DocLecteur, surtout ne panique pas, mais je crois qu'il y a une faille dans le continuum-espace-temps. Si, je te jure. C'est la seule explication logique à cette journée où rien ne s'est passé comme prévu. 

J't'explique. 


Normalement, j'aurais dû me lever à 7h30 en même temps que mon Tendrépoux qui part travailler tandis que sa Titcheur de femme profite de son mercredi de libre pour vaquer à moult occupations hyper importantes. 

J'aurais dû avaler mon café et mes tartines de beurre, me doucher et me faire belle. 


Puis, j'aurais dû m'occuper d'emmener ma voiture chez le garagiste (la pauvre me réclame une vidange à corps et cris - ou plutôt à boulons et crissements - depuis 3 semaines) avant de rentrer à la maison où m'attendent quelques tâches ménagères incontournables (changer les draps, faire tourner quelques machines, ranger le linge, bref, rien qui ne rebute la Mme Ingalls qui sommeille en moi). 


Vers 11h, j'aurais pu me mettre au boulot, le vrai. A savoir, corriger quelques copies, faire le tri dans mes cours, préparer une nouvelle séquence plus motivante pour mes mous de Terminales, surfer sur le ouéb à la recherche d'idées pédagogiques novatrices. A 13h30, je me serais préparé une petite salade composée maison histoire de soigner une ligne maltraitée par les traitements hormonaux. J'aurais peut-être encore consacré 2 heures à mon travail de Titcheur (numérisé une vidéo, préparé un document sonore, que sais-je encore?) avant de sortir profiter de ce magnifique soleil printanier pour trouver la robe de bridesmaid que je dois porter au mariage d'une amie à New York au mois de mai (je me la pète si je veux). J'aurais fait quelques boutiques puis serais allée au Grand Palais repérer l'exposition sur Turner à laquelle j'emmènerais bien mes 1ères L s'ils sont sages. 


J'aurais pris un goûter vers 16h en terrasse où j'aurais pu avancer dans ma lecture de Millenium (je sais, je suis pas en avance…) avant de rentrer chez moi me changer pour une séance de sport bien nécessaire pour effacer quelques rondeurs superflues (voir plus haut). Lasse, mais dopée aux endorphines, j'aurais fini la journée par un coup de fil à une ou deux copines, préparé un bon petit dîne r à mon chéri et repéré un bon film à regarder ensemble. 


Voilà, lecteur, ce que j'aurais dû faire aujourd'hui si le cours des choses n'avait pas été malencontreusement modifié par une dilatation temporelle qui a eu pour répercussion de déphaser le continuum espace-temps et de me faire vivre une journée qui n'avait rien à voir avec ce que le destin me réservait normalement. 


Car en fait, j'ai rien entendu du tout du réveil qui claironnait ce matin, ni percuté le bisou que mon Tendrépoux m'a fait pour me souhaiter une bonne journée. C'est à 10h que j'ai émergé, en panique, en me demandant où j'étais. S'en est suivie une léthargie que je n'explique que par le fait que des extra-terrestres ont dû droguer mon café puisque quand j'ai regardé l'heure ensuite 3 heures s'étaient inexplicablement écoulées sans que je m'en rende compte. A 13h, j'étais encore en peignoir, le cheveu gras, les lunettes sur le nez, sortant d'un zapping effréné entre niaiserie et téléshopping. Je soupçonne des ondes basse-fréquence subliminales qui auraient lavé mon cerveau de tout repère temporel. 


Bref, enfin revenue à un semblant de conscience, ce n'est qu'à 14h que j'étais enfin prête (douchée, habillée, maquillée) et que je me préparais à commencer une journée devenue bien trop courte pour tout ce que j'avais à faire. Bizarrement, tout m'a pris trois fois plus de temps que d'habitude, ce qui fait qu'en 2 heures, je n'ai eu le temps que de ranger un peu la maison et lancer une machine, en m'apercevant trop tard que la panière à linge débordait gravement et qu'il me faudrait au moins 3 jours non stop pour laver tout ça et je ne sais combien d'heures de repassage pour en finir. 


A 16h, je n'avais pas faim du tout mais je me suis dit que si je ne déjeunais pas maintenant, j'allais finir jet-lagée de l'estomac. J'ai donc avalé en vitesse des courgettes que je fais cramer (oubliées sur le feu…) et un oeuf à la coque trop cuit (itou). 16h30: mon frugal repas une fois englouti, je me suis aperçu qu'il était déjà trop tard pour conduire la voiture au garage, partir en expédition shopping ou aller me réinscrire à la salle de sport du coin. Me restaient trois options: 


- sauver l'honneur en m'attelant au moins à mes copies et mes préparations de cours

- terminer la journée comme elle avait commencé en matant une ou deux séries à la télé (foutue pour foutue...)

- te raconter cette journée pourrie dans le vague espoir qu'elle aura au moins servi à inspirer ta Titcheur en baisse de régime ces temps-ci. 


Voilà, lecteur, il est 17h et des poussières et je suis tellement dégoutée d'avoir rien fait de ma journée que j'irais bien me coucher. Y a des jours, comme ça, où on se mettrait bien des claques tellement on est mou, mal embouché, et scrogneugneu. Je note donc: mercredi 6 avril 2010, journée perdue dans une faille spatio-temporelle causée probablement par un trou noir. Ou par ma grosse flemme.

 

Note de l'auteur, à 17h40: Pétard... on m'informe qu'on est pas le 6 mais le 7. Je te l'avais dit que y avait un problème...