massacreHello hello!

Dis-donc, je m'absente une semaine pour cause de convocation à l'autre bout du monde pour les oraux des terminales spécialité anglais et que vois-je? Tu t'éclates dans les commentaires, aimable lecteur! Flattée et honorée je suis. Et je dois dire que Tendrépoux a été également très touché par tes félicitations. Faut dire que l'animal n'est pas peu fier depuis 4 mois... Merci à toi donc! 

Au risque de te décevoir, je ne reviens pas aujourd'hui pour te narrer dans le menu détails toutes mes aventures de primipare. Désolée, j'ai juste pas le temps. Voilà 5 jours que je me coltine des allers-retours dans le 95 (pour rappel, j'habite Paris et travaille dans le 78 mais faut croire que y avait pas besoin de moi sur ces 2 départements...) pour faire passer des Zorros, euh des oraux d'anglais langue de complément. Je me lève donc aux aurores pour aller prendre 2 métros et un train et écouter de gentils nains tremblants réciter leur cours par coeur. Je rentre ensuite chez moi, engloutis 2 tablettes de Galak et m'effondre telle une baleine échouée avant de remettre ça le lendemain. Et demain, c'est mon dernier jour. Ma fébrilité est palpable: je vais enfin pouvoir passer une nuit de plus de 6 heures, penses-tu! 

Heureusement, mon métier me procure des petits bonheurs uniques qui rendent ces petits tracas logistiques totalement worth it! Voici donc, pour toi lecteur, quelques spécimens croisés ces derniers jours. 

Le désorganisé. 

Pourtant il était arrivé en avance. Mais bizarrement, une fois entré dans la salle d'examen, impossible de retrouver sa convocation et sa carte d'identité. Quand je lui demande sa liste de textes, il met 5 bonnes minutes à farfouiller dans son sac, dont le contenu tombe immanquablement au sol, dispersant ses textes jadis ordonnés et désormais mélangés à une année de cours qu'il avait cru bon emporter pour des révisions de dernières minutes. Quand enfin, il s'y retrouve, il réalise qu'il a oublié sa trousse et qu'il n'a pas de stylo pour écrire. Il me demande donc de lui en prêter un. Soit. Je lui refile mon critérium, râle un peu qu'on a déjà pris du retard pour le principe et le laisse composer. Au bout de 5 minutes, son portable sonne. Paniqué, il me regarde d'un air de petit garçon prit la main dans le pot de confiture et éteint sa chose. Qui re-sonne 2 minutes plus tard. Il m'explique que c'est son réveil et qu'il n'arrive pas à l'éteindre. Quand enfin il présente son oral, je reste scotchée: comme beaucoup de gens, ce garçon a un léger tic. Il mâchouille son stylo en parlant. En l'occurrence, MON stylo. Que JE mâchouille d'habitude. Et que je récupère humide à la fin de l'entretien. Great

La carpe. 

Déjà, son soupir légèrement exaspéré quand je lui ai demandé de commenter l'acte III, scène 1 du Songe d'une Nuit d'Eté aurait dû m'alerter. La demoiselle arrive au bureau, s'installe, et soulève un sourcil étonné quand je lui demande de lire la première tirade. Dans un murmure à peine audible, elle s'exécute, butant sur tous les mots. Soit, c'est du Shakespeare, I get it. Je lui demande ensuite de commencer sa présentation en parlant un peu plus fort. Et là, silence. Long silence. Très long silence. Elle marmonne quelques mots (le nom des personnages) et se tait. Elle a pourtant étudié ce texte pendant un an. Mais apparemment, elle n'a pas la moindre idée de quoi il parle. Je l'interroge, elle hausse les épaules et me dit "I don't know". Ca va être long. A peine 5 minutes se sont écoulées. Je passe au document inconnu (un tableau d'Edward Hopper, un classique). Idem. Elle aligne deux-trois mots et se tait. A chaque question que je lui pose, elle me rétorque "I don't understand". Gloups. Il reste 10 minutes. De guerre lasse, je l'interroge sur sa passion: elle veut être comédienne. Vraiment? Heureusement qu'elle est à l'aise à l'oral... Elle a passé 2 mois à Londres l'année dernière mais elle m'explique qu'elle a séché tous les cours payés par ses parents là-bas parce qu'elle "ne voulait pas parler ingliche". Je crois qu'elle a laissé un trou noir dans la salle en la quittant... 

Le mec qui parle (vraiment) pas ingliche. 

Oui, ça existe. Même en terminale L spécialité anglais. Donc l'option où quand même parler anglais peut servir. Bah là vraiment, j'ai été bluffée. Non pas qu'il n'ait pas essayé. Non, ça pour essayer il a essayé. Bon, n'ayant pas compris le texte qu'il me présentait (faudra qu'on m'explique comment on peut étudier un texte pendant un an et ne toujours pas le comprendre mais bon, admettons), je lui propose de passer au document iconographique: un dessin représentant Obama jaillissant d'un livre d'histoire. 

- Euh how dou you say "photographie" in ingliche?

- Gni? As your teacher in 6ème probably told you: "Photo"

- Ah? Euh and how dou you say "est composée d'un livre d'histoire"? 

- Gniiiii? I am not a dictionary!

Bref, tout l'entretien s'est passé comme ça. Le pauvre gamin manifestement conscient de l'étendue des dégâts et désolé de nous infliger ça à tous les deux mais continuant à me demander un mot sur deux. Moi, à court d'idées pour le faire parler sans le coincer sur le vocabulaire. C'est très long 20 minutes parfois... 

L'effrontée. 

Il y en a d'autres qui sont moins gênés. Comme cette demoiselle qui arrive les mains dans les poches (pas de stylo - mais cette fois elle a demandé à un autre candidat - ni de copie des textes) et qui refuse mon choix de texte. Pour info, le candidat apporte une liste des textes qu'il a étudiés dans l'année et l'examinateur en choisit un. Là, sans se démonter, la miss m'explique qu'elle a le droit de refuser un texte (mais bien sûr et la marmotte elle emballe le chocolat dans l'aluminium...) et que c'est précisément celui que j'ai choisi qu'elle ne veut pas faire. Je tique, mais dans une optique de neutralité bienveillante vis-à-vis du candidat (et parce qu'il est à peine 8h du mat' et que j'ai la tête dans le fondement), j'accepte et lui choisis un autre texte en lui expliquant que mes attentes seront tout de même plus exigeantes du coup. Heureusement, elle s'est avérée excellente élève, mais je l'ai trouvée assez culottée quand même. Old school je suis?

Voilà lecteur, ce que je fais de mes journées quand je ne t'écris pas: je manque de me tailler les veines à coup de Bic. Oui, je sais, ça fait pas glop dans la bouche du future mother, mais je t'avais prévenu: j'ai pas changé! 


Les Nuls - Le petit suicidé