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Il n'aime pas être interrompu quand il parle. Cela perturbe son raisonnement et il perd le fil de sa pensée. Il faut faire vite, il y a du boulot, la prochaine édition ne s'écrira pas toute seule. Ce brouhaha dehors l'énerve. 

Quand les portes s'ouvrent avec fracas, il ne comprend pas tout de suite. Qui sont ces deux types en noir? Que tiennent-ils à la main? Et puis soudain, le déclic. Les caricatures, les menaces, l'incendie, la police, les fous de Dieu. 

A-t-il eu le temps de comprendre ce qui allait lui arriver? 

A-t-il eu le temps d'apercevoir la lueur sadique dans le regard cagoulé de son bourreau? 

A-t-il eu le temps de voir ses camarades tomber? 

A-t-il eu le temps de réaliser qu'il était le prochain, qu'il n'allait pas en réchapper? 

A-t-il eu le temps d'avoir peur? 

A-t-il fermé les yeux? A-t-il tenté de s'enfuir? A-t-il dit quelque chose? A-t-il souffert quand la balle a pénétré son corps? 

Et quand il s'est écroulé sur le sol, baignant dans son sang, agonisant, à quoi a-t-il pu penser? A sa famille? A ses enfants qu'il ne verrait plus grandir? A ses amis allongés à côté de lui? A demain qui n'existera pas? A "tout ça pour un dessin"?

Puis la lumière s'est éteinte, les bruits se sont tus et les questions ont cessé. 

Il n'avait plus de temps. Lui, c'est Cabu, c'est Charb, c'est Wolinski, c'est le policier en faction. Lui, c'est moi, c'est toi, c'est nous tous. 

 

D'habitude, je ne commente pas l'actualité en ces lieux. Mais depuis hier, ces questions me hantent. 

Depuis hier, je me raccroche au sourire innocent de mes enfants pour me dire que notre monde ne peut pas être que cet amas de haine et de rage. 

Depuis hier, j'ai envie de vomir, de me vider de ce poids visqueux. 

Depuis hier, j'ai envie de prier un Dieu que je crois bon. 

Depuis hier, je suis Charlie. 

 

Aujourd'hui, à la fac, nous avons observé une minute de silence. Tous, enseignants, personnels, étudiants, le stylo levé, sous le ciel qui pleurait nos morts, ensemble. 

1 minute de silence. A présent il est temps d'ouvrir nos gueules: NON à la barbarie, NON à la haine et à l'obscurantisme. Nous sommes des millions, vous ne gagnerez pas.