lazy_elevator

Cette université est décidément une source inépuisable d'inspiration. Un véritable brouillon bouillon de culture mais pas forcément dans le sens noble du terme. 

Tous les jours j'ai l'occasion d'observer les comportements de mes jeunes contemporains. Et tous les jours j'ai l'occasion de me dire que c'est franchement pas gagné pour l'espèce humaine. Je te raconte. 

C'était un jeudi soir. Je quittais ma salle de cours au 1er étage et m'apprêtais à rejoindre la salle des profs, sise au 3ème étage, chargée de mon sac, de mon ordinateur, de mes pochettes de cours, de 1001 copies d'étudiants manifestement inspirés par mon sujet de partiel, de mes 10 stylos rouges dans une main, l'autre étant occupée à gérer un thé fumant. Je me dirigeai donc très légitimement vers l'un des rares ascenseurs de l'établissement, réservés en principe aux personnes à mobilité réduite, à corpulence excessive, à l'âge avancé, à la santé frêle ou en mode déménagement (il peut arriver qu'une seule personne rassemble tous ces critères mais c'est pas joli joli à voir) (rhoo ça va). 

A côté de moi, une bande d'étudiantes frétillantes du haut de leurs 20 ans, le café à la main et le verbe acerbe attendait également l'ascenseur. Celui-ci étant assez long à la détente, je patientai tranquillement en écoutant leur édifiante conversation:  

-Nan mais Théo il est quand même canon, tu trouves pas? 

- Si, mais laisse tomber, il sort avec Léa. Tu sais, la meuf du TD de civi? 

- C'est pas vrai? Mais c'est dingue ça, je l'ai vue avec un autre mec à la cafèt' hier! Ooh! Il va falloir le consoler le pauvre Théo! 

Amusée par cet échange informatif (et qu'on dirait sorti tout droit d'un mauvais "Hélène et les garçons"), je me rappelai mes propres années estudiantines où la gent masculine occupait également un certain nombre de nos pensées à mes copines et à moi. Je regardai cette bande de filles, toutes sapées à la dernière mode avec leur petit sac à main qui pouvait contenir un porte-feuille, un téléphone et à la rigueur un stylo pour prendre des notes (mais sur quoi alors?) et  présumai in petto qu'elles se rendaient au 5ème étage en salle informatique et que, fatiguées par leur rude journée de cours, elles ne se sentaient pas de gravir les escaliers, malgré les panneaux les y enjoignant (que c'est bon à la santé, que c'est bon à les gambettes et que ça libère le monte-charge pour ceux qui en ont vraiment besoin). Oui, j'aime bien me faire des trips "déduction" à la Sherlock Holmes parfois. 

Las! nous entrâmes dans l'ascenseur. Enfin "entrâmes"… Elles se précipitèrent devant moi pour être sûres d'être bien toutes les 5 ensemble, me bousculant au passage (fank iou véri meutch) et j'entrai à leur suite en rattrapant au vol une copie qui me glissait des bras et mon thé qui se faisait la malle. J'appuyai sur le bouton "3" et, à ma grande stupeur, vit l'une des commères presser le bouton "RC". 

Ces demoiselles avaient donc attendu l'ascenseur 10 minutes pour descendre du 1er étage au rez-de-chaussée! 

Mon sang ne fit qu'un tour et je réfrénai de justesse un "Nan mais ça va pas, bande de moules? Vous avez 20 ans, vous êtes en parfaite santé et vous prenez l'ascenseur pour descendre un p*tain d'étage? Ah ça pour courir le gueux, vous avez de l'énergie mais pour descendre 3 marches à pinces, y a plus personne! Vous vous foutez de la gueule du monde ou bien?". 

A la place je leur fis simplement remarquer avec courtoisie mais non sans une pointe d'agacement qu'elles auraient pu emprunter l'escalier (d'autant que, du coup, l'ascenseur se mit à descendre au lieu de monter vers le 3ème étage). 

Elles me regardèrent d'un air gêné, gloussèrent un peu bêtement et l'une d'entre elles me dit: "Mais vous savez madame, on est super fatiguées!"

Je rétorquai: "Oui, vous me semblez au bord de l'agonie, mais je suis sûre que votre ami Théo saura vous redonner quelques forces". Elles sortirent de l'ascenseur en ricanant de plus belle (genre "han trop la honte la prof elle a entendu notre conversation!") et je remontai vers ma salle des profs, satisfaite de ma réplique mais peu optimiste pour ces demoiselles dont les fesses étaient apparemment suffisamment "on fire" pour être remuées devant un jeune mâle ébouriffé mais trop lourdes pour être traînées dans un escalier… 

Arrivée au 3ème étage, je descendis de l'ascenseur. Comme à l'accoutumée, une petite dizaine de personnes attendaient, dont une étudiante en fauteuil roulant. Et ben tu me croiras ou pas, mais ils essayèrent tous de rentrer dans l'ascenseur (genre en tassant bien ça va passer) et il fallut quelques minutes de réflexion intense (ah ben non, ça passe pas) pour que quelques volontaires un peu moins bêtes se décident enfin à sortir de l'ascenseur et à prendre les escaliers pour descendre. 

Y a des claques qui se perdent parfois…