rear window

Quand tu es en congé parental et que tu gardes ton enfant de presque 9 mois, tu passes beaucoup de temps chez toi. Presque autant que James Stewart et sa jambe plâtrée dans Rear Window. Et à l'instar de cette icône hitchcockienne, cela me donne pas mal de temps pour mieux espionner découvrir mes voisins. En l'occurrence, ma voisine du dessus. Voici donc ce que je sais de ma voisine, juste à l'entendre vivre. 

Nous avons emménagé dans ce bel appartement 1930 il y a 3 ans déjà. A l'époque, l'appartement au dessus du nôtre était vide, ce qui est fort appréciable lorsqu'on connaît la qualité d'insonorisation des matériaux utilisés au début du 20ème siècle… J'ai immédiatement su que nous allions avoir de nouveaux voisins lorsque je fus réveillée un mercredi matin à 8h par le doux son d'une masse abattant une cloison. Oui, ma nouvelle voisine fait partie de ces gens charmants qui achètent un appartement, décident de le rénover de A à Z mais jugent inutile de prévenir leurs futurs voisins que ça va taper du marteau et de la scie sauteuse tous les jours de 8h à 19h pendant 5 mois. Mais bref. 

Notre première rencontre eu lieu 5 mois plus tard donc, lorsque je pris ma douche un matin. Je ne suis pas matinale, c'est une évidence. Mais j'ai trouvé quand même assez louche que l'eau continue à me couler sur la tête malgré le fait que j'avais éteint le robinet. Grâce à une force de déduction inouïe, j'en déduisis que quelque chose n'allait pas. Et effectivement, un jet d'eau coulait en continu depuis le plafond de ma salle de bain et de ma cuisine. Un dégât des eaux. Joie. Après avoir placé bassines et serpillères aux endroits appropriés, je montai saluer ma nouvelle voisine. Celle-ci ouvrit sa porte sur un magnifique appartement (le même que le nôtre mais version Elle Déco), des cartons à moitié ouverts jonchaient l'entrée et de jolies esquisses attendaient d'être accrochées au mur. Je me présentai et expliquai le problème à cette dame d'une cinquantaine d'années. Et elle de me répondre dans un français parfait mais teinté d'un magnifique accent américain:  

- Oh je souis tellement désolay! Je vais le dire à l'uvrier qui s'occupe des twavaux. 

Une voisine américaine. Chouette, me dis-je in petto. Je vais pouvoir pratiquer mon ingliche!

Nous réglâmes nos soucis aquatiques en quelques jours: je lui proposai de remplir un constat, ce qu'elle fit avec beaucoup de bonne volonté mais une faible réussite. Bizarrement, le vocabulaire de l'assurance habitation ne lui était pas très familier, aussi comprit-elle, lorsqu'on lui demandait le numéro de sa police (d'assurance), si elle avait appelé la police. Elle répondit donc juste "non" face à la case "numéro de police". Cute

La fuite fut réparée, les tableaux accrochés, les cartons ouverts, les meubles montés, les menus travaux terminés. Le bruit cessa donc. 

 

Pour reprendre quelques mois plus tard sous la forme de jappements aussi haut perchés que récurrents. Je t'ai déjà parlé, cher lecteur, de l'abominable créature qui vit au dessus de chez moi. Si. Dieu sait si j'aime les bêtes, mais les chihuahuas et autres clébards miniatures devraient être interdits par la copropriété. La chose ne supportait pas d'être seule et aboyait toutes les 5 secondes (je l'ai chronométré, au moins ça m'occupait) quand sa maîtresse sortait. C'est acceptable une ou deux heures. Tolérable toute une après-midi. Ca commence à être énervant quand c'est tous les jours. Mais la nuit où ma voisine a découché, ce fut juste insupportable. Nous montâmes donc le lendemain lui signifier notre mécontentement et lui proposer des solutions: collier à ultra-sons, sédatif léger, euthanasie, etc… (rhoooo ça va! n'appelle pas la SPA, lecteur outré)

- Oh je souis tellement désolay! Mais Bitsy (c'est le nom du chien) est une petite coquin! (mouais) Mais nus allons régler le problème, n'est-ce pas? 

Et elle l'a réglé. Le chien est toujours en vie mais n'aboie plus à brûle pourpoint. Victoire. 

 

Nous vivons donc depuis en parfaite harmonie, nous croisant dans l'entrée de l'immeuble de temps à autre. Nous échangeons quelques politesses. Elle s'extasie devant Mamerveille, je prends des nouvelles de son chien (ça nous fait un point commun).  

- Oh que tou es mignonne! Je t'ai entendoue hier soir! 

- Oui, elle était un peu malade, elle a un peu pleuré. J'espère qu'elle ne vous a pas dérangé. 

- Oh no! Pas du tut! Bitsy aussi est un peu malade en ce moment! (Gni?)

- Ah? En tous cas, on ne l'entend plus. C'est efficace ce collier anti-aboiement. 

- Ui, je souis twès contonte! 

- Bien alors au revoir. 

- Au revoir!

Nos échanges sont très courtois, je pense que nous nous apprécions mutuellement. Bon, elle a quand même quelques lubies assez particulières. 

Elle joue du piano. Passons sur le fait qu'elle se sente obligée de jouer uniquement aux heures de sieste de Mamerveille et que son piano se trouve pile au dessus de la chambre de ma fille. Passons. Mais pourquoi ne joue-t-elle que deux morceaux? Depuis 3 ans, nous avons le droit quotidiennement entre 13h et 14h30 au 1er prélude de Bach joué très très vite et en boucle. Ou à l'unique autre morceau qu'elle déchiffre depuis toutes ces années sans jamais sembler progresser. Elle bute toujours sur les mêmes passages, joue toujours hors tempo mais persiste à ne rien jouer d'autre. A de trop rares occasions, quelqu'un vient jouer chez elle et là, c'est l'extase! Un vrai pianiste qui nous délecte, Mamerveille et moi, des pièces les plus harmonieuses du répertoire classique. Je n'ose suggérer à ma voisine de prendre des cours ou d'épouser son visiteur mélomane...

Elle écoute la radio. Beaucoup et fort. Une fréquence anglo-saxonne apparemment et beaucoup de jazz. C'est très agréable sauf à 7h du matin le samedi. Te rends-tu compte, lecteur incrédule, que j'ai réussi l'exploit de mettre au monde une naine qui dort tous les matins jusqu'à 9h tout ça pour me faire réveiller précocement par une cinquantenaire insomniaque et légèrement dure d'oreille? 

La prochaine fois, lecteur captivé, je te parlerai de ma voisine coréenne qui vit dans l'immeuble de l'autre côté de la cour et qui passe tous les jours à 11h un coup de fil longue distance dont tout le quartier profite. Ou de la mémé qui regarde Amour, Gloire et Beauté la fenêtre ouverte et qui permet à tous ses voisins de savoir ce que Brandon a dit à Jessica au sujet de Rick. Ou de ce nain qui hurle à la mort tous les matins à 8h15 quand il doit partir pour aller à l'école.  

Et si tu veux m'acheter des jumelles pour Noyel, ne te gêne surtout pas!