Ca avait commencé avec la Petite Souris. Il y a quelques mois, Mamerveille était rentrée troublée de l’école. Sa copine Lola lui avait dit que la Petit Souris, tout comme le Père Noël, n’existait pas, que c’était les parents qui mettaient la pièce sous l’oreiller quand on perdait une dent et les cadeaux sous le sapin. Mamerveille était troublée, mais dubitative. Elle ne voyait aucune logique à ce que des adultes fassent ce que des créatures fantastiques faisaient si bien. Elle me posait la question à plusieurs reprises: mais alors, elle existe ou pas la Petite Souris? Et le Père Noël? 

En bonne mère, férue de pédopsychologie et n’assumant pas du tout d’être celle qui briserait les rêves de son enfant, je renvoyais à chaque fois une question: « Mais toi, ma chérie, tu en penses quoi? » A plusieurs reprises, elle me demanda une vraie réponse, que je lui donnais. « Ok, si tu veux vraiment savoir, la Petite Souris et le Père Noël n’existent pas. » Mais à chaque fois, elle répondait la même chose: « Mais c’est impossible, ça n’a aucun sens, c’est forcément la petite souris qui met la pièce et c’est forcément le Père Noël qui apporte les cadeaux ». Ma fille de 7 ans trouvait donc tout à fait plausible qu’un rongeur enchanté s’introduise chez nous la nuit, grimpe sur son lit superposé en tenant entre ses dents une petite pièce qui fait la moitié de sa taille, soulève un oreiller qui fait 1000 fois son poids et reparte avec une quenotte à moitié sanguinolente (certainement pour s’en faire un collier). Mon aînée, qui vient d’atteindre l’âge de raison, estimait donc qu’il était absolument possible qu’un vieillard en surpoids pénètre dans notre domicile (dépourvu de cheminée au demeurant) pour déposer des cadeaux fabriqués par des gens de petites tailles exploités au Pôle Nord et repartir sur un traîneau volant tiré par des rennes. J’étais touchée par tant d’innocence, ce désir de garder encore un peu intact ses croyances enfantines. 

Et puis ce qui devait arriver arriva. Elle rentra un soir et me dit: « Bon, maintenant je veux savoir ». Alors je lui dis tout. La Petite Souris, le Père Noël. « Non, rien n’existe ma chérie. Le Père Noël, c’est ta famille et les gens qui t’aiment. La Petite Souris, c’est nous. »

Elle prit la nouvelle avec philosophie. Déçue mais contente en même temps d’être dans le secret, du côté des adultes. Depuis elle joue le jeu à fond avec ses petites soeurs. Mais une page se tourne… 

 

Arrêter de croire au Père Noël. C’est peut-être ce que je devrais dire aussi à la poignée d’étudiants qui bloquent la fac depuis une semaine, pile la semaine des partiels et qui pensent (pour certains en tous cas) qu’on va leur valider leur semestre comme ça (et qu’on leur mettra leur diplôme dans une papillote aussi tant qu’on y est)… Remarque, je ne devrais pas me plaindre, j’ai eu le temps de faire toutes mes courses de Noël, je suis à jour de mes copies et j’ai même du temps pour écrire! Finalement, ce sont peut-être eux les Petites Souris, qui se glissent dans les amphis en douce (mais qui n’y déposent pas de pièces…). Eux les lutins malicieux qui ferment les grilles et entassent des poubelles pour nous permettre à nous, fonctionnaires obsédés par nos cours, nos copies et nos réunions, de retrouver nos âmes d’enfants. Eux, les Père Noël en gilet jaune qui nous offrent des AG aussi démocratiques qu’une élection en Corée du Nord. Oui, je suis taquine. Mais je suis aussi devenue philosophe: je ne peux pas faire cours? qu’à cela ne tienne, j’ai plus de temps pour m’occuper de ma famille et prendre du temps pour moi. Je ne peux pas organiser mes partiels? qu’importe, je touche mon salaire à la fin du mois, l’administration trouvera bien une solution (elle trouve toujours). On reporte les partiels au mois de janvier? On décale la rentrée du second semestre? pas de souci, je suis flexible dans mon cerveau. Je ne suis pas certaine que l’étudiant en ERASMUS qui rentre chez lui fin décembre (sans son semestre donc) soit tout à fait d’accord avec moi. Ni le doctorant qui devait soutenir sa thèse, ou l’étudiante qui bosse chez McDo 20h par semaine et qui s’était organisée pour la semaine des partiels. Ni celui qui n’a pas le droit d’échouer sans quoi il perd sa bourse. Ou celle qui commence un stage en janvier et qui ne pourra pas passer ses partiels. Ou simplement celui qui pense que bloquer une université, ça ne sert à rien, à part emmerder ceux qui y travaillent. Mais là, on me taxerait de mauvais esprit, et c’est pas du tout Christmas compatible

giphy-2