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Il y a 3 semaines, je te narrais avec angoisse mes cauchemars pré-rentrée universitaire. 3 semaines déjà et pas une minute pour revenir t’en parler en ces modestes lieux. Dire que je suis sous l’eau est un vaste euphémisme. Je suis sous l’eau avec des enclumes dans les poches. Et des boulets aux pieds. Sous une couche de banquise épaisse. Non je ne dramatise pas *main sur le front, tête rejetée en arrière*.  

Je cours partout: pour être à l’heure à la fac, pour être à l’heure à la crèche et pour être à l’heure à l’école. Pour préparer les repas à l’heure, donner les repas à l’heure et coucher tout le monde à l’heure. Et enfin pour que mes cours soient prêts à l’heure, que mes copies soient corrigées à l’heure, que mon boulot administratif soit rendu à l’heure et pour répondre à tous mes mails à l’heure. Je ne parlerai pas de tous les milliards d’autres trucs qui doivent être faits à l’heure aussi, je commence à avoir l’impression d’être le crocodile de Peter Pan qui a avalé une horloge… Par contre, je ne compte pas mon temps quand il s’agit de distribuer les bisous, faut pas pousser non plus!  

Mais je ne suis point là pour venir geindre et me complaire dans un misérabilisme aussi inapproprié que loin de la vérité. La vérité, c’est que je suis HEUREUSE. J’adore courir partout, être éreintée le soir et avoir mille choses à penser. Certes, j’espère respirer un peu plus à la fin du semestre, mais j’avoue apprécier ma vie en ce moment. Tu en déduiras donc (fin limier que tu es) que la rentrée s’est très bien passée. En effet, on peut le dire.  

Les murs ont beau être toujours aussi amiantés, certains collègues toujours aussi peu aimables et quelques étudiants toujours aussi râleurs, j’ai l’impression de flotter sur un nuage d’optimisme et de foi en mon prochain. 

J’ai retrouvé avec plaisir les étudiants. Ils changent chaque année, je n’ai pas forcément les mêmes têtes dans mes classes, mais à chaque fois, je suis fascinée par ces jeunes hommes et jeunes femmes. Ils ont 20 ans et la vie devant eux. Certains sont perdus, n’ont aucune idée de ce qu’ils veulent faire et regardent l’avenir avec inquiétude. D’autres ont des projets plein la tête, rêvent de voyages à l’étranger et de jobs exotiques. D’autres encore se fondent plus dans le décor, ombres croisées dans les couloirs. Mais tous me touchent au plus profond de moi. La maternité a du me « ramollir » un peu mais je suis émue d’être le témoin et même parfois l’assistante de ces jeunes qui sont la force vive de notre pays (#jedeviensvieille). Je les observe et aime imaginer leur vie en écoutant les bribes de leurs conversations. Ils sont sérieux, ils bossent dur, ils jonglent souvent entre leurs études et un job alimentaire dont la rémunération est souvent proportionnelle à l’intérêt. Certains découvrent Paris et sa vie culturelle et j’adore les entendre s’émerveiller de leur dernière trouvaille. Cela me rappelle mes propres années étudiantes et nos sorties entre copains (#sérieuxjedeviensvieille). Bref, je regarde et traite tous ces jeunes étudiants avec toute la bienveillance possible. 

Rassure-toi, il m’arrive bien sûr de m’agacer sur l’étudiant qui « n’a pas trouvé la salle » après 3 semaines de cours. Les mails écrits par les parents des étudiants en L2 me laissent toujours pantoises. J’ai toujours des sueurs froides lorsqu’un étudiant en Master me sort « I have 20 years ».  Et bien sûr, tout n’a pas été facile côté administratif: il y a eu quelques ratés, des profs qui ne sont jamais venus, des salles attribuées à deux cours en même temps, des files interminables devant les bureaux pour les inscriptions pédagogiques. Mais j’ai aimé retrouver cette atmosphère estudiantine et le fourmillement intellectuel de l’université. 

Les projets de recherche, les colloques, les conférences: tout ce monde me fascine et même si je n’en fais pas (encore) partie, je commence à essayer de cerner les sujets qui pourraient m’intéresser dans un futur lointain mais peut-être pas tant que ça (tu as vu cette habile mention, l’air de rien, que je me collerai bien à une thèse?). 

Voilà où j’en suis, cher lecteur. Fatiguée, mais heureuse (mais fatiguée). D’ailleurs, je vais devoir te laisser, s’il y a bien une chose qui n’attend pas, c’est l’heure de l’apéro!