Memories

Parce que c’est la dernière fois. Si, si, pas la peine d’insister. Il n’y aura pas de « petit quatrième » pour « avoir LE garçon ». Nous allons bientôt être au complet. Tous les 5. Nous et nos 3 filles. 

Ce n’est plus qu’une question de jours. Ou de semaines si la nature continue à se montrer aussi facétieuse. 

Hier matin, à la visite des 37 SA, mon gynéco m’a proposé de me garder pour me déclencher. Plus simple pour s’organiser, et puis pour m’éviter « d’accoucher en 3 contractions dans ma cuisine. » J’ai refusé. Déjà parce que je ne suis pas restée alitée pendant 6 semaines pour accoucher pile poil à 8 mois de grossesse. Je viens de retrouver ma liberté de mouvement, je profite enfin de mes aînées comme il se doit et le tout… sans contractions. Et puis parce que je veux bien être arrangeante avec les services de santé, mais priorité est donnée au bien-être de MON bébé, et accessoirement au mien (j’ai déjà été déclenchée pour ma deuxième et j’ai un souvenir assez vivace des deux heures de contractions horribles avant de recevoir la sainte péridurale). 

J’ai envie de profiter enfin de cette dernière grossesse. Parce que même si tout n’a pas été rose entre les nausées du premier trimestre, la fatigue, les contractions trop vite venues, les inquiétudes, le col qui se modifie, qui s’ouvre, les contractions qui s’intensifient, le faux travail, le repos forcé, les vacances annulées, le mois d’août seule à Paris, et les maux - plus ou moins « petits » de cette période unique dans la vie d’une femme - j’ai envie de me souvenir des belles choses.  

De cette grossesse désirée et arrivée par surprise. Naturellement. Un coda parfait à toutes ces années de galère. 

 

De l’annonce à Tendrépoux qui ne s’y attendait absolument pas. 

 

De l’annonce à mes collègues qui ne s’y attendaient absolument pas non plus. 

 

De la tête de Tendrépoux lorsque l’échographie a révélé que c’était ENCORE une petite fille. Puis de son sourire à l’idée d’être à la tête d’un pareil gynécée. 

 

Des questions très pointues de Mamerveille au sujet de cette nouvelle petite soeur. « Mais comment elle est arrivée dans ton ventre? » « Et comment elle va sortir? » « Par le nombril? » « Tu peux me montrer le trou spécial par lequel elle va sortir? » «  Et si tu manges du chocolat, le bébé il mange du chocolat aussi? » 

 

De Maprinchesse qui tapote mon ventre en disant « Bom-bom » (ça veut dire « ballon » en Maprinchessois). 

 

De ma silhouette qui s’est arrondie une troisième fois, comme habituée. Ce ventre proéminent, tout devant (« Ah c’est sûr, ce sera un garçon madame » - mon boucher, expert ès gynécologie). 

 

De ces vêtements de grossesse, que je ne remettrai plus mais que j’espère voir porter bientôt par ma belle-soeur A. ou mon amie E. 

 

De ces petits vêtements taille 00 et 0 que j’ai triés, lavés, repassés (oui, même la 3ème fois je me laisse prendre au jeu) et dont je regarde la taille microscopique avec le même étonnement: comment peut-on être aussi petit? 

 

De ce suspense, maintenant apprécié: quand le travail va-t-il commencer? Ce soir? Ce matin? Pendant que les filles sont à l’école ou en pleine nuit? 

 

Et puis surtout, de ces coups qui déforment mon ventre, le font onduler et danser la samba. Ces vagues qui sont autant de caresses et qui me manqueront plus que tout. Ce sentiment d’être littéralement habitée, de sentir la vie bouger en moi. Je crois que c’est de ça que je veux me souvenir le plus. Peut-on oublier cette sensation unique? La regrette-t-on toujours? 

 

En tous cas, maintenant que je vis normalement à nouveau, je renoue avec bonheur avec un sentiment de légèreté (paradoxalement…), une insouciance retrouvée. Ma fille peut arriver. Je suis prête.