Royal Baby

Le 27 septembre dernier, sur le coup des 3 heures du matin, je donnai naissance à Royal Baby (dont les royaux petons sont immortalisés en photo par mon talentueux Broteur, Maxime Rouge) (as-tu déjà vu plus beaux panards?). 

Le 27 septembre dernier, nos vies étaient bouleversées, une troisième fois. Parce qu’on a beau être « habitués », avoir déjà connu « ça » deux fois, la venue d’un nouvel enfant est toujours une petite révolution. Il y a des choses qui ne changent pas, bien sûr. 

Cette vague d’amour vertigineuse à la seconde où l’on m’a posé ce bébé sur le ventre. 

L’odeur enivrante de ce petit cou tout chaud dans laquelle je pourrais me perdre pendant des heures, les yeux fermés, à juste profiter de la chaleur de ce petit corps contre le mien. 

Les gestes familiers, les soins à prodiguer, les bodies à enfiler, les couches à changer, les bains à donner, l’allaitement à mettre en place… tout cela est encore tout frais dans nos mémoires, Maprinchesse n’ayant que 18 mois. 

Un accouchement, plus rapide, moins traumatisant. Des suites de couches plus faciles aussi parce qu’on sait à quoi s’attendre (les douleurs, les saignements, la montée de lait sa race…). 

Un allaitement (enfin!) plus serein après des débuts très douloureux pour mes deux premières filles. A croire que ma poitrine a enfin compris comment ça marchait et que non, un bébé de 3kg n’avait pas besoin de 8 litres de lait par tétée et que oui, sans crevasse, c’était vachement plus agréable. 

 

Parenthèse sur l’allaitement: y en a ras-le-bol de ces discours culpabilisants du corps médical qui t’explique que l’allaitement ne fait pas mal, que c’est FORCEMENT que tu t’y prends comme une quiche, que t’as pas la bonne position, que ton bébé ne sait pas téter, qu’il ouvre mal la bouche ou qu’il ne met pas bien sa langue en gouttière comme l’indique le schéma 1 mais est-ce que vous l’avez au moins emmené chez l’ostéo c’est quand même pas sorcier c’est la nature vos seins sont faits pour ça. 

Quand on a une montée de lait telle qu’on en pleurerait de douleur, un début d’engorgement et des crevasses qui saignent au bout de 3 jours d’allaitement, on veut bien tout essayer pour que ça cesse (feuilles de choux, glace sur les seins, ou au contraire bouillotte, rituels païens…). On entend tout et son contraire: tirez votre lait au tire-lait pour désengorger vos seins, mais pas trop sinon vous stimulez la lactation! Mettez des bouts de sein en silicone (mais le moins possible hein car le bébé risquerait de prendre de mauvaises habitudes) (et vous risqueriez d’avoir moins mal ce serait dommage). Exprimez le lait sous une douche chaude (donc passez votre vie sous la douche). Mettez du froid, non du chaud!, prenez un doliprane, tenez votre enfant comme ceci, ou plutôt comme cela, mettez-le au sein le plus souvent possible, c’est pas grave si ça saigne pendant qu’il boit ne vous inquiétez pas. 

Je crois que j’ai tout entendu. Sauf cette fois ci. Pour Royal Baby, la sage-femme à qui je confiais mes inquiétudes liées à mes douloureuses expériences passées m’a juste dit: «  Vous savez, c’est normal que ça fasse mal. Parfois, on fait tout bien mais on a juste la peau plus sensible et chaque femme ressent les choses différemment. L’important, c’est comment VOUS sentez les choses et ce que vous VOULEZ faire! » Hé bien crois-le ou pas, ça m’a complètement libérée-délivrée, ce discours! Et du coup (le lien de cause-conséquence restant à prouver…), l’allaitement de Royal Baby se passe à merveille.

Fin de la parenthèse.

 

Avoir un troisième enfant - disais-je donc avant de m’auto-interrompre - c’est aussi plus d’assurance (chèrement acquise), un décryptage plus facile, des « erreurs de débutants » évitées… 

Contrairement à Mamerveille dont les (rares) pleurs étaient parfois un mystère, je sais quasiment toujours déchiffrer les appels de Royal Baby. Je ne me précipite plus au moindre bruit pour la prendre dans mes bras, consciente que, souvent, le bébé essaye peut-être juste de s’endormir. A l’inverse, je sais désormais distinguer ses « j’ai faim! » de ses « change ma couche! » ou de ses « aïe! putain, j’ai des coliques, je douille ma race! » (oui Royal Baby jure comme un charretier, les chiens ne font pas des chats). 

Je ne suis plus scotchée à cette fichue balance, source d’angoisse pour Mamerveille qui n’avait pas pris de poids pendant sa première semaine de vie (ce qui nous avait valu les commentaires outrés d’une sage-femme au téléphone qui était à la limite de nous signaler aux services sociaux) et que j’ai dû peser tous les jours pendant 1 mois pour vérifier qu’elle suivait bien les courbes prescrites. 

Je ne m’inquiète plus non plus au moindre pleur « inexpliqué »: j’ai appris avec le temps que parfois, un bébé a juste besoin d’évacuer la tension de la journée, surtout le soir, et que son agitation n’est pas forcément le signe d’une maladie incurable et que souvent, un bon gros câlin suffisait à le calmer. 

Je ne diagnostique plus de reflux gastro-oesaphagien ou de méningite aïgue à mon bébé juste en googlant des « symptômes » aussi vagues que « pleurs, régurgitation, bébé 2 semaines ». 

J’ai appris aussi que le temps passe très vite et que ces nuits hachées, ces tétées nocturnes et la fatigue qui les accompagne n’auront qu’un temps et que bientôt un vrai rythme s’installera et me rendra un peu de liberté. Du coup, j’essaye de profiter (dans la mesure où l’on profite de quoique ce soit à 3h12 du matin…) de ces instants rien qu’à nous deux, mère et fille. 

Plus on a d’enfants, plus on gagne en expérience (forcément), mais aussi en sérénité et en savoir-faire. Je lâche plus prise aussi, consciente de ne pouvoir être la mère parfaite présente à 100% pour chacune de mes enfants. Il est frustrant évidemment de ne pouvoir me consacrer à ma grande parce que la moyenne a fait dans sa couche ou que la petite hurle de faim. Frustrant de devoir raccourcir le câlin de Maprinchesse parce que Royal Baby pleure ou que Mamerveille réclame un bisou elle aussi. Il faut bien sûr être partout à la fois, et arriver à donner le sein tout en faisant manger Maprinchesse et en ramassant le doudou de la grande. Le quotidien est un peu (beaucoup) plus sport, on ne se pose jamais et on dort peu. Il y a des moments où je me sens dépassée, quand les trois pleurent en même temps et que je ne sais plus par où commencer. Un jour je te raconterai à quoi ressemble le créneau 16h30-20h chez les Titcheurs…

Royal Baby est toute neuve, elle a tout juste 3 semaines. On ne la connaît pas bien encore et les interactions avec ses soeurs sont forcément limitées. Mais depuis qu’elle est là, je ressens une sensation de plénitude, le sentiment d’être enfin au complet, tous les cinq. Pour l’instant, elle est juste à moi, petit animal blotti dans mes bras et contre mon sein. Mais bientôt, elle s’ouvrira vers le reste de la famille. J’ai hâte de voir quel bébé, puis quelle petite fille elle va devenir, comment elle va s’intégrer dans le duo infernal que forment Mamerveille et Maprinchesse, quelles seront leurs relations à toutes les trois, quel sera son tempérament à elle (doux et un peu timide comme Mamerveille ou fonceuse et autonome comme Maprinchesse?). 

3 enfants. 3 êtres bien différents. 3 histoires distinctes mais liées à jamais. 3 coups de foudre.

PS: comme après chacune des naissances de mes filles, j'assume complètement le côté gnangnan de ce billet. Arcs-en-ciel, paillettes et licornes enchantées peuplent mon quotidien de jeune parturiente.