emergency_survival_kitBien le bonjour, lecteur dominical! 

J'espère que tu n'as pas oublié de changer d'heure cette nuit et que tu es au courant que tu es déjà en retard d'une heure, et que le réveil de demain matin va te paraître un peu brutal. 

 

Je reviens en fanfare aujourd'hui avec mon petit kit de survie pour les couples en PMA car je me rends compte que ça fait longtemps que je t'ai pas causé boyaux, et que c'est bien dommage. Et pour me faire pardonner ma feignasserie du clavier de ces derniers temps, je te propose une petite série sur le sujet cette semaine. 

 

Aujourd'hui, penchons nous sur le parent pauvre de la PMA, j'ai nommé Monsieur. 

Parce que quand on pense FIV ou insémination, on ne voit que Madame en train de se piquer le ventre, faire des échos endo-pelviennes, ou virer hystérique sous l'effet des hormones. Alors que Monsieur aussi souffre. Si, je te jure. Etre obligé de supporter sa femme est en soi un exploit notable. Alors notons-le. 

 

Pour toi, donc, lecteur en PMA, qui ne comprend plus trop ta femme en ce moment, qui avait bêtement pensé qu'en lui proposant de faire un bébé il y a 4 ans, vous en auriez déjà 2, qui n'avait jamais mis les pieds dans un cabinet de gynécologue, qui ne savait pas ce que signifient les expressions "phase lutéale" ou "pic ovulatoire",  et qui pourrais aujourd'hui tenir une conférence de 3 heures sur le sujet "Protocole long au Décapeptyl ou protocole court au Puregon: le débat". 

C'est à toi, ô patient mari, que je veux rendre hommage aujourd'hui et à qui je voudrais donner quelques petits conseils pour survivre mieux vivre la PMA. 

 

 Survivre à la phase de stimulation hormonale


Que vous fassiez une FIV ou une simple insémination, il faudra en passer par là: les piquouses quotidiennes d'hormones pendant au moins une dizaine de jours. Si ta femme a de la chance, elle devra aussi se piquer pour bloquer ses ovaires (ne cherche pas à comprendre, bloquer et stimuler ne sont pas des notions incompatibles en PMA), d'où une double ration de piquouses par jour. A se faire elle même dans le gras du bide ou des cuisses, au choix (en fait, là où il n'y aura pas de bleu). 


Tu imagines bien que ta chère moitié subira quelques effets secondaires. En premier lieu, arriver à se piquer seule constitue un exploit que tu te devras d'applaudir à deux mains. Mais sache que ta femme pourra aussi te demander de "t'impliquer" en te chargeant de lui faire ces satanées piqures, elle-même étant trop fébrile ou trouillarde pour oser s'enfoncer une aiguille de 2 cm dans la peau. 


Mon conseil: fais attention aux réflexes traîtres. Une moue dégoûtée ne fera pas passer le bon message auprès de ta douce qui risque de te reprocher 1) ton manque d'implication; 2) ton manque de courage, toi le Mâle de la famille; 3) de n'être qu'un ignoble individu égocentrique et égoïste qui lui veut du mal. 


Une réaction plus positive consisterait à lui dire de ta voix la plus doucereuse: "Ma chérie, je suis à ta disposition totale, dis-moi ce que je peux faire pour t'aider dans ce parcours dont je me sens un peu exclu. Je t'aime tellement que je voudrais pouvoir me faire les piqures à ta place si ça pouvait alléger cette épreuve ô combien difficile pour toi."

 

Le 2ème écueil de cette phase est bien sûr l'effet des hormones sur ta femme. Tiens le toi pour dit, tu ne la reconnaîtras pas dans ces moments-là. Tu pourras même mesurer la progression lente mais certaine de son degré d'hystérie à mesure que les doses d'hormones augmenteront. 


Ne sois donc pas surpris si elle passe du rire aux larmes en un instant, si tu te prends quelques scuds dans la tronche sans avoir eu l'impression de les mériter. Saches que, à ses yeux, tu les mérites, point. 


Il se peut que ses réactions soient disproportionnées. Par exemple si elle fait une bêtise du genre faire tomber le paquet de riz ouvert par terre: "J'ééé féééé tombéééé le paquet de riz ouvert par teeeeeerrrrreeeeeee!!!! Bouhouhouhou!! Je suis nuuuuuuuulle! (snif, mouche, hoquète)". 


Si tu ne veux pas finir enterré vivant sous les lattes du parquet, un conseil, ne te moque pas d'elle (même si tu en meurs d'envie tellement elle est pathétique). Au contraire, rassure-la et console-la dans tes bras puissants et propose lui d'aller se poser dans le canapé avec un bon verre de vin pendant que toi tu prends en charge le dîner du soir. Tu passeras ainsi pour un héros à ses yeux, rien de moins (je t'ai dit que ses réactions allaient être disproportionnées) et tu éviteras les reproches sur: 1). ton manque d'implication; 2). le fait que tu ne sois qu'un ignoble individu égocentrique et égoïste qui lui veut du mal. 

 

Enfin, évite de lui rappeler que "ce serait bien que la FIV ne tombe pas jeudi, j'ai une grosse réunion client ce jour-là je pourrai pas me libérer". Si tu n'as jamais pris de coup de fourchette dans les yeux, ça pourrait bien t'arriver. 


De même, soupirer que "pfff, quand même, donner son sperme dans une salle glauque de laboratoire, c'est quand même la plaie" t'expose à des violences physiques de la part de ta compagne que je préfère ne pas te décrire par pudeur. 


Le maître mot, tu l'auras compris est: PROFIL BAS. 

 

Demain, si tu es sage, je te parlerai de ce qui se passe quand on a vraiment pas de bol et qu'on fait une hyperstimulation. Tu vas a-do-rer.