starchild-drapeau-anglais-bleuL'autre jour, je pensais à un truc. (Note, cher lecteur, l'absence de salut et de toute autre formule visant à m'excuser de mon silence prolongé. C'est un effet voulu, genre si je dis rien, tu ne remarqueras même pas que ça fait super longtemps que j'ai pas écrit.)(Maligne, la Titch, hein?). 

L'autre jour, disais-je, je pensais à un truc. J'étais en train de donner le biberon à Mamerveille tout en lui chantant une chanson des Beatles (apparemment, cette enfant ne boit pas si je ne lui chante pas "No reply", va comprendre…). J'étais en plein "If I were you, I'd realiiiiiiiize that I love you more than any other guyyyyyyy" quand une question m'a traversé l'esprit: et si Mamerveille n'aimait pas l'ingliche? 

Damnède! pensai-je in petto. Il est vrai que ces choses-là ne sont point génétiques: là où son père manifeste une passion pour la planche à voile et sa mère une vocation pour la langue anglaise, peut-être que notre progéniture aura plus d'appétence pour les mots fléchés ou le ski nautique. Qui sait? 

Tu me connais, lecteur, je ne baisse pas les bras facilement. Je me suis donc penché sur la question de comment intéresser ma fille dès son plus jeune âge à l'ingliche. Evidemment, ce serait plus facile si j'étais moi-même anglaise ou américaine. Je lui causerais en ingliche toute la journée. Là, je lui dis quelques phrases (genre "who's the cuttiest baby in the world?who? who? who?" mais bon, c'est quand même pas ma langue maternelle alors je sais que ça n'aura pas le même effet, cherche pas, tous les spécialistes le disent).

Après mûre réflexion, j'ai établi un plan d'action quinquennal qui devrait imprégner dans son cerveau des réflexes quasi pavloviens. Attention, tout se joue par subtiles touches, il ne s'agit pas d'en faire une enfant bilingue mais simplement de l'immerger le plus possible dans un environnement qui lui facilitera plus tard l'apprentissage de l'anglais. Voici donc, en exclusivité, mes astuces de professionnelle pour faire de tout nain normalement neuroné un futur David Lodge en herbe. 

 

Astuce n°1: 

Tapisser les murs de la chambre du nain d'un papier peint imprimé "verbes irréguliers". Normalement, par simple mémoire photographique, ton nain devrait retenir "tear, tore, torn" sans même s'en apercevoir. La magie de la suggestion. 

 

Astuce n°2: 

Mettre tous les dessins animés de ton nain en VO non sous-titrée. Pas besoin d'avoir fait Sciences Po pour comprendre un bon vieux Tom et Jerry. Au moins, ton nain habituera son oreille à la douce mélopée anglo-saxonne et puis ça l'incitera à apprendre à lire plus vite s'il veut piger quelque chose à son Disney. Epicétou. 

 

Astuce n°3: 

Au square, repérer les familles anglophones et forcer ton nain à devenir le meilleur ami du jeune John-Brian. Comme ça, ça lui fera un correspondant gratis qui pourrait même lui proposer de partir en vacances chez lui dans le Wisconsin. Au pire, il introduira le peanut butter dans la vie de ton enfant, ce qui lui permettra peut-être de décrocher du nutella. 

 

Astuce n°4: 

Inscrire ton nain à des ateliers qui coûtent la peau des fesses d'activités en langue anglaise. Ton nain n'y comprendra peut-être toujours rien (quand on voit qu'un nain ne se souvient pas de ce qu'il a fait il y a une heure, on peut douter de l'impact mnémotechnique d'une heure d'ingliche hebdomadaire dans son jeune cerveau…), mais il te ramènera des colliers de nouilles made in USA. 

 

Astuce n°5: 

Parler anglais à ton nain à la maison, même si tu es une quiche toi-même dans la langue de Justin Timberlake. Ces quelques phrases clefs suffiront pour assurer à ton nain un bon départ dans son apprentissage linguistique et lui serviront toute sa vie : 

- I had the time of my life. I've never felt like this before. Yes I swear, it's the truth. (A ressortir après tout goûter d'anniversaire/ soirée réussie). 

- You talkin' to me? (pratique si on veut: 1) faire répéter sa phrase à son interlocuteur ou 2) déclencher une bagarre)

- Oops I did it again! (à dire en prenant un air contrit et en penchant la tête légèrement sur le côté. Utile quand on a fait une bêtise genre casser un vase ou rouler sur le chat). 

- How you doin'? (selon l'intonation employée, s'utilise pour 1) s'enquérir de la santé de quelqu'un ou 2) s'enquérir de la disponibilité sexuelle de quelqu'un - à bien distinguer donc quand on l'emploie devant son nain). 

- Something is rotten in the stage of Denmark. (ça ne sert à rien, mais c'est quand même trop la classe si ton môme de 4 ans sort du Shakespeare non?). 

 

Astuce n°6: 

Engager Mary Poppins. Oui, je sais trouver une nounou anglaise, dynamique, aimant les enfants, cuisinant bio et faisant le ménage gratis ça court pas les rues et ça coûte un bras. Mais tu veux que ton nain parle ingliche ou pas? Alors endette-toi sur 20 ans et paye-toi une super nanny. 

 

Plus sérieusement, lecteur inquiet de mes méthodes peu conventionnelles, je ne crois pas qu'il existe de solution miracle pour que ton nain apprenne l'ingliche sans s'en rendre compte. A part émigrer aux States ou lui parler toute la journée en anglais, il n'y a pas de méthode passive d'apprentissage. Même s'il sait réciter une comptine ou l'alphabet en anglais, il viendra un jour où il devra réellement apprendre, avec un vrai prof et des vrais cours, les mécanismes de la langue. Certes, tout ce qui est fait n'est plus à faire et s'il est familiarisé tôt avec l'anglais, il est probable qu'il aura plus de facilité pour l'apprendre plus tard. Mais est-ce que ça vaut la peine de payer des ateliers éducatifs une fortune? Je n'en suis pas sûre…

Ou alors, essaye peut-être de passer la méthode Assimil à ton nain pendant son sommeil… Il ne verra probablement jamais un tailleur de sa vie, mais au moins il saura qu'il est riche.