tiger mom

Cette année, Mamerveille est rentrée en CP. Elle ne sait pas encore lire mais elle comprend les syllabes simples et déchiffre des mots peu complexes. Elle fait des progrès chaque semaine. Un de ses petits camarades de classe (et je pense qu’il n’est pas seul) lit déjà couramment.  

Mamerveille est fille de prof d’anglais mais ne parle pas anglais. Elle connaît quelques mots courants mais je ne lui parle pas en anglais toute la journée. Je ne mets pas les dessins animés en VO non plus et si je lui lis parfois une histoire en anglais, elle réclame bien vite la version française. 

Mamerveille est aussi fille d’ingénieur, mais bizarrement ça n’étonne personne qu’elle ne connaisse pas le théorème de Pythagore…  

J’ai la chance d’habiter un quartier de Paris où l’offre scolaire pullule en établissements tous plus prestigieux les uns que les autres: entre le privé catho hyper sélectif, le privé international où se retrouvent toutes les daughters of et sons of (pas de bitch, sot!) et les écoles Montessori bilingues, il y a le choix. Mais c’est à l’école publique du coin que j’ai inscrit mes enfants. 

Outre le fait qu’elle a le gros avantage d’être a environ 30 secondes à pied de la maison, je suis très satisfaite de ce qu’y font mes enfants. Certes Mamerveille ne maîtrisait pas les équations à 2 inconnues en fin de grande section de maternelle. Elle a « juste » appris à colorier sans dépasser, à découper, à coller, à écrire son nom en attaché, à se repérer dans le temps et dans l’espace, à respecter des règles de vie de classe et à nourrir des escargots — entre autre. Bien sûr, de notre côté, nous l’initions à plein de choses: sport, culture, musique, etc mais je ne fais rien de particulier pour la « pousser ». Je ne lui passe pas Mozart la nuit en fond de tâche dans l’espoir qu’elle se réveille virtuose le matin. Je réponds à toutes ses questions (enfin j’essaie!) mais je ne cherche pas à en faire un singe savant qui pourrait réciter la table des éléments (sans trop comprendre à quoi ça correspond) juste pour épater la galerie. Ce qui m’importe, c'est qu’elle aime aller à l’école et qu’elle s’épanouisse. Elle va donc dans une école publique parfaitement normale et y apprend les choses - shocking! - qui sont au programme de CP. Ni plus, ni moins.  

Maprinchesse suivra le même chemin. Et pareil pour Royal Baby.  

Attention, je ne dis pas que je ne suis pas méga attentive à la scolarité de mes enfants. Je suis à la sortie des classes à 16h30 (privilège de prof) et je supervise les devoirs avec soin. J’aide Mamerveille à dompter les subtilités parfois perfides de la langue française (« Oui ma chérie, il y a un T à la fin du mot mais on ne le prononce pas, ni ce S là d’ailleurs, ni le E muet à la fin de ce mot… »). Mais je ne compte pas lui bourrer le crâne pour qu’elle sache lire avant tout le monde. Je ne vois pas très bien à quoi ça l’avancera exactement puisqu’ils finiront tous bien par savoir lire! Je ne la vois pas écrire « apprentissage de la lecture à 5 ans et 7 mois » sur son CV quand elle sera grande par contre j’imagine assez bien l’ennui qu’on doit développer quand on regarde les autres travailler des compétences qu’on a déjà acquises. Tu me diras que pendant ce temps là, l’enfant qui sait déjà lire lit. Certes mais quoi? A quoi ça sert d’être en avance sur les autres? Je m’assurerai bien évidemment que mes enfants progressent et fassent leurs apprentissages dans les meilleures conditions mais je me refuse à les inscrire contre leur gré dans une compétition que je juge malsaine. 

Evidemment, si mes enfants sont demandeuses, je répondrai à leur désir d’aller plus loin et je ne critique pas les parents qui répondent simplement aux demandes leurs enfants. J’essaierai aussi de stimuler leur curiosité et je sais que par rapport à des familles moins privilégiées cela fait déjà une énorme différence au final. Mais je ne me vois pas imposer à mes filles des heures et des heures de travail en plus, juste pour en faire des bêtes à concours. Si cela vient d’elles, c’est une chose mais je ne suis pas du genre Tiger Mom à l’américaine. 

Dès la fin de la crèche, j’ai eu des conversations hallucinantes avec des parents très méfiants vis-à-vis du public. J’entends bien que tout est loin d’être parfait dans l’éducation nationale mais franchement, dans notre petit arrondissement pépère de la capitale, on est super bien lotis. Je comprends bien sûr que les établissements sus-mentionnés puissent faire rêver. Je confesse bien volontiers m’être renseignée sur les conditions d’admission, notamment dans les établissements bilingues. 

Mais outre le fait que la scolarité dans ces écoles huppées coûte environ un rein et une cornée, je n’ai pas particulièrement envie que mes enfants subissent de véritables entretiens d’embauche alors qu’ils n’ont même pas perdu leur première dent de lait et encore moins qu’ils soient adoubés par un orthophoniste qui jugera de leur capacité à gérer un apprentissage en langue étrangère. J’adhère encore moins à la stratégie de contournement du collège public du quartier qui n’a pas une réputation folichonne, certes, mais qui fait des efforts de dingue pour redresser la barre. Combien d’enfants sont directement inscrits en maternelle dans un établissement catholique, non par foi religieuse, non plus parce que la maternelle ou l’élémentaire publiques auraient des résultats désastreux, mais par simple calcul en vue du contournement de la carte scolaire en collège? 

Je suis peut-être naïve, ou alors c’est le corporatisme qui parle (mais si tu me lis depuis quelques temps, tu ne me feras pas ce procès là!), mais je fais confiance aux institutions publiques pour l’instruction de mes enfants. Comme tous les parents, je suis ambivalente: d’un côté je veux ce qu’il y a de mieux pour mes enfants et je serais certainement la première à être fière si mes filles montraient un talent particulier à quelque chose, à l’école comme dans tout autre domaine d’ailleurs. Mais finalement le plus important c’est leur bien-être. Mamerveille aime aller à l’école, elle y apprend plein de choses à un rythme normal. Elle est curieuse comme une enfant de 6 ans l’est naturellement. Elle adore dire qu’elle a des devoirs et beaucoup de travail à faire et s’y plie volontiers tous les jours mais je ne la sens pas surmotivée pour en faire plus que ce qui est demandé. Pour ma part, j’estime que l’école a un rôle fondamental mais que c’est aussi aux parents à éveiller leurs enfants au monde. On apprend partout, tout le temps: à lire, à compter, mais aussi à nager, à coudre ou à faire ses lacets. On apprend à respecter les autres et les différences. On apprend ce que c’est que la mort, ou la maladie. On apprend à lire l’heure et à peindre. On découvre les chefs-d’oeuvre du cinéma et de la musique. On apprend le solfège et le catéchisme. On a 6 ans. On a le temps avant d’avoir à nager avec les requins...

PS: en anticipation des réactions outrées de parents qui se sentiraient concernés, je ne parle que pour ma paroisse, de ce que je veux pour MES enfants. Si vous faites pas pareil chez vous, ça vous regarde, je juge pas, je donne simplement ma vision des choses. Merci les gens!