finish line

La mi-semestre, cette pseudo-échéance qui laisse un peu songeur. Déjà 6 semaines de cours effectuées (ressenties: 12). La « rentrée » est enfin loin dernière nous si l’on fait exception de cet étudiant qui a débarqué lundi dernier pour son « premier » cours en 3ème année de licence. « Je suis nouveau » qu’il m’a dit. Après avoir intérieurement poussé des jurons à faire rougir Tarentino, je lui ai souhaité la bienvenue et lui ai dit de sortir une copie double et un stylo. C’était le jour du partiel de mi-semestre… Je n’ai aucune idée d’où sort cet étudiant ni de pourquoi il ne s’est inscrit dans mon cours d’anglais qu’au mois de mars (on allait pas taper la causette en pleine épreuve) mais je suis globalement très dubitative sur le système de fonctionnement de notre université. 

 

Chez nous, l’assiduité n’est pas obligatoire. Les étudiants viennent en cours. Ou pas. Peu importe. Ils n’ont pas à justifier leurs absences (sauf aux partiels) et viennent si ça leur chante. Ce sont les syndicats étudiants qui ont obtenu ce « droit majeur » il y a quelques années. Du coup, sur chaque groupe de 30 étudiants, on compte une quinzaine de personnes réellement assidues et une autre moitié de gens qui viennent toutes les 3 semaines ou moins. Qu’est-ce que ça peut me faire? te demandes-tu certainement. Bah en tant que prof, je prépare mes cours en fonction de mon public et leur nombre joue un rôle: leur demander de travailler en groupe ou de préparer des exposés va dépendre de combien d’étudiants se pointent en cours. Accessoirement, je n’aime pas le gaspillage et photocopier des documents pour 30 personnes et n’avoir que 12 étudiants en classe, ça me rend très chafouin. Ensuite, il faut gérer ceux qui ne viennent pas régulièrement et qui ne rattrapent pas ce qui a été fait (malgré le fait que tous mes documents soient postés en ligne sur la plate-forme numérique dans ce but précis): que de temps précieux gaspillé à répéter les mêmes consignes ou informations! Inutile de ce fait de leur donner des devoirs à la maison puisque soit ils ne viendront pas, soit ils ne l’auront pas préparé et devront le faire en classe, faisant encore perdre du temps aux étudiants sérieux qui, eux, auront fait leur travail. Si l’assiduité était obligatoire, je pourrais au moins compter sur le fait que les étudiants ne peuvent plus se cacher derrière le «mais j’étais absent». Notons le cas particulier (et heureusement rare) des étudiants qui se pointent uniquement au premier cours (pour avoir les dates des partiels) et le jour des examens. Je crois qu’ils ne se rendent même pas compte qu’ils donnent l’impression de considérer leur prof uniquement comme une machine à évaluer, une sorte de chose n’existant dans ce bas monde que dans le but de déchiffrer leur production et de leur attribuer une note. Alors qu’en vrai on est des titcheurs avec plein de sentiments à l’intérieur. 

 

Chez nous également, il est possible de s’inscrire en licence à n’importe quel moment de l’année. Il y a bien des dates officielles d’inscriptions administratives mais il y a toujours des exceptions. Les départements ne disent jamais « non mais bon on est en décembre là, vous pouvez plus vous inscrire. » A croire que le concept de date limite n’existe pas. Sache donc, jeune padawan stressé par Parcoursup, que des places, il y en a toujours pour peu qu’on frappe à la bonne porte… Nous avons donc l’obligation d’accepter en cours tout nouvel arrivant et ce, quelque soit le moment de l’année. Il m’est arrivé d’accueillir un nouveau le jour du partiel final du mois de décembre. Il revenait de l’étranger, était bien conscient d’arriver « un peu tard » (sans blague), mais bon, comme on lui a dit qu’il pouvait venir, bah il s’est présenté à toutes ses épreuves. A aucun moment quelqu’un ne lui a dit que ça allait être compliqué de valider un semestre sans avoir assisté au moindre cours. Au contraire, on lui laisse entendre que c’est faisable.Très valorisant pour notre formation non? Ce qui m’agace surtout c’est que c’est à l’institution de se plier au calendrier perso de l’étudiant plutôt que l’inverse. Oui, nous sommes du service public mais même quand on va à la mairie, il y a des horaires d’ouverture et des dates limites à respecter pour certaines formalités sans quoi on se fait gentiment rembarrer. A la fac, on a vraiment l’impression que faire les choses un peu dans les clous, c’est pour les faibles. Qu’on peut toujours s’arranger avec le règlement et qu’au fond, les gens qui respectent les procédures et font les choses dans les temps sont des abrutis qui n’ont pas compris qu’on pouvait arriver au même résultat en grillant la file d’attente. 

 

Bon, j’arrête de m’énerver pour rien. D’autant qu’à part ces quelques cas tout de même très isolés, j’ai des étudiants choupinous qui font bien leur travail et sont investis dans leurs études. Je m’éclate avec mes collègues, suis des formations super intéressantes et commence doucement à envisager la possibilité lointaine mais de moins en moins improbable de me mettre à la recherche de façon plus concrète. Une thèse oué. Mais pas tout de suite. Là j’ai 3 petites filles à élever. Et 88 oraux de master à corriger. Et un autre paquet de 40 copies de master. Et mon cours de jeudi prochain qu’il faut que je retouche. Bref, la mi-semestre…