superpower

Depuis que je titche l'ingliche à la fac comme une grande, j'ai pu noter un certain nombre de changements dans l'exercice de ma profession.  

 

Avant, quand je parlais en ingliche dès le premier jour de la rentrée, certains élèves me regardaient avec des yeux ronds genre "c'est quoi c'te bouffonne, nan mais sérieux, ouéch ou bien?". 

Aujourd'hui, quand j'attaque mon premier cours du semestre directement dans la langue de Shakespeare, certains étudiants me regardent avec des yeux ronds. Mais c'est parce qu'ils se sont aperçus qu'ils ne sont pas en cours de Russe médiéval. 

 

Avant, les élèves de secondes me demandaient si je préférais qu'ils utilisent un cahier 24x32 à grands carreaux et à spirales ou un classeur à petits carreauxavec la marge à droite. 

Aujourd'hui, les étudiants sortent leur tablette numérique ou leur ordinateur. Certains dinosaures sont encore équipés d'un stylo et de papier. Mais il reste toujours l'irréductible cancre qui n'a jamais aucun matériel sur lui et qui garde son sac sur les genoux pendant tout le cours sans prendre la moindre note. 

 

Avant, mes cours duraient 55 minutes et je trouvais que je n'avais pas assez de temps pour développer une pédagogie à la fois innovante et efficace. 

Aujourd'hui, mes TDs durent 1h30 et je trouve que je n'ai pas assez de temps pour développer une pédagogie à la fois innovante et efficace. 

 

Avant, j'avais un manuel d'ingliche pourri du genre "I love easy apple pie" avec des dessins faits à la main par de vrais faux artistes ou des textes improbables sur des robots qui passent l'aspirateur, censés déclencher une frénésie communicative chez l'adolescent pubère. 

Aujourd'hui, je suis une titcheur 2.0 et je viens en cours avec mon ordinateur pour projeter des vidéos, powerpoints, ou autres supports didactiquement au top à des étudiants bouche-bée d'admiration devant tant de talent graphique. 

 

Avant, j'allais à la cantine. Et c'était pas bon. 

Aujourd'hui, je vais au resto U. Et c'est franchement pas mal. 

 

Avant, tout le monde m'appelait "Madame".

Aujourd'hui, on me prend parfois pour une étudiante (parfois j'ai dit) (enfin, les jours où je suis en jean) (et de dos) (pouf pouf). 

 

Avant, je me faisais griller en conseil de classe sur mon inaptitude totale à me rappeler les noms de mes élèves (au 1er trimestre, hein, j'étais super au point à partir de mi-mars au bas mot). 

Aujourd'hui, non seulement je n'ai pas de conseil de classe où afficher mon Alzheimer précoce, mais j'ai tellement d'étudiants que personne ne s'attend à ce que je mémorise leurs noms. Du coup je les retiens. Va comprendre. 

 

Avant, j'avais un nombre important de vacances et tout le monde me jalousait. 

Aujourd'hui, j'ai un nombre indécent de vacances et tout le monde me déteste. 

 

Avant, je m'arrachais les cheveux car mes Terminales massacraient encore le verbe irrégulier to weave (tisser) (je sais que tu le sais, je précise, c'est tout) (wove-woven, bien sûr, hein?). 

Aujourd'hui, je m'arrache les cheveux car mes L3 massacrent encore le verbe to make (je te fais pas l'outrage?)…

 

Avant, une bonne partie de mon travail consistait à tenter d'obtenir le silence, à virer les éléments perturbateurs, et à calmer les pulsions hormonales de Jean-Kévin. 

Aujourd'hui, je fais cours. 

 

Avant, quand mes élèves me prenaient le chou, je n'avais pas le droit de leur dire que personne ne les oblige à venir en cours. 

Aujourd'hui, si. 

 

Avant, j'adorais mon métier. 

Aujourd'hui, j'adore mon métier. 

 

Tout change mais finalement, rien n'a changé.