sleep

J’ai eu 3 enfants en 4 ans. Lorsque j’ai découvert que j’étais enceinte de Royal Baby, Mamerveille avait 4 ans et Maprinchesse 8 mois… Je me doutais que ça allait être sportif mais j’étais tellement heureuse que je balayais les remarques inquiètes de mes proches et les (me?) persuadais que j’allais m’en sortir. Après tout, je les avais voulues ces petites, et je n’étais pas la première ni la dernière femme au monde à avoir une famille nombreuse ou des enfants d’âges rapprochés! Bref, je plongeai la tête dans les sables confortables du déni. 

Mamerveille a été un bébé parfait. Elle a fait ses nuits à 6 semaines, a toujours eu bon appétit, a certes fait des otites à répétition les 2 premières années de sa vie mais était sinon une petite fille facile, douce et dormeuse (couchée 20h levée 9h, le rêve). Quand sa petite soeur est née, les premiers mois ont été un peu difficiles puisque nous étions en plein déménagement, que Maprinchesse est arrivée 1 mois trop tôt et qu’elle avait un gros RGO qui l’a bien embêtée les premiers temps. Mais à 4 mois, elle faisait ses nuits et mis à part des bronchiolites à répétition, était en pleine forme. Gérer mes petites filles me paraissait très facile et je ne comprenais pas trop comment on pouvait se trouver submergé par deux enfants. Les miennes sont peut-être particulièrement cools, je ne sais pas, mais en tout cas, je trouvais ça easy peasy

Puis je me retrouvai enceinte de Royal Baby. Un peu rapidement (ironie) et de façon inattendue (re-ironie). Mais après avoir galéré des années pour avoir notre premier bébé, nous n’allions tout de même pas bouder notre plaisir et c’est avec une très grande joie que nous accueillîmes notre troisième enfant. C’est là que les choses se corsèrent. Si tu as bien calculé, Mamerveille avait presque 5 ans (elle entrait en moyenne section de maternelle) et Maprinchesse à peine 18 mois quand leur petite soeur a pointé le bout de son nez. On ne peut pas franchement dire qu’elles étaient autonomes. La première année a donc été particulièrement sportive. J’ai des souvenirs vivaces d’avoir à faire dîner les aînées (repas normal pour la grande, purée moulinée pour la moyenne) tout en allaitant la troisième (qui a eu le bon ton de se satisfaire de tétées de 5 minutes chrono là où ses grandes soeurs prenaient goulûment leur temps ). Je me souviens aussi avec émotion des après-midis où je devais chercher les 2 grandes à l’école et à la crèche, avec la petite dernière en porte-bébé. Que de sueur et de maux de dos! 

Mais là où Tendrépoux et moi avons eu le plus de mal, c’est sur le sommeil. Car depuis la naissance de Royal Baby, soyons honnêtes, nous avons très peu dormi. Même si ses deux grandes soeurs sont de parfaites marmottes, notre numéro 3 a été un peu plus compliquée. Elle a fait ses nuit relativement rapidement mais a mis à peu près 1 an à réussir à trouver sa tétine toute seule la nuit. Nous nous levions donc en moyenne 3 fois par nuit pour lui remettre sa satanée tétine. Ces micro-réveils n’étaient pas bien méchants mais couplés aux cauchemars de la grande ou aux maladies infantiles de l’une ou de l’autre, aux pipis au lit et autres vomis de minuit, j’estime que nous avons perdu environ 6 mois de sommeil ces 2 dernières années. 

Récemment, les choses ont empiré: Royal Baby refusait d’aller se coucher sans un rituel interminable qui nécessitait notamment que l’un de nous deux reste assis à côté de son lit, dans le noir, jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Je te passe nos vaines tentatives pour nous extirper de ce traquenard avant qu’elle n’atteigne une phase de sommeil suffisamment profonde pour ne pas être réveillée par le moindre grincement du plancher. Je te passe aussi toutes nos tentatives éducatives (laisser pleurer, gueuler, bercer, chanter des chansons, la faire dormir avec nous etc) toutes plus inutiles les unes que les autres. Rien à faire, pendant 3 mois Royal Baby ne s’endormait pas avant 23h. Nos soirées étaient inexistantes puisque nous nous relayions à ses côtés quand l’un craquait. Pire, elle se réveillait quasiment toutes les nuits à 2h du matin et exigeait de venir dormir avec nous sous peine de se mettre à hurler. Nous avons cédé de nombreuses fois, avons aussi tenté à de multiples reprises de la rendormir (selon le mode d’emploi sympa expliqué plus haut, ce qui pouvait prendre jusqu’à une heure). Tout ça pour être réveillés vers 6h avec un « Z’ai faim » catégorique. 

Autant te dire que notre couple n’avait jamais été mis à plus rude épreuve. Même la PMA ne nous a pas fait autant de mal. Dans notre épuisement nous avons tout de même eu la lucidité de ne pas nous engueuler pour des broutilles, conscients que, l’un comme l’autre, nous étions en mode survie. Je me souviens d’une discussion avec Tendrépoux où nous nous disions que, quand même, si nous étions divorcés, nous pourrions avoir les enfants en garde alternée et que du coup, nous pourrions dormir correctement 1 semaine sur 2. Dommage que nous nous aimions tant, avions-nous conclu dans un sourire fatigué. 

C’est quelques jours plus tard que nous avons décidé qu’il était temps de faire quelque chose et sommes donc allés consulter une pédopsychiatre recommandée par une amie qui avait connu les mêmes problèmes. Il aurait fallu recourir à un marabout ou sacrifier un chaton un soir de pleine lune, je crois qu’on aurait signé aussi. Dieu merci, il a suffi d’une consultation pour tout remettre en ordre. Quelques conseils pratiques tous bêtes (encore fallait-il avoir assez de neurones éveillés pour y penser), une excellente écoute et une petite fille très réceptive et nous sommes rentrés plein d’espoir. 

Depuis, nous avons retrouvé une vie normale. Nous dormons presque 8h par nuit d’un sommeil ininterrompu. Les filles se couchent à 20h et se lèvent à 7h, voire plus tard le weekend. Tendrépoux et moi sommes reposés. Je suis plus sereine, je ne m’énerve plus pour rien, j’ai retrouvé le bonheur de m’occuper des enfants. Je ne crie (presque) plus. Je n’ai plus ce besoin incompressible de faire la sieste le week-end pour récupérer (la preuve, je suis en train d’écrire ce billet avant d’aller faire un fondant aux pommes #wondermamanisback). Les enfants me paraissent moins pesantes, je prends à nouveau du plaisir à être avec elles le week-end, alors que quand nous étions au fond de notre gouffre d’insomnies, tout nous paraissait dur et contraignant. Bref, le printemps tarde à arriver, mais chez nous il y a déjà comme un air de renouveau.