New-Years-Resolution-Humor

2018. Nouvelle année. Nouvelles résolutions. Nouveaux objectifs. 

Cette année, promis juré craché, j’écrirai davantage. En 2017, je n’ai écrit que 12 billets. Ecrire sur ce blog ou à côté demande du temps que j’ai pas su dégager l’année dernière. J’ai souvent privilégié d’autres activités autrement plus essentielles (corriger une copie, changer une couche, accompagner une sortie scolaire, préparer un cours, faire un escape game avec des copains, buller devant une série…). Cette année, donc, j’ai décidé de tenir un journal de bord de mes activités professionnelles. Je ne dis pas que tu n’entendras jamais parler des dernières prouesses en bricolage de Tendrépoux ou des mignoneries de mes filles, mais ce blog ne s’appelle pas « Ingliche Titcheur » pour rien non plus. 

En cette première semaine de cette nouvelle année, que peut donc bien faire une enseignante d’anglais du second degré détaché dans le supérieur? Hein? Et bien comme nous sommes encore officiellement en vacances, j’en profite pour… ne pas travailler. Shocking, isn’t it? 

Après un premier semestre très chargé, je décompresse, je joue avec mes filles, je fais mes albums photos, je finis de digérer la raclette de Noël (oué), je fais des grasses matinées indécentes - Royal Baby ayant enfin décidé d’arrêter de se réveiller à 6h du matin, toute la famille récupère environ 2 ans de sommeil de retard. Je n’ai même pas une copie à corriger puisque je suis venue à bout de l’intégralité de mes 200 copies avant les fêtes (self-five). Je te l’ai dit, cette année je suis or-ga-ni-sée. 

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Néanmoins, en bonne fonctionnaire éthique et responsable, je me suis penchée cette semaine sur la réforme de la carrière des enseignants. Avant, les profs étaient inspectés régulièrement (tous les 8 ans) (oui, c’est de l’ironie), flippaient bien leur race à l’idée de jouer un bon bout de leur carrière sur leur performance sur 1h de cours et proposaient des pots-de-vin à leurs élèves pour ne pas qu’ils leur pourrissent l’inspection. En vrai, ça se passe toujours plutôt bien rappelle toi… A l’issue de cette inspection, l’enseignant reçoit une note pédagogique sur 60 et une note administrative sur 40 de la part de son proviseur. La note totale sur 100 permettait ensuite au prof d’être éventuellement promouvable à l’échelon supérieur, ce qui lui permet d’augmenter sensiblement son salaire (lol). En tant que PRAG (Professeur Agrégé détaché à l’université), je n’ai plus d’inspection, ni de distinction entre note pédagogique et administrative. C’est ma directrice qui me met une note sur 100, et comme personne n’a aucune idée de comment je fais (bien) mon travail et bien j’ai automatiquement la note maximale pour mon échelon. Cela ne me sert strictement à rien puisque depuis que je suis à la fac, je progresse moins vite que si j’était restée au lycée. Bref. 

La réforme introduit plein de nouvelles choses: plus de notes ni d’inspection, tout le monde progresse au même rythme mais des « rendez-vous carrière » sont organisés lorsque l’on atteint les 6ème, 8ème et 9ème échelons de la classe normale (sur 11 au total, avant la hors classe puis la classe exceptionnelle fraîchement créée). Le « rendez-vous carrière », pour les profs du secondaire, consiste en une inspection suivie d’un entretien avec l’inspecteur pédagogique et un compte-rendu du proviseur. Le rapport ensuite envoyé au ministère permet théoriquement aux profs excellents de booster leur progression et de gagner 1 an sur le passage à l’échelon suivant. Pas mal sur le principe puisque, de toutes façons, les critères de progression (grand choix, choix, ancienneté) étaient si opaques que personne n’y comprenait rien. Là au moins, c’est clair, tu as 3 opportunités d’accélérer le processus (et de gagner 3 ans donc). 

Mais évidemment, pour les PRAG (moi donc), c’est plus compliqué. Etant au 8ème échelon, je suis concernée par ce fameux « rendez-vous carrière ». J’ai donc contacté mon gestionnaire à la fac pour lui demander comment ça allait se passer. Pas de réponse. Je le relance. 

- Bah en fait, on ne sait pas, on a reçu une circulaire du rectorat mais rien n’est précisé. 

- Ah. Et donc il faudrait peut-être appeler le rectorat pour en savoir plus non?  

- Ah oui. Ce serait bien que vous le fassiez plutôt. 

- …

 

Oui, tu as bien lu, cher lecteur. Les RH me demandent de faire leur job. Mais je n’ai pas vraiment le choix: c’est l’une des 2 occasions qu’il me reste pour faire progresser ma carrière un peu plus rapidement. Certes, je pourrais laisser couler et attendre tranquillement de gravir les échelons à l’ancienneté mais le je-m’en-foutisme ambiant m’exaspère. Le statut de PRAG est déjà bien pourri, si en plus on ne peut pas faire valoir ses maigres droits à mettre en avant le travail que l’on fournit, à quoi ça sert? Voulant être certaine de ne pas me faire avoir, j’ai donc accepté (faible je suis). J’ai passé la semaine à appeler le rectorat. Oui je sais, la deuxième semaine des vacances de Noël c’était ambitieux. J’ai envoyé des mails via la plate-forme I Prof. J’ai écrit à l’inspection générale. J’ai appelé tous les numéros possibles et imaginables. J’ai même écrit à un syndicat à la fac. Pour l’instant, seul l’inspecteur général m’a répondu (très gentiment) en me joignant des textes officiels qui malheureusement ne donnent pas beaucoup de détails. Car si pour les profs du secondaire, il existe une application sur laquelle on peut planifier son rendez-vous carrière, s’y préparer, télécharger un modèle de compte-rendu, etc pour les enseignants détachés dans le supérieur, c’est beaucoup plus flou. 

Voici donc où j’en suis: l’entretien doit être passé auprès du président de l’université qui devra rédiger un compte-rendu qu’il devra soumettre à une personne/institution dont je cherche encore l’identité (la circulaire parle du « ministère » mais sans nommer un service en particulier). 

Je n’ai aucune idée de la durée de l’entretien, ni de ce que je suis censée dire ou faire. J’imagine que je vais lui expliquer ce que je fais en cours et hors des cours, me jeter des fleurs sans en avoir l’air, rougissant avec modestie en expliquant mes pratiques pédagogiques révolutionnaires ou retenant une larme d’émotion en évoquant mes liens si forts avec mes étudiants. Pouf pouf. Je pense que le président de l’université n’en sait rien non plus, ni à quoi doit ressembler son rapport. Les RH en tous cas n’en savent rien de leur propre aveu. Je leur ai écrit pour leur demander d’organiser tout cela en leur joignant tous les documents que j’ai récoltés ces derniers jours. Oui, en gros, je leur ai gentiment demandé de faire leur boulot. Shocking isn’t it? 

J’attends donc de voir si j’obtiens des réponses supplémentaires, tout en restant effarée par le manque d’organisation totale de la chose. Le pire, à mon sens, ce sont les RH qui ne se bougent absolument pas pour obtenir les informations nécessaires pour faire leur boulot. Le ministère aurait également pu penser à toutes les situations de l’éducation nationale (les PRAG sont quand même très nombreux!) et se fendre d’une procédure claire et précise pour nous éviter tout ce tintouin. Et puis, pourquoi ne pas nous faire suivre les mêmes procédures que dans le secondaire? Je sais qu’il y a des PRAG qui n’enseignent pas, mais pour la grande majorité qui enseigne, pourquoi ne pas faire venir un inspecteur qui valide sa pédagogie, laissant à la présidence de l’université (ou à la direction du département où travaille le prof) le soin de juger des contributions autres que pédagogiques? Ca n’aurait pas été aussi simple? Voire l'occasion de corriger des différences de traitement d'un autre âge? Depressing, isn’t it?