LEtudiant_Trendy

Avé, honoré lecteur! 

C'est avec une fierté de pou que je viens t'annoncer en ce modeste lieu que tu peux me retrouver dans une interview (pas) exclusive dans Trendy, le magazine online du célèbre "L'Etudiant". Tu sauras enfin tout ce que je pense réellement de mes étudiants. 

Clique donc là pour lire l'interview. 

Et comme je suis pas bêcheuse, je te mets même mes réponses complètes et non éditées aux questions que m'a posées le gentil journaliste (merci Olivier!). 


1). NOUS
- Sincèrement, est-ce que vous nous trouvez fainéants? 
Honnêtement, ça dépend. Il y a toujours des étudiants "modèles" qui font le travail demandé, apprennent le cours et rendent les travaux en temps et en heure. Et puis il y a des fumistes (comme partout), qui n'ont jamais leurs documents, qui arrivent à la bourre sans s'excuser, leur Starbuck fumant à la main mais qui ont eu "un problème de métro", qui rendent leurs devoirs systématiquement en retard et qui négocient toujours des délais. Mais grosso modo, oui je trouve que les étudiants font trop souvent le minimum syndical et bachotent à la dernière minute. Ca me sidère à chaque fois: pensez-vous vraiment progresser en langue en "apprenant" tout par coeur la veille de l'examen? 

- Est-ce que vous nous trouvez immatures? 
Encore une fois, ça dépend. En faculté, on a des gens de tous âges. J'ai même des étudiants retraités dans mes TDs. Et paradoxalement, la maturité n'est pas toujours du côté de l'âge. J'ai encore grillé dans mon dernier paquet de copies un étudiant (2 fois mon âge) qui a gentiment copié-collé du contenu trouvé sur internet. Genre je m'en rendrais pas compte... Et puis j'ai encore des étudiants, en licence 3, qui pensent que raconter leur laïfe dans leur copie de partiel, ça passe... Je crois que certains de mes élèves de seconde du temps où j'enseignais en lycée sont plus matures que certains étudiants à l'université... Mais globalement, comme je travaille dans un environnement adulte, j'ai moins à me plaindre de l'immaturité de mes étudiants (le fait de ne plus avoir de concours de pet en classe est assez appréciable par exemple - oui, cette histoire est véridique...). 

- Est-ce que certains élèves vous font peur? 
Franchement c'est arrivé. Surtout des étudiants agressifs et revendicateurs, qui s'énervent parce qu'ils estiment que leur note est trop basse et qu'à cause de moi (pas de leur manque de travail bien sûr), ils vont foirer leur année. Heureusement c'est rarissime mais je dois avouer que certains de mes élèves de lycée m'ont vraiment foutu les jetons: des grands gaillards d'1m90, baraqués qui se tiennent debout près de toi et s'énervent parce que tu as osé les reprendre, ça rassure pas. 

- Vous êtes déjà tombée amoureuse d'un élève? Vous gérez comment? 
Euh, comment dire... ça va pas non??? Déjà outre le fait que c'est complètement interdit, limite pédophile (même si mes étudiants actuels sont à peine plus jeunes que moi), ça me dépasse complètement comme question. Je peux bien sûr trouver des étudiants mignons, mais au-delà de ce constat esthétique, il y a quand même une barrière mentale (et morale) qui fait que ça ne me traverse même pas l'esprit (ou alors avec un gros "beurk" dessus)! 

- Vous arrivez à vous intéresser à nous "individuellement" ou bien nous sommes juste une masse de têtes qui prennent (ou pas) des notes? 
Honnêtement, je vois passer plus de 300 étudiants chaque semaine dans mes TDs donc c'est sûr que je ne me rappelle pas de tous les noms et que je dois mettre plein de vents dans les couloirs. Bien sûr, j'essaye de m'intéresser à chaque étudiant individuellement, mais c'est plus facile avec ceux qui prennent la parole en classe, participent, posent des questions, bref, se manifestent qu'avec ceux qui baissent systématiquement la tête genre "si je la vois pas, elle ne me voit pas" quand je pose une question, qui textotent en douce plutôt que d'écouter mon cours (pourtant passionnant) et qui font le minimum. Je ne parle pas de ceux qui ne se pointent que toutes les 3 semaines en cours (quand ils ont le temps quoi) et dont je me demande parfois s'ils sont vraiment inscrits à mon TD ou s'ils se sont gourés de salle. 

- Qu'est-ce que vous appréciez le plus chez nous, vos élèves?
Ce que j'apprécie le plus chez mes élèves, c'est quand ils ont compris un truc et qu'une petite lueur brille dans leurs yeux (genre grosse épiphanie). Franchement, avoir le sentiment d'intéresser ses élèves, de leur transmettre un peu de notre passion pour notre matière et voir qu'ils prennent du plaisir à apprendre, c'est un moment de bonheur pur. Ca doit faire un peu narcissique mais quand un élève vient me voir pour me dire qu'il a adoré ce qu'on a fait en classe, je ressens toute l'utilité de mon boulot. 



2). LES COURS
- Vous êtes d'accord avec tout le programme que vous nous enseignez? 
J'ai une grande chance en tant qu'ingliche titcheur, c'est que je n'ai pas vraiment de programme. En lycée, c'était déjà suffisamment vague pour qu'on puisse traiter des sujets qu'on voulait mais en fac, c'est encore mieux, c'est moi qui décide de ce que j'enseigne. Donc oui, je suis à fond d'accord avec moi-même, même si tous mes cours ne sont pas forcément géniaux, au moins j'ai la liberté de rectifier le tir si je vois qu'un sujet plaît moins qu'un autre. 

- Est-ce que, vous aussi, vous vous ennuyez parfois pendant le cours? 
Comment dire... Il est vrai que j'ai parfois contemplé l'idée de me jeter par la fenêtre pendant des sessions particulièrement "boring". En général, ce sont des cours où personne n'est motivé pour participer. Je pose une question: silence de mort. J'en pose une autre: toujours rien. Je m'énerve un peu: encéphalogramme plat dans la classe. Dans ces moments-là, il est vrai qu'il m'est arrivé de dire tout haut que j'allais décéder d'ennui. 

- Est-ce que cela vous arrive de penser à autre chose pendant que vous nous faites cours? 
Dans le cas cité précédemment, oui bien sûr! Entre 2 blancs, je me dis que je serais bien sur une plage à siroter un mojito plutôt que devant un banc de bulots neurasthéniques (oui j'ai le verbe acerbe quand je m'ennuie). Mais sinon honnêtement non. On est très actif et concentré quand on fait cours: on parle, on questionne, on interroge, on corrige les interventions, on gère le timing du cours, on passe dans les rangs pendant les exercices... Difficile de penser à autre chose vraiment (c'est peut-être pour ça qu'on s'ennuie moins que vous!). 



3). VOUS
- Cela vous arrive de corriger nos travaux en regardant la TV ou dans le métro, à l'arrache? 
Très franchement oui. Bien sûr ça dépend des copies: des petites interros faciles à corriger ne demandent pas beaucoup de concentration donc j'arrive à suivre le JT tout en corrigeant un thème grammatical. Dans le métro, c'est plus compliqué car il faut que le trajet dure suffisamment longtemps et qu'il y ait de la place assiste pour que ça vaille le coup de sortir tout l'attirail (paquet de copies qui glissent et tombent par terre, stylo rouge, etc...). Mais si les copies sont plus complexes, là je bosse en silence et au calme. 

- De quoi ça parle dans la salle des profs? 
Si je vous le dis, il faudrait que je vous élimine ensuite... 
Non plus sérieusement, de vous à 90%. En mal bien évidemment. :)
Sinon c'est souvent assez bref vu qu'on passe plus de temps en cours qu'en salle des profs mais on parle beaucoup de nos cours, de questions techniques qu'on peut avoir (oui, on continue à apprendre!), de photocopieuse en rade, mais aussi de nos dernières vacances ou de nos projets pour le week end. 

- Qu'est-ce que vous pensez de vos collègues, de vos supérieurs? Vous ne trouvez pas que certains sont vraiment largués, complètement nuls? 
Je pense que c'est comme partout: il y a des affinités avec certains et pas avec d'autres. On a nos "copains" et ceux à qui on dit poliment bonjour quand on les croise dans le couloir. Effectivement, on connaît la mauvaise réputation de certains collègues et on plaint leurs étudiants mais en même temps, on n'assiste jamais au cours des collègues donc c'est difficile de juger. Quant à nos supérieurs, comme partout il y a ceux qui sont super efficaces et à l'écoute, et ceux qu'on trouve largués (mais dont bizarrement personne ne veut prendre la place...). 


 Alors lecteur, choquède? Surpraïzède? intérestide?