer tellement je suis mauvaise). Voter Titcheur, c’est voter pour un avenir meilleur, disais-je. Pourquoi? Je vais vous le dire. 

 

1. Moi présidente, plus de guerre, parce que j’interdirai le guerre (ainsi que la mort, la maladie et la famine). Ce sont des mesures fortes, qu’il fallait prendre depuis longtemps mais mes prédécesseurs, ces pleutres, ont tous manqué de volonté. Je ne faiblirai pas. Les Français seront invités à faire l’amour à la place.  

 

2. Moi présidente, puisqu’il n’y aura plus de guerre ni de maladie ni de mort, les budgets de la défense et de la santé seront entièrement dédiés à la lutte contre le chômage. Un plan de formation géant permettra à chaque Français de se former aux jobs du futur (pilotes de drones, designer de vêtements pour robots androïdes, concepteur de panneaux solaires pour éoliennes, …). 

 

3. Moi présidente, puisqu’il n’y aura plus aucun chômeur, le budget de Pôle Emploi sera entièrement ré-investi dans l’Education nationale et dans l’environnement. 

 

3. Moi présidente, en matière d’éducation, mon sujet fétiche par excellence, je promets, et ceci n’est pas dit à la légère, qu’à la fin de mon quinquennat, chaque petit élève français connaîtra ses verbes irréguliers d’anglais par coeur. Et j’aimerais être jugée sur cet engagement. 

 

4. Moi présidente, toujours en matière d’éducation, je revendrai tous les iPads à 800 boules généreusement offert par le précédent gouvernement aux collégiens pour augmenter le salaire des enseignants. Sauf celui des profs de maths. Parce que. 

 

5.  Moi présidente, toutes les machines à café seront remplacées par des modèles performants servant des liquides goûtus. Il y aura d’ailleurs des menus 100% bio à la cantine et des frites à chaque service. 

 

6. Moi présidente, je lutterai contre le terrorisme et l’insécurité. Tout terroriste sera inlassablement poursuivi, jugé, emprisonné et torturé en étant forcé d’écouter la « musique » de Maître Gims en étant pendu par les orteils. Et pour que les Français se sentent plus en sécurité sur leur territoire, je distribuerai gratuitement à chaque foyer des gilets pare-balle et une caisse de Chablis (ça détend). 

 

7. Moi présidente, je lutterai aussi contre ces petites incivilités qui pourrissent le vivre ensemble. Il sera désormais passible d’amendes de prononcer les mots « au jour d’aujourd’hui » et « malgré que », les gens qui crachent par terre seront obligés de lécher leur production à même le sol et les jeunes qui utiliseront encore l’expression « j’m’en bats les couilles » devront se prêter à l’exercice et la vidéo de leur exploit sera postée sur les réseaux sociaux. Cela devrait les calmer. 

 

8. Moi présidente, les uniformes des forces de l’ordre seront désormais roses, couleur beaucoup pacifique et tendance 2017 que ce bleu marine informe. Les magistrats auront droit à des séances de psy gratuites et les juges des enfants auront le droit de tabasser personnellement le pédophile de leur choix. 

 

9. Moi présidente, je mettrai fin au réchauffement climatique. J’installerai la climatisation dans chaque foyer. Celle-ci sera alimentée par un ingénieux système de vélo permettant à chaque Français d’assurer sa propre climatisation, et pour un vélo installé, une glace vanille-chocolat offerte!

 

10. Enfin, moi présidente, la paix régnera dans l’univers. Je nommerai Miss France premier ministre afin de m’en assurer. Je ferai d’ailleurs de l’égalité homme-femme un combat de tous les instants et ma première mesure consistera à surpayer toutes les femmes de 30% dans le privé comme le public afin de compenser des décennies d’inégalités salariales. 

 

Voilà, mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, en 10 points le programme que je vous propose pour redresser notre beau pays. Vous pouvez bien sûr consulter mon programme détaillé sur le site www.jevousaibieneus.com et contribuer au financement de ma campagne en envoyant des pots de Nutella à l’Elysée, vu que je vais y emménager dans 15 jours.