TortueHello cher lecteur!  

Me revoilou après une bien trop longue absence. Laisse moi tuer tout suspense: non, je n'ai pas encore donné naissance à mon nain. Le gâteau n'est pas démoulé, the cake iz not démoulède.

Ceci étant posé, tu me demanderas - avec raison - quelle bonne excuse je vais encore t'inventer pour justifier un tel délai dans l'écriture alors que, il faut bien l'admettre, je n'ai un peu que ça à faire de mes journées. 

A cela, lecteur courroucé, je n'aurai que 2 mots à te répondre: Neuvième Mois. Ou le second effet Kiss Cool de la grossesse. On m'avait dit: "Tu verras, Titch, la grossesse (comme l'éternité), c'est long, surtout vers la fin." Hé bien c'est faux. Ce n'est pas long. C'est interminable. Et pour bien que toi, femme enceinte, tu mesures la longueur de chaque minute de chaque heure de chaque journée, la nature a inventé plein de délicieux stratagèmes pour que tu savoures bien ton état jusqu'au bout: 

1. Au moment où tu croyais que c'était plus possible que ton ventre grossisse davantage, bim! tu prends encore 2 kilos et 5 centimètres de circonférence. La bonne nouvelle c'est que tu ne t'en rends absolument pas compte, ton bidon proéminent masquant le chiffre indésirable affiché par la balance. 

2. Là où tu t'en rends compte par contre, c'est dans tes déplacements. Où soudain, tu compatis avec les tortues retournées sur le dos qui finissent par décéder parce qu'elles sont incapables de se retourner seules. Parce que passer de la position allongée à debout nécessite de telles acrobaties totalement ridicules (à base de prise d'élan, de moulinets de jambes et de gesticulations pathétiques) que tu finis essoufflée au bout de 5 minutes de vains efforts, sous le regard hilare d'un Tendrépoux qui profite vilement de ton handicap pour se foutre de ta gueule. 

3. Qui dit encombrement physique dit difficulté à trouver une position confortable pour dormir. Sur le dos? Impossible à moins de mourir étouffée sous le poids du bébé. Sur le côté gauche? mon nain adoré n'aime pas quand je dors sur le côté et me file de violents coups de pied jusqu'à ce que je me remette sur le dos (où, si tu as bien suivi, je m'étouffe, ce qui n'est bon pour personne, mais ce gosse est déraisonnable, que veux-tu). Sur le côté droit? si mon nain accepte, je finis vite par avoir le bras et la jambe du dessous ankylosés et dois me retourner, ce qui implique un véritable ras-de-marée dans le lit puisque le seul moyen d'être un peu confortable est de me caler avec 2 oreillers et mon coussin de grossesse. Tendrépoux fait moins le malin quand j'embarque couette et oreillers dans un grand mouvement latéral à 3 heures du matin. Gniark gniark. 

4. Du coup, qui dit sommeil haché (je te passe les multiples allers-retours aux ouatères pour soulager une vessie comprimée par 2,8kg de nain), dit réveil compliqué avec énumération de tous les endroits où ça fait mal. Y en a beaucoup. Presque autant que chez Tendrépoux, c'est dire. Il me faut donc de nombreuses siestes pour récupérer dans la journée ce que la nuit n'a pas su m'apporter. D'où un certain nombre d'heures passées à roupiller tranquillement. 

5. Quand je ne dors pas, je mange. Ou plutôt, j'essaye de trouver des stratégies de contournement pour ne pas me ruer sur la bouffe. Nan parce que depuis le début de ce fameux Neuvième Mois, j'ai faim. Très faim. Beaucoup trop faim. Et je n'ai envie que de ça: 

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Et exclusivement de ça. (Soupir). Or, si tu as bien compris la situation, céder à cette tentation de manière aussi fréquente que le réclame mon cerveau malade reviendrait à aggraver les points n°1-2-3 et 4 et je ne suis pas sûre que mon mariage soit assez solide pour supporter ça. 

6. Oui parce que l'être exquis qui illumine mon quotidien de sa radieuse présence commence à saturer légèrement lui aussi. Servir de treuil humain pour hisser sa baleinesque épouse hors de son fauteuil passe encore (quoique ça lui réveille parfois une douloureuse tendinite à l'épaule)… Faire mes lacets ou m'aider à enfiler mes chaussettes le fait se sentir déjà un peu papa. La circonférence impressionnante de mon ventre aussi d'ailleurs puisque, par un effet d'optique tout à fait étonnant, il a du mal à voir la femme sexy qu'il a épousée il y a 4 ans sous la baudruche gonflée à l'hélium qui a pris sa place et qui dépend presque entièrement de lui pour se mouvoir. 

Mais là où il commence à tiquer un peu, Tendrépoux, c'est de cumuler nuits agitées  auprès de sa boulotte insomniaque et journées de boulot à la Slaves & Associates qui n'en a rien à péter qu'il soit sur le point de devenir papa, le tout saupoudré d'un sentiment d'impuissance frustrant à ne pouvoir soulager sa femme chérie des moult maux qui l'accablent en cette fin de grossesse (mais ça, c'est encore une autre histoire...). 

Tu l'auras compris, lecteur malin, je consacre donc mes dernières journées de nullipare à peaufiner mon nain à naître, tout en essayant d'éviter l'obésité morbide et le divorce. Tu comprendras donc que je manque cruellement de temps pour écrire mes billets habituellement aussi fins que déjantés. 

Sur ce, je te laisse y a la minuterie du four qui vient de sonner et ça sent bon le chocolat dans la maison.