gleeHello ami lecteur!  

Tout d'abord je voulais te remercier pour tes votes en faveur de NAMELESS pour le concours des Inrocks. Grâce à toi (oui, à toi), ils ont été propulsés à la 3ème place, tels une Jeannie Longo dopée aux graines de pavot bio. Mais ils comptent encore sur toi jusqu'à la fin du mois donc si tu n'as pas encore contribué à leur ascension vers la gloire (honte à toi), tu peux encore te rattraper en cliquant là. Oui là.  

Bon et puis maintenant, je me dois de te présenter de plates excuses pour le temps intolérablement long qu'il me faut pour venir alimenter ce blog de billets aussi fumeux que nécessaires. A ma décharge, je termine mon 8ème mois de grossesse, j'ai la forme d'un éléphant de mer en pleine sieste et je suis en pleine phase de préparation du nid du nain à naître. Je passe donc mes journées à briquer, nettoyer, faire rutiler notre appart, monter des meubles en kit, comprendre la notice de la poussette (apparemment faut avoir fait Polytechnique pour assembler cette chose), laver, repasser, ranger des fringues taille 50cm et siester pour récupérer. 

My apologies donc pour ce silence radio d'une semaine.  

Heureusement, comme j'ai encore un minimum de fierté et que je n'ai pas envie de perdre un lectorat aussi formidabeul que toi, j'ai décidé de cesser de te saouler avec mes histoires de future parturiente et de te causer un peu d'ingliche titching. Ce n'est pas parce que je n'ai pas fait ma rentrée que je me désintéresse de ma profession, que dis-je, de ma vocation! Or il me semble qu'il y a des choses à dire, non?  

Je pensais notamment à ces profs stagiaires qui sont en plein baptême du feu. Ils ont eu le concours en juin dernier, tous contents, tous fiers qui de son CAPES, qui de son Agreg, émus à l'idée de pouvoir enfin transmettre toutes les connaissances qu'ils ont acquises au prix d'interminables nuits blanches et d'innombrables fiches de lecture, mais aussi légèrement anxieux quant aux modalités bêtement pratiques de l'enseignement. 

Imagine toi, au hasard, une jeune agrégée d'ingliche (au hasard j'ai dit). Elle est un poil déjantée, possède un porte-clef en forme de coeur à l'effigie de l'Union Jack, utilise beaucoup trop de mots anglais dans ses phrases et vit au rythme des séries américaines dont elle est fan. Ca va, tu visualises? Bien.  

Donc notre jeune victime étudiante vient d'apprendre qu'elle a eu son concours. Elle exulte, elle est so excited, elle est presque pénible tellement elle a hâte de connaître son affectation. Elle ne le réalise pas forcément mais elle a 90% de chances d'être nommée remplaçante (TZR pour les intimes), ou en établissement ZEP-APV-Prévention Violence-Ambition Réussite, voire les deux si elle est gâtée. Mais passons.  

Notre agrégée toute fraîche est super calée sur Shakespeare, Wordsworth et Coleridge, le Parti libéral en Grande-Bretagne de 1906 à 1924 n'a plus aucun secret pour elle et elle peut te transcrire du Faulkner en alphabet phonétique en patois gallois. Bref, elle maîtrise.  

Par contre, personne ne lui a jamais appris comment enseigner tout ce qu'elle a engrangé pendant toutes ses années d'études à des nains de 13 ans. Tout à coup, connaître par coeur le monologue de Roméo à l'Acte III ne lui semblera pas très utile quand il lui faudra enseigner les rudiments de l'ingliche à un grand débutant.  

De même, sa connaissance de la contre-culture américaine dans les années soixante ne lui sera d'aucune aide quand il faudra gérer une classe difficile. Qui va lui rappeler que des élèves de 13 ans ne savent pas prendre de notes? Qu'il faut tout écrire LI-SI-BLE-MENT au tableau? Qu'il faut leur parler en ingliche, certes, afin qu'ils baignent le plus possible dans un univers anglophone, mais que dans la réalité, ils vont rien comprendre à ce qu'elle va leur dire tellement son langage universitaire est loin de la langue simple et basique qu'ils sont aptes à entendre? Qui va lui expliquer comment on construit un cours cohérent, comment on fait progresser ses élèves grâce à une pédagogie adaptée? Qui va lui rappeler qu'il faut sans cesse rebrasser, répéter ce qui a été fait pour s'assurer que l'élève a bien acquis ce qu'il devait acquérir?  

Bref, qui va former l'angliciste érudite à devenir une vraie titcheur? Bah personne. Elle va gentiment apprendre sur le tas, devant des classes bondées à 35 élèves qui seront sans pitié quant au fait qu'elle débute. Elle pourra certainement compter sur ses collègues qui l'aideront sûrement à comprendre ce qu'on attend d'elle au juste. Elle aura peut-être fait un ou deux stages d'observation l'année dernière qui lui auront permis d'appréhender la réalité dans laquelle elle s'apprête à se lancer. Mais en gros, elle va en baver pendant plusieurs années, le temps de mettre au point ses cours, de faire des erreurs et d'en tirer des leçons de survie et de se sentir enfin vraiment à l'aise devant une classe.  

Je dis pas du tout que c'était mieux avant du temps des (si controversés) IUFM. Pour y avoir mis les pieds pendant mon année de stage, je dois admettre que je n'y ai quasiment rien appris d'utile (faut dire que les cours comparatifs sur les systèmes d'éducation européens n'avaient aucune utilité concrète dans la salle de cours…). Mais au moins, j'avais un emploi du temps allégé me permettant d'observer mes collègues plus expérimentés, de préparer mes séquences, bref, d'apprendre mon métier. Car finalement, il n'y a que l'expérience du terrain qui prépare vraiment à ce job: pouvoir observer un collègue expérimenté face à ses classes, décortiquer avec lui ses séquences pour comprendre comment il compte introduire une nouvelle notion à ses élèves, ou simplement glaner quelques astuces pour gérer un groupe de 30 excités / réveiller une classe de 30 ados amorphes / stimuler des élèves blasés, pour ENSUITE essayer d'appliquer tout ça à la classe dont on a la charge. Sauf qu'au lieu de jeter le jeune Titcheur directement dans la fosse aux lions à plein temps avec des classes de niveaux différents, on pourrait (arrête moi si ce que je dis te paraît hérétique) envisager de lui accorder une moitié de service afin qu'il ait le temps d'assimiler tout ce qu'on ne lui a jamais appris et de s'entraîner à titcher sur une ou deux classes. Non? C'est idiot ce que je dis? Bête à bouffer du foin? Ah ça coûte cher? Ah pardon.  

Pourtant, je croyais qu'on apprenait à nager dans le petit bassin (là où on a pied et où on ne risque pas de couler) avant de se jeter dans le grand sans bouées. Mais il faut croire que pour les profs, enseigner c'est inné. Qu'ils sauront transformer comme par magie le jargon technique qu'ils ont du avaler pendant leurs études en objet d'apprentissage intéressant et adapté pour leurs élèves. Que parce qu'ils maîtrisent leur matière sur le bout des doigts, ils seront forcément de grands pédagogues, aptes à gérer des groupes d'ados hétérogènes, voire à détecter chez eux d'éventuels troubles psycho-sociologiques et de les aider à s'épanouir dans leur identité de jeunes adultes comme le prof de musique dans Glee. Mouarf. Je pouffe.

Tiens, pour le coup, ça me donne envie de te faire découvrir le blog de Mlle Cib, étudiante en lettres, qui se prépare à une vocation d'enseignante et qui me fait bien marrer avec ses anecdotes universitaires. 

P.S: tu l'auras remarqué, lecteur qui me lit depuis longtemps, c'est peut-être mon premier billet vaguement engagé. J'imagine qu'il va susciter ire et courroux dans les commentaires (je sais pas pourquoi, j'ai l'art de lancer des sujets corrosifs). Je demanderai donc simplement politesse et respect dans les échanges d'opinion. Sinon c'est deux heures de colle. Tu vois que j'ai appris deux-trois trucs finalement!