Zen-Yoga

La semaine précédent la rentrée est toujours atroce. Déjà parce que c’est la semaine où je cauchemarde que j’arrive nue (et pas épilée) devant mes étudiants ou que je dois repasser l’agrégation et que je ne connais pas le programme et que je me ridiculise devant un jury exclusivement composé de mes collègues qui perdent du coup toute estime à mon endroit.

Mais la semaine précédent la rentrée, à la fac, c’est surtout la semaine de toutes les angoisses pour les phobiques administratifs. Pour ma part, étant en charge de tout le planning des cours d’anglais pour les non spécialistes, je dois m’assurer que tous cours sont placés aux bons horaires, dans les salles équipées de façon adéquate et qu’il y a un enseignant pour chaque cours. Dans ma fac, nous proposons plus de 250 cours par an. Voilà, donc je te laisse faire le calcul: 250 cours divisés par x profs fois y créneaux horaires = racine carrée de pi. 

En gros, je m’arrache les cheveux pour trouver des profs spécialisés dans les domaines que nous proposons afin d’offrir à nos étudiants chéris des enseignements de la meilleure qualité possible. En général, j’y parviens après des heures passées à lire des CV, recevoir les candidats, échanger avec eux en français (pour vérifier qu’ils pourront se débrouiller dans notre système compliqué) et en anglais (parce que j’ai eu de sacrées surprises en recevant en entretien des professeurs auto-certifiés bilingues en anglais qui font 3 fautes par phrase…), caler les emplois du temps et diriger les nouvelles recrues vers leur responsable pédagogique (en général moi d’ailleurs). Donc quand enfin le planning est rempli et vérifié, je ressens une sérénité et un sentiment de complétude malheureusement vite pollués par une angoisse latente. Celle du désistement de dernière minute. Qui est inévitable. En gros, c’est jamais arrivé que c’est pas arrivé. Et cette rentrée du deuxième semestre ne déroge pas à la règle. 

 

J’ai donc appris hier qu’une collègue qui doit enseigner un cours lundi matin à 9h ne « pourra finalement pas assurer son cours ». Sans autre motif. J’ai donc 72h pour lui trouver un remplaçant qu’il faudra bien sûr former également. Tout. Va. Bien. 

 

Cette semaine est tellement stressante que dès que j’entends le bip signifiant que j’ai reçu un email, une boule se forme dans mon estomac et ne disparaît que lorsque je réalise que ce n’est pas un email m’annonçant un autre problème. Au choix: 

 

« Je viens de consulter mon emploi du temps en ligne et je vois que vous avez placé mes cours le mardi. Or, le mardi je peux pas j’ai aqua-poney, donc il faudrait me le mettre le jeudi plutôt, merci. » Bah non en fait, les étudiants sont déjà inscrits sur ce créneau, je ne peux plus rien changer maintenant. 

 

« Je fais le cours du vendredi sur la presse mais j’ai oublié de vous dire que je serai absente sur 4 dates parce que j’ai un autre travail et des rendez-vous placés ces jours là. C’est pas grave, hein? » Bah si en fait, vu que nos étudiants n’ont déjà que 12 cours, si tu en enlèves le tiers ça va pas aller…

 

« Bonne nouvelle, je suis enceinte et partirai en congé maternité le 12 février! » Bah félicitations. Mais crotte, il va falloir que je vous remplace au milieu du semestre. 

 

Dieu merci, le yoga et la méditation transcendantale (et l’alcool) m’aident à rester relativement stable psychologiquement (à l’instar d’un certain président, hu hu hu). 

 

Les étudiants sont au moins aussi pressurisés que les profs. Ils sont en pleines inscriptions pédagogiques et eux aussi doivent résoudre des équations à 8 inconnues. Illustration: 

Etant donné que je bosse au McDo le mardi toute la journée et le jeudi après-midi et que je ne peux donc pas avoir cours en même temps

Etant donné que j’ai 1H30 de transport depuis chez moi et que je ne peux donc pas commencer à 8h ou finir trop tard

Etant donné que je dois prendre 2 UE professionnalisantes, 1 UE de langue et 1 UE libre en plus de mes UE disciplinaires

Etant donné que le site internet des inscriptions pédagogiques a buggué 3 fois ce matin

Etant donné que tous les groupes de littérature sont complets et que je ne peux finaliser mes inscriptions s’il me manque ne serait-ce qu’un seul cours 

Etant donné que le cours de linguistique est en même temps que le cours de civilisation mais que ce sont les seuls groupes où il reste de la place

Etant donné que le secrétariat de ma formation ne décroche jamais le téléphone

Etant donné qu’il y a 3h30 de queue pour accéder à un être humain au-dit secrétariat

Etant donné que le-dit secrétariat est ouvert de 9h30 à 12h puis de 14h à 17h

Calculez la probabilité pour que je fasse une dépression nerveuse et m’en prenne physiquement au premier être humain croisé. Vous avez 1h. 

 

Dieu merci, cette semaine arrive bientôt à son terme et, bon an mal an, tout devrait à peu près bien se passer lundi matin. Un nouveau semestre commence. C’est parti!