Rachida_datiBon ok, je l'admets lecteur fidèle, j'ai pas été très diserte cet été. Ne m'en veux pas, l'appel de la mer, du soleil et de la sieste ont été les plus forts et malgré quelques relents de culpabilité, je dois dire que ça m'a fait du bien de déconnecter, moi qui suis généralement gluée à mon écran. 

Mais toutes les bonnes choses ayant une fin (les vacances) et demain étant un autre jour (la pré-rentrée), me voici donc, au garde à vous, prête à reprendre du service. You're welcome. 

Or donc, au cas où tu aurais raté les épisodes précédents de ma trépidante vie, tu n'es pas sans savoir que je suis actuellement enceinte. En cloque. Pregnant. With child. Et pas qu'un peu puisque je commence fièrement mon 8ème mois de gestation, tout ventre dehors. J'arbore depuis peu la fameuse démarche en canard (qui n'a pas vu son centre de gravité se déplacer brutalement ne peut comprendre la nécessité absolue de cette dégaine, certes ridicule, mais salvatrice quand on a déjà du mal à mettre 2 pieds devant l'autre sans chuter). Je ne peux officiellement plus lacer mes chaussures sans l'aide de Tendrépoux. Ni me faire les ongles. Ni me relever seule d'un transat (fourbe invention). Ni enfiler ces s*loperies de bas de contention. Ou alors il faudrait mettre au point un savant système de poulies mais l'être exquis qui illumine mon quotidien a d'autres chats à fouetter, comprends-tu, il lui faut préparer la chambre de notre progéniture (ce qui ne devrait pas manquer de donner lieu à des anecdotes hilarantes - mais n'anticipons pas, laissons-lui une chance de bricoler sans nous faire marrer, c'est pas sympa, arrête!). 

Bref, enceinte de 7 mois révolus, figure-toi que mon congé maternité est censé débuter le 15 septembre. Soit dans 15 jours. Soit 10 jours après la rentrée des nains. Si. C'est ballot hein? Je vois mon cher obstétricien demain matin (au lieu de faire ma pré-rentrée, bouh la vilaine!) et espère bien lui soutirer le fameux congé pathologique auquel apparemment aucune femme enceinte ne coupe. J'ai plein d'arguments fumeux imparables pour le convaincre que reprendre le boulot pour 10 jours, c'est bête: 

- Reprendre le boulot pour 10 jours, c'est bête. 

- J'ai beaucoup de trajets en voiture et tout le monde sait que la voiture, quand tu es enceinte (et que tous tes neurones se sont noyés dans ton liquide amniotique), c'est dangereux. La preuve: la dernière fois que j'ai voulu faire un créneau, je me suis prise un arbre. Si. (Enfin, à ma décharge, l'arbre a traversé le parking sans prévenir). 

- J'ai une laryngite. Oui, encore. Oui, déjà. Que veux-tu, je suis très fragile des cordes vocales. Le temps que je retrouve ma voix (soignée à coups de paracétamol - méga efficace) j'aurai déjà les pieds dans les étriers. 

- Va imposer un semblant d'autorité à des nains qui savent que tu ne resteras pas plus d'une semaine. Le nain est étonnamment apte à calculer ta date probable d'accouchement rien qu'en visualisant ta circonférence abdominale multipliée par le nombre de minutes qu'il te faut pour te remettre des 3 marches d'escaliers que tu as montées, chargée comme un baudet, pour atteindre la salle de cours. Et d'en déduire que s'il te "met la misère", tu seras déjà plus là pour le punir. 

- Ne vaudrait-il pas mieux pour tout le monde (moi, les nains et le malheureux TZR qui va me remplacer) que ce dernier commence dès la rentrée? Ce collègue qui attend encore son affectation, tremblant près de son téléphone, ne serait-il pas ravi de commencer l'année scolaire dès le début et non 10 bêtes jours après? Ne pourrait-il pas ainsi asseoir son autorité et commencer son programme à sa guise, selon ses méthodes sans avoir 20 nains qui râlent "qu'avec Mme Titcheur, on faisait pas comme ça"? La première des courtoisies serait que je ne lui flingue pas sa rentrée, tu ne trouves pas?

- J'ai besoin d'une sieste quotidienne d'environ 1h30 sinon je fonctionne pas. Donc à moins d'aménager un espace repos dans ma salle de classe de 14h à 15h30, je vois pas comment ça va être possible. 

Alors oui, je sais, c'est pas du tout professionnel ce que je dis là. J'entends déjà les puristes dans les commentaires m'accuser de creuser le trou de la sécu à moi toute seule, me rappeler que la grossesse n'est pas une maladie et que 10 jours de cours ne vont pas me faire accoucher prématurément. J'imagine déjà celles qui ont vaillamment travaillé jusqu'à être dilatées à 7 cm (voir illustration) me taxer de fumisterie. Oui, oui, je sais tout ça. D'ailleurs, si le congé pathologique ne m'est pas accordé je n'en ferai pas une jaunisse et retrouverai collègues et élèves avec un certain plaisir. Je peux même te dresser une liste des raisons pour lesquelles il faudrait que je reprenne le boulot (que veux-tu, tu me connais, je suis une femme compliquée): 

- J'ai toujours adoré la rentrée. Et pouvoir m'acheter gommes et crayons, humer le doux parfum d'un cahier neuf, ou sentir le crissement d'une page vierge sous la plume m'emplit d'une félicité indescriptible. Oui, je suis pas devenue prof pour rien, à la base j'aime l'école. 

- J'aurai les avantages de la rentrée (la découverte de l'emploi du temps, le rythme tout doux pour s'y remettre) sans ses inconvénients (les changements d'emploi du temps impromptus, le rythme qui s'accélère très vite). 

- Je verrai mes collègues. Même si pas mal d'entre eux nous ont quitté pour d'autres horizons (les traîtres), il en reste un certain nombre avec qui j'ai bien envie de papoter autour d'une tasse de "Cappuccino au lait écrémé sucré +". 

- Je pourrai voir mes élèves. Bon, ça c'est à double tranchant vu qu'il me faut en général jusqu'à la Toussaint pour arriver à mémoriser tous les noms. Mais disons que j'aime bien cette rencontre mêlée d'un peu de trac en début d'année. 

- Quitte à ne reprendre que 10 jours, je pourrai expérimenter de nouvelles méthodes. Comme il serait idiot de commencer une séquence qui s'étale normalement sur 7 semaines, je pourrais faire une remise à niveau sous forme de jeux ou d'activités un peu ludiques avant de passer le relai à mon remplaçant.

Tu vois, lecteur critique, que j'y mets pas de la mauvaise volonté non plus! Mais, comment te dire… Malgré l'attrait indéniable que j'éprouve vis-à-vis de mon job, la seule chose qui m'interpelle vraiment en ce moment, c'est le petit être qui fait des galipettes dans mon ventre (ou qui essaye de m'enlever une côte je ne saurais dire). To put it in a nutshell (comme adorent le dire mes élèves), j'ai moins la tête à préparer la rentrée de 120 nains que la sortie de mon nain à moi.