gaston_reveurÇa n'a rien à voir avec le fait que je suis en retard sur mon billet, mais, quand même, y a des fois comme ça, où je resterais bien au lit. Tu vois de quoi je parle? De ces matins où le réveil sonne mais tu ne l'entends pas tellement t'es dans les bras de Morphée, tellement t'as pas du tout l'intention de laisser le Monsieur de la radio faire interférer ses nombres de morts empalés sur un réverbère par accident de parapente avec ton rêve de plage de sable fin, tellement tes paupières pèsent une tonne, tellement il faudrait un treuil pour te sortir de dessous ta couette.

Bah perso, c'est un peu comme ça tous les matins. J'y suis pour rien, je suis dormeuse ascendant marmotte. Je ne saurais résister au confort molletonné d'un oreiller dodu, et une simple visite au rayon literie de chez Ikéa me fait bâiller d'envie. J'aime dormir et je trouve que c'est une des plus chouettes choses que nous confère notre humanité. Oui, car j'ai aussi développé une anthropologie du sommeil figure-toi. Si.

Un jour où je somnolais tranquillement sur mon canapé, mon esprit s'est arrêté sur cette grande satisfaction qu'apporte une bonne nuit de sommeil et à quel point nous autres, humains, on était gâtés par la nature. Bah oui, on n'a pas de prédateurs prêts à se jeter sur nous dès qu'on ferme l'œil, pas de bruits à guetter, d'ombres à craindre ou d'éléments naturels à redouter. On peut dormir sur nos deux oreilles sans garder l'œil ouvert (j'ai jamais réussi à m'imaginer comment dormir sur mes deux oreilles en même temps, à moins de me mettre la tête sous l'oreiller ou d'avoir les deux oreilles du même côté, ce qui peut arriver mais quand même c'est rare…). Eh ben y a pas beaucoup d'espèces animales qui peuvent se vanter de pouvoir roupiller tranquille. Même le chat qui comate allongé de tout son long sur le radiateur du salon n'est pas vraiment endormi. Une simple expérience t'en convaincra: il suffit de claquer une porte à proximité du dit chat un peu violemment pour voir ton camarade à poils sauter au plafond dans un feulement paniqué, prêt à lacérer son agresseur de ses griffes tranchantes. Cette expérience – au demeurant hilarante, j'en conviens – ne doit pas être répétée trop souvent au risque que ton chat ne devienne cardiaque ou dépressif.

Bref, je me félicite quotidiennement d'appartenir à l'espèce qui a inventé le Dunlopillo™, que j'honore de siestes et autres dodos improvisés autant que faire se peut. Pour moi dormir n'est pas une perte de temps, mais bien une activité à part entière. J'adore la sensation d'endormissement, ce moment où, après avoir lu 3 fois la même phrase, tu sens tes yeux se croiser et ton livre te tomber des mains et que tu cèdes à l'impérieux appel de l'inconscience. Je me délecte du contact des draps en coton que j'enroule de mes jambes, cherchant tantôt le frais d'un coin non visité du lit, tantôt la chaleur enveloppante de la couette remontée jusqu'aux épaules. Je me laisse happer par le sommeil, sur le dos, roulée en boule sur le côté, ou sur le ventre, la tête enfouie dans l'oreiller. Le Kamasutra du Treca™ que ça s'appelle.

A l'inverse, le moment du réveil m'est extrêmement pénible. Cet instant où tu reprends conscience de ton corps, du réveil qui n'en finit plus de sonner, de ton mari sous la douche qui a mal refermé la porte de la salle de bain qui laisse filtrer un trait de lumière qui t'arrive droit dans la tronche, du même mari qui te parle (Gni??), te demandant où tu as rangé le ticket du pressing, alors que tu ne saurais même pas lui dire comment tu t'appelles tellement tu as la tête dans le fondement.

Tu l'auras compris, je dors beaucoup et au réveil, je sers à rien. Je suis très admirative de ces gens qui, comme mon tendre époux, sont opérationnels dès le premier bip de leur réveil et peuvent se lever, vifs et alertes, et se mettre à converser, faire un nœud de cravate, ou commenter l'actualité dans la minute qui suit. Pour moi, tout ceci est impossible. Il me faut déjà 10 bonnes minutes pour réaliser que le réveil sonne, puis encore 15 délicieuses minutes de rab avant de me précipiter les yeux fermés (on grappille ce qu'on peut…) vers la salle de bain. Ce n'est qu'une fois m'être cogné le pied dans la porte ou pris l'embrasure dans l'épaule que mes paupières se décollent suffisamment pour me permettre d'identifier la douche, dont le jet brûlant finira de me sortir de ma torpeur matinale.

Attention! Je ne dis pas qu'une fois complètement réveillée, je ne profite pas de ma journée. Même s'il est vrai que je déplore tous les jours le fait que notre cher ministre n'ait pas encore instauré la Sieste comme matière obligatoire après les frites de la cantine… Sérieux, essaye de faire cours à des Terminales scientifiques à 14h après un menu spécial glucides à la cantoche ET de rester éveillé. Bonne chance! Personnellement, j'adopte des stratégies de contournements pour éviter l'endormissement post-lunch:
- manger léger (donc pas la cantine, royaume du beurre)
- faire cours à mes Secondes (ça te réveillerait un ours en hibernation rien qu'avec l'adrénaline que ça génère)
- faire des micro-siestes de 10 secondes imperceptibles à l'œil nu pendant que j'écris au tableau (main levée, front légèrement appuyé contre le tableau, yeux fermés, genre je réfléchis à ce que je vais écrire). En général, mes élèves en profitent pour roupiller aussi, tout le monde est content et les vaches sont bien gardées (Gni? Qué vaches? – C'est une image bêta!).

Bref, j'aime tellement dormir que j'en suis presque narcoleptique. D'ailleurs rien que de t'en parler, je sens mes œufs yeux se brouiller… une chaleur délicieuse m'envahir… je suis bien là, assise dans mon lit à te raconter la fois où je me suis endormie pendant que je … zzzzzzztzzezzczzzrzzzizzzzvzzzzazzzizzzzszzzzzzzzZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ