man_vs_wildCe ouikende, cher lecteur, j'étais en Picardie. Tu sais, la région que Météo France avait placé en vigilance orange rapport à de possibles précipitations neigeuses pouvant éventuellement perturber les départs en vacances. 

Eh bien, je peux en témoigner, il y a eu des précipitations neigeuses. Chez moi, on appelle ça même une tempête de neige quand plus de 40 cm tombent en 24h. Je sais qu'il est tombé 40 cm car la neige rentrait dans mes bottes qui m'arrivaient pourtant sous le genou. 


Que fichais-je en Picardie, d'abord, te demandes-tu probablement - et à juste titre? Hé bien sache que je suis allée fêter les 30 ans de ma meilleure amie. Donc le principe de précaution à base de "éviter tout déplacement qui ne soit pas absolument nécessaire" ne jouait pas, hors de question de rater l'événement. Surtout  quand ta copine a réservé un gîte et apporté des bonnes choses à manger et des bulles à boire pour 20 personnes! 


Nous nous sommes donc rendus dans le charmant patelin de Silly-Tillard. En Clio. Equipés à la Parisienne: doudoune (presque) étanche, gants en cuir, bottes façon Timberland, bonnets, écharpes, sacs de couchage et thermos de thé au cas où. J'avais même des chaînes, généreusement données par mon Pôpa. Elles n'étaient pas tout à fait à la bonne taille (y avait un chiffre de différence sur la référence) et je n'avais pas eu le temps de les essayer, mais j'étais sûre qu'en serrant un peu, ça irait très bien. Confiants dans notre équipement et dans la réactivité des autorités si les prévisions de Météo France s'avéraient exactes, nous partîmes donc la fleur au fusil, dans la jolie et blanche campagne de l'Oise. 


Aucun problème pour arriver. Chic, de la neige partout! Les arbres ployaient sous leur lourd fardeau, le sol crissait sous nos pas, une bataille de boules de neige digne de nos 6 ans eut même lieu sur les coups de minuit… Tout cela sous les flocons qui n'en finissaient plus de tomber et de se poser, doucement, dans un silence absolu. 


Le lendemain, jour blanc et gueule de bois. La neige continuait de tomber. Nous avions à notre disposition cinq véhicules: une camionnette, une Clio, une Micra, une 206 et un 4X4. En gros: 4 boulets et un véhicule salutaire. Par contre, il nous fallait transporter 13 personnes. Je te laisse faire le calcul, lecteur doué en maths, on tenait pas tous dans le 4x4. 


Un grand débat s'engagea alors: qui a des chaînes? (moi, mais je sais pas si elles sont à la bonne taille). Qui a des pneus neiges? (personne). Qui doit impérativement rentrer à Paris? (tout le monde - oui, même moi, c'est pas parce que je suis en vacances que je n'ai rien à faire) Qui peut regarder l'info trafic à la télé? (y a pas le câble! - "heeeeinnn?" général) Qui peut regarder sur son Iphone? (ça capte pas la 3G! - hurlement de désespoir en choeur) Qui peut appeler quelqu'un à Paris pour qu'il regarde sur internet si c'est bouché ou si ça roule? (Ah oui, bonne idée). Verdict: a priori, ça roule sur l'autoroute. Il n'y a '"que" 20 bornes de départementale et de nationale pour rejoindre l'A16. On tente le coup? Vote unanime: Oui! 


La camionnette sera laissée sur place, on reviendra la chercher quand la tempête sera passée. Elle est trop lourde, elle ne montera jamais les diverses côtes qui nous attendent. Et même si on est 13 à pousser, faut pas pousser (justement). 


Heureusement, j'avais mes chaînes… Première tentative pour mettre les chaînes à la Clio: échec pathétique. Trop grandes. Pourtant y avait qu'un chiffre d'écart entre les chaînes (165/80/R15) et mes pneus (160/80/R15). Dommage. 

Pas grave, elles allèrent parfaitement sur les roues de la MIcra. En tassant bien, 11 personnes pouvaient partir. Mais fallait-il tirer au sort les 2 qui restent? 

Pas moyen, on voulait tous rentrer (qui avait un chat à nourrir, qui sauvait des vies le lendemain, qui devait faire fructifier la Slaves & Associates, qui devait prendre un bain moussant…). Soudain, miracle, le propriétaire du gîte surgit avec une paire de chaînes supplémentaires. Nous essayâmes de les poser sur la Clio: bingo, elles épousaient parfaitement la rotonde forme de mes roues! (Oui, je suis poète quand je suis soulagée). 


Grâce au 4x4 (remercierons-nous jamais assez nos amis provinciaux, seuls à être réellement aptes à nous tirer de cette situation?), la Clio et la 206 furent tractées, l'une après l'autre, en haut du raidillon qu'il fallait franchir pour quitter le gîte. Le 4x4 tirait, nous autres poussions comme des dingues derrière, prenant au passage des giclées de neige en pleine figure. Ouf! Les voitures furent toutes sorties du parking, nous n'avions plus qu'à nous répartir les places, garer la 206 à un endroit où on pourrait la récupérer aisément (re-tractage/poussage/giclage), et poser nos séants, détrempés et fourbus, sur les coussins moelleux des véhicules fins prêts. 


L'équipée sauvage se mit en branle, 4x4 en tête et nous rejoignîmes, cahin-cahant l'autoroute. Evidemment, vint un moment où les chaînes s'avérèrent plus dangereuses qu'utiles, le passage répété des voitures ayant tracé des sillons laissant apparaître le bitume. Nous nous arrêtâmes sur le bas-côté, les hommes sortirent et s'acharnèrent sur les chaînes qui ne voulaient plus s'enlever. Evidemment, une fois dévêtue de ces chaînes, la Clio habilement garée dans la neige eut toutes les peines du monde à repartir sur la chaussée et non dans le fossé. Une dernière fois, nous sortîmes et nous mîmes à pousser la voiture, giclée de neige dans la tronche en prime. Une dernière fois nous fûmes vainqueurs et repartîmes, triomphants mais éreintés, vers de plus douces latitudes. En effet, plus nous nous rapprochions de la capitale, et plus le blanc manteau se transformait en boueux marécage. C'était moche, mais ça adhérait. 


Nous arrivâmes à Paris, tel Hannibal ayant franchi les Alpes à dos d'éléphants: pas peu fiers. Victoire! Les Parisiens, baskets trempées, doigts couverts de cambouis, Iphones déchargés, mais enorgueillis de cette belle victoire de l'ingéniosité de l'homme sur la nature étaient rentrés chez eux. Une fois à la maison, Tendrépoux et moi ne purent que prendre une douche brûlante et un thé bien chaud avant d'aller nous coucher, flapis mais heureux. Après tout, cette "galère" qui n'en fut pas une finalement ne fit que pimenter un ouikende déjà festif. Mais il nous a aussi rappelé que, sortis du périphérique, la nature reprenait ses droits. 


Depuis, j'ai commandé des pneus neiges et je prends des notes devant Man vs. Wild.