gaston-lagaffe

Je te salue bien bas, fidèle lecteur. 

Je ne te ferai plus l'affront d'essayer d'expliquer ma présence plus qu'épisodique en ces lieux, tu connais le topo (métro-boulot-bébé qui fait pas dodo). Bref. D'aucuns penseront que je ménage mon petit suspense, que je me fais désirer, que je la joue hard to get. En fait non, j'ai juste pas le temps. Ou la flemme. Un peu comme Gaston devant sa pile de courrier en retard. 

Mais sache, lecteur qui me suit depuis 2 ans maintenant, que ce n'est pas mon seul point commun avec l'inénarrable feignasse des éditions Dupuis. A mon grand dam, je suis moi-même une gaffeuse patentée, professionnelle de la boulette, experte en moments de solitude. 

Et ça va de la petite bévue, toute jolie toute mignonne, au drame diplomatique thermonucléaire. Je suis un peu comme Chandler qui annonce par mégarde à un enfant qu'il a été adopté. 

 

Voilà, voilà. 

Donc de temps à autres, il me prend des envies de changer d'identité et de prendre le premier vol pour Caracas histoire d'aller planquer ma honte loin loin loin. Comme cette fois où je me suis un chouïa énervée sur une étudiante qui posait des questions complètement à côté de la plaque (genre "Mais on fait quoi là?" alors qu'on était manifestement en train de corriger un exercice, qu'on en était à la phrase 14 et que donc, logiquement, on allait attaquer la phrase 15, faudrait suivre un peu mademoiselle). Avant de réaliser qu'elle était légèrement handicapée mentale. Gloups. Les autres étudiants, au courant eux, m'ont regardée avec l'air de dire que j'étais la pire des salopes sur terre. Je n'étais pas loin de partager leur sentiment, même si, à ma décharge, ça se voyait pas du tout ce handicap, que c'était le début de l'année et qu'elle m'avait pas donné le papier de la médecine universitaire précisant son cas. N'empêche. J'aurais bien aimé pouvoir prendre une pelle et creuser un tunnel vers la sortie… 

Parfois c'est moins grave: j'ai juste envie de me flageller avec des orties fraîches. Comme la fois où j'ai oublié qu'une collègue m'avait invitée à déjeuner et que je me suis pointée en salle de réunion, la gueule enfarinée à 13h30. Elle m'attendait depuis une heure pour aller déjeuner et moi, je sortais de la cantine. Elle pensait que j'avais été retenue en cours et il ne nous restait plus qu'une demi-heure pour aller nous sustenter avant la réunion de 14h. Et moi, au lieu de ravaler ma bourde, m'excuser et lui dire qu'effectivement j'avais été surbookée mais qu'on pouvait aller se chercher un sandwich ensemble (my treat!), je lui ai juste dit que j'étais désolée mais que j'avais oublié et que j'étais allée à la cantine. Heureusement que c'est une nana géniale qui ne m'en a pas du tout voulu mais - comment dirais-je? - quand tu commences un nouveau job, ça la fout méga mal de poser un lapin à une collègue qui se trouve aussi être la personne qui t'a recrutée, moins de 3 semaines après la rentrée… J'ai fini par digérer ma honte (au bout de quelques semaines et une quantité indécente de chocolats offerts pour me faire pardonner), mais il reste quand même un petit goût amer quand j'y repense.

Donc voilà, je commets régulièrement des impairs avec ma famille, mes amis, au boulot, dans la rue même ("Bonjour monsieur! Oups, pardon, Madame!"). Et régulièrement je me sens minable, je me tape le front en me répétant en boucle que la prochaine fois que j'aurai envie d'ouvrir ma grande gueule je tournerai 8000 fois ma langue dans ma bouche avant de sortir une énormité. 

Cette absence intermittente de sur-moi n'a pas de réelle explication. Il me manque  juste cette faculté - pourtant utile - de vérifier l'adéquation de mon environnement socio-culturel avant de communiquer avec mon prochain. En clair: je réfléchis pas trop avant de parler et je dis généralement ce que je pense sans y mettre vraiment la forme ou sans forcément réfléchir à si la personne en face de moi est apte à entendre ce que je vais lui dire.  

Tendrépoux trouve ça mignon en général. Il dit que ça fait de moi une personne spontanée. 

Même quand je balance devant nos neveux de 3 et 6 ans qu'il va falloir penser à aller faire les cadeaux de Noël, nan parce que ça va être coton de trouver la poupée Cars que la grande a mis sur sa liste au Père Noël - ils savent bien qu'il existe pas non? Non? NON??. 

Par contre, c'est marrant mais la fois où je lui ai dit que je pensais pas qu'il pourrait suivre une série comme 24H Chrono, il l'a super mal pris. Faut dire que c'est pas sorti de la bonne façon. Il est vrai qu'à m'entendre, on aurait dit que mon cher époux n'avait pas un QI suffisant pour suivre une intrigue à rebondissements avec des scènes en parallèle et en VO. Mais en fait, je voulais juste dire que, vu qu'il s'endort toujours au bout de 30 minutes devant la télé, ça allait être compliqué de suivre et que ça me gavait de lui raconter la fin de chaque épisode. J'ai eu beau le lui expliquer, il n'a jamais vraiment voulu croire que je ne le traitais pas de débile léger… 

Voilà, tu sais tout maintenant. Je suis CETTE personne. 

Celle qui laisse échapper un secret qu'il ne fallait surtout pas répéter, croix de bois croix de fer si je mens je vais en enfer. Pourtant j'étais certaine que ma copine était déjà au courant (ah bon, tu savais pas que Jean-Georges avait trompé la soeur d'Anne-Isabelle avec sa cousine? - 1ère gaffe - Mais pourtant toute ta famille est au courant! - 2ème gaffe).  

Celle qui envoie un mail à la mauvaise personne en daubant à son sujet. Comme la fois où Tendrépoux m'avait fait suivre une invitation-Outlook d'une de ses collaboratrices aux States, fixant une réunion à un horaire improbable (genre le dimanche à 16h) et à qui j'ai répondu, pensant répondre à mon mari: "C'est encore cette meuf qui t'avait posé un lapin lors de la dernière réunion et qui ose te demander de bosser un dimanche?". Comment je pouvais savoir qu'avec ce genre de message automatique, la réponse va directement à la personne qui a envoyé l'invitation? C'est-à-dire la "meuf" en question. Qui s'est empressée de renvoyer un mail à Tendrépoux, avec ma réponse, traduite dans un ingliche approximatif ("It is again that girl who put a rabbit to you during the last meeting and who dares asking you to bump on a Sunday?"), lui signifiant qu'elle avait reçu un message qui ne lui était manifestement pas destiné… 

Je suis la championne européenne des anges qui passent, une experte en humiliation involontaire et par conséquent, docteur ès plates excuses. Oui parce que forcément, je vexe pas mal de gens même si c'est toujours sans le vouloir. Je passe donc pas mal de temps à essayer de réparer mes bourdes (quand c'est possible…) et à me confondre en excuses. J'ai un budget chocolat non négligeable  et suis passée pro dans l'art de la lettre de contrition. 

N'empêche… Si on pouvait filtrer les trucs qui passent par ma tête AVANT qu'ils ne sortent par ma bouche, ça m'arrangerait. Comment? Ca existe? Et ça s'appelle un… cerveau?