md_france48hBien le bonjour ami lecteur!
Oué, je sais, en ce moment je suis aussi assidue sur mon blog qu'un député au Parlement, mais bon, que veux-tu, entre les conseils de classe, des journées de formation et les cadeaux de Noël, j'ai juste pas le temps de me poser pour t'écrire.
Je me rattrape donc aujourd'hui, puisque j'ai la chance, que dis-je, le privilège d'assister au Conseil d'Administration de mon lycée ce soir (oué, j'ai été élue!), et que donc j'ai quelques heures à tuer avant de me pencher sur le budget de mon établissement chéri (palpitant). Bref.

Aujourd'hui je voudrais t'entretenir d'un phénomène assez intéressant, que d'ailleurs je comprends pas pourquoi les frères Bogdanov ne se sont toujours pas penchés dessus. J'ai découvert que tu peux savoir le temps qu'il fait ou qu'il va faire juste en observant tes nains en milieu scolaire. La prévision est à très court terme, certes, mais tout de même c'est assez impressionant. Je t'explique.

Jeudi je trouvais mes premières ES particulièrement agités: et que je gigote sur ma chaise, et que je balance un stylo, et que je glousse comme une dinde en rut, et que je demande vingt fois de suite "Madame, on fait quoi aujourd'hui?" tel un cocaïnomane en manque... Je ne comprends pas. D'habitude ces élèves sont angéliques, tous calmes et tous gentils. Soudain, un beuglement jaillit: "Oh regardez, il NEIGE!!!"
Cris d'hystérie, têtes qui se tournent en totale synchronisation vers la fenêtre, exclamations ("oh, c'est beau!", "oh les gros flocons!", "oh, on dirait du coton!"...). Impossible de se remettre au travail. J'ai failli fermer les fenêtres pour les obliger à regarder vers le tableau mais au lieu de ça, je leur ai donné 10 minutes de pause avec pour instruction d'aller compter les flocons dehors et de revenir quand ils seraient calmés. Sympa je suis. Ca a pas mal marché figure toi. Bien sûr, avec le recul, je sais que leur excitation n'était qu'un préliminaire à la précipitation neigeuse (je sais pas pourquoi, mais les nains et les animaux sont assez sensibles à la neige...), mais chaque année, à la même période, je me fais surprendre.

Pour les autres phénomènes météorologiques, le nain scolarisé a une façon toute personnelle de s'organiser. Par temps de pluie, un nain refusera catégoriquement de prendre un parapluie (c'est pas un bouffon), ou de mettre sa capuche (alors qu'en temps normal, il paraît impossible d'envisager de la lui faire enlever). Il arrivera alors forcément détrempé en cours, façon j'ai du Tahiti douche dans mon sac au cas où. J'ai jamais compris si c'était censé être une mode, ou si être sec quand il pleut c'est juste trop la honte.
Idem, par -10°C (genre ce matin), tu peux être sûr d'avoir au moins une élève qui persiste à venir en débardeur et en ballerines, pour bien montrer que, elle, elle est fashion quel que soit le temps qu'il fait alors que toi, pauvre bouse, tu as mis ta polaire Qeshua et tes moufles en poils de yack. Inversement, en plein mois de juin par 30°, il se trouvera toujours un élève pour refuser d'enlever sa doudoune même en salle de classe, qu'il soit nu dessous ou qu'il souhaite amortir son investissement hivernal, je ne saurais le dire. Bizarre quoi.

Quoiqu'il en soit, tu noteras que le temps qu'il fait est une source inépuisable d'excuses pour le nain cyclothymique.
L'hiver:
- Madaaaame! Il neige! On peut sortir faire une bataille? (quoique tu fasses, soit tu refuses et ils feront la bataille en classe avec toi au milieu, soit tu acceptes et tu ne les reverras plus).
- Madaaaaame! Il fait trop moche, c'est horrible, c'est déprimant! On peut regarder un film pour se remonter le moral? (là aussi, quelle que soit ta décision, ils ne fouteront rien, vu qu'ils seront encore plus déprimés si tu refuses).
- Madaaaaame! 'tain je me suis fait trempé par la pluie, je peux aller à l'infirmerie? (Gni? Oui, à l'infirmerie, ils ont apparemment des séchoirs géants, le nain n'a aucune limite quand il s'agit d'échapper à une heure de cours).
- Madaaaame! J'ai fait mon devoir j'vous jure mais il a grêlé dessus et ça a tout perforé et j'étais trop dégoutté pour tout refaire! (Mais bien sûr, et la marmotte elle met le chocolat dans l'aluminium...)

Mais l'été, c'est pas bien mieux:
- Madaaame! Il fait trop beau, on peut faire cours dehors? (je ne connais AUCUNE classe qui ne m'ait jamais demandé ça. Apparemment, le fait que dehors, il y a une cour en goudron hyper inconfortable pour s'asseoir ne les arrête pas. Si tu as le malheur d'accepter, tu te rendras vite compte que ta voix - et par conséquent ton autorité - porte beaucoup moins bien que dans une salle de classe. Si tu as un stock de chansons et que tu joues de la guitare, tu peux éventuellement les initier aux Beatles mais ne compte pas trop boucler ton programme de littérature sinon...).

Je te laisse, lecteur, sur ces quelques considérations météo-philosophiques et retourne à mon bonhomme de neige.