lapin_cretinAujourd'hui, lecteur chéri, point de thème précis, juste un petit pêle-mêle de trucs observés et qui me troublent, me hérissent, ou me rendent chèvre. Que veux-tu, ça doit être mes élèves zappeurs pour qui se concentrer plus de 10 minutes sur une activité est impossible qui me donnent la bougeotte...

1. Les lapins mutants.
Si tu connais un peu le Nord de Paris, et plus précisément notre magnifique aéroport Charles De Gaulle, tu sais peut-être que y a pas mal de verdure par là-bas, et toute la faune que cela implique - dans le cas qui nous intéresse, des lapins.
J'étais dans l'avion qui devait m'emmener à New York et nous étions parés pour le décollage. Pour les longs courriers, les coucous utilisés sont assez balèzes, pas des petits zincs comme dans Indiana Jones, non plutôt des 747 comme dans les films catastrophes (ça fait plus de victimes donc plus d'hémoglobine donc c'est plus vendeur). L'avion était donc en train de se mettre en position sur la piste de décollage (avec cette phrase du commandant dont j'ai jamais compris l'utilité "Dernier virage" - genre les 12 premiers virages on s'en fout, c'est le dernier qui est super important - enfin bref). La piste était entourée de grandes plages d'herbe grasse. En regardant par le hublot, j'ai remarqué une paire de longues oreilles, puis une deuxième, puis une troisième. Des lapins! Trop mignons, me suis-je dit. Et puis l'avion commença son accélération, les réacteurs rugirent tandis que j'observais toujours les lapinous, persuadée de les voir détaler ou décéder d'une crise cardiaque. Eh ben que dalle! Les 3 bunnies n'ont pas moufté, c'est à peine s'ils bougeaient une oreille! Complètement blasés, ils n'ont même pas fait mine de remarquer l'énorme engin de je sais pas combien de tonnes qui piquait son sprint final avant de s'envoler.
Ma théorie? Ils se sont pris tellement de décibels dans la tronche qu'ils n'entendent même plus les avions décoller. Ou alors les carottes qui poussent à CDG sont imbibées de kérosène, ce qui développe des gènes mutants chez les lapereaux. Ou alors ce sont des employés de l'aéroport qui, bourrés ou désoeuvrés, m'ont fait une blague et ont disposé des lapins empaillés en bord de piste. T'en penses?

2. L'A13 sa race.
Ou comment mettre 3h30 pour faire un trajet de 30 km. Si tu vis en Ile-de-France, tu sais sans doute que les banlieues chics où l'on trouve les meilleures ZEP sont bien disséminées sur le territoire, histoire qu'aucun prof en début de carrière n'y réchappe. Nombre d'entre elles sont situées en bordure d'A13 ou d'A12, c'est donc mon trajet quotidien que je fais en voiture (oui, je peux pas être prof en ZEP et sauver la planète en même temps, je suis pas Sainte Titcheur). Hé ben hier, figure toi qu'un camion a eu le bon ton de se renverser sur l'A13, tuant au passage une personne et que du coup, les flics ont carrément fermé l'autoroute pour pouvoir rammasser les morceaux tranquille (je sais, c'est parfaitement abominable ce que j'écris). Bonne idée, me diras-tu. Oui, mais  en fait, l'idée de génie s'avère bien pérave si le seul moyen de sortir de l'autoroute une fois que tu t'y es engagé est de prendre la première sortie qui se trouve à 10 bornes de là et que tu avances à une moyenne de 3 km/h.
Tu auras fait le calcul, lecteur futé, j'ai donc mis 3h à atteindre cette p... de sortie. Et puis 30 minutes pour trouver mon chemin dans le dédale des départementales franciliennes jusqu'à mon lycée (petit hommage à mon Iphone, saint objet, sans qui ta Titch serait probablement perdue dans une forêt domaniale, proie facile de lapins transgéniques).
Petite consolation, j'ai passé l'intégralité du trajet derrière une fourgonnette immatriculée 666 ASS 75. On s'amuse comme on peut...

3. Conversion.
Notre ministère adoré vient de faire paraître au Bulletin Officiel (la Bible des enseignants) le calendrier des fêtes religieuses pour lesquelles on a le droit de demander une autorisation d'absence. Les fêtes cathos principales (Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, etc...) étant déjà au calendrier officiel, mes collègues et moi-même, au bout du rouleau en cette fin d'année scolaire, dégouttés par l'absence quasi totale de ponts en ce mois de mai, avons donc décidé de nous convertir (brièvement) au judaïsme pour pouvoir fêter Chavouot demain et après-demain avant de revendiquer nos
(éphémères) croyances bouddhistes, histoire de faire le pont le 27 mai pour la fête du Vesak. Nous avons déjà bêtement laissé passer le Grand Vendredi Saint orthodoxe mais nous ne manquerons pas de célébrer l'Aïd El Fitr et l'Aïd El Adha en septembre et en novembre prochains, dans le double intérêt de faire une pause dans cet interminable premier trimestre et de montrer qu'on s'intéresse à la culture religieuse de 80% de nos élèves.
J'imagine déjà ta réaction dans les commentaires, lecteur contribuable qui paye mon salaire de tes impôts: "Quelle bande de fumistes! Profiter des fêtes religieuses pour rien glander alors que leur mission sacrée leur impose le devoir moral de ne revendiquer ouvertement aucune croyance! C'est proprement scandaleux! Où va la France? etc..."
En temps normal, je t'aurais approuvé et n'aurais même pas osé écrire ces mots. Mais regarde le calendrier 2011 cinq minutes. Tu ne remarques rien? Regarde le mois de mai... AUCUN jour férié! Que dalle! Zéro!
Le 1er et le 8 mai tombent un dimanche. Et, scandale suprême, l'Ascension et Pentecôte seront respectivement le 2 juin et le 13 juin, soit déjà en toute fin d'année scolaire, quand on ne fait plus que des jeux ou des films en cours tellement les élèves sont intenables. Par conséquent, il me semble que compenser ce foutage de gueule calendaire par quelques jours dédiés à la gloire de Dieu/Allah/Yahvé/Bouddha est tout à fait justifié. Après tout, les profs ont une réputation à défendre non? Rrrroooo, ça va... on peut rigoler...

P.S.: le premier qui prend ce dernier passage au premier degré se prend un exercice de grammaire sur FOR et SINCE.
P.S.2: et le premier prof qui fait genre il est offusqué par mes propos jure sur le Coran/la Bible/la Torah/une photo de N. Sarkozy qu'il ne commence pas l'année scolaire en regardant quand tombent les vacances.