mother of three

C’est étrange comme le fait d’avoir 3 enfants à Paris a fait changer le regard des gens sur nous. Nous sortons du moule « couple marié avec deux enfants » et cela suscite apparemment l’effroi général. Pas chez nos proches, dieu merci, mais dans notre entourage plus loitain, et notamment chez les parents des copains d’école de Mamerveille que nous croisons fréquemment au square ou à la sortie des classes, ou chez nos voisins qui nous tiennent la porte pour laisser passer une enfant à trottinette, une enfant qui dodeline d’un pas encore peu assuré, une enfant qui ronfle dans sa poussette et le papa et la maman, le teint un peu défraîchi.  

Ma grande expérience de multipare m’a permis d’expérimenter des réactions bien distinctes selon la position de l’enfant :

Au premier enfant, tout le monde te félicite et fait des rondades de joie (si, si). Sa venue au monde est un véritable miracle aux yeux de la collectivité.

Au deuxième enfant, les félicitations sont de rigueur également puisque, EVIDEMMENT, on ne saurait laisser notre aînée fille unique. Sa naissance est  source de félicité mais elle est aussi perçue comme logique, normale, évidente.

Dans la psyché collective, il aurait été de bon ton que nous eussions un garçon en deuxième position, pour avoir le « choix du roi ». Pas de chance, ce fut une deuxième fille. « Ah bah vous allez être OBLIGES de faire un troisième alors! ».

Et quand le troisième enfant paraît (pas de bol, encore une fille!), les félicitations sont toujours de mise, of course, mais elles sont systématiquement accompagnées des remarques suivantes (de la part de l’entourage sus-mentionné, notre famille et nos amis étant heureusement beaucoup plus positifs!): 

« Tu dois être épuisée non? »

« Ca doit être super sport! »

« Oh la la, tu as une mine épouvantable! Tu ne dors pas? »

« Ah oui, elles sont quand même super rapprochées vos deux dernières…  Comment tu fais? »

« Ca ira mieux dans quelques années, vous verrez ». Bref, les gens « de l’extérieur » nous font peu de remarques positives sur la beauté d’une si grande famille ou la richesse des futures interactions entre les trois soeurs et ne tendent à voir (ou imaginer?) que le négatif.

 

Je ne sais pas pourquoi il semble si effrayant d’avoir trois enfants. Peut-être que mes copines parents-d’élèves ont des enfants si hyperactifs, insolents et laids que ça leur a coupé l’envie de continuer à se reproduire? Je plaisante bien sûr, mais je me demande toujours qu’est-ce qui, chez nous, provoque ce genre de remarque. Avons-nous l’air malheureux, au bout du rouleau? Je ne crois pas. Certes, nous sommes fatigués en ce moment car Royal Baby ne fait pas ses nuits (elle a 1 mois 1/2, ce n’est pas non plus étonnant), mais ni plus ni moins que tout parent d’un nourrisson.  

Alors, qu’est-ce qui fait peur dans le fait d’avoir 3 enfants? Franchement, je ne vois pas. C’est chouette 3 enfants, ça créé des possibilités d’interaction vachement intéressantes. Je suis moi-même affublée de deux petits frères (t’ai-je déjà parlé de Mi Broteur et de Doudur?) et j’ai adoré (et adore toujours) notre trio et les liens indéfectibles que nous avons tissés. Je souhaite que mes filles connaissent la même chose et c’est certainement pour cela que j’ai toujours voulu avoir trois enfants. 

Alors oui, c’est très sport en ce moment. Mais honnêtement, la vie avec un nourrisson est forcément un peu sport (enfin, surtout les nuits). D’ailleurs, ce n’est pas tant le nombre d’enfants que leur écart d’âge qui est source de fatigue. 

Ma « grande » n’a que 4 ans, la moyenne 19 mois et Royal Baby, l’âge canonique de 6 semaines 1/2. Alors forcément, niveau autonomie on est limité et les enfants ont toutes besoin de moi à différents niveaux. 

Mamerveille veut être grande. Elle n’arrête pas de nous énumérer toutes les choses qu’elle pourra faire quand elle aura 6 ans (regarder Spiderman, aller toute seule à l’école (elle rêve…), ou faire des rollers). Elle s’autonomise de plus en plus mais réclame aussi beaucoup d’attention. Ce n’est pas facile de voir sa maman accaparée par deux bébés alors j’essaye de lui consacrer du temps rien qu’à elle pour qu’on fasse des trucs de grandes toutes les deux. En ce moment, forcément, ce n’est pas très fantasque: nous lisons des livres ensemble, écrivons ou regardons un film. Mais dans un futur que j’espère pas trop lointain, j’ai dans l’idée de l’emmener à la piscine pour une session mère-fille, ou à l’un des ateliers du musée Branly qui ont l’air trop bien.

 

Maprinchesse est entre les deux. A la fois attirée par sa grande soeur et les trucs trop bien qu’on peut faire quand on est une grande et un peu jalouse de cette petite chose qui tète le sein de sa mère et qui n’attrape même pas le ballon qu’elle lui lance. J’essaye aussi de lui consacrer du temps rien que pour elle, à la fois en tant que « grande » et « petite » soeur. Pas évidente cette place du milieu! Alors on joue à la dînette, on essaye de se mettre sur le pot (énorme fascination pour cet objet, je ne désespère pas qu’elle soit propre tôt) (si tu savais le nombre de couches et le budget aférant qu’on y passe, tu comprendrais…). Mais on fait aussi de gros câlins dans les bras et on chante des berceuses, parce que 19 mois, c’est pas bien grand tout de même… 

 

Royal Baby, quant à elle, demande évidemment beaucoup d’attention mais ni plus ni moins que ses deux soeurs finalement. Je passe mes journées avec elle donc quand je récupère les deux grandes à 16h30, j’essaye de me consacrer équitablement à tout le monde, pour qu’aucune ne se sente lésée. Là, mécaniquement, c’est un peu plus sportif. Et ça donne un truc comme ça. 

 

16h30: je prends Royal Baby en porte-bébé et file récupérer Mamerveille à la maternelle. Nous rentrons toutes les 3 goûter à la maison. Mamerveille me raconte sa journée pendant que j’allaite le bébé. 

17h: nous repartons chercher Maprinchesse à la crèche. Mamerveille prend sa trottinette et Royal Baby est dans la poussette. C’est là que ça se corse… 

17h10: arrivée à la crèche (surchauffée). J’enfile mes sur-chaussures (ces objets du malin). J’aide Mamerveille à enfiler les siennes. Je détache le cosy du support de la poussette (je n’ose pas laisser le bébé seul au rez-de-chaussée pendant que je monte à l’étage avec les deux autres) et je prends l’ascenseur.

17h15: Maprinchesse se jette dans mes bras. Mamerveille part s’amuser avec les jouets des petits « parce que c’est trop cool maman ». La puéricultrice me fait le débrief de la journée pendant que je rhabille Maprinchesse et que je surveille le petit Mattéo qui s’approche dangereusement du cosy où dort mon bébé. Je perds 1 litre de sueur par minute tellement il fait chaud. 

17h20: nous redescendons. Je fixe le cosy sur la poussette, remets les manteaux aux enfants, enlève mes sur-chaussures et celles de Mamerveille et re-sors avec mes 3 loustics. En général, un parent compatissant me tient la porte pour que je puisse passer avec mon tank et mes cheveux hirsutes.

17h30: Maprinchesse s’arrête net au bout de 20 mètres car elle ne veut plus marcher. Qu’à cela ne tienne, notre poussette est équipée d’une astucieuse tablette où elle peut se tenir debout sans faire d’effort. Mais elle refuse d’y monter. Elle veut les bras. Sauf que mes bras sont occupés à pousser la poussette et que Maprinchesse n’est pas bien lourde, certes, mais quand même trop pour être portée sur 400 m par sa mère dont le périnée n’est même pas rééduqué.

17h32: Je crie à Mamerveille de revenir vers nous (elle a foncé comme une blinde en trottinette et semble décider à percuter un passant ou une poubelle). 

17h38: Je négocie avec Maprinchesse de marcher encore un peu. Raté. Je la mets de force sur la tablette et me retrouve avec un bébé chewing-gum qui se met à pleurer. Je me fâche. J’ai encore perdu 1 litre de sueur. Maprinchesse finit par obtempérer. 

17h41: J’accélère le pas pour rentrer à la maison. Je détache le cosy, range le châssis de la poussette dans le local prévu à cette effet et entasse ma progéniture dans l’ascenseur limité à 3 personnes. 

18h: les enfants jouent pendant que je prépare le dîner. Si j’ai de la chance, Royal Baby dort du sommeil du juste. Sinon, je cuisine tout en berçant du pied le bébé dans son transat. Si j’étais vraiment organisée, le dîner serait prêt avant 16h30 mais bon… 

18h30: je cours derrière les filles pour leur faire prendre le bain. Je déplace le transat du bébé de pièce en pièce car cette petite ne supporte pas la solitude et braille si elle se retrouve seule trop longtemps. Le bain est un moment de calme et de volupté totale. Nan je déconne. Les filles jouent à qui arrosera l’autre le plus, la salle de bain se transforme en piscine mais tout le monde s’amuse bien. Quand il faut sortir, c’est le drame. Mamerveille obtempère volontiers mais Maprinchesse a décidé qu’elle resterait dans la baignoire, même vide. Je la sors de force (bébé chewing-gum bis), la sèche de force, et l’habille de force (les terrible two approchent on dirait). 

19h: je ramène le transat dans la cuisine et installe tout le monde à table. Là, je savoure un moment de calme. Les deux grandes mangent tranquillement (seules et proprement) (Maprinchesse est vachement en avance sur son âge pour ça, c’est le pied). Pendant ce temps, Royal Baby commence à s’agiter parce qu’elle commence à avoir un petit creux elle aussi. Je la fais tenir jusqu’à la fin du repas parce que, franchement, allaiter son bébé, tout en ramassant une cuillère ou en préparant un  yaourt, c’est galère. Je sais, je l’ai fait.

19h30: j’allaite le bébé pendant que les deux grandes jouent. En général, nous regardons toutes les 4 un dessin animé (comme ça je ne suis pas obligée de me relever 50 fois pendant la tétée parce que l’une essaye d’étriper l’autre pour une vague histoire de jouet volé). 

20h: les dents, pipi et tout le monde au lit. 

20h01: tout le monde dort (et c’est pas une blague) (merci les rythmes scolaires qui épuisent les enfants!). 

Quand Tendrépoux rentre du travail vers 21h, je dois avouer qu’en général, le spectacle n’est pas très glamour. Bizarrement, entre 20h et 21h je n’ai PAS préparé de dîner aux chandelles, et je n’attends PAS mon mari en petite tenue, une flûte de champagne à la main. Non. Je suis plutôt avachie dans le canapé, en train de ricaner bêtement devant « Catherine et Liliane » après avoir fait l’effort surhumain de réchauffer une soupe Picard. 

 

Donc oui, 3 enfants, c’est un peu plus fatiguant, mais je soupçonne que ça le sera beaucoup moins quand Royal Baby fera ses nuits (et par voie de conséquence, moi les miennes). 

Oui, le fameux « tunnel » 16h30-20h est un peu plus sportif car il faut répondre aux attentes de trois êtres vivants distincts. 

Oui, j’ai une petite mine (et ce n’est pas faute d’user et d’abuser d’anti-cernes et de fond de teint). Mais en plein mois de novembre, give me a break! 

Oui, je fais au mieux, tout en étant consciente que je ne réussis pas tout. Que parfois je m’énerve un peu trop vite, que je crie un peu trop. Que si j’avais quelques heures de sommeil de plus au compteur, je serais sans doute plus patiente et plus efficace. 

Oui, dans quelques années ça ira mieux, mais je sais aussi que, dans quelques années, je repenserai avec nostalgie à ces premiers mois à 5, en sirotant ma coupe de champagne avec Tendrépoux…