fatigue-lutterHello cher lecteur! 

C'est quand même bizarre, la vie: j'avais commencé à écrire un billet sur la fatigue. Après 6 semaines de maternage, de levage la nuit, de tétées interminables alors qu'il est 3h du mat', de cernes indélébiles et de paupières lourdes, très lourdes, je voulais t'entretenir de cette admirable faculté d'adaptation des jeunes mères.  

Moi qui avais besoin de mes 8 heures de sommeil minimum quand j'étais nullipare, puis de 2 cafés et d'autant d'heures pour vraiment émerger et commencer à être vaguement fonctionnelle, me voilà aujourd'hui complètement au taquet au moindre cri de Mamerveille. Il faut me voir bondir du lit aussi prestement qu'une gazelle femelle gnou (oui, après l'accouchement, ton corps change) quand ma fille réclame son nichon de 3h. Je passe de l'état de sommeil profond à celui d'éveil complet en un quart de seconde et suis même capable de changer sa couche en moins de 5 minutes, lui donner à manger tout en faisant un sudoku avant d'aller me recoucher et me rendormir en moins de 30 secondes. Le tout, en étant fraîche comme une rose le lendemain matin. 

Bon, d'accord, au bout de 6 semaines, la rose est un peu fanée et rabougrie du pétale mais je me targuais de ne pas trop ressembler à une crotte le matin au réveil.  

Voilà de quoi je voulais te parler. J'avais écrit tout un billet, avec des blagues même pas drôles sur les boulettes qu'on peut faire quand on est trop fatiguée mais qu'on veut quand même jouer à la Sioupère Maman (par exemple, faire ses courses sur internet pendant la tétée de 3h est une mauvaise idée si tu ne veux pas commander des trucs dont tu n'as pas besoin et oublier la moitié de ta liste). J'ai tout effacé et tout ré-écrit 3 fois, jamais satisfaite du résultat jusqu'à ce que la vérité me frappe, limpide et évidente: j'étais trop fatiguée pour écrire quelque chose de potable sur la fatigue. 

C'est donc la raison pour laquelle je ne te parlerai pas de ma fatigue post-partum aujourd'hui. D'ailleurs, il a suffit que je prenne cette décision pour que Mamerveille me fasse le plus beau des cadeaux hier: une vraie nuit. 

Par vraie nuit, j'entends plus de 6 heures d'affilée sans avoir à me lever. De 23h à 6h du matin, Mamerveille a dormi du sommeil du juste, et nous aussi. Certes, 6h c'est tôt et elle ne nous a même pas apporté les croissants et le café au lit, mais ça commence à ressembler à un horaire décent pour se lever le matin.  

Je commence donc à imaginer ma future vie de jeune maman dynamique avec mon bébé qui ferait des nuits de 12h (et moi itou), où je rentrerais à nouveau dans mes jeans d'avant grossesse, où j'aurais retrouvé 1) des abdominaux corrects 2) le contrôle de ma vessie et 3) une colonne vertébrale droite. Où on serait tellement détendus du slip, Tendrépoux et moi, qu'on aurait aucun scrupule à faire garder Notremerveille alors qu'elle a même pas 2 mois pour aller se faire un resto-ciné parce que ça nous manque déjà. Où j'aurais repris le boulot avec joie et enthousiasme, cumulant les rôles de Titcheur, de maman et d'épouse accomplie avec une facilité déconcertante. Où en plus j'aurais toujours les cheveux propres et les vêtements dépourvus de traces de régurgitations… 

Tu vois, lecteur chou, ce que le manque de sommeil cumulé peut faire comme dégâts sur le cerveau d'une jeune parturiente? Sevrée de dodo comme je le suis, il ne suffira pas d'un roupillon de 6 heures pour récupérer des fonctions cérébrales décentes… J'ose imaginer, grande naïve que je suis, que la durée du congé maternité a été mathématiquement calculée par nos formidables services administratifs pour coïncider parfaitement avec le rythme des nourrissons, et qu'à 2 mois 1/2 Mamerveille aura déjà calqué son bio-rythme sur mon emploi du temps de Titcheur afin que la reprise du boulot ne soit que douceur et bulles de savon. 

Hein? Comment ça "Retourne te coucher, Titch"?