babyboom

J’avais pourtant juré que c’était terminé. J’étais définitive et sûre de moi. J’en avais même parlé là. J’avais atteint la sérénité qui accompagne la certitude de ses choix. Trois enfants, c’était déjà miraculeux étant donné notre parcours. Et puis notre appartement était déjà trop juste pour nous 5, mes grossesses ont toutes été compliquées, nous avions 3 enfants en bonne santé, pourquoi tenter le diable? 

Est-ce les insinuations à peine voilées d’un Tendrépoux qui s’imagine déjà père d’une ribambelle d’enfants? Ou bien les plaisanteries de notre entourage qui ne nous voit apparemment pas du tout nous arrêter là? Ou peut-être les couples qui, autour de nous, se lancent dans l’aventure des familles (vraiment) très nombreuses?  Quoiqu’il en soit, je me prends depuis quelques temps à rêvasser de nourrisson et de ventre arrondi. Je m’attendris sur les nouveaux-nés des copines, et jurerai presque avoir eu une montée de lait au son des vagissements du fils de 3 semaines d’une amie. 

Hier soir, Tendrépoux travaillait tard. J’allumai donc la télévision pour me tenir compagnie pendant que je corrigeais mes copies de grammaire (des chefs-d’oeuvre qui mériteraient un billet à eux seuls). Je tombai sur l'émission « Baby-boom » diffusé sur une chaîne de la TNT. Je ne regarde plus ce genre de programmes depuis quelques temps déjà (14 mois en gros) (date de mon dernier accouchement), mais je dois admettre que je suis toujours aussi émue par la venue au monde de tous ces beaux bébés, et je me remémorai, l’oeil humide, mes propres accouchements. 

Malgré les difficultés, l’alitement, les contractions, le stress, j’ai toujours adoré être enceinte. Et malgré les douleurs et les suites de couches vraiment pas glamour, j’ai adoré mes 3 accouchements. J’ai presque regretté avoir eu la péridurale pour le dernier tellement je gérais bien mes contractions pendant tout le travail (presque j’ai dit). Et si, la prochaine fois, je tentais d’accoucher sans péridurale?

Alors que j’étais perdue dans mes pensées, une quinte de toux attira mon attention. J’attendis un peu mais en voyant que Royal Baby ne se rendormait pas, j’allai la chercher. Elle toussait beaucoup et avait le nez pris. Je décidai donc de la prendre un peu avec moi, histoire de la laisser respirer après l’avoir mouchée. 

Je me rassis devant l’émission et en profitai pour plonger ma tête dans ses boucles blondes, humant leur parfum, embrassant son petit cou tout chaud. Je la serrai fort contre moi, savourant ce moment si rare où nous n’étions que toutes les deux. Dans ma tête, une pensée se formait, de plus en plus précise. Après tout, pourquoi pas? Je suis encore assez jeune et mon corps semble avoir enfin compris comment on faisait. Mon mari est partant et j’aime tant les bébés! Je suis peut-être prête à recommencer. 

Tendrépoux arriva sur ces considérations intérieures. Il me raconta sa journée, le stress de son boulot et se prépara à manger. Je décidai de recoucher le bébé qui se frottait les yeux. Mais alors que je m’avançai vers sa chambre, elle fut prise d’une violente quinte de toux. Si violente qu’un geyser de vomi expulsa la tétine de sa bouche et vint s’écraser sur le premier obstacle venu. En l’occurrence ma personne. Je me retrouvai donc avec un bébé très étonné par cette première expérience dans les bras, intégralement recouverte des restes de sa purée au potiron. La matière encore chaude dégoulinait dans mon décolleté, glissait le long de mon ventre et venait s’accumuler le long de ma ceinture. Tendrépoux me prit le bébé des bras et, retenant un spasme de dégoût, lui retira ses habits souillés. Quant à moi je filai dans la salle de bains pour me laver intégralement et passai la demi-heure qui suivit à essayer de récupérer mon pull cashmere et à me débarrasser de cette odeur de tenace. Il était 23h43. Je m’en souviens bien parce que c’est l’heure à laquelle le principe de réalité est venu se rappeler à moi. Les enfants, ce contraceptif naturel…