Wonder mum

 

Depuis l’annonce de cette 3ème grossesse, rapprochée de la précédente qui plus est, je dois avouer avoir été largement épargnée par les remarques que j’ai pu lire et entendre ici ou là que des personnes aux intentions certainement louables pouvaient faire à de futures mamans de famille nombreuse. 

Grâce à notre difficile parcours PMA, j’ai donc pu éviter le fameux « C’est un accident ? » ou « C’était voulu? » puisque depuis le temps que nous beuglons notre désespoir de jamais avoir d’enfant, il doit être gravé dans la psyché de notre entourage que nous avons ardemment désiré tous nos enfants et que toute notion de planification nous est parfaitement inconnue. Bon, il se trouve que nous voulions 3 enfants et qu’on ne voulait pas traîner rapport qu’on rajeunit pas ma bonne dame et que la nature/science nous ont exaucés.  

Nos proches sont si délicats qu’on n’a même pas eu droit à une blaguounette du style « Ah bah ça y est, vous avez trouvé le mode d’emploi? » (LOL) ou plus trash si nous avions été munis d’un grand-oncle méga beauf « Ca y est, vous avez trouvé le bon trou? » (re-LOL). 

 

Bref. Point de remarque désobligeante ou maladroite. De la bienveillance en barre. 

Ah si, on a un peu eu droit quand même au fameux: « Si c’est encore une fille vous allez être OBLIGES de faire un quatrième pour avoir un garçon » (bah non en fait) ainsi que le célèbre « Pas trop déçus? » quand il s’est avéré que Royal Baby était effectivement une petite fille (t’as vu ce scoop nonchalamment révélé?) (je devrais bosser pour Closer). Donc non, nous ne sommes pas déçus, 3 filles c’est le pied et NON, il n’y aura pas de quatrième, pour des raisons compréhensibles au vu du déroulé de cette grossesse. 

C’est peut-être de la part de parfaits inconnus que, finalement, les regards ont été les plus étonnés. Quand je promenais Mamerveille et Maprinchesse au parc (à l’époque bénie où je pouvais encore sortir de chez moi), les passants regardaient émerveillés (si, si, émerveillés, elles sont très belles mes filles) Mamerveille gambadant fièrement autour de la poussette où Maprinchesse minaudait gentiment. Puis leur regard tombait sur mon gros ventre et là en général, je pouvais quasiment lire dans leurs pensées: 

« Mais… c’est pas possible. Soit elle a pas perdu son bide de grossesse, auquel cas faudrait peut-être qu’elle y songe parce que son bébé a l’air d’avoir 1 an (Maprinchesse est en effet toute criquette). Soit elle est à nouveau enceinte, de 6 mois apparemment, et dans ce cas elle est parfaitement inconsciente! »

 

 

Ce regard un peu perplexe m’a toujours fait sourire et en général, je m’amusais alors à jouer à la super maman « Ahaha, venez mes chéries! Maman vous emmène faire un tour de manège et ensuite nous irons manger une glace », le tout accompagné d’un gracile mouvement de cheveux, d’un éclat de rire respirant le bonheur non feint d’une mère de famille comblée par sa progéniture. Et si la scène se déroulait un week end et que Tendrépoux était avec nous, je te jure qu’on pouvait nous caster pour la prochaine pub Ricoré tellement on puait l’harmonie familiale. 

Et puis au fur et à mesure que ma grossesse s’est compliquée et que j’ai fini par être alitée, des inquiétudes se sont manifestées chez mes proches. Ce fameux « Mais COMMENT tu vas faire avec les 3? » J’avoue que cette question me laisse dubitative. Certes, aujourd’hui je suis aussi efficace qu’un poulpe devant une scie sauteuse mais c’est juste parce que je dois rester allongée le plus possible. Donc effectivement, je ne suis plus apte à m’occuper de mes enfants comme je le fais d’habitude, à les changer, les sortir, leur faire prendre le bain, les porter, etc… Et sans l’aide précieuse de ma famille qui vient me relayer au quotidien, effectivement je ne m’en sortirais pas et j’aurais accouché il y a bien longtemps. Mais mon invalidité présente ne veut pas dire que je suis définitivement incapable de gérer ma petite tribu. Bien au contraire! 

Alors oui, je suis au courant, je vais être fatiguée. Je me souviens très bien à quel point les premiers mois sont usants entre les réveils nocturnes, les tétées à rallonge qui bousillent les seins, les demandes des aînées qu’il ne faudra pas négliger et le quotidien à assurer. Mais je sais aussi que ces moments là ont une fin et qu’avec un peu beaucoup d’organisation, il n’y a pas de raison pour que je ne réussisse pas à faire ce que des milliards de femmes ont réussi à faire avant moi et font en ce moment partout dans le monde. 

Je sais que ces remarques inquiètes partent de bons sentiments de proches qui me voient galérer avec mon gros ventre, mes contractions et mes deux filles qui restent très demandeuses de leur maman qu’elles n’ont pas beaucoup vue cet été. Mais cela me donne parfois l’impression qu’ils n’ont pas confiance en mes capacités de mère. Qu’en gros, si je n’embauche pas une aide à la maison pour m’assister dans les nombreuses taches qui m’attendent, je ne m’en sortirai jamais.  

Je me doute bien qu’il y aura des jours où je me sentirai débordée, où je craquerai de fatigue, mais ça fait partie du « jeu ». Et puis Mamerveille est à l’école toute la journée, Maprinchesse à la crèche, les journées seront quand même très allégées! Bref, cette question du « comment je vais faire? » me laisse un peu pantoise. Je ne vais quand même pas répondre: « Ah zut, tiens c’est vrai, j’y avais pas pensé! Je vais jamais y arriver en fait! Est-ce que je peux revendre mon bébé sur Leboncoin? » 

Donc j’essaye de rassurer mes proches inquiets: oui je suis alitée aujourd’hui, mais dans 5 jours j’ai le droit de me lever et crois-moi, je vais pas me gêner pour reprendre une activité normale. Oui, mon gros ventre m’encombre et me fatigue, c’est pour ça que ça ira mieux une fois Royal Baby dehors, tranquillement calée dans son porte-bébé ou son berceau, me permettant enfin (!) de porter mes filles aînées, jouer avec elles, aller les chercher à la crèche et à l’école, les emmener au parc (ça me manque, tu te rends compte?) et m’occuper de la maison (mes compulsions maniaco-ménagères seront comblées). 

Je me sens une énergie à déplacer les montagnes. Forcément ça fait 6 semaines que je me repose, j’ai pris de l’avance sur les mois à venir. Je n’ai qu’une hâte: commencer ma vie de maman de trois enfants, retrouver ma place active dans mon foyer et cesser de dépendre des autres pour le moindre geste du quotidien. A mes proches qui m’ont tant aidée ces dernières semaines et qui s’inquiètent pour moi, je veux juste dire: je SAIS comment je vais faire. Faites moi confiance. J’attends ça depuis des années. Je rêve de cette famille de 5 depuis toujours. Et si par moments vous me trouvez débordée, fatiguée, exténuée (ce qui arrivera, c’est garanti)(je ne suis pas dans le déni non plus hein!), ne vous inquiétez pas: je saurais demander de l’aide. A vous d’ailleurs, très certainement.  

 

 

Je ne veux surtout pas avoir l’air ingrate. J’ai la chance d’avoir une famille et des amis qui se sont décarcassés pour nous aider tout l’été: entre ceux qui sont venus me rendre visite quand j’étais toute seule chez moi, ceux qui m’aident au quotidien avec les filles depuis qu’elles sont rentrées, et tous ceux qui manifestent leur amitié et leur soutien par des messages, des coups de fils et des cadeaux super attentionnés, je réalise à quel point nous sommes gâtés! Alors je profite de la modeste tribune que m’offre ce lieu pour tous les remercier du fond du coeur pour leur présence, leur aide et leur soutien. A charge de revanche!