back to school

Encore une nouvelle rentrée. La même ritournelle: la douceur du papier d’un cahier neuf, le crissement d’un stylo plume, l’odeur tannée d’un cartable en cuir… Pour moi, la prof de service, l’éternelle élève, la meuf qui veut pas quitter l’école, cette époque de l’année est un pur bonheur. Bon, je n’ai tout de même pas fait des rondades de joie en quittant la plage et le soleil, mais disons que je vis plutôt bien le fait de retrouver mon boulot, mes collègues et mes étudiants. Mais cette fois, cerise sur le pompon, Mamerveille rentre au CP, et Maprinchesse en petite section! Mes deux grandes filles me rejoignent dans ce merveilleux royaume qu’est l’Education Nationale. Royal Baby a encore un an de répit (ou à tirer?) à la crèche avant de rejoindre ses soeurs dans ce long parcours qu’est la scolarité. 

Ma grande rentre au CP, donc. Ca me fait tout bizarre de le dire. Et pourtant, elle a bien grandi, je l’ai vu venir. Elle a pris deux pointures cet été et je vais devoir refaire intégralement sa garde-robe (sauf si on me dit que le pantacourt a fait son grand retour). Elle me récite ses premières poésies, déchiffre ses premiers mots et continue de nous poser des questions improbables (comment l’eau arrive-t-elle dans le robinet? par où les escargots font-il caca? …). Son cartable est bien trop grand pour elle mais elle le porte joyeusement jusqu’à l’école tous les matins. 

Ma moyenne rentre en maternelle. Elle attendait ça depuis des mois. A force de m’accompagner pour aller chercher sa grande soeur, elle connaît déjà les lieux par coeur. Elle regarde d’un oeil étonné ses camarades qui pleurent le matin et se sent comme un poisson dans l’eau dans sa classe. Elle a quand même du mal à comprendre comment s’organise sa semaine, entre les grandes journées et les petites journées, les journées où elle voit sa maîtresse tout le temps et celles où elle a ses TAP (on va lui fabriquer un calendrier pour lui expliquer son emploi du temps). Elle est propre de jour comme de nuit, répète à qui veut l’entendre qu’elle est grande maintenant et qu’elle n’a « plus besoin de papa et maman ». Elle distribue toujours câlins et bisous comme du bon pain et garde son odeur de pain d’épice tout chaud de quand elle était bébé. 

Ma petite rentre chez les grands à la crèche. La rentrée à l’école, ce sera l’année prochaine pour elle. Elle est tirée vers le haut par ses soeurs, s’exprime très bien alors qu’elle n’a même pas fêté ses deux ans, est particulièrement dégourdie (surtout quand il s’agit de faire des bêtises) mais on sent que la reprise est rude et que la collectivité n’est pas toujours évidente. La fatigue est là après à peine une semaine (sans compter la morve au nez, mais ça, je me suis fait une raison…). Elle se réveille à 6h30 tous les matins et pète le feu. On doit l’empêcher de sauter partout sur son ballon sauteur (on a des voisins), de faire rouler sa poussette (on a des voisins et un parquet ancien), de jouer au ballon dans le salon (on a des voisins, un parquet ancien et des trucs qui pourraient casser). Bref, on canalise notre petit zébulon comme on peut avant de l’emmener se défouler à la crèche (où là, elle peut y aller!). 

Quant à moi, la rentrée universitaire est demain. Je suis prête. Mes cours aussi (heureusement). Pour la première fois depuis le début de ma looongue carrière (11 ans tout de même), je suis sereine et dans les temps. Tout est prêt. J’ai même le temps de chiader mes powerpoint avec des memes marrants pour faire rigoler mes étudiants. Ou pas. On verra s’ils sont perméables à mon légendaire sens de l’humour. Pour la première fois depuis des années donc, je me sens super ready à reprendre. J’ai même l’impression que je ne ferai pas de cauchemar de pré-rentrée cette année (on en reparle demain matin…).  

La grosse nouveauté, c’est que j’ai décidé d’enfin profiter du seul réel avantage de ma noble profession: avoir du temps pour m’occuper des enfants. L’an dernier, j’étais tellement contente de reprendre après un long congé maternité que je me suis laissé submerger par les taches administratives, les cours tout nouveaux à préparer et des heures supplémentaires que je n’ai pas su refuser. Du coup, j'ai passé l'année à avoir l'impression de tout mal faire: d'être une prof à la ramasse, toujours à l'arrache pour ses cours et une mère fatiguée, peu patiente et pas très disponible. Pour la bienveillance on repassera... Là, j’ai procédé à un énorme travail sur moi-même pour: 

1) annoncer dès le début de l’année que je ne reprendrai pas mes responsabilités administratives l’année prochaine et donc être réellement en vacances à partir du 1er mai prochain! (j’assume) (le jour où ces missions seront rémunérées autrement que par de misérables décharges de cours on en reparlera) (#PRAGpower pour qui comprendra…). Bref, après 6 ans de bons et loyaux services, je laisserai quelqu’un s’occuper du recrutement des 80 vacataires nécessaires pour enseigner nos 250 TD d’anglais pour nos 6500 étudiants… Dorénavant, je me concentrerai sur ma mission première: faire cours, enseigner l'anglais avec toujours autant de passion, améliorer ma pratique, varier mes sujets et approfondir mes connaissances. Et accessoirement, m'occuper de mes enfants au lieu de répondre à des mails à 23h38. 

2) embaucher une babysitter pour faire la sortie de l’école deux soirs par semaine. J’arrête de jouer à la wonderwoman qui enchaîne boulot-métro et deuxième vie (goûter-laver-dîner-coucher des enfants) et je me fais aider. Donc deux soirs par semaine, je n’aurai pas à sortir comme une dératée de ma salle de cours pour piquer un sprint jusqu’au métro et courir à l’école maternelle puis à l’école élémentaire puis à la crèche pour récupérer mes mômes. Ce n’est pas moi qui me pèlerait le jonc à surveiller ma progéniture au parc en plein hiver ces jours là. Au lieu de ça, je pourrai finir de corriger une copie, faire des photocopies, ou des courses, tiens. Leur préparer un dîner sain et équilibré pendant que la nounou les occupera. Soyons fous, peut-être même irai-je juste prendre un pot avec une collègue, voire, sacrilège de mère indigne, aller me faire faire les ongles!  

Il m'aura fallu 2 ans pour admettre qu'accepter de l'aide ne signifiait pas que j'étais une mère irresponsable. J'ai aussi compris que mon métier serait toujours le même, quel que soit mon investissement, alors que mes enfants, elles, franchiront des étapes uniques que je m'en voudrais de rater. Elles sont petites, elles ont besoin de moi et j'avoue adorer les observer grandir et créer leurs liens de soeur. Je veux être là pour les devoirs, pour les confidences de sortie de classe et les secrets de filles.

Bref, cette année, ma devise sera « une prof saine dans une mère sereine ». Ou l’inverse.