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Cela fait un moment que je veux écrire ce billet. Comme tu le sais puisque tu lis ce blog religieusement tous les jours (oui, même les jours où je n'écris pas, c'est à dire à peu près 345 jours par an, je comprends ton addiction, moi-même j'avoue une compulsion incompressible pour les pages nécrologies du Figaro, c'est mon petit plaisir coupable quotidien et ça me rappelle ma chance d'être en vie), comme tu le sais disais-je, je suis une ancienne taupe. J'ai passé 30 ans de ma vie avec des lunettes et des lentilles. Mais ça, c'était avant comme le dit la pub. Depuis je me suis fait opérer de la myopie et je t'ai raconté cette immersion furtive dans le monde de la charcuterie avec force détails ici. Et comme tous les opérés, je m'esbaudissais de façon assez insupportable sur ma vision bionique (ta mère) (blague poétique numéro un). 

Mais pour être tout à fait honnête, il faut que je raconte la suite maintenant, ne serait-ce que par devoir moral envers tous ceux qui envisagent de se faire opérer ou ceux pour qui l'opération n'a pas été le succès espéré. Parce qu'en fait ma vision à l'œil droit s'est assez vite détériorée. Rien de méchant, hein, on est loin de l'œil de verre et du bandeau de pirate mais disons que les mois qui ont suivi l'opération, ma vision n'était pas très nette, surtout en cas de lumière faible. Je t'entends déjà ricaner, fourbe que tu es: « Dans le noir on voit rien c'est normal, elle a pas inventé l'eau tiède la Titch! »  Évidemment, sot! Par lumière faible, j'entends les lumières artificielles type néon ou lumière de fin de journée en novembre par temps de bruine. Bref dans les couloirs du métro ou de la fac, j'avais du mal à voir. La nuit c'était encore pire. Conduire de nuit par temps de pluie était aussi raisonnable pour moi que d'aller se baigner au milieu des requins quand on a ses règles (blague poétique numéro deux). Bref, je commençais à stresser et passais mon temps à me masquer un œil, puis l'autre, et à auto-évaluer ma vue. 

Au mois de mars 2013, soit 6 mois après mon opération, Tendrepoux et moi partîmes à Miami fêter ses 40 ans. Oui je sais, tu ne t'imaginais pas que ta Titcheur, être subtil aux goûts délicats et hautement intellectuels, puisse aller se vautrer dans des lieux aussi décadents! Ceci fera l'objet d'un billet spécial Maillami (comme on dit en bon ingliche) parce qu'il n'y a pas que des putes et de la drogue là bas (il y a aussi des hommes à moitié nus qui font du sport sur la plage) et si tu es très gentil, je te dirais même où on mange le meilleur hamburger de l'univers. 

Mais revenons à nos lorgnons. 

A Miami, le jour, je revivais.  La lumière était si pure, le ciel si bleu et le soleil si brillant (poil aux dents) que j'avais l'impression d'avoir des yeux de lynx. Mais le soir, quand nous pouvions enfin admirer la skyline illuminée, quelle déception (poil au fion) (blague poétique numéro trois)! Des tâches floues au lieu des lumières si éclatantes des devantures des hôtels Art Déco et les yeux si secs (merci la clim') que j'avais vraiment la sensation d'avoir quelque chose (genre un morceau de verre) dans l'œil droit. De retour à Paris je filais chez mon médecin. Verdict: sécheresse oculaire (sans blague), un œil gauche à 12/10 et l'œil droit à 9,5/10. Je repartais avec mes larmes artificielles et tachai d'oublier ce léger différentiel entre les deux yeux. Jusqu'à l'hiver suivant où, exaspérée par l'écart de vision, je commençais à sérieusement m'inquiéter. Je retournai voir mon ophtalmologue qui me confirma cet écart minime mais m'expliquait que la plupart des gens s'accommodaient rapidement de ce genre de différence entre les yeux. Sauf que dans mon cas, cette différence me dérangeait vraiment et en permanence. Le médecin me proposa une retouche - gratuite- pour tenter de remédier au problème. 

Après 15 jours de réflexion et de recherches frénétiques sur internet à base de mots clefs du style "retouche après opération myopie cécité?", je retournai le voir et acceptai la retouche. Je connaissais la procédure et savais à quoi m'attendre. Il m'expliqua qu'il n'aurait pas besoin de re-découper ma cornée mais qu'il lui suffirait de soulever le capot de l'ancienne opération. 

Le jour J je me rendis à la clinique après avoir pris soin d'ingurgiter un Lexomil (riche idée compte tenue de la suite des événements...). 

Âmes sensibles, si vous préférez éviter les détails je vous invite à aller lire les meilleurs tweets de Donald Trump ici (mais il n'est pas sur que vous ayez moins envie de vomir ensuite). 

Je m'allongeai sur la table et une fois les gouttes d'anesthésie instillées dans mes yeux, je devinai les gestes du médecin. Il devait "juste" soulever le capot. Sauf que, pas de bol, j'avais tellement bien cicatrisé de ma première opération que le capot ne voulut pas s'ouvrir. Le médecin insista, délicatement bien sûr. Il changea d'outils. Au bout de 5 interminables minutes il me dit: "Bon je n'y arrive pas. Je vais essayer une dernière chose mais si ça ne fonctionne pas, je n'insisterai pas. Mon unique but est de vous apporter un mieux, pas de prendre des risques. Levez-vous."  Un énorme Gniiii? mental m'envahit mais j'obtempérai et allai m'installer vers l'appareil qu'il me désignait. Je commençai à regretter ma décision. Après tout j'aurais bien fini par m'habituer, pourquoi aller chercher la petite bête? Et si j'étais en train de faire une énorme bêtise? Et si je perdais mon œil droit? Et si je faisais un arrêt cardiaque sur cette table juste pour 0,5 dioptries à la noix? Au bout de 2 minutes de trifouillage avec ce qui me semblait être un tire-bouchon rouillé, il réussit enfin à soulever le capot. Je me rallongeai sur la table et le laser fit son office en 5 secondes. Je repartis un peu tremblante mais soulagée. 

Les suites de l'opération furent beaucoup moins douloureuses que la première fois. Aucune sensation désagréable mais la satisfaction d'avoir récupéré une vision parfaite à l'œil droit. Impression confirmée le lendemain lors de la visite de contrôle. 

Seul hic, je réalisai 10 jours plus tard que j'étais enceinte de Royal Baby pendant l'opération ! Pas idéal en effet me dit le médecin mais bon, c'est pas comme si on pouvait revenir en arrière. Ma grossesse se passa sans que mes yeux me posent problème (tu me diras, j'étais trop occupée à serrer les cuisses pour ne pas accoucher prématurément...). Mais après la naissance de Royal Baby, fin septembre 2015, rebelote: vision floue, yeux secs. Je paniquais: la grossesse m'avait-elle fait perdre des dioptries? Cette légende était-elle donc vraie? Je retournais sur les forums internet où tous les cas de ratés des opérations se retrouvent pour comparer leur misère : un tel voit double pendant qu'un autre voit des tâches noires dans son champs de vision. En général un troll vient déverser son fiel à base de "faut vous en prendre qu'à vous-même, personne ne vous a forcé à vous faire charcuter, ça vous apprendra, c'est bien fait pour votre sale tête!"  Bref, je me voyais déjà devoir commander des lunettes pour espérer voir net à nouveau. 

Je me rendis donc chez mon ophtalmologue. Après un examen complet il me dit:

« - Écoutez Madame, vous avez toujours 10/10 à droite et 12/10 à gauche. Votre cornée est parfaite. Il n'y a rien

- Mais pourtant je vois flou, surtout en fin de journée. 

- Hmmm. Dites moi, il à quel âge votre bébé?

- 2 mois. 

- Et elle fait ses nuits?

- Ha non pas encore. 

- Hmmm. Donc on peut dire que vous êtes un peu fatiguée en ce moment?

- (Je commence à voir où il veut en venir) Heu oui, surtout avec les 2 aînées qui ne sont pas bien grandes non plus...

- Et vous passez du temps sur les écrans?

- Oui. Je travaille sur mon ordinateur plusieurs heures par jour. 

- Bon écoutez, je pense que vous êtes fatiguée. Il faut arrêter de chercher la petite bête. Tout va bien. »

Je pris congé, un peu piteuse, mais rassurée également. Il n'y avait aucune méchanceté ni même de condescendance (peut-être un soupçon d’exaspération) dans les propos de mon médecin, juste un constat que j'étais incapable de faire moi même: quand on est épuisée on ne voit rien. 

Aujourd'hui, un an après, ma vision est parfaite de jour comme de nuit. Je n'y pense même plus à vrai dire. Mais je tenais à écrire ce billet au cas où une autre personne aussi angoissée que moi veuille lire un autre témoignage que ceux qu’on trouve sur les forums et qui sont souvent très anxiogènes. Donc oui une retouche peut se passer très bien et avoir les effets escomptés (poil au nez). Et non a priori vos yeux ne vont pas se dessécher et tomber de leurs orbites (poil à la bite). Je te laisse, cher lecteur, sur cette note de poésie et t’en souhaite une bien belle (de journée) (pas de bite).