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Bien le bonsoir fidèle lecteur. Je suis tellement désolée (so sorry) d'avoir déserté ces lieux depuis quelques temps! Il faut croire qu'un an loin des salles de classes m'a légèrement ramolli le ciboulot puisque j'éprouve le plus grand mal à gérer toute mes nouvelles responsabilités en même temps: organiser la rentrée universitaire, préparer 6 nouveaux cours de licence et master, répondre au milliard de mails que je reçois quotidiennement, le tout entre 8h30 et 18h, heures auxquelles je cours déposer/chercher Mamerveille chez sa nounou. Rajoute à cela le bain de sa Majesté de la nainerie, son repas et son coucher et tu obtiens une Titcheur rincée/essorée à 20h.  

Mais bon. Ca ne m'empêche quand même pas de sortir un peu, moi qui suis trop haïpe comme fille. J'aime être dans les places to be, tester les derniers clubs branchés où le tout-Paris se montre. (Ca va? Je suis crédible?) 

Bref, je me promenais un jour dans un quartier chic de la capitale, non loin de grands magasins de renom, humant l'air encore estival de cette fin septembre, les talons claquant sur le pavé, bien décidée à conquérir Paris. Quand soudain je fus prise d'une envie irrépressible, un besoin bien humain à assouvir au plus vite (oui, sous cette carapace d'intellectualité pure se cache tout de même un être de chair et de sang). Je jetai un coup d'oeil alentour à la recherche d'un lieu accueillant. 

Les toilettes publiques maronnasses/dégueulasses façon boîte de cassoulet renversée? Non merci! Mon fessier a sa dignité. 

Le café du coin? J'imagine déjà le regard réprobateur du patron me forçant à commander un café pour avoir le droit de visiter son lieu d'aisance, qui sera probablement aussi propre que le pédiluve de l'Aquaboulevard… 

La solution s'imposa à moi. En bonne Parisienne adepte des boutiques, je sais exactement où se trouvent les toilettes pour les clients d'un certain grand magasin du boulevard Haussman. Ni une ni deux, je file en me dandinant (oui, je sais rester classe quand j'ai envie de faire pipi), gravis les escalators jusqu'au premier étage, me faufile entre les sacs à main en or massif et les chaussures en peau de tyrannosaure pour arriver à la cabane au fond du magasin. 

Et là, stupeur! Ce ne sont plus les toilettes banales de mes souvenirs qui s'ouvrent devant moi mais un "Point WC". Qu'importe, me dis-je, ils peuvent appeler ça "Trône de la Princesse à paillettes", ça reste des bons vieux ouatères… J'entre dans le Point WC, décoré de rouleaux de papier de toutes les couleurs avec plein de gadgets censés rappeler, avec tout le bon goût possible, la fonction des lieux. Je pouffe et me dirige vers la queue. Un monsieur habillé de noir m'interpelle: 

- Madame! Il faut payer l'entrée! 

- Gni? Faut donner 20 centimes maintenant? Bon ok. 

- Alors, c'est 1,50 Euros la cabine simple, mais vous pouvez avoir pour 2 Euros la cabine luxe. 

- GNIIIII? 1,50 Euros pour faire pipi? 

- Oui mais les toilettes sont nettoyées entre chaque client. 

- C'est pour ça qu'il y a une queue de 20 mètres…  rumine-je in petto. 

Je paye le scélérat et rejoins la queue en me tortillant (ayant déjà perdu toute dignité en déboursant l'équivalent de 3 Malabars pour vider ma vessie, je n'essaye même plus de masquer l'impérieux besoin). Et là je tombe sur ça (clique sur la photo pour bien zoomer sur le truc qui devrait t'arracher la rétine si tu spike un peu l'ingliche): 

 

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Comment te dire, lecteur anglophobe… Lire un truc pareil, quand tu es Ingliche Titcheur c'est comme entendre quelqu'un dire "malgré que" ou "au jour d'aujourd'hui": ça fout les boules. Je me retins de sortir mon stylo rouge,  de rajouter le -ING manquant, raturer rageusement le N de "an hostess" et d'indiquer dans la marge que quitte à racketter leurs clients sous couvert de service de luxe, ils pourraient au moins éviter de faire deux fautes de grammaire sur une ligne, leur clientèle internationale appréciera ! 

Pour couronner le tout, quand enfin vint mon tour, le Monsieur Pipi s'engouffra dans ma cabine, en ressortit une seconde plus tard. J'imagine qu'il avait "nettoyé" les lieux. Hum… Loin de moi l'idée de faire ma maniaque, d'autant que je sens que tu commences à penser que je râle pour un rien. Mais bon. La goutte de je-sais-pas-quoi sur la cuvette là, ça a été le dernier brin de paille sur le dos du chameau. 

Je fis ma petite affaire en un temps record et ressortis en fulminant. A vouloir absolument faire du fric sur tout, certains en viennent à prendre les gens pour des crétins. Depuis quand soulager sa vessie peut-il être assimilé à une "expérience sensorielle inoubliable"? On est pas au spa (ou alors la masseuse était bien cachée!). Quand je pense qu'en Angleterre, TOUS les magasins (librairies, magasins de "culture", grandes boutiques de fringues, métro etc…) proposent gracieusement à leurs clients des lieux d'aisance propres et gratuits parce qu'avoir envie de faire pipi, ça arrive à tout le monde. Y a vraiment qu'en France où il faut se cacher entre deux voitures ou investir précocement dans des couches anti-fuites. 

Tu me connais, lecteur, mon courroux peut être infini. J'ai donc décidé d'écrire à la direction du magasin pour leur faire part de mon ire. Je te tiendrai au courant des suites de mon combat pour la libération des vessies de petite taille.