Lecteur, comme à peu près chaque année à la même époque, j'ai envie d'aller là.

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Ou à la rigueur là.

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Pourtant, j'ai toujours été une fille de la montagne pour qui, le ski en février, c'est sacré. Mais depuis quelques années, j'aspire plutôt à des plages désertes avec cocotiers et lagon bleu cristallin. Appelle cela de l'embourgeoisement ou une cyclothymie toute féminine, mais en tous cas, j'ai besoin de mon shoot de soleil au creux de cet hiver qui n'en finit plus.

Oui parce que là, on se fout un peu de notre gueule je trouve. C'est quoi cette "lumière" naturelle à peine plus forte qu'une ampoule basse consommation en fin de vie? Pourquoi ai-je l'impression que le soleil se lève à 11h pour se coucher à 15h? La latitude de Paris est-elle remontée de plusieurs degrés au Nord suite à quelque incident planétaire dont les médias, trop occupés à parler des embouteillages causés par 3 cm de neige, nous auraient caché l'existence? Nan parce que là, franchement, j'ai l'impression de vivre en Alaska où il fait nuit toute la journée 4 mois par an (ou un truc comme ça). Je pars bosser: il fait nuit. Je rentre: il fait nuit. Entre les deux, une journée en ZEP éclairée par les néons vacillants d'un lycée délabré. J'appelle pas ça de la photosynthèse moi.

Et puis quitte à transpirer, je préfèrerais que ce soit sur un transat, enduite de crème solaire, un bon roman dans une main, un cocktail de fruits frais dans l'autre, mon tendrépoux à mes côtés, ne sortant de cette douce langueur que pour aller me rafraîchir dans une eau turquoise à 26°. Au lieu de ça, je sue à grosses gouttes sous mes 3 pulls, ma parka, mon bonnet et mes gants, serrée dans le métro qui me transporte, moi et mes congénères urbains, tels du bétail vers l'abattoir, jusqu'à mon lieu de travail.

Que ne donnerais-je pour remplacer les sirènes des flics, les klaxons de Parisiens excédés par 2 mètres de bouchon, les marteau-piqueurs d'ouvriers sourds, les beuglements éraillés de mes élèves en pleine mue, et les insultes avinées d'un clochard menaçant (ou l'inverse, d'ailleurs) par le silence d'une île déserte juste interrompu par le ressac de l'océan, le sifflet jovial d'un oiseau, ou le bruit des glaçons dans ma Pina Colada… ?

Ne serais-je pas mille fois plus efficace à mon travail si je revenais détendue, bronzée, reposée, ressourcée d'un voyage exotique, plutôt que de traîner ma carcasse, mes traits tirés et mon teint grisâtre de Parisienne exsangue? C'est vrai quoi, je suis sûre que j'enseignerais beaucoup mieux l'ingliche après un stage d'immersion totale de 3 mois à l'île Maurice (anglophone) ou à la Barbade (anglophone aussi)! Les petits Français ne méritent-ils pas un enseignement de qualité délivré par des titcheurs bien dans leur corps et dans leur tête plutôt que des cours mous dictés par des profs dépressifs et souffreteux?

Tu en conviendras, mon argumentaire en 3 parties est particulièrement convaincant:

I. Photosynthèse et photos de vacances: pour un épanouissement intellectuel et physique de l'enseignant
II. Sudation et surdité: les fléaux de la ville vs. les bienfaits de la plage sur le corps enseignant
III. Exotisme et bilinguisme: discours et héritages du Commonwealth

M'en vais le soumettre au rectorat pour voir si par hasard, ils proposeraient pas un stage de formation à Bridgetown…