im-a-mom

Le plan était parfait. En tant que prof dans le supérieur, mon congé maternité de 26 semaines correspond à 312h de décharge. Je devais reprendre le 8 février prochain et il me restait donc 72h à effectuer sur mon service de PRAG qui en compte 384. Comme nous sommes une université moderne, nous disposons d’une offre de formation à distance via notre sioupère plateforme en ligne, et comme mon administration est trop cool, ils m’ont proposé de reprendre deux cours de master à distance. Sur le papier, c’était une excellente idée: avec le télé-travail, pas besoin de trouver un mode de garde pour Royal Baby (sa place en crèche n’est disponible qu’en septembre) (oui, j’ai eu une place en crèche) (ouais je sais, j’ai trop de la chance) (non je n’avouerais jamais ce que j’ai du faire pour l’avoir). Je peux donc garder ma puînée, aller chercher ses deux soeurs à l’école et à la crèche tout en assurant mes deux cours par semaine. Fastoche. D’autant plus fastoche que j’avais prévu de tout préparer bien à l’avance, pendant ces lonnnnngues semaines de congé maternité. L’idée était de ne plus avoir qu’à balancer les activités en ligne au fur et à mesure du semestre, assurer le suivi pédagogique des étudiants et corriger leurs copies, le tout avec un bébé sur les genoux et un mojito à la main. Un peu de stimulation intellectuelle entre deux tétées: le plan idéal en somme. 

 

Mais évidemment, la réalité est un peu différente de ce que j’avais imaginé. Déjà, parce que je suis super sympa, j’ai accepté de m’asseoir sur mes 3 dernières semaines de congé maternité et de commencer mes cours avec le début du second semestre afin de ne pas pénaliser les étudiants (quand je te dis que je suis sympa, en fait je suis limite conne…). J’ai donc commencé lundi 18 janvier. Cette semaine quoi. 

 

Deuzio, j’étais censée avoir préparé mes cours cet été. Tu sais quand j’avais tout ce temps libre puisque j’étais alitée toute seule à Paris pendant des semaines. Oui mais non. J’ai bien esquissé ma progression, trouvé quelques documents et préparé un ou deux exercices, mais je suis loin d’avoir préparé les deux fois 13 séances prévues ce semestre. Apparemment j’ai trouvé beaucoup plus ludique de me photographier en train de marcher dans la litière du chat… 

 

Tertio, je ne sais pas pourquoi j’avais le souvenir que les bébés de quelques mois dormaient toute la journée. Ce n’est pourtant pas bien loin (dois-je te rappeler que ma deuxième fille n’a même pas deux ans?), mais force est d’admettre que ma mémoire m’a joué des tours (à moins que ma petite troisième ne dorme beaucoup moins que ses grandes soeurs, la fourbe!). Donc tu l’auras compris, Royal Baby fait des siestes, certes, mais pas suffisamment longues pour me permettre de préparer de belles séquences pédagogiques (en sus des tâches ménagères à la noix que je suis bien obligée de me fader si on veut manger/se vêtir/évoluer dans un environnement à peu près propre). Mes journées sont donc très courtes puisqu’à partir de 16h30, je peux oublier toute activité non nainesque. 

 

Quatrio, je suis déchirée. Epuisée. Kaput. Parce que 3 enfants c’est 3 fois plus de raisons de ne pas dormir la nuit. 3 fois plus de réveils nocturnes dont les causes sont aussi variées qu’imprévisibles (entre la grande qui fait un cauchemar, la moyenne qui a 39,5° à cause d’une varicelle carabinée et la troisième qui oublie qu’elle fait ses nuits et décide de réclamer une tétée à 5h, je dors par tranches de 2 heures). Du coup la journée, quand les deux grandes sont à l’école/crèche, que la petite dort et que je suis venue à bout des corvées domestiques, je dois avouer que je pique souvent un petit somme. Mais la petite sieste qui devait ne durer qu’une vingtaine de minutes, juste le temps de poser ma tête sur mon oreiller frais et moelleux, et de m’enrouler sous la couette, se transforme bien trop souvent en roupillon de deux heures. Je me réveille en sursaut à 16h20, pousse un juron et file chercher mon petit monde à la sortie des classes. 

 

Cinquio, à mon grand dam je suis une perfectionniste limite maniaque. Des collègues bienveillantes m’ont pourtant bien conseillé de ne pas me prendre trop le chou sur la préparation de mes cours, de « balancer un texte ou une vidéo et qu’ils se débrouillent avec » mais mes réflexes de Titcheur ont la peau dure. Je passe donc des heures à programmer des quiz en ligne, des feedbacks automatiques et des activités interactives pour que mes étudiants aient tout de même l’impression d’avoir un être humain au bout de la souris. 

 

Bref, tu l’auras compris, je pensais avoir eu THE GOOD IDEA du siècle: rester à la maison profiter de mes enfants ET assurer mon métier d’enseignante. Au lieu de cela, je me retrouve avec les contraintes du boulot (des cours à préparer, des deadlines à respecter, des étudiants à corriger) et celles du congé maternité (les enfants et la maison à gérer). Donc en fait c’est un peu la lose. Mais bon, je sais aussi que SI j’arrive à récupérer un peu niveau sommeil, alors je perdrais moins de temps en sieste, et que donc je pourrais prendre de l’avance dans ma préparation de cours (on peut rêver) et par conséquent dégager du temps pour mes enfants, mon mari et (soyons fous!) moi. Gros cercle vertueux de la mort. Bon et puis le semestre s’achève fin avril, y a pas mort d’homme non plus. Il va y avoir 3 mois un peu tendus, juste de quoi permettre à mes neurones de se reconnecter doucement et puis ce sera les vacances. Je suis prof, tout de même, faut pas déconner! 

 

Le côté positif de cette petite expérience de homeworking, c’est que j’appréhende beaucoup moins la « vraie » reprise, en septembre prochain. Mamerveille sera en grande section de maternelle (quasi adulte quoi), Maprinchesse et Royal Baby à la crèche. Elles auront toutes 8 mois de plus ce qui devrait avoir un impact conséquent sur notre quotidien. Mamerveille sera encore plus autonome qu’elle ne l’est aujourd’hui (peut-être arrivera-t-elle à se faire son café du matin toute seule?). Qui sait, Maprinchesse sera peut-être propre (et j’économiserai 3 heures hebdomadaires - oui j’ai fait le calcul - de changement de couches! * émotion*)? Et Royal Baby aura peut-être enfin soit trouvé son pouce, soit trouvé le moyen de se démerder toute seule pour retrouver sa tétine la nuit. Je sais, j’ai des désirs simples… Ce que je veux dire va certainement être la tautologie du jour, mais plus le temps passe, plus elles grandissent (c’est puissant hein?). Et plus elles grandissent, plus ce sera facile en termes logistiques. Je connais l’adage « petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes », mais là je vise à court terme: tout ce temps que je gagnerai le jour où elles sauront toutes les trois s’habiller, se laver, se nourrir, se torcher seules, tu imagines un peu combien de copies ça représente??? 

 

Mais en attendant je profite de mon petit bout de 4 mois et de ses grandes soeurs. Et mine de rien, mes cours pour la semaine prochaine sont prêts, la maison est propre, le repassage fait, le frigo rempli. Je suis douchée et maquillée. Merde, je suis en train de me transformer en putain de wondermaman! ;)