viedemeregallo

Hier, j’ai eu la chance d’aller au théâtre avec une amie pour voir l’excellent one-woman show de Véronique Gallo, belge et maman de 4 enfants qui m’a fait hurler de rire pendant 1h30. Le titre de son spectacle: « Vie de mère ». Ce qui explique peut-être pourquoi le seul mâle du public s’est discrètement échappé de la salle au milieu du spectacle. Le pauvre homme a du avoir du mal à se reconnaître dans ce portrait d’une mère (légèrement) débordée par son quotidien avec 4 enfants. 

Je ne veux pas faire ma féministe à deux balles mais pourtant le vécu décrit avec beaucoup d’humour par Véronique Gallo pourrait tout aussi bien être celui d’un homme (hormis les passages sur le périnée of course) puisque, après tout, un homme devrait aussi se sentir concerné par les nombreuses scènes ordinaires de la vie familiale que relate l’artiste. Le coucher des enfants, notamment, est mimé avec un réalisme décapant: qui n’a jamais tenté de sortir de la chambre d’un enfant fraîchement endormi en effectuant des micro-déplacements au ralenti de peur de faire grincer une latte de parquet ou de respirer un peu trop fort et provoquer le réveil inopiné du chérubin enfin KO? Bref, j’ai trouvé bien dommage que ce spectacle n’ait été vu que par des mères de famille déjà acquises à la cause… 

Pour ma part, assise au premier rang, je pleurais de rire. Et de soulagement. Ainsi, je ne suis pas la seule à fantasmer sur le départ (un jour lointain) de mes enfants de la maison? Ainsi, je ne suis pas la seule à me réveiller tous les matins en me promettant d’être patience et bienveillance à l’égard de mes 3 filles mais de finir par leur hurler dessus en fin de journée? Ainsi, je ne serais pas la seule psychopathe au monde à à la fois aimer mes enfants à en mourir et rêver de m’exiler sur une île déserte? Ainsi, je ne suis pas seule à angoisser sur ce fameux adage « Petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes »? J’ai toujours eu beaucoup de mal avec cette phrase qui minimise les soucis que l’on peut avoir avec des enfants en bas âge. Et pourtant, certaines expériences sont hard core: le manque de sommeil par exemple. Et je ne parle pas des 6-8 premières semaines de vie avec un nourrisson qui demande sa tétée. Naaaaan. Je te parle du manque chronique de sommeil, celui qui s’installe dans la durée, sur plusieurs années. Quand on sait que la privation de sommeil est un moyen utilisé par la CIA pour torturer les prisonniers à Guantanamo, ça relativise le côté « petit problème », non? 

Je suis maman depuis 6 ans, 3 mois et 14 jours. On peut donc dire que je dors mal et peu depuis 6 ans, 3 mois et 14 jours. Ma puînée fêtera ses deux ans et demi bientôt mais on ne peut pas dire qu’elle soit fan de son lit. Dormir est une perte de temps pour elle qui n’a jamais fait de siestes réglementaires pour son âge. Elle se réveille entre 5h30 et 6h30 le matin, fait une sieste de 2h l’après-midi (les bons jours) et en ce moment, refuse de s’endormir avant 23h. Ah oui, elle se réveille aussi toutes les nuits à 3h du matin et jusqu'à il y a peu hurlait jusqu’à 4h. Il faut dire que, ballots que nous sommes, nous avions pris la très mauvaise habitude de régler ce souci de réveil nocturne en la prenant avec nous dans notre lit. Sauf qu’après plusieurs mois de co-dodo avec une enfant, certes charmante, mais néanmoins remuante, nous avons décidé de faire acte d’autorité parentale et de reconquérir notre pieu. Nous nous sommes promis de ne plus céder et de la laisser pleurer s’il le fallait. Royal Baby recommence donc à faire (à peu près) ses nuits dans son lit, sans (trop) protester. Cette nuit par exemple, elle s’est bien réveillée à 3h du matin comme d’habitude, m’a expliqué qu’elle n’était « pas contente » (huhuhu, et maman elle est contente tu crois?) mais s’est finalement rendormie sans trop broncher jusqu’à 6h45, heure à laquelle elle a décrété que la maisonnée pouvait se réveiller. 

Pensant qu’elle redoutait la solitude, nous avons un moment envisagé de la mettre dans la chambre de ses soeurs, qui, elles, dorment ensemble depuis toujours. Après tout, nous sommes-nous dit, cela doit être dur pour elle d’être la seule à dormir toute seule dans la maison. Son besoin d’être collée à sa maman doit bien provenir d’une angoisse de la solitude. Mais nous avons vite renoncé à cette idée quand Mamerveille et Maprinchesse nous ont de concert expliqué que 1) ah non ça va pas être possible et 2) on veut dormir nous 

Nous nous sommes donc armés de patience et avons continué à rassurer, consoler, en nous levant une, deux, cinq, dix fois la nuit mais sans lâcher l’affaire. Ca a l’air de marcher mais avec cette enfant, rien n’est jamais acquis.  La preuve, à Noël elle nous gratifiait de royales grasses matinées (8h du matin!) que nous avions naïvement imaginées être définitives. Je te raconte pas la déception quand elle s’est remise à se réveiller à 6h du matin… 

Bref, tout ça pour dire que Tendrépoux et moi-même manquons cruellement de sommeil. Nous nous couchons tous les soirs en nous disant que la nuit va être pourrie (on est rarement déçus). Et on se dit que peut-être bien qu’on aura d’autres (plus gros) problèmes quand les filles seront grandes, mais que tout doit être quand même plus facile quand on a assez dormi. Nan parce que là, on est en mode survivor avec Tendrépoux. On se soutient quand on voit que l’autre va craquer. On s’offre des moments de répit quand on sait que l’autre n’en peut plus. Par exemple ce matin, je me suis levée à 6h45 pour que Tendrépoux puisse gratter 30 minutes de rab (gardez moi une place au Panthéon, merci) et on se relaye la nuit quand Royal Baby se réveille. Mais il va falloir que ça s’arrête un jour (ça va s’arrêter hein?). Déjà parce que je me ruine en anti-cernes et que je bois tellement de café que je vais finir par avoir des palpitations. Et puis parce que je n’ai pas particulièrement l’intention de décéder prématurément. Sur ces bonnes paroles, je vais me faire un petit expresso. What else?

the-coffee-is-ready-rotten-cards-morning-folks-3632910