cell phone jammers in schools

Suite aux nombreuses réactions à mon billet précédent, voici quelques constats navrés et navrants sur l'usage des téléphones portables (mobaïles pour les intimes) en cours. 

Déjà au collège lycée, l'objet semble littéralement greffé au corps de nos chers bambins, ceux-ci étant prêts à le dégainer, qui pour prendre une photo des fesses de Marie-Nabilla, qui pour textoter une blague à Jean-Kevin, qui pour faire une partie de Candy Crush en douce pendant le cours de maths. Déjà une vraie plaie donc. 

En fac, c'est un peu puissance 10. Car il faut savoir que certains étudiants de première année ont une vision légèrement erronée de l'université. On leur a tellement présenté la fac comme un espace de liberté où l'assiduité en cours est optionnelle et le règlement intérieur une vaste légende urbaine qu'ils ont l'impression que c'est la fête du slip en cours. Et que je ramène mon café et une boîte de petits gâteaux en cours (auquel j'arrive en retard, y avait la queue au Starbuck). Faut voir leur air surpris quand tu oses leur faire remarquer qu'ils ne sont pas à la cafèt' et que le cours démarre à 9h30, pas à 10h… Mais bon, après une remarque un peu verte sur le sujet, le problème est en général réglé et heureusement, seule une minorité se comporte ainsi. 

Pour ce qui est des smartphones donc, c'est autre chose. Le précieux est apparemment si indispensable qu'il est en général posé sur le bureau, et consulté toutes les 10 minutes. De temps en temps, une vibration désagréable résonne. Ou pire, une sonnerie retentit (on échappe cependant aux sonneries pourries des ados - la fameuse sonnerie "prout" a fait des ravages à son époque). Dieu merci, personne n'a encore jamais décroché en plein cours. Par contre, nombreux sont ceux qui répondent à un texto sous mon nez alors que je suis en train de raconter quelque chose de certainement fascinant sur un aspect indubitablement passionnant de la culture anglaise.  

Alors non je n'ai pas interdit les portables en cours, j'estime m'adresser à des adultes responsables et cela ne me gêne pas qu'on consulte l'heure sur son portable ou qu'on jette un coup d'oeil à un SMS si cela ne perturbe pas le cours. Bien sûr, si un téléphone sonne ou que je chope un étudiant en train de tapoter frénétiquement sur sa chose, je réagis sévèrement. Souple oui, conne non (enfin je crois pas). Faut pas déconner quand même. Mon portable à moi est en mode silencieux au fond de mon sac et j'attends la fin du cours pour vérifier qu'aucun appel urgent n'a eu lieu pendant l'heure et demie qu'a duré mon TD. J'estime que si je peux le faire (et Dieu sait si je tiens à mon précieux!), alors mes étudiants doivent pouvoir le faire également.  

Quant à l'utilité du mobile pour connaître l'heure, j'ai bêtement investi depuis longtemps dans un objet fort commode qu'on appelle "montre" et dont manifestement mes étudiants ne connaissent pas l'existence. Certains m'ont rétorqué que quand même, ça coûte cher une montre, alors qu'ils se baladent avec un précieux à 600 boules dans la poche. J'ai la gamme des prix des Flic-Flac à leur proposer, en général ça les fait relativiser.

Mais quand le smartphone devient outil de tricherie comme je te le narrais la dernière fois, là je vois rouge, de la fumée me sort par les oreilles et la veine sur mon front menace d'exploser. Bref, j'ai l'air d'une folle sous cocaïne. 

Voici les consignes que je donne lors de mes partiels (qui concerne des groupes de 35 étudiants): "Portables éteints et rangés dans vos sacs, sacs au sol. Je ne veux voir sur vos tables que votre matériel pour écrire et votre carte d'étudiant". 

Mais comment vérifier que les portables sont bien dans les sacs et pas entre leurs jambes? Je vais quand même pas les fouiller! 

L'autre tactique est de leur faire poser au contraire leur mobile bien en évidence sur la table, éteint évidemment. Comme ça au moins je sais où est l'objet du délit. Sauf que certains ont 2 téléphones. D'autres disent ne pas en avoir. Là encore, je ne peux pas les palper pour vérifier. 

Reste la solution du brouilleur de téléphone portable. Je me suis bien sûr ruée sur mon ami gougueule pour voir un peu combien coûtait la bête et vérifier que c'était bien légal. Une rapide recherche me dit que ça me coûterait entre 45 et 200 Euros selon le modèle. Je consulte un site ayant testé un brouilleur qui se dissimule dans un paquet de cigarettes. Bon, je ne fume pas et outre l'idée saugrenue de poser son paquet de clopes sur son bureau en cours, un problème majeur se pose: la portée maximale est de 10m. Ce qui signifie qu'à moins de me placer debout au centre de la pièce sans bouger, les rangs du fond resteront hors portée (et c'est rarement les étudiants du premier rang qui trichent sur leur portable bizarrement).  

Autre problème majeur: c'est strictement interdit. La loi l'autorise uniquement pour les salles de spectacles et les prisons. Pourtant, sous de nombreux aspects, une salle de classe ressemble aux deux (rhoo, ça va!). Argument apparemment insuffisant aux yeux du législateur qui estime que les ondes émises sont possiblement dangereuses pour la santé et que, dans le doute, mieux vaut s'abstenir. Là je pousse un énorme MOUAHAHAHAHA: on nous empêche d'utiliser des brouilleurs pour les examens (qui ne durent pas 10 heures, il faut le rappeler) par contre personne ne voit de problème à refiler un mobile à un ado de 12 ans qui dormira avec. TOUT VA BIEN. 

Brouiller les portables pendant les 2 heures que dure une pièce de théâtre, ça passe mais faire la même chose pendant les 2 heures de l'épreuve d'anglais au bac S, là subitement y a problème de santé publique? MAIS BIEN SUR. 

Dernier souci: le brouilleur bloque les transmissions mais n'empêche en rien de consulter des données enregistrées sur le portable. Modérément utile donc, même si du coup la tricherie devrait être planifiée à l'avance pour être possible. 

Il ne me reste donc qu'à passer dans les rangs de façon aléatoire en espérant dissuader toute tentative de triche. Pour moi, ça va, mes salles sont à taille humaine et 35 étudiants, ça se surveille. 

Mais quid des amphis de 400 étudiants serrés comme des sardines? Ils passent entre quels rangs les profs? 

Quid des examens officiels comme le bac ou les concours? Qui va aller fouiller les candidats qui se rendent aux toilettes pour s'assurer qu'ils n'ont pas de smartphone dans leur poche? 

Dernière solution: s'en moquer et laisser faire. Après tout, pourquoi se battre alors que ces outils sont partout? Même dans la vie professionnelle, on peut parfois avoir besoin de recourir à un petit aide-mémoire ou de consulter une référence en ligne. Finalement, c'est peut-être une étape de notre évolution en tant qu'Homo Sapiens Iphonus? Le mobile deviendrait une extension de notre mémoire (ou plutôt un palliatif). 

Cynique? Peut-être. Lucide, certainement. Ca ne m'empêchera pas d'être ultra vigilante à l'avenir lors des examens que je surveillerai. Parce que quitte à passer des heures à corriger des copies, autant que ce soit du 100% authentique et pas un texte mal digéré et recopié d'un obscur site internet parlant vaguement du sujet. Nan parce que sinon, on arrête de faire semblant d'évaluer les connaissances et on teste plutôt les méthodes de recherche sur le net, avec un bonus de 2 points pour le copié-collé le plus discret. 

Et toi lecteur chou, tu as des suggestions (non violentes) pour que mes étudiants cessent de tricher?