cheating

Qui n'a jamais triché à un contrôle? Une petite anti-sèche planquée dans la trousse, des verbes irréguliers écrits à la hâte sur un poignet et à moitié effacés par la sueur, des stylos truqués pour les plus inventifs… C'est presque mignon quand on y pense et ça fleure bon la nostalgie de nos jours d'écoliers.  

Il y avait un vrai travail de préparation. Il fallait se creuser la tête pour essayer de deviner le sujet du devoir et préparer l'anti-sèche adéquate. Il fallait la recopier, en tout petit, sur un minuscule bout de papier. On lisait au moins son cours une fois à cette occasion et parfois, miracle!, ça rentrait tout seul par ce seul biais. Avec un peu de chance, on avait vu juste et nos devoirs de philo s'enrichissaient de citations pertinentes. Mais parfois, pas de bol, ce n'était pas le sujet prévu et nos petits bouts de papier préparés avec tant de minutie ne servaient plus à rien et il ne restait plus qu'à réfléchir et essayer de rassembler les quelques connaissances grappillées au fil des cours. 

Ah c'était le bon vieux temps (oui ça fait vieille conne de dire ça) (en même temps je viens de fêter mes 35 ans) (c'est gentil de dire que je les fais pas) (si, si, ça me touche, merci). 

Sauf qu'aujourd'hui, avec les smartphones et internet, c'est devenu une vraie plaie. Pourquoi s'emmieller à apprendre son cours quand toutes les réponses sont là, à disposition, d'un seul clic. C'est du moins ce que s'imaginent certains de mes étudiants, pourtant avertis du sort réservé aux tricheurs à l'université (la mort par lapidation l'exclusion de tout établissement public pendant 5 ans pour les cas les plus graves). 

Apparemment, donc, réfléchir avec son cerveau quand on leur pose une question n'est plus une option. Même quand on a passé 1 mois de cours sur les notions, que le sujet ne nécessite que de mobiliser ce qui a été vu en cours et d'ajouter quelques idées perso, et bien non. Le réflexe neumber ouane, c'est de consulter Wikipedia. Et de recopier intégralement la première ânerie qui a vaguement l'air de se rapprocher du sujet. 

Ainsi, après un cours sur la mondialisation et la culture américaine, le partiel de mi-semestre arrive. Conditions d'examen: cartes d'étudiant siouplé, portable éteint et rangé dans les sacs, les sacs au sol  attention je veux rien voir sur vos tables, et je ne veux rien entendre. Je pose à mes étudiants la question suivante: "La culture américaine est-elle une invasion inoffensive?" (en ingliche évidemment). Et bien voilà la réponse trouvée dans une copie: 

 "Increased flow of skilled and non-skilled jobs from developed to developing nations as corporations seek out the cheapest labor

Increased likelihood of economic disruptions in one nation effecting all nations

Corporate influence of nation-states far exceeds that of civil society organizations and average individuals

Evidemment ça n'a rien à voir avec le chmilblik. Evidemment l'anglais est trop avancé pour mes étudiants de niveau B1. Evidemment ma première réaction fut un gros "GNI? De quoi qu'elle cause celle là?". Après un soupir d'énervement face à l'inanité de la démarche de cette étudiante, je me résolus à googler la première phrase pour retrouver la source de cette production complètement hors sujet et en moins de 2 minutes, la fraude en plein examen fut prouvée.

Et puis là, une rage indescriptible m'envahit: non seulement cette étudiante avait triché en plein partiel, à mon nez et à ma barbe (pourtant fraîchement épilée!), mais de façon parfaitement ostentatoire, sans chercher à camoufler son méfait. A la limite (à la limite!) qu'on consulte wordreference.com pour trouver un mot de vocabulaire manquant, je peux le concevoir et ça passe totalement inaperçu dans la copie (ça ne change rien au final si on persiste à mutiler l'anglais mais bon, ça donne l'impression à l'étudiant d'avoir moins raté son examen). Mais pomper mot pour mot un truc qui n'a strictement rien à voir avec la question posée et espérer que ça passe, c'est franchement prendre son correcteur (moi en l'occurrence) pour une énorme buse.

Je te raconte pas le scandale que je vais taper à la rentrée et le rapport saignant qui est déjà parti au département auquel appartient cette étudiante. Evidemment je m'en veux à mort de n'être pas plus passée dans les rangs pendant l'heure trente qu'a duré cet examen. Mais honnêtement, je ne peux pas fliquer 35 étudiants de 3ème année ni les fouiller pour m'assurer que leur portable est bien dans leur sac. J'ai certainement été bien naïve de penser qu'en 3ème année de licence, on est suffisamment adulte pour assumer ses failles en anglais et faire de son mieux avec les outils linguistiques dont on dispose. Appelez-moi simplette donc. 

Parce qu'au final, cette étudiante a eu 0/20 à sa copie. Elle risque des sanctions de la part de son département allant du simple blâme à l'exclusion et donc de ne jamais valider sa licence. Et elle a perdu tout crédit à mes yeux. Elle s'en fout certainement mais moi, ça m'a fait mal à ma foi dans l'humain cette histoire.

Alors que si elle avait fait comme ses petits camarades qui spikent pas très bien l'ingliche mais qui essayent quand même, elle aurait au moins grappillé les quelques points qui lui auraient peut-être permis de valider son diplôme. Je demande pas grand chose quand même! Même ce genre de choses, ça vaut un bon 4/20: 

"American culture is for Europe Coca-Cola, fast food (donuts, beagles…), death penalty, musics with Michael Jackson. But it is much générality. All this cliché are in Europe. This caricature denounces problems of globalization with well-exchange all countries are uniform. After World War II american people are rich with a good consumer society. There were American dream. American culture have bought capitalism and mass-consumption but too good film or good director like Spielberg and good music like Madonna."

Je sais, je sais, tu te demandes où sont les 4 points, mais je t'assure que je préfère ce genre de charabia dont on ne peut remettre en question l'origine et qui montre au moins un effort pour communiquer (même s'il n'est pas couronné de succès, je l'admets) à cette espèce de paresse insultante qui consiste à chercher une solution toute faite ailleurs. 

Bref, comme tu le vois, je suis remontée comme un coucou. Ca va chier des bulles lundi prochain, y en a qui vont pas faire les malins. Enfin une au moins. Enfin, si elle vient en cours. 

Pour les prochains partiels, je songe à investir dans un brouilleur de portables. C'est parfaitement illégal mais rien que d'imaginer la tronche des éventuels fraudeurs devant l'absence de réseau me fait frissonner d'un plaisir que seul Tendrépoux est d'ordinaire capable de susciter. 

Ma vengeance sera terrible.