Ingliche Titcheur

12 avril 2016

Prof au foyer

Profaufoyer

Mamerveille a 4 ans 1/2. Plus tard, quand elle sera au CP et qu’elle sera une adulte (sic), elle sera médecin à l’hôpital ET pompier. C’est la maîtresse qui leur a expliqué qu’un jour, il faudra qu’ils choisissent un métier. 

Du coup, j’ai demandé à ma fille si elle savait quel était mon métier, à moi sa maman. Réponse lapidaire: 

« Bah, toi, tu restes à la maison et tu t’occupes de nous. »

Certes. Il faut dire que je suis à la maison quand son papa l’emmène à l’école et que c’est moi qui vient la chercher. Autant dire que, dans son esprit enfantin, elle doit s’imaginer que je rentre m’asseoir sur le canapé et que j’attends gentiment l’heure de redevenir une maman pendant qu’elle est à l’école.

Je lui explique donc que moi aussi, je suis un genre de maîtresse, sauf que mes élèves à moi sont beaucoup plus grands et que je leur enseigne l’anglais. 

Mamerveille me regarde, l’air surpris, puis me demande: 

« Non mais tu travailles pas vraiment? »

Bon. Manifestement, ma fille ne se rend pas compte que j’ai repris le boulot. C’est bon signe, me diras-tu, cela veut dire que j’arrive à me consacrer totalement aux enfants quand ils sont là et que j’ai réussi à établir une saine barrière entre ma vie professionnelle et ma vie familiale. Mouais. Pas faux. 

Mais alors pourquoi tous les parents d’élèves, mes amis et mes collègues à la fac pensent-ils que je suis encore en congé maternité? Je sais que celui-ci est particulièrement long pour un 3ème enfant (26 semaines), mais il est terminé depuis février tout de même. 

La réponse est simple en fait. J’ai repris le boulot, oui, mais à distance. Comme je te l’expliquais ici, c’est la solution que nous avons trouvé, mon administration et moi, pour que je fasse mon service sans que cela ne soit trop compliqué par rapport aux étudiants et au recrutement des profs qui m’ont remplacée pendant mon congé maternité. Du coup, je travaille de chez moi. Et comme je n’aurai de place en crèche pour Royal Baby qu’en septembre et que recruter une nounou pour quelques heures par semaine et seulement jusqu’à fin avril (puisque le semestre s’achève à ce moment là) était mission impossible, et bien c’est moi qui garde ma puînée. 

J’ai donc le statut complètement bâtard de prof au foyer. Remarque, dans l’imaginaire collectif, j’ai l’impression que ces 2 fonctions sont de toutes façons interchangeables puisque nous les profs avons déjà des horaires teeeeeeeellement légers que nous sommes assimilés à des mères au foyer déguisées (et payées par la collectivité) puisque nous avons la chance de pouvoir pointer à 16h30 à la sortie de l’école récupérer notre progéniture, leur préparer un goûter 100% home-made, gluten-free, et bio et les emmener s’aérer au parc où nous avons prévu tout un tas d’activités ludo-pédagogiques visant à les faire devenir bilingues en ingliche tout en faisant du toboggan. Et je ne te parle pas de toutes ces vacances scolaires où nous pouvons à loisir emmener nos enfants en croisière aux Bahamas ou au ski à Courchevel grâce à notre indécente augmentation salariale (mon Dieu que vais-je pouvoir faire de tout cet argent??)

Sauf que en fait non. Mais alors, qu’est-ce que c’est qu’un prof au foyer

 

Etre prof au foyer, c’est tout faire avec un bébé greffé sous le bras ou un enfant en mode relou dans les parages: préparer l’organisation de l’année prochaine avec une collègue au téléphone tout en changeant une couche débordante, animer une discussion en ligne avec mes étudiants tout en donnant une purée, lire mes mails aux toilettes pendant que Maprinchesse tambourine à la porte en hurlant « Maman, caca, Maman caca ».

Etre prof au foyer, c’est préparer mes cours pendant les siestes du bébé. Et donc mettre une semaine à préparer 3 activités…

C’est corriger les devoirs de mes étudiants dans la cuisine pendant que Mamerveille me pose mille questions (Pourquoi les pigeons ils peuvent voler et pas moi? Et comment je peux faire pour voler? Et quand est-ce que mes cheveux ils seront aussi longs que ceux de Raiponce? Et pourquoi la belle-mère de Blanche-Neige elle veut la tuer? C’est quoi une belle-mère? and so on). 

C’est répondre aux mails de mes collègues le plus rapidement possible pour leur faire croire voir que je suis au taquet mais jamais entre 18h et 20h, évidemment, puisque c’est le créneau de la mort qui tue où j’enchaîne rentrée du square, bain des 3, dîner des 3 et coucher des 3 (autant te dire qu’à 20h, je ne suis qu’une loque qui n’a même plus la force de se servir un apéro!). 

Etre prof au foyer, c’est n’être tellement jamais à la fac que je ne croise jamais mes collègues et que, du coup, on a un peu tendance à m’oublier lorsqu’une réunion s’organise par exemple. Et à m’oublier tout court (*violons*). 

C’est passer beaucoup de temps à rappeler que oui, oui, j’ai repris le boulot, oui, oui, vous pouvez m’appeler et me demander de faire des trucs et oui, oui, je serai là mardi à 14h sans problème pour le conseil scientifique. 

C’est donc aussi faire croire à tout le monde que, non non y a pas de problème pour être là demain de 10h à 13h, alors que je n'ai aucune idée de qui va garder le bébé (ma mère, cette sainte femme), mais ça, chut, il ne faut pas le dire. 

Etre prof au foyer, c’est passer son temps à se justifier: non je ne suis pas en vacances, oui j’ai du travail, non pas autant que d’habitude mais franchement, avec les enfants, c'est tout comme, oui je reprends à temps plein en septembre, non je ne suis pas en congé parental, je fais cours, même si ça peut paraître virtuel parce que c’est en ligne. 

 

Mais être prof au foyer, c’est aussi avoir le confort de prendre son temps: le matin, je me lève, je prépare le petit déjeuner de mon petit monde, habille les deux grandes pour que leur papa les emmène à l’école et à la crèche, m’occupe du bébé pendant que Tendrépoux se prépare. A 8h20, tout le monde quitte la maison et le bébé est recouchée pour sa sieste. Je suis encore en pyjama, les cheveux en pagaille mais je peux enfin m’asseoir et prendre mon café. Dans le silence. 

Etre prof au foyer, c’est savourer une parenthèse appréciable dans une vie professionnelle qui apparaît un peu comme toute tracée.

C’est ne pas avoir d’abonnement pour le métro. 

C’est ne quasiment jamais prendre le métro d’ailleurs. 

C’est ne plus avoir à rater de cours pour emmener un enfant chez le pédiatre. 

C’est ne plus courir à la fin de la journée pour récupérer les enfants à l’école et à la crèche. 

C’est pouvoir faire la sieste après une nuit moisie à 1) essuyer du vomi, 2) consoler une enfant qui a fait un cauchemar, 3) ramasser une tétine perdue, 4) dormir avec un petit être qui a 40° de fièvre et qui ne veut pas rester dans son lit. 

C’est prendre une grosse respiration avant de plonger dans le grand bain en septembre prochain: 10 TDs par semaine, des cours en ligne, des responsabilités administratives, une grande fille en grande section de maternelle, une moyenne fille chez les « grands » et un bébé chez les « petits » dans la même crèche. Des trajets en métro, des horaires à tenir, des sacs trop lourds, des talons trop hauts, des centaines de copies à corriger. Et le temps qui court avec nous.

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12 février 2016

The lady is a tramp

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C’était un beau matin de février. Des ondées laissaient la place à un franc soleil et un vent gelé me poussait à accélérer le pas. Il allait bientôt être 11h30, l’heure d’aller chercher Mamerveille à l’école. Royal Baby était bien au chaud contre moi dans le porte-bébé et Maprinchesse montrait des signes d'énervement dans sa poussette, que les lourds sacs de course faisaient dangereusement pencher en arrière. 

Après avoir récupéré mon aînée, je me dirigeai comme à l’accoutumée vers la boulangerie afin de pouvoir calmer, d’un morceau de pain, les estomacs affamés de mes filles le temps de préparer le déjeuner. Comme bien souvent, un SDF mendiait quelques euros à la sortie de la boulangerie. Assis à même le sol, le dos contre la vitrine pour se protéger du vent, il avait le visage marqué et buriné, une barbe sale s’ouvrant sur un sourire édenté. Emmitouflé dans une couverture, les jambes repliées pour se tenir le plus chaud possible, il attendait qu’une pièce jaune vienne remplir le petit gobelet en carton qui lui servait pour demander l’aumône. 

Une bourrasque de vent glacial me saisit à ce moment-là mais ce qui me gela encore davantage, c’est la scène qui se produisit alors. 

Une vieille dame, vêtue d’une doudoune rouge, d’un bas de jogging gris, d’une paire de baskets et équipée d’un appareil photo s’approchait de la vitrine contre laquelle était assis le mendiant. Elle voulait manifestement prendre la vitrine du boulanger en photo. Il est vrai que celle-ci était croquignolette: des masques vénitiens en chocolat étaient exhibés tels des trophées de carnaval sur un lit de sucre glace. La dame, tout à son art, s’approcha et prit une première photo de la vitrine. Mais elle était trop loin, et le flash s’était reflété dans la vitre. Il lui fallait s’approcher et modifier ses réglages. Le mendiant, toujours assis à ses pieds, la regardait s’approcher de lui sans qu’elle daignât lui décrocher un regard. Elle avançait, collant son objectif à la vitrine, essayant de placer ses pieds de part et d’autre du malheureux qui ne savait littéralement plus où se mettre. Je le vis se recroqueviller davantage, évitant la chaussure de la vieille qui tâtonnait dans le vide et écrasait à moitié son manteau. Elle claqua sa langue en signe d’agacement, le nez toujours collé à son objectif, et finit par jeter un regard vers cette chose qui la gênait. Elle ne lui adressa pas un mot. Elle ne lui demanda pas s’il pouvait s’écarter pour qu’elle puisse s’approcher. Elle le piétina tout simplement et prit tout son temps pour bien réussir sa photo. Quand enfin elle eut fini son humiliante prise de vue, l’homme lui tendit son gobelet. Elle eut un geste de recul, comme si elle le voyait pour la première fois et secoua la tête en disant « Oh non, hein, ça va! » et tourna sur ses talons.

J’étais sidérée par cette scène. Une passante s’arrêta et nous échangeâmes un regard incrédule. Je dis tout haut: « Non mais j’’y crois pas! » afin de signaler à la vieille qu’elle avait eu un public. Comme elle ne réagit pas, je m’approchai d’elle et lui dis: « Dites, vous vous rendez compte qu’il y avait un être humain, là, sous vos pieds? Vous auriez pu faire attention ou vous excuser! 

- De quoi tu te mêles pétasse! »

Ah donc elle parlait français. Ce n’était même pas une touriste moldave qui eût pu ignorer les règles de savoir-vivre locales (quoiqu’en Moldavie aussi, j’imagine qu’on accorde un peu de valeur à la vie humaine). 

« Ah donc on se tutoie? J’espère que ta photo valait la peine que tu marches sur ce pauvre homme! »

J’allai me lancer dans une diatribe vengeresse lorsque Maprinchesse, qui n’avait cessé de s’agiter, parvint à se défaire de son harnais et descendit de la poussette en s’étalant par terre. Déséquilibrée, la poussette bascula brusquement en arrière sous le poids des sacs de courses. Maprinchesse se mit à hurler, toujours aplatie au sol et  Mamerveille à pleurer. Je me baissai en retenant Royal Baby dans son porte-bébé pour redresser ma cadette, calmer ma grande et ramasser mes courses qui s’étaient étalées lorsque j’entendis la vieille ricaner: « Occupe-toi plutôt de tes gosses, connasse! » 

« Ne t’inquiète pas, je m’en occupe et je leur apprendrai à respecter les gens. On ne traite pas les gens comme tu viens de le faire! » Personne n’intervînt sauf la passante avec qui j’avais échangé un regard et qui m’aida à redresser ma poussette et mes sacs de courses. La vieille s’en alla, son Nikon au cou, probablement ravie de son cliché et de son sens de la répartie. Non mais! Ce n’était certainement pas une bobo et ses 3 mouflets mal élevés qui allaient lui apprendre la vie! Elle n’avait rien fait de mal et de toutes façons, tout le monde sait que les clodos vont claquer leur aumône en picole alors très peu pour elle! Et puis il n’avait qu’à pas traîner là par terre, un peu de dignité merde! Ils nous font chier ces étrangers, nous aussi on a des problèmes chez nous. 

 

De mon côté, frustrée de ne pas avoir pu répondre à la vieille comme je l’aurais souhaité et écoeurée par toute cette scène, je renonçai à acheter ma baguette et donnai ma monnaie au SDF en bafouillant une excuse. « Je suis désolée pour tout à l’heure monsieur. Cette dame n’aurait jamais du faire ce qu’elle a fait. Tenez, c’est tout ce que j’ai sur moi. » 

 

Comme souvent lorsque ce genre de scène se produit, je me repasse le film en boucle et je me demande comment j’aurais pu réagir différemment, mieux, et ce que j’aurais pu dire pour définitivement moucher la malotrue. Alors maintenant que j’ai bien pu réfléchir à tout cela, voilà ce que j’aurais dû lui dire, dans une tirade théâtrale et sans appel: 

 

« Madame? Oui, vous, madame, que je vouvoierai parce que, même si je ne suis pas sûre que vous méritiez ce titre, j’ai du respect pour l’être humain et ne m’abaisserai pas à vous insulter. Avez-vous si peu d’arguments qu’il vous faille me traiter de « connasse » pour vous justifier? Mais peu importe, si être une connasse c’est oser s’opposer à votre comportement indécent, alors je suis la pire des connasses que la terre ait portées. 

Madame, je vous souhaite ne jamais connaître l’humiliation suprême de devoir mendier votre pitance, assise dans le froid, à supporter l’indifférence générale et remercier les quidam qui auront la générosité de se débarrasser de leur menue monnaie. 

Madame, je vous souhaite ne jamais tomber sur des personnes qui vous donneront l’impression de n’être rien. Littéralement rien. Comme si l’espace que vous occupez physiquement était une espèce de trou noir que l’on peut allègrement piétiner. 

Madame, je vous souhaite que jamais personne ne vous marche dessus alors que vous êtes déjà à terre. Que jamais vous n’ayez à ravaler votre dignité parce que quelqu’un a décidé que votre présence le dérangeait, que votre existence lui était pénible et que vous êtes tellement insignifiante qu’on peut vous écraser comme on le ferait d’une serpillère. 

Madame, je vous souhaite de ne jamais avoir à dépendre de la générosité d’autrui pour vivre -  quoique ce concept vous soit certainement inconnu. Je vous souhaite ne jamais avoir à lire dans le regard des gens le dégoût et le mépris que vous avez affiché à l’égard de ce pauvre homme.

Madame, je souhaite que votre photographie révèle la monstruosité de votre geste, et que dans la vitrine que vous avez cru bon devoir immortaliser, se reflète la silhouette du malheureux dont vous avez tout simplement nié l’humanité. 

Madame, je vous souhaite de réaliser que c’est vous qui avez perdu votre humanité en refusant de simplement parler à cet homme. Que vous auraient coûté quelques mots d’excuse quand vous lui auriez demandé (poliment) s’il pouvait se lever le temps que vous preniez votre cliché? Certainement pas les quelques pièces que vous avez de toutes façons refusé de lui donner. 

Madame, je vous souhaite que jamais personne ne regarde à travers vous comme si vous n’existiez pas, que jamais personne ne vous juge incapable de comprendre de simples mots et que jamais personne ne vous renvoie à votre misérable dénuement avec un geste d’agacement. 

Madame vous avez humilié un homme qui était déjà à terre. Je vous souhaite de passer outre mes remontrances de passante indignée et de réaliser que, peut-être, il y aurait eu une autre façon de faire, une autre façon d’être, une autre façon de parler. Certains mots me viennent à l’esprit quand je repense à vous, mais ce ne sont ni connasse, Nikon. »

 

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28 janvier 2016

Tendrépoux change de boulot!

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Cela fait une éternité que je ne t’ai pas parlé de l’être exquis qui partage ma vie, le bien nommé Tendrépoux. Aux dernières nouvelles, il était consultant, bossant pour la Slave & Associates dont je me suis plaint et re-plaint à moult occasions. 

Et bien après 16 ans de bons et loyaux services, de deadlines impossibles, de nocturnes interminables, de vacances annulées, de « COPIL » à pas d’heures, de « slides » à pondre, de livrables à produire, de clients à satisfaire à toute heure du jour et de la nuit, Tendrépoux en a (enfin) eu assez! 

La goutte d’eau? Oh, une broutille! Lui qui a toujours grimpé les échelons de sa boîte grâce à son investissement, que dis-je, sa dévotion sans faille, voilà que le grade supérieur (d’associé, pour être précise) lui échappait. Non pas qu’il n’en fût pas capable! Tu me connais, je ne tolère pas la médiocrité. Ses boss l’avaient « positionné »: il s’est défoncé pendant 2 ans pour atteindre ses objectifs et mener ses missions à bien, on l’a envoyé en formation-spécialement-réservée-aux-futurs-associés-du-groupe aux USA pendant 15 jours… Bref, il était dans les rangs pour être enfin promu. Oui mais voilà: comme il travaille dans un groupe international, il était en concurrence avec d’autres personnes d’Europe du Nord. Nous apprîmes par la suite qu’il y avait 15 candidats pour 1 promotion. What are the odds?   Sans surprise, et malgré ses capacités hors normes et son intellect digne d’un frère Bogdanov, Tendrépoux n’a pas eu sa promotion.  

Qu’à cela ne tienne! lui dirent ses patrons. On te promet, l’année prochaine c’est pour toi (si tu remplis bien tes objectifs bien entendu) (et si Saturne est bien alignée avec Uranus). L’année passe. Tendrépoux trime, sue, ne dort plus la nuit, passe ses week ends en conf’ call et ses vacances scotché à ses mails. Arrive le moment de la promotion: il n’est même pas sur la liste des promouvables. Grosse déception. Son boss lui bredouille des explications vaseuses comme quoi c’est compliqué, que tout cela est très politique, que Jupiter devait être en Verseau, mais que dans deux ans, c’est presque quasiment sûr, enfin tout du moins plutôt assez probable, il pourra passer associé. 

Tendrépoux en a avalé des couleuvres en 16 ans chez Slaves & Associates. Mais il faut croire que celle-ci était un peu trop grosse finalement. 

 

Quoiqu’il en soit, en 4 mois Tendrépoux avait négocié son départ et trouvé un emploi dans une nouvelle entreprise. A taille plus humaine, sa nouvelle boîte est un peu dans l’esprit « start up »: tout est à construire, les équipes de direction ne sont pas encore montées, le projet est titanesque et il ya du boulot mais le big boss est quelqu’un d’ultra motivant et d’inspirant. Bref, une bouffée d’air frais dans la carrière de l’être qui illumine mon quotidien. 

Maintenant qu’il a passé sa période d’essai, on voit bien la différence! Avant il ne rentrait pas avant 21h, maintenant il est là dès 21H30! 

Avant il rouvrait son PC tous les soirs pour « finir un truc « , maintenant il le rouvre mais pour « envoyer deux-trois mails ». 

Avant il bossait bien trop souvent le week end, maintenant c’est quasi systématique. 

Avant il avait des objectifs difficiles à atteindre, maintenant ils sont presque impossibles. 

Avant il était épuisé, maintenant il est éreinté. 

Avant il n’en pouvait plus de sa boîte, maintenant il l’adore. Et c’est LA toute la différence (subtile, j’en conviens). Parce que tout changer pour que rien ne change, ce serait ballot (« con » me souffle-t-on dans l’oreillette). Mais bon, l’homme de ma vie est comme ça: entier dans ce qu’il entreprend! Alors tant qu’il supporte (et que je supporte qu’il supporte), ça ira. 

Le nom de ce paradis terrestre? La Bourreaux and co. Oui je sais, ça fait rêver! 

 

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22 janvier 2016

Reprendre le boulot avec 3 enfants en bas âge

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Le plan était parfait. En tant que prof dans le supérieur, mon congé maternité de 26 semaines correspond à 312h de décharge. Je devais reprendre le 8 février prochain et il me restait donc 72h à effectuer sur mon service de PRAG qui en compte 384. Comme nous sommes une université moderne, nous disposons d’une offre de formation à distance via notre sioupère plateforme en ligne, et comme mon administration est trop cool, ils m’ont proposé de reprendre deux cours de master à distance. Sur le papier, c’était une excellente idée: avec le télé-travail, pas besoin de trouver un mode de garde pour Royal Baby (sa place en crèche n’est disponible qu’en septembre) (oui, j’ai eu une place en crèche) (ouais je sais, j’ai trop de la chance) (non je n’avouerais jamais ce que j’ai du faire pour l’avoir). Je peux donc garder ma puînée, aller chercher ses deux soeurs à l’école et à la crèche tout en assurant mes deux cours par semaine. Fastoche. D’autant plus fastoche que j’avais prévu de tout préparer bien à l’avance, pendant ces lonnnnngues semaines de congé maternité. L’idée était de ne plus avoir qu’à balancer les activités en ligne au fur et à mesure du semestre, assurer le suivi pédagogique des étudiants et corriger leurs copies, le tout avec un bébé sur les genoux et un mojito à la main. Un peu de stimulation intellectuelle entre deux tétées: le plan idéal en somme. 

 

Mais évidemment, la réalité est un peu différente de ce que j’avais imaginé. Déjà, parce que je suis super sympa, j’ai accepté de m’asseoir sur mes 3 dernières semaines de congé maternité et de commencer mes cours avec le début du second semestre afin de ne pas pénaliser les étudiants (quand je te dis que je suis sympa, en fait je suis limite conne…). J’ai donc commencé lundi 18 janvier. Cette semaine quoi. 

 

Deuzio, j’étais censée avoir préparé mes cours cet été. Tu sais quand j’avais tout ce temps libre puisque j’étais alitée toute seule à Paris pendant des semaines. Oui mais non. J’ai bien esquissé ma progression, trouvé quelques documents et préparé un ou deux exercices, mais je suis loin d’avoir préparé les deux fois 13 séances prévues ce semestre. Apparemment j’ai trouvé beaucoup plus ludique de me photographier en train de marcher dans la litière du chat… 

 

Tertio, je ne sais pas pourquoi j’avais le souvenir que les bébés de quelques mois dormaient toute la journée. Ce n’est pourtant pas bien loin (dois-je te rappeler que ma deuxième fille n’a même pas deux ans?), mais force est d’admettre que ma mémoire m’a joué des tours (à moins que ma petite troisième ne dorme beaucoup moins que ses grandes soeurs, la fourbe!). Donc tu l’auras compris, Royal Baby fait des siestes, certes, mais pas suffisamment longues pour me permettre de préparer de belles séquences pédagogiques (en sus des tâches ménagères à la noix que je suis bien obligée de me fader si on veut manger/se vêtir/évoluer dans un environnement à peu près propre). Mes journées sont donc très courtes puisqu’à partir de 16h30, je peux oublier toute activité non nainesque. 

 

Quatrio, je suis déchirée. Epuisée. Kaput. Parce que 3 enfants c’est 3 fois plus de raisons de ne pas dormir la nuit. 3 fois plus de réveils nocturnes dont les causes sont aussi variées qu’imprévisibles (entre la grande qui fait un cauchemar, la moyenne qui a 39,5° à cause d’une varicelle carabinée et la troisième qui oublie qu’elle fait ses nuits et décide de réclamer une tétée à 5h, je dors par tranches de 2 heures). Du coup la journée, quand les deux grandes sont à l’école/crèche, que la petite dort et que je suis venue à bout des corvées domestiques, je dois avouer que je pique souvent un petit somme. Mais la petite sieste qui devait ne durer qu’une vingtaine de minutes, juste le temps de poser ma tête sur mon oreiller frais et moelleux, et de m’enrouler sous la couette, se transforme bien trop souvent en roupillon de deux heures. Je me réveille en sursaut à 16h20, pousse un juron et file chercher mon petit monde à la sortie des classes. 

 

Cinquio, à mon grand dam je suis une perfectionniste limite maniaque. Des collègues bienveillantes m’ont pourtant bien conseillé de ne pas me prendre trop le chou sur la préparation de mes cours, de « balancer un texte ou une vidéo et qu’ils se débrouillent avec » mais mes réflexes de Titcheur ont la peau dure. Je passe donc des heures à programmer des quiz en ligne, des feedbacks automatiques et des activités interactives pour que mes étudiants aient tout de même l’impression d’avoir un être humain au bout de la souris. 

 

Bref, tu l’auras compris, je pensais avoir eu THE GOOD IDEA du siècle: rester à la maison profiter de mes enfants ET assurer mon métier d’enseignante. Au lieu de cela, je me retrouve avec les contraintes du boulot (des cours à préparer, des deadlines à respecter, des étudiants à corriger) et celles du congé maternité (les enfants et la maison à gérer). Donc en fait c’est un peu la lose. Mais bon, je sais aussi que SI j’arrive à récupérer un peu niveau sommeil, alors je perdrais moins de temps en sieste, et que donc je pourrais prendre de l’avance dans ma préparation de cours (on peut rêver) et par conséquent dégager du temps pour mes enfants, mon mari et (soyons fous!) moi. Gros cercle vertueux de la mort. Bon et puis le semestre s’achève fin avril, y a pas mort d’homme non plus. Il va y avoir 3 mois un peu tendus, juste de quoi permettre à mes neurones de se reconnecter doucement et puis ce sera les vacances. Je suis prof, tout de même, faut pas déconner! 

 

Le côté positif de cette petite expérience de homeworking, c’est que j’appréhende beaucoup moins la « vraie » reprise, en septembre prochain. Mamerveille sera en grande section de maternelle (quasi adulte quoi), Maprinchesse et Royal Baby à la crèche. Elles auront toutes 8 mois de plus ce qui devrait avoir un impact conséquent sur notre quotidien. Mamerveille sera encore plus autonome qu’elle ne l’est aujourd’hui (peut-être arrivera-t-elle à se faire son café du matin toute seule?). Qui sait, Maprinchesse sera peut-être propre (et j’économiserai 3 heures hebdomadaires - oui j’ai fait le calcul - de changement de couches! * émotion*)? Et Royal Baby aura peut-être enfin soit trouvé son pouce, soit trouvé le moyen de se démerder toute seule pour retrouver sa tétine la nuit. Je sais, j’ai des désirs simples… Ce que je veux dire va certainement être la tautologie du jour, mais plus le temps passe, plus elles grandissent (c’est puissant hein?). Et plus elles grandissent, plus ce sera facile en termes logistiques. Je connais l’adage « petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes », mais là je vise à court terme: tout ce temps que je gagnerai le jour où elles sauront toutes les trois s’habiller, se laver, se nourrir, se torcher seules, tu imagines un peu combien de copies ça représente??? 

 

Mais en attendant je profite de mon petit bout de 4 mois et de ses grandes soeurs. Et mine de rien, mes cours pour la semaine prochaine sont prêts, la maison est propre, le repassage fait, le frigo rempli. Je suis douchée et maquillée. Merde, je suis en train de me transformer en putain de wondermaman! ;)

07 janvier 2016

2016, l'année des challenges (ça rime presque)

hoho

Cher lecteur, je te présente mes meilleurs voeux pour cette année 2016 qui commence. Je ne reviendrai pas sur 2015, annus horribilis à bien des égards (attentats, crash d’hélico, crash aérien, inondations meurtrières, mort - entre autres - du petit Aylan, re-attentats, FN… je continue? ). Personnellement je n’ai pas trop à me plaindre, j’ai commencé 2015 en découvrant que j’étais enceinte pour la 3ème fois, et je la termine avec un joli petit bébé de 3 mois qui fait ses nuits et des sourires à faire fondre la banquise (ce dont nous n’avons pas besoin, je te l’accorde). 

Je te souhaite donc que 2016 soit à la hauteur de tes espérances et nous réserve quelques bonne surprises pour changer. Après tout, pourquoi n’y aurait-il que des catastrophes? Si ça se trouve, la Palestine et Israël feront enfin la paix, Daech sera détruit (pluie de météorites ou invasion de sauterelles, peu me chaut), la température mondiale ne montera que de 1°C et Donald Trump se retirera de la course à la présidentielle américaine en disant que c’était une blague, hahaha, vous y avez cru hein! Oui je sais on peut rêver. 

Alors puisque le monde autour de nous est si morose et semble si « hopeless », je te propose de savourer les petits bonheurs du quotidien: le premier éclat de rire de ton bébé, la complicité entre deux soeurs, le jouet « Reine des neiges » dont les piles viennent de décéder (ooooh! quel dommage!), une soirée romantique avec l’être aimé, une bonne séance de cinéma, un livre palpitant, une fête entre amis, un voyage au bout du monde ou au bout de la France, une maman qui nique sa race à son énième cancer, de la satisfaction dans ton travail, une famille unie, du bon chocolat dans ton placard et bien sûr, une belle santé pour profiter de tout ça. 

 

Nous avons terminé 2015 tout en douceur. Tendrépoux a pris ses 11 jours de congé paternité pendant les vacances de Noël et nous en avons profité pour savourer la vie à 5 et faire ces petites choses qui n’ont l’air de rien mais qui soudent les liens: regarder un dessin animé improbable, tous avachis dans le canapé, un jour de grisaille. Partir se promener en famille. Jouer à cache-cache dans l’appartement et mourir de rire tellement les enfants sont mal cachées. Lire des histoires de Noël. Se faire des câlins et des chatouilles. Redécouvrir Paris comme des touristes et faire plaisir aux enfants en les emmenant au Zoo de Vincennes ou au Jardin d’Acclimatation. Faire des puzzles, de la peinture à l’eau et se déguiser en princesse. 

Tu vois le tableau: la famille Ricoré sous ecstasy en somme. 

 

Quant aux fameuses bonnes résolutions de début d’année, j’ai choisi cette année de me poser deux challenges bien pourris. 

Challenge pourri neumbeur ouane: suivre le programme de 90 jours de fitness de la bien nommée Tracy Anderson, américaine de son état, et qui m’a promis que si je suivais son programme « Metamorphosis abcentric », je retrouverai un body d’enfer, avec abdos, ventre plat et silhouette de rêve. J’ai déjà fait 3 séances en suivant les vidéos sur Youtube (plus que 87…). En pyjama, sur une serviette éponge faute de tapis de gym dans mon salon, j’essaye tant bien que mal de suivre le rythme effrénée de Tracy. Heureusement que le ridicule ne tue pas (et qu’une séance ne dure « que » 30 minutes). Au vu des horribles courbatures que je me traîne, je dirai que ça m’a l’air efficace. 

Alors, c’est pas du bon challenge moisi ça? Je te tiendrai au courant de quand j’abandonnerai (je ne me fais pas d’illusion). 

 

Challenge (beaucoup moins) pourri neumber tou: me faire un programme de lecture pour l’année 2016. C’est pourri sans être pourri comme challenge. Ca part d’une belle idée (me remettre à lire avec plus de régularité plutôt que de comater devant la télé). Mais vu l’ambition de ma liste et ma propension à m’endormir au bout de trois lignes, je dirai que ma sélection est peut-être un tantinet irréaliste. J’ai trouvé cette idée sur Facebook (oui parce que je n’ai pas le temps de lire, par contre j’ai toujours le temps pour liker des vidéos improbables, commenter des statuts insipides ou partager des liens imbéciles). Techniquement, il faut un bouquin par rubrique. Il y a 12 rubriques, ça fait donc un livre par mois. Tendu mais jouable.  

reading challenge

 

A book published this year: bon, ça va être un peu difficile vu qu’on est le 7 janvier. Une rapide recherche internet sur les livres sortis depuis ma dernière gueule de bois le 1er janvier m’apprend que Camille Laurens a sorti Celle que vous croyez chez Gallimard où une prof divorcée se créé un faux profil Facebook pour tester la fidélité de son amant. Voilà un récit qui devrait me remettre doucement dans le bain  après des mois où mon esprit embué dans les hormones séchait lamentablement sur un article de Elle. Je ne peux décemment pas passer de la lecture de l’emballage de la boîte de lait en poudre à Flaubert en 5 minutes!

 

A book you can finish in a day: là je vais tricher un peu et choisir une BD. Le (paraît-il) excellent Arabe du Futur de Riad Sattouf. Pour la peine, je lirai les 2 tomes en un jour. 

 

A book you’ve been meaning to read: le much-talked-about Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan. Paraît qu’il faut avoir le moral pour le lire mais que ça vaut le coup. J’en déduis qu’à la fin de cette lecture, je devrais avoir envie de me jeter dans le canal Saint-Martin (mais seulement une fois qu’ils auront fini de le nettoyer) mais que je serai quand même contente de l’avoir lu. 

 

A book recommended by your local librarian or bookseller: La Faute de goût de Caroline Lunoir était en « coup de coeur » chez ma libraire. Elle me l’a conseillé en me disant que son seul défaut était d’être trop court. C’est un premier roman publié en 2011 et l’incipit m’a bien plu: « Le début des vacances résonne dans la gare et dans ma tête ». Un roman qui commence par un pseudo-hypallage ne peut qu’être bien non? 

 

A book you should have read in school: Othello de Shakespeare. Oui je sais, c’est la lose, je l’ai jamais lu. Pour une prof d’ingliche, ça la fout mal. Mon retard, rattraper je dois. 

 

A book chosen for you you by your spouse, partner, sibling, child, or BFF: ma très chère amie Marine d’Une Chambre à Moi me recommande chaudement Past Imperfect de Julian Fellowes, auteur également de la série Downton Abbey. M’en vais le commander tiens! Elle en parle là avec des mots qui font envie de le lire. 

 

A book published before you were born: je suis née en 1980 (je sais, on dirait pas hein!). Y a le choix… Alors partons sur l’intégrale de Sherlock Holmes (en ingliche, of course). Publié presqu’un siècle avant ma naissance, je pense que ça répond au cahier des charges. Ca fait un bail que j’ai envie de (re)lire ces histoires. En attendant la saison 4 du Sherlock de la BBC, ça me fera patienter!

 

A book that was banned at some point: The Satanic Verses de Salman Rushdie. Ca fait très longtemps que j’ai envie de le lire et tu n’es pas sans savoir, lecteur lettré, que ce livre a valu à son auteur une fatwa de mort, le forçant à vivre sous protection policière pendant de nombreuses années. Son livre a été et demeure interdit dans de nombreux pays. 

 

A book you previously abandoned: Millenium 4. Je sais pas pourquoi ce livre m’est tombé des mains. Peut-être parce que, même traduit du suédois, on sent que l’auteur n’est pas Stieg Larsson ou parce que je l’ai commencé alors que Royal Baby ne faisait pas encore ses nuits et que je m’endormais systématiquement dessus. Je vais le recommencer, il peut pas être SI mauvais que ça. 

 

A book you own but have never read: je possède peu de livres que je n’ai pas lus. Ceux qui sont dans la bibliothèque et que je n’ai jamais lus appartiennent à Tendrépoux. J’ai donc le choix entre les tomes 1, 2, 3 et 4 de Lanfeust de Troye, L’encyclopédie de la moto, Tous les requins du monde et The World Guide to Kite and Windsurfing. Ne juge pas, lecteur, nous parlons de l’homme que j’ai épousé! Heureusement, au rayon romans, il y a quelques polars qui devraient faire l’affaire. Tiens, il y a Angor de Franck Thilliez sur sa table de chevet. J’avais bien aimé Puzzle, je devrais dévorer celui-ci! 

 

A book that intimidates you: Anna Karenine de Tolstoï. Ce livre m’a toujours fait un peu peur. Peut-être parce que c'est Tolstoï, parce que c'est russe, parce que le dernier auteur russe que j'ai lu c'était Dostoïevski et c'était beau mais c'était chaud. Il paraît que c’est au contraire fantastique et très moderne. On va voir… 

 

A book you’ve already read at least once: Le Grand Secret de Barjavel. Je l’ai lu un nombre incalculable de fois quand j’étais ado. Voyons si ça me plaît autant 20 ans après. 

 

Bon, j'ai du boulot! Mais aurai-je le temps? Entre varicelle et réveils nocturnes, mon emploi du temps de maman au foyer est paradoxalement TRES chargé... Et toi cher lecteur? Quelle serait ta liste idéale pour 2016?

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16 novembre 2015

Mon 13 novembre 2015

Paris 131115

On s’était décidé très vite. Vendredi matin, mon amie Marine, qui tient le blog Une chambre à moi, m’appellait pour me proposer de dîner au restaurant avec elle et son amie M. qui était témoin à son mariage, comme moi. Elle était exceptionnellement à Paris pour un stage de yoga et c’était une belle occasion pour moi de laisser mon bébé de 7 semaines pour la première fois à son père. 

J’avais bien calculé: si je partais après la tétée de 19h30 et que je rentrais à 23h30, je pourrais l’allaiter à minuit. Par précaution, j’avais congelé du lait et stérilisé un biberon mais j’étais confiante d’être rentrée à temps. 

C’est moi qui me suis chargée de la réservation du restaurant. Il nous fallait trouver un endroit à mi-chemin entre mon arrondissement et celui de son amie, alors mon choix se porta sur le quartier de République. 

Mon ami Google me conseilla un restaurant aux abords fort sympathique: « Le petit Commines » (que je recommande chaudement, le maki de magret de canard était un délice). Parfait, un resto sympa dans un quartier sympa. Ca faisait très longtemps que je n’étais pas sortie à « Répu » et ça rappellerait à Marine de chouettes souvenirs de quand on avait vingt ans et qu’on sortait jusqu’à pas d’heure. 

Nous venions de terminer nos plats et allions commander le mi-cuit au chocolat. La conversation tournait autour du plaisir coupable que nous ressentions à nous octroyer un peu de temps pour nous, surtout Marine qui laissait mari et enfants pendant 3 jours pour faire du yoga et sortir avec ses copines parisiennes. Personnellement, je savourais cette mini-parenthèse, d’autant plus appréciable qu’elle était totalement improvisée. 

Et puis tout à coup, je vis des gens courir dans la rue. Mes amies tournaient le dos à l’entrée du restaurant mais moi j’y faisais face. Les mots « Attentats! Attentats » furent criés par quelqu’un. Le serveur et la propriétaire du restaurant réagirent immédiatement, tirèrent le rideau de toile pour nous cacher et nous demandèrent de nous regrouper dans les toilettes du restaurant à l’arrière de la salle. Calmement, la dizaine de clients présents obtempérèrent, incertains de ce qui était en train de se passer. Les rideaux étant tirés, nous ne pouvions voir que des jambes anonymes courir dans la rue. Aucun bruit particulier (ou alors je ne m’en souviens pas). 

J’appelai immédiatement Tendrépoux pour lui demander d’allumer la télévision et de me dire ce qui se passait. Quand il me dit qu’il y avait eu des explosions au Stade de France, j’ai tout de suite compris que des attentats étaient en train de se produire. 

« Et à République? QU’est-ce qui se passe? » lui demandai-je en décrivant brièvement ce que nous avions vu. 

« Attends, oui ils viennent d’annoncer une fusillade au Bataclan » me répondit-il. « Mais tu es où? » ajouta-t-il.

« J’en sais rien! »

« On est juste à côté » me dit M. qui connaissait bien le quartier. « Le Bataclan est au bout de la rue. »

S’en suivirent 2 heures d’attente dans ces toilettes. Nous avions allumé l’Ipad du restaurant et suivions le développement des événements en direct sur les chaînes d’information en continu. Fusillade rue Bichat, rue de Charonne, au Bataclan, explosions au Stade de France. Tout se mêlait et entre le nombre de morts qui ne cessait de progresser et la multiplication des sites, nous avions l’impression d’être encerclées. 

Personne ne paniqua réellement. Il régnait un silence étrange. Je voyais les mâchoires de Marine se crisper et j’imaginais parfaitement ce qu’elle se disait: « Mais pourquoi je suis là? Je devrais être à Nice avec les miens, pas ici. Je ne viens jamais ici. J’ai quitté Paris il y a 6 ans, je n’ai rien à faire là. » Je lui caressai l’épaule dans un maigre geste de soutien. Notre amie M., toujours positive, essayait de joindre son ex-mari qui travaille dans la police pour avoir plus d’information. Son seul conseil était de rester là où nous étions et de ne surtout pas sortir.

Tendrépoux, quant à lui, m’envoyait des blagues pour essayer de me rassurer. Des blagues bien pourries du style « tu as autant de chances de mourir dans un attentat que bouffée par un requin quand on part en vacances ». Du Tendrépoux quoi. Ca m’a fait du bien, j’avoue, car s’il avait été inquiet j’aurais certainement paniqué. 

Pour ma part, j’essayai de comprendre ce qui était en train de se passer. Je regardais les infos, incrédule, essayant de me repérer dans cette géographie de l’horreur. Où étais-je? Où avaient eu lieu les fusillades? Les terroristes avaient-ils été appréhendés ou se baladaient-ils toujours, kalachnikov à la main, pour semer la terreur dans le quartier? Que se passait-il au Bataclan? Qui étaient tous ces gens que je voyais continuer à courir dehors? Fallait-il vraiment rester ici ou fallait-il tenter de sortir? Toutes ces questions ont tourné mille fois dans ma tête. 

Marine et M. voulaient rester dans le restaurant. Moi, mes tripes me disaient de rentrer chez moi. Je focalisais bêtement (?) sur l’heure de la tétée qui approchait. Bientôt minuit. J’appelai Tendrépoux pour lui donner des instructions pour le lait et ce premier biberon que ma fille allait boire. Je sais, c’est complètement dérisoire, mais sur le moment, c’est tout ce à quoi j’arrivais à penser. 

J’échafaudais des plans pour sortir: je pourrais courir jusqu’au métro et rentrer. Oui mais si le métro était fermé? ou s’il était pris pour cible? Mauvaise idée. 

Je pourrais partir en courant, m’éloigner le plus possible du lieu des fusillades et essayer de trouver un taxi ou rentrer à pied. Avec mes talons de 10 cm, riche idée. Je ne savais même pas où j’étais exactement ni dans quelle direction partir. Et on ne savait toujours pas si les terroristes étaient arrêtés ou pas. Mauvaise idée également. 

Appeler un taxi ou un Uber? Nous avons essayé mais aucun véhicule n’était disponible. 

Rester ici avec mes amies? C’était certainement la seule chose à faire, la probabilité pour que ce restaurant là soit pris pour cible étant très faible. 

Voilà les questions qui tournaient dans ma tête. Nous n’échangions que peu de mots avec mes amies, chacune absorbée dans ses pensées. 

 

Je ne voulais pas prévenir mes parents de là où je me trouvais. Ils pensaient certainement, et à juste titre, que je devais être chez moi, comme tous les soirs, avec mon mari et mes filles. J’étais probablement la plus en sécurité de leurs enfants. Je ne voulais pas les inquiéter inutilement et attendrais d’être chez moi pour les appeler. Mon petit frère, Doudur, vivant à Montpellier était lui aussi en sécurité. Mais j’étais très inquiète pour mon autre frère, Mi Broteur. Mon frère musicien, qui passe ses weekends dans les salles de concert et qui sort beaucoup. Je l’ai appelé immédiatement. Il était au restaurant avec sa femme pour fêter leurs 6 ans. Dans le 17ème arrondissement. Ouf. Je finis par lui avouer que je l’appelais depuis les toilettes du Petit Commines et que je ne savais pas comment rentrer.

« J’arrive » m’a-t-il juste dit. J’essayai de le dissuader de traverser Paris en voiture pour venir dans ce quartier. Lui fis promettre de ne pas insister s’il voyait que c’était trop dangereux dehors ou que le quartier était inaccessible. 

La vérité était que nous étions cloîtrées dans notre « bulle », sans aucune idée de ce qui pouvait bien se passer dehors. Le rideau qui nous camouflait cachait également la réalité de la rue à l’extérieur, nous laissant imaginer le pire. 

20 minutes plus tard, mon frère m’appela. « Je suis là, sortez vite! ». Mes amies et moi sortirent en courant direction rue de Turenne. Un regard derrière nous suffit à nous renseigner: des camions de pompier et de police partout. Je ne m’attardai pas sur cette vision. Nous courûmes jusqu’à la voiture de mon frère, croisant des gens un peu hébétés dans la rue.

Mon frère raccompagna d’abord mes amies chez elles. Nous passâmes devant l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Ma gorge se serra très fort. Après les avoir déposées, nous repartîmes dans le centre de Paris. Mi Broteur devait récupérer la filleule de notre mère, coincée dans un bar du 2ème arrondissement et qui ne pouvait rentrer chez elle car elle habitait rue de la Fontaine-au-Roi où avait eu lieu l’une des fusillades. Mon frère comptait aller la chercher, la ramener chez notre mère dans le 5ème arrondissement, puis me ramener avant de rentrer chez lui. Tout le monde essaya de le faire changer d’avis, lui disant de rentrer plutôt que de traverser tout Paris. Il ne voulut rien savoir. 

Nous roulions dans une ville en état de guerre. Les rues étaient quasiment vides à l’exception de véhicules de secours qui surgissaient de partout et à toute blinde. A un carrefour, sidérés, nous avons même assisté à un violent accident. Un camion de pompiers percuta un fourgon de police qui fit un tonneau dans les airs avant de s’écraser sur le flanc. Sous nos yeux médusés, nous vîmes sortir pompiers et policiers qui se ruèrent au secours des accidentés. On aurait dit une scène de film.

Je crois que c’est là que j’ai craqué. Je me suis mise à pleurer et ai supplié mon frère de nous ramener et de rentrer chez lui. Heureusement, il garda son calme tout le long du trajet. Nous devions éviter les barrages de police, de plus en plus nombreux. Nous avons beaucoup tourné en rond avant de retrouver notre chemin. 

Je ne perçus sa fébrilité que lorsqu’il me demanda à un moment où nous étions. Malgré le GPS et notre bonne connaissance de Paris, nous étions tous les deux complètement perdus. Je levai les yeux et lus, incrédule, « Rue de Rivoli ». Nous n’avions même pas reconnu cet axe pourtant central. 

Une fois passés rive gauche, le calme semblait revenu. Mi Broteur me déposa chez moi et continua son « sauvetage » nocturne. 

Je me précipitai à la maison. Tendrépoux avait le bébé dans les bras. « Elle t’a attendue ». Je crois que je n’ai jamais été aussi contente de donner le sein. Evidemment, j’étais trop fébrile pour aller me coucher. J’allumai donc la télévision et me connectai sur les réseaux sociaux pour prendre des nouvelles. J’attendis le coup de fil de Mi Broteur qui arriva une heure plus tard. A 3 heures du matin, je me couchai mais ne réussis pas à dormir. 

Toute la journée de samedi, je tremblai, ressassant ce qui s’était passé et prenant la mesure du carnage qui s’était déroulé cette nuit-là. 

Tendrépoux me confia qu’il n’avait jamais été inquiet pour moi. Qu’il savait que je rentrerais saine et sauve et que je n’étais pas réellement en danger là où j’étais. Et en effet, mon récit peut paraître bien léger et superficiel face aux tragédies et aux horreurs que certains ont vécu. Je n’ai pas enjambé de cadavres, je n’ai pas reçu de balles. Dieu merci, je n’ai pas perdu de proches. 

Mais cela fait deux nuits que je rêve que je suis encore enfermée dans ce restaurant. Et j’ai enfin compris pourquoi j’avais eu aussi peur. 

Parce que, pendant plusieurs heures, je ne savais plus où j’étais. J’avais beau regarder la carte de Paris, je n’arrivais pas à réaliser où je me situais par rapport aux attentats. Je me sentais cernée et prise au piège, incapable de décider dans quelle direction partir s’il fallait soudainement se mettre à courir. J’ai un sens de l’orientation pourri, mais là, ça atteignait des sommets!

Parce que, pendant plusieurs heures, je n’arrivais pas à savoir quelle était la bonne décision à prendre: rester cachée? partir? prendre le métro? rentrer à pied? rentrer en vélo? Fuir ou se cacher? Il est toujours facile a posteriori de se dire qu’on ne risquait rien. Mais sur le moment, qui pouvait nous assurer qu’un terroriste ne passerait pas dans la rue en tirant au hasard? Nous étions cachées derrière un mur de bouteilles de vin qui n’aurait pas arrêté grand chose si tel avait été le cas… 

Parce que, ce soir là, je n’ai plus reconnu Paris. Ma ville. A la fois désertique et en état de siège. J’ai vu la police, les pompiers, l’armée. J’ai vu des voitures de secours débouler à toute allure. J’ai vu des sirènes à tous les coins de rue. J’ai vu des rues vides, désespérément vides là où d’habitude grouille la vie, la joie, le bruit, la musique. 

Je ne crois pas m’être sentie réellement en danger ce soir là. Mais je me suis sentie dépossédée: de mes décisions et de ma liberté. 

 

Je n’ose imaginer ce qu’ont vécu les victimes des attentats. Et je ne veux pas que mon « témoignage » puisse paraître irrespectueux ou inapproprié. Il est évidemment très auto-centré puisque je ne peux raconter que ce que j’ai vécu. Et même si tout cela est dérisoire face à ce qui s’est passé ce soir là, j’ai eu besoin de mettre en mots ce que j’ai ressenti pendant ces quelques heures, cloîtrée derrière ce rideau. 

J’ai eu la chance d’avoir choisi le « bon » restaurant ce soir là. J’ai eu la chance d’être dans la  « bonne » rue. J’ai eu la chance de ne pas avoir eu le temps de prendre un verre en terrasse dans le quartier. J’ai eu la chance que mon petit frère traverse la ville pour venir chercher sa grande soeur. J’ai la chance de pouvoir raconter cette soirée surréaliste. Je pense à tous ceux et celles qui ont laissé leur vie dans une salle de concert ou à la terrasse d’un restaurant. Parce que c’est complètement absurde. En fait.

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12 novembre 2015

Mother of three

mother of three

C’est étrange comme le fait d’avoir 3 enfants à Paris a fait changer le regard des gens sur nous. Nous sortons du moule « couple marié avec deux enfants » et cela suscite apparemment l’effroi général. Pas chez nos proches, dieu merci, mais dans notre entourage plus loitain, et notamment chez les parents des copains d’école de Mamerveille que nous croisons fréquemment au square ou à la sortie des classes, ou chez nos voisins qui nous tiennent la porte pour laisser passer une enfant à trottinette, une enfant qui dodeline d’un pas encore peu assuré, une enfant qui ronfle dans sa poussette et le papa et la maman, le teint un peu défraîchi.  

Ma grande expérience de multipare m’a permis d’expérimenter des réactions bien distinctes selon la position de l’enfant :

Au premier enfant, tout le monde te félicite et fait des rondades de joie (si, si). Sa venue au monde est un véritable miracle aux yeux de la collectivité.

Au deuxième enfant, les félicitations sont de rigueur également puisque, EVIDEMMENT, on ne saurait laisser notre aînée fille unique. Sa naissance est  source de félicité mais elle est aussi perçue comme logique, normale, évidente.

Dans la psyché collective, il aurait été de bon ton que nous eussions un garçon en deuxième position, pour avoir le « choix du roi ». Pas de chance, ce fut une deuxième fille. « Ah bah vous allez être OBLIGES de faire un troisième alors! ».

Et quand le troisième enfant paraît (pas de bol, encore une fille!), les félicitations sont toujours de mise, of course, mais elles sont systématiquement accompagnées des remarques suivantes (de la part de l’entourage sus-mentionné, notre famille et nos amis étant heureusement beaucoup plus positifs!): 

« Tu dois être épuisée non? »

« Ca doit être super sport! »

« Oh la la, tu as une mine épouvantable! Tu ne dors pas? »

« Ah oui, elles sont quand même super rapprochées vos deux dernières…  Comment tu fais? »

« Ca ira mieux dans quelques années, vous verrez ». Bref, les gens « de l’extérieur » nous font peu de remarques positives sur la beauté d’une si grande famille ou la richesse des futures interactions entre les trois soeurs et ne tendent à voir (ou imaginer?) que le négatif.

 

Je ne sais pas pourquoi il semble si effrayant d’avoir trois enfants. Peut-être que mes copines parents-d’élèves ont des enfants si hyperactifs, insolents et laids que ça leur a coupé l’envie de continuer à se reproduire? Je plaisante bien sûr, mais je me demande toujours qu’est-ce qui, chez nous, provoque ce genre de remarque. Avons-nous l’air malheureux, au bout du rouleau? Je ne crois pas. Certes, nous sommes fatigués en ce moment car Royal Baby ne fait pas ses nuits (elle a 1 mois 1/2, ce n’est pas non plus étonnant), mais ni plus ni moins que tout parent d’un nourrisson.  

Alors, qu’est-ce qui fait peur dans le fait d’avoir 3 enfants? Franchement, je ne vois pas. C’est chouette 3 enfants, ça créé des possibilités d’interaction vachement intéressantes. Je suis moi-même affublée de deux petits frères (t’ai-je déjà parlé de Mi Broteur et de Doudur?) et j’ai adoré (et adore toujours) notre trio et les liens indéfectibles que nous avons tissés. Je souhaite que mes filles connaissent la même chose et c’est certainement pour cela que j’ai toujours voulu avoir trois enfants. 

Alors oui, c’est très sport en ce moment. Mais honnêtement, la vie avec un nourrisson est forcément un peu sport (enfin, surtout les nuits). D’ailleurs, ce n’est pas tant le nombre d’enfants que leur écart d’âge qui est source de fatigue. 

Ma « grande » n’a que 4 ans, la moyenne 19 mois et Royal Baby, l’âge canonique de 6 semaines 1/2. Alors forcément, niveau autonomie on est limité et les enfants ont toutes besoin de moi à différents niveaux. 

Mamerveille veut être grande. Elle n’arrête pas de nous énumérer toutes les choses qu’elle pourra faire quand elle aura 6 ans (regarder Spiderman, aller toute seule à l’école (elle rêve…), ou faire des rollers). Elle s’autonomise de plus en plus mais réclame aussi beaucoup d’attention. Ce n’est pas facile de voir sa maman accaparée par deux bébés alors j’essaye de lui consacrer du temps rien qu’à elle pour qu’on fasse des trucs de grandes toutes les deux. En ce moment, forcément, ce n’est pas très fantasque: nous lisons des livres ensemble, écrivons ou regardons un film. Mais dans un futur que j’espère pas trop lointain, j’ai dans l’idée de l’emmener à la piscine pour une session mère-fille, ou à l’un des ateliers du musée Branly qui ont l’air trop bien.

 

Maprinchesse est entre les deux. A la fois attirée par sa grande soeur et les trucs trop bien qu’on peut faire quand on est une grande et un peu jalouse de cette petite chose qui tète le sein de sa mère et qui n’attrape même pas le ballon qu’elle lui lance. J’essaye aussi de lui consacrer du temps rien que pour elle, à la fois en tant que « grande » et « petite » soeur. Pas évidente cette place du milieu! Alors on joue à la dînette, on essaye de se mettre sur le pot (énorme fascination pour cet objet, je ne désespère pas qu’elle soit propre tôt) (si tu savais le nombre de couches et le budget aférant qu’on y passe, tu comprendrais…). Mais on fait aussi de gros câlins dans les bras et on chante des berceuses, parce que 19 mois, c’est pas bien grand tout de même… 

 

Royal Baby, quant à elle, demande évidemment beaucoup d’attention mais ni plus ni moins que ses deux soeurs finalement. Je passe mes journées avec elle donc quand je récupère les deux grandes à 16h30, j’essaye de me consacrer équitablement à tout le monde, pour qu’aucune ne se sente lésée. Là, mécaniquement, c’est un peu plus sportif. Et ça donne un truc comme ça. 

 

16h30: je prends Royal Baby en porte-bébé et file récupérer Mamerveille à la maternelle. Nous rentrons toutes les 3 goûter à la maison. Mamerveille me raconte sa journée pendant que j’allaite le bébé. 

17h: nous repartons chercher Maprinchesse à la crèche. Mamerveille prend sa trottinette et Royal Baby est dans la poussette. C’est là que ça se corse… 

17h10: arrivée à la crèche (surchauffée). J’enfile mes sur-chaussures (ces objets du malin). J’aide Mamerveille à enfiler les siennes. Je détache le cosy du support de la poussette (je n’ose pas laisser le bébé seul au rez-de-chaussée pendant que je monte à l’étage avec les deux autres) et je prends l’ascenseur.

17h15: Maprinchesse se jette dans mes bras. Mamerveille part s’amuser avec les jouets des petits « parce que c’est trop cool maman ». La puéricultrice me fait le débrief de la journée pendant que je rhabille Maprinchesse et que je surveille le petit Mattéo qui s’approche dangereusement du cosy où dort mon bébé. Je perds 1 litre de sueur par minute tellement il fait chaud. 

17h20: nous redescendons. Je fixe le cosy sur la poussette, remets les manteaux aux enfants, enlève mes sur-chaussures et celles de Mamerveille et re-sors avec mes 3 loustics. En général, un parent compatissant me tient la porte pour que je puisse passer avec mon tank et mes cheveux hirsutes.

17h30: Maprinchesse s’arrête net au bout de 20 mètres car elle ne veut plus marcher. Qu’à cela ne tienne, notre poussette est équipée d’une astucieuse tablette où elle peut se tenir debout sans faire d’effort. Mais elle refuse d’y monter. Elle veut les bras. Sauf que mes bras sont occupés à pousser la poussette et que Maprinchesse n’est pas bien lourde, certes, mais quand même trop pour être portée sur 400 m par sa mère dont le périnée n’est même pas rééduqué.

17h32: Je crie à Mamerveille de revenir vers nous (elle a foncé comme une blinde en trottinette et semble décider à percuter un passant ou une poubelle). 

17h38: Je négocie avec Maprinchesse de marcher encore un peu. Raté. Je la mets de force sur la tablette et me retrouve avec un bébé chewing-gum qui se met à pleurer. Je me fâche. J’ai encore perdu 1 litre de sueur. Maprinchesse finit par obtempérer. 

17h41: J’accélère le pas pour rentrer à la maison. Je détache le cosy, range le châssis de la poussette dans le local prévu à cette effet et entasse ma progéniture dans l’ascenseur limité à 3 personnes. 

18h: les enfants jouent pendant que je prépare le dîner. Si j’ai de la chance, Royal Baby dort du sommeil du juste. Sinon, je cuisine tout en berçant du pied le bébé dans son transat. Si j’étais vraiment organisée, le dîner serait prêt avant 16h30 mais bon… 

18h30: je cours derrière les filles pour leur faire prendre le bain. Je déplace le transat du bébé de pièce en pièce car cette petite ne supporte pas la solitude et braille si elle se retrouve seule trop longtemps. Le bain est un moment de calme et de volupté totale. Nan je déconne. Les filles jouent à qui arrosera l’autre le plus, la salle de bain se transforme en piscine mais tout le monde s’amuse bien. Quand il faut sortir, c’est le drame. Mamerveille obtempère volontiers mais Maprinchesse a décidé qu’elle resterait dans la baignoire, même vide. Je la sors de force (bébé chewing-gum bis), la sèche de force, et l’habille de force (les terrible two approchent on dirait). 

19h: je ramène le transat dans la cuisine et installe tout le monde à table. Là, je savoure un moment de calme. Les deux grandes mangent tranquillement (seules et proprement) (Maprinchesse est vachement en avance sur son âge pour ça, c’est le pied). Pendant ce temps, Royal Baby commence à s’agiter parce qu’elle commence à avoir un petit creux elle aussi. Je la fais tenir jusqu’à la fin du repas parce que, franchement, allaiter son bébé, tout en ramassant une cuillère ou en préparant un  yaourt, c’est galère. Je sais, je l’ai fait.

19h30: j’allaite le bébé pendant que les deux grandes jouent. En général, nous regardons toutes les 4 un dessin animé (comme ça je ne suis pas obligée de me relever 50 fois pendant la tétée parce que l’une essaye d’étriper l’autre pour une vague histoire de jouet volé). 

20h: les dents, pipi et tout le monde au lit. 

20h01: tout le monde dort (et c’est pas une blague) (merci les rythmes scolaires qui épuisent les enfants!). 

Quand Tendrépoux rentre du travail vers 21h, je dois avouer qu’en général, le spectacle n’est pas très glamour. Bizarrement, entre 20h et 21h je n’ai PAS préparé de dîner aux chandelles, et je n’attends PAS mon mari en petite tenue, une flûte de champagne à la main. Non. Je suis plutôt avachie dans le canapé, en train de ricaner bêtement devant « Catherine et Liliane » après avoir fait l’effort surhumain de réchauffer une soupe Picard. 

 

Donc oui, 3 enfants, c’est un peu plus fatiguant, mais je soupçonne que ça le sera beaucoup moins quand Royal Baby fera ses nuits (et par voie de conséquence, moi les miennes). 

Oui, le fameux « tunnel » 16h30-20h est un peu plus sportif car il faut répondre aux attentes de trois êtres vivants distincts. 

Oui, j’ai une petite mine (et ce n’est pas faute d’user et d’abuser d’anti-cernes et de fond de teint). Mais en plein mois de novembre, give me a break! 

Oui, je fais au mieux, tout en étant consciente que je ne réussis pas tout. Que parfois je m’énerve un peu trop vite, que je crie un peu trop. Que si j’avais quelques heures de sommeil de plus au compteur, je serais sans doute plus patiente et plus efficace. 

Oui, dans quelques années ça ira mieux, mais je sais aussi que, dans quelques années, je repenserai avec nostalgie à ces premiers mois à 5, en sirotant ma coupe de champagne avec Tendrépoux…

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20 octobre 2015

Maman pour la 3ème fois

 

Royal Baby

Le 27 septembre dernier, sur le coup des 3 heures du matin, je donnai naissance à Royal Baby (dont les royaux petons sont immortalisés en photo par mon talentueux Broteur, Maxime Rouge) (as-tu déjà vu plus beaux panards?). 

Le 27 septembre dernier, nos vies étaient bouleversées, une troisième fois. Parce qu’on a beau être « habitués », avoir déjà connu « ça » deux fois, la venue d’un nouvel enfant est toujours une petite révolution. Il y a des choses qui ne changent pas, bien sûr. 

Cette vague d’amour vertigineuse à la seconde où l’on m’a posé ce bébé sur le ventre. 

L’odeur enivrante de ce petit cou tout chaud dans laquelle je pourrais me perdre pendant des heures, les yeux fermés, à juste profiter de la chaleur de ce petit corps contre le mien. 

Les gestes familiers, les soins à prodiguer, les bodies à enfiler, les couches à changer, les bains à donner, l’allaitement à mettre en place… tout cela est encore tout frais dans nos mémoires, Maprinchesse n’ayant que 18 mois. 

Un accouchement, plus rapide, moins traumatisant. Des suites de couches plus faciles aussi parce qu’on sait à quoi s’attendre (les douleurs, les saignements, la montée de lait sa race…). 

Un allaitement (enfin!) plus serein après des débuts très douloureux pour mes deux premières filles. A croire que ma poitrine a enfin compris comment ça marchait et que non, un bébé de 3kg n’avait pas besoin de 8 litres de lait par tétée et que oui, sans crevasse, c’était vachement plus agréable. 

 

Parenthèse sur l’allaitement: y en a ras-le-bol de ces discours culpabilisants du corps médical qui t’explique que l’allaitement ne fait pas mal, que c’est FORCEMENT que tu t’y prends comme une quiche, que t’as pas la bonne position, que ton bébé ne sait pas téter, qu’il ouvre mal la bouche ou qu’il ne met pas bien sa langue en gouttière comme l’indique le schéma 1 mais est-ce que vous l’avez au moins emmené chez l’ostéo c’est quand même pas sorcier c’est la nature vos seins sont faits pour ça. 

Quand on a une montée de lait telle qu’on en pleurerait de douleur, un début d’engorgement et des crevasses qui saignent au bout de 3 jours d’allaitement, on veut bien tout essayer pour que ça cesse (feuilles de choux, glace sur les seins, ou au contraire bouillotte, rituels païens…). On entend tout et son contraire: tirez votre lait au tire-lait pour désengorger vos seins, mais pas trop sinon vous stimulez la lactation! Mettez des bouts de sein en silicone (mais le moins possible hein car le bébé risquerait de prendre de mauvaises habitudes) (et vous risqueriez d’avoir moins mal ce serait dommage). Exprimez le lait sous une douche chaude (donc passez votre vie sous la douche). Mettez du froid, non du chaud!, prenez un doliprane, tenez votre enfant comme ceci, ou plutôt comme cela, mettez-le au sein le plus souvent possible, c’est pas grave si ça saigne pendant qu’il boit ne vous inquiétez pas. 

Je crois que j’ai tout entendu. Sauf cette fois ci. Pour Royal Baby, la sage-femme à qui je confiais mes inquiétudes liées à mes douloureuses expériences passées m’a juste dit: «  Vous savez, c’est normal que ça fasse mal. Parfois, on fait tout bien mais on a juste la peau plus sensible et chaque femme ressent les choses différemment. L’important, c’est comment VOUS sentez les choses et ce que vous VOULEZ faire! » Hé bien crois-le ou pas, ça m’a complètement libérée-délivrée, ce discours! Et du coup (le lien de cause-conséquence restant à prouver…), l’allaitement de Royal Baby se passe à merveille.

Fin de la parenthèse.

 

Avoir un troisième enfant - disais-je donc avant de m’auto-interrompre - c’est aussi plus d’assurance (chèrement acquise), un décryptage plus facile, des « erreurs de débutants » évitées… 

Contrairement à Mamerveille dont les (rares) pleurs étaient parfois un mystère, je sais quasiment toujours déchiffrer les appels de Royal Baby. Je ne me précipite plus au moindre bruit pour la prendre dans mes bras, consciente que, souvent, le bébé essaye peut-être juste de s’endormir. A l’inverse, je sais désormais distinguer ses « j’ai faim! » de ses « change ma couche! » ou de ses « aïe! putain, j’ai des coliques, je douille ma race! » (oui Royal Baby jure comme un charretier, les chiens ne font pas des chats). 

Je ne suis plus scotchée à cette fichue balance, source d’angoisse pour Mamerveille qui n’avait pas pris de poids pendant sa première semaine de vie (ce qui nous avait valu les commentaires outrés d’une sage-femme au téléphone qui était à la limite de nous signaler aux services sociaux) et que j’ai dû peser tous les jours pendant 1 mois pour vérifier qu’elle suivait bien les courbes prescrites. 

Je ne m’inquiète plus non plus au moindre pleur « inexpliqué »: j’ai appris avec le temps que parfois, un bébé a juste besoin d’évacuer la tension de la journée, surtout le soir, et que son agitation n’est pas forcément le signe d’une maladie incurable et que souvent, un bon gros câlin suffisait à le calmer. 

Je ne diagnostique plus de reflux gastro-oesaphagien ou de méningite aïgue à mon bébé juste en googlant des « symptômes » aussi vagues que « pleurs, régurgitation, bébé 2 semaines ». 

J’ai appris aussi que le temps passe très vite et que ces nuits hachées, ces tétées nocturnes et la fatigue qui les accompagne n’auront qu’un temps et que bientôt un vrai rythme s’installera et me rendra un peu de liberté. Du coup, j’essaye de profiter (dans la mesure où l’on profite de quoique ce soit à 3h12 du matin…) de ces instants rien qu’à nous deux, mère et fille. 

Plus on a d’enfants, plus on gagne en expérience (forcément), mais aussi en sérénité et en savoir-faire. Je lâche plus prise aussi, consciente de ne pouvoir être la mère parfaite présente à 100% pour chacune de mes enfants. Il est frustrant évidemment de ne pouvoir me consacrer à ma grande parce que la moyenne a fait dans sa couche ou que la petite hurle de faim. Frustrant de devoir raccourcir le câlin de Maprinchesse parce que Royal Baby pleure ou que Mamerveille réclame un bisou elle aussi. Il faut bien sûr être partout à la fois, et arriver à donner le sein tout en faisant manger Maprinchesse et en ramassant le doudou de la grande. Le quotidien est un peu (beaucoup) plus sport, on ne se pose jamais et on dort peu. Il y a des moments où je me sens dépassée, quand les trois pleurent en même temps et que je ne sais plus par où commencer. Un jour je te raconterai à quoi ressemble le créneau 16h30-20h chez les Titcheurs…

Royal Baby est toute neuve, elle a tout juste 3 semaines. On ne la connaît pas bien encore et les interactions avec ses soeurs sont forcément limitées. Mais depuis qu’elle est là, je ressens une sensation de plénitude, le sentiment d’être enfin au complet, tous les cinq. Pour l’instant, elle est juste à moi, petit animal blotti dans mes bras et contre mon sein. Mais bientôt, elle s’ouvrira vers le reste de la famille. J’ai hâte de voir quel bébé, puis quelle petite fille elle va devenir, comment elle va s’intégrer dans le duo infernal que forment Mamerveille et Maprinchesse, quelles seront leurs relations à toutes les trois, quel sera son tempérament à elle (doux et un peu timide comme Mamerveille ou fonceuse et autonome comme Maprinchesse?). 

3 enfants. 3 êtres bien différents. 3 histoires distinctes mais liées à jamais. 3 coups de foudre.

PS: comme après chacune des naissances de mes filles, j'assume complètement le côté gnangnan de ce billet. Arcs-en-ciel, paillettes et licornes enchantées peuplent mon quotidien de jeune parturiente. 

16 septembre 2015

Toutes ces choses que je vais bientôt pouvoir refaire

the end is near

La fin approche. Pas la fin du monde, hein, elle a déjà eu lieu le 21 décembre 2012, rappelle-toi. Non, la fin de cette dernière grossesse. Et bien que j’apprécie au plus au point cette sensation de plénitude, de sérénité, d’épanouissement total et de symbiose parfaite avec mon enfant à naître, je ne peux m’empêcher de penser avec envie (*essuie un filet de bave*) à toutes ces choses que je vais bientôt pouvoir refaire. 

Faire mes lacets toute seule. 

 

Voir mes pieds. 

 

Porter Mamerveille et ses 16kg d’amour. 

 

Courir après Maprinchesse avant qu’elle ne percute un mur (cette petite aime courir les yeux fermés, que veux-tu…). 

 

Dormir sans me lever 3 fois pour aller faire pipi. Ah non. J’oubliai…

 

Manger un steak tartare, des sushis, des huîtres et des légumes sales le tout arrosé d’un bon verre de rouge. 

 

Aller courir et avoir des courbatures de la mort (et savoir pourquoi je suis essoufflée) (genre pas parce que je viens de monter trois marches). 

 

Reprendre le yoga et ressentir à nouveau mon corps (et régler mon problème de sciatique et de lombaires) (et accessoirement ne plus avoir l’impression d’avoir 70 ans). 

 

Jeter ce legging de grossesse qui me sort par les yeux mais que je mets tous les jours rapport que c’est la dernière fringue dans laquelle je rentre encore.

 

Préparer un sac de mes vêtements de grossesse chics et classes pour les donner à ma prochaine copine/belle-soeur enceinte (no pressure girls). 

 

Renouveler ma garde-robe (enfin, après avoir perdu mes kilos en trop). 

 

Porter à nouveau des sous-vêtements compatibles avec une vie conjugale épanouie. 

 

Dormir sur le ventre. Enfin, quand j’aurai l’occasion de dormir…

 

Me tartiner la face de crème dépigmentante pour me débarrasser de cette saleté de masque de grossesse. 

 

Boire du vrai café. Et de la vraie bière. 

 

Arrêter de pleurer devant la première niaiserie/pub pour de la lessive/épisode de Babyboom (oui je regarde Babyboom, et les Maternelles, et je vais sur des forums de femmes enceintes pour parler bouchon muqueux si je veux). 

 

Oublier à quoi ressemble le bouchon muqueux. 

 

Avoir des conversations qui ne tournent plus autour des sujets suivants: mon temps de gestation proche de celui des pachydermes, mes « vacances » de cet été, la versatilité de mon utérus ou la notion d’ironie de manière générale. 

 

Mais sinon, ça va hein. Je PROFITE.  

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09 septembre 2015

Se souvenir des belles choses

Memories

Parce que c’est la dernière fois. Si, si, pas la peine d’insister. Il n’y aura pas de « petit quatrième » pour « avoir LE garçon ». Nous allons bientôt être au complet. Tous les 5. Nous et nos 3 filles. 

Ce n’est plus qu’une question de jours. Ou de semaines si la nature continue à se montrer aussi facétieuse. 

Hier matin, à la visite des 37 SA, mon gynéco m’a proposé de me garder pour me déclencher. Plus simple pour s’organiser, et puis pour m’éviter « d’accoucher en 3 contractions dans ma cuisine. » J’ai refusé. Déjà parce que je ne suis pas restée alitée pendant 6 semaines pour accoucher pile poil à 8 mois de grossesse. Je viens de retrouver ma liberté de mouvement, je profite enfin de mes aînées comme il se doit et le tout… sans contractions. Et puis parce que je veux bien être arrangeante avec les services de santé, mais priorité est donnée au bien-être de MON bébé, et accessoirement au mien (j’ai déjà été déclenchée pour ma deuxième et j’ai un souvenir assez vivace des deux heures de contractions horribles avant de recevoir la sainte péridurale). 

J’ai envie de profiter enfin de cette dernière grossesse. Parce que même si tout n’a pas été rose entre les nausées du premier trimestre, la fatigue, les contractions trop vite venues, les inquiétudes, le col qui se modifie, qui s’ouvre, les contractions qui s’intensifient, le faux travail, le repos forcé, les vacances annulées, le mois d’août seule à Paris, et les maux - plus ou moins « petits » de cette période unique dans la vie d’une femme - j’ai envie de me souvenir des belles choses.  

De cette grossesse désirée et arrivée par surprise. Naturellement. Un coda parfait à toutes ces années de galère. 

 

De l’annonce à Tendrépoux qui ne s’y attendait absolument pas. 

 

De l’annonce à mes collègues qui ne s’y attendaient absolument pas non plus. 

 

De la tête de Tendrépoux lorsque l’échographie a révélé que c’était ENCORE une petite fille. Puis de son sourire à l’idée d’être à la tête d’un pareil gynécée. 

 

Des questions très pointues de Mamerveille au sujet de cette nouvelle petite soeur. « Mais comment elle est arrivée dans ton ventre? » « Et comment elle va sortir? » « Par le nombril? » « Tu peux me montrer le trou spécial par lequel elle va sortir? » «  Et si tu manges du chocolat, le bébé il mange du chocolat aussi? » 

 

De Maprinchesse qui tapote mon ventre en disant « Bom-bom » (ça veut dire « ballon » en Maprinchessois). 

 

De ma silhouette qui s’est arrondie une troisième fois, comme habituée. Ce ventre proéminent, tout devant (« Ah c’est sûr, ce sera un garçon madame » - mon boucher, expert ès gynécologie). 

 

De ces vêtements de grossesse, que je ne remettrai plus mais que j’espère voir porter bientôt par ma belle-soeur A. ou mon amie E. 

 

De ces petits vêtements taille 00 et 0 que j’ai triés, lavés, repassés (oui, même la 3ème fois je me laisse prendre au jeu) et dont je regarde la taille microscopique avec le même étonnement: comment peut-on être aussi petit? 

 

De ce suspense, maintenant apprécié: quand le travail va-t-il commencer? Ce soir? Ce matin? Pendant que les filles sont à l’école ou en pleine nuit? 

 

Et puis surtout, de ces coups qui déforment mon ventre, le font onduler et danser la samba. Ces vagues qui sont autant de caresses et qui me manqueront plus que tout. Ce sentiment d’être littéralement habitée, de sentir la vie bouger en moi. Je crois que c’est de ça que je veux me souvenir le plus. Peut-on oublier cette sensation unique? La regrette-t-on toujours? 

 

En tous cas, maintenant que je vis normalement à nouveau, je renoue avec bonheur avec un sentiment de légèreté (paradoxalement…), une insouciance retrouvée. Ma fille peut arriver. Je suis prête. 

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