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Il ne t'a certainement pas échappé, perspicace lecteur, qu'aujourd'hui, c'est la rentrée. Même si tu n'es pas muni de nain CP-isant ou de de naine primo-accédante en maternelle, les multiples flash radio, unes de journaux et autres infos télévisées n'auront pas manqué de te rappeler ce qui constitue, avec Noël, la neige et les chassés-croisés sur les routes, l'un des piliers de l'information, j'ai nommé: la rentrée scolaire.  

Comme chaque année depuis… euh… vachement longtemps (genre des siècles et des siècles), tous les 3 septembre, c'est la même chose: exclamations outrées sur le prix des stylos 4 couleurs, protestations sur le poids des cartables, émotions à l'idée de laisser partir les petits dans cette jungle sanguinolente qu'est l'école,  soupirs nostalgiques en repensant à l'odeur d'un cahier neuf ou d'un pot de colle Cléopâtre, branle-bas de combat général pour organiser cette journée pas comme les autres… 

Et moi, d'abord en tant qu'élève, puis en tant que Titcheur, voilà 29 ans que je vis cette date avec l'excitation primesautière d'une Carrie Bradshaw devant une vitrine de Louboutin ou si tu préfères te la péter avec des références moins basiques, avec la félicité enthousiaste d'une thésarde devant un manuscrit inédit d'Aphra Behn. 

Aujourd'hui aurait dû être ma 30ème rentrée scolaire. L'emploi du conditionnel passé est ici correct. Si j'aurais été prof en lycée, j'aura fait ma rentrée. Or, tu le sais, je suis depuis peu (hier, officiellement) (tu peux me féliciter) (si, si, tu peux) prof à la fac! Et comme tu le sais également, à la fac, c'est encore pire en niveau de feignasserie (comparé à la fainéantise déjà patentée de tous ces cossards de profs, du primaire au lycée). Donc en fait, ma rentrée c'est le 1er octobre. Enfin, la date où les cours reprennent, parce qu'avant, il y a tout ce joli salmigondis appelé "inscriptions pédagogiques" où tu as la preuve par A+B que, même bacheliers, les étudiants ont une propension à ne pas lire/comprendre une consigne assez effarante (ce pour quoi ils te blâmeront, bien évidemment). Nombre d'entre eux ne daigneront pas se présenter à leur réunion de rentrée et tomberont des nues quand ils découvriront qu'ils ne sont pas affectés dans leurs TDs, qu'ils n'ont pas leur emploi du temps, ni leurs salles, ni leurs identifiants électroniques.

Il me faut aussi organiser la rentrée côté profs et, là aussi, c'est assez compliqué et ça va me prendre pas mal de temps en septembre. Sans compter, of course, toute la préparation de mes nouveaux cours de la mort qui tuent. 

Bref, c'est la rentrée mais sans le discours dépressif du proviseur, sans les anecdotes de vacances autour d'un café, sans la découverte de l'emploi du temps (et sa renégociation avec la direction dans le quart d'heure qui suit), et surtout, sans l'accueil des classes, les fiches à faire remplir, les manuels à distribuer, les premiers zigotos à calmer, le coeur qui bat un peu plus fort quand même pour le tout premier cours de l'année. 

Bref, c'est la rentrée, mais pas tout de suite.