G61035Lecteur, y a un truc louche qui se produit dans mon lycée. Ou plutôt, qui ne se produit pas. Tu l'auras peut-être remarqué, mais ça fait longtemps que je ne t'ai pas narré une anecdote croustillante sur ce qui se passe dans ma salle de classe, la dernière ânerie de Toufik, ou mon exaspération face au néant synaptique de certains de mes nains. Et pour cause! Il ne se passe plus rien. Nada. Nichts. Nothing. 

La lose quoi. 


Non pas que mes chers élèves soient subitement devenus des Einstein en herbe ou des petits anges avec de jolies auréoles au dessus de la tête, non! Simplement, ils semblent dépourvus de cette joyeuse transcendance qui leur faisait sortir des questions improbables ou des remarques complètement déplacées en plein milieu du cours. Plus de question indiscrète genre "Madame, vous êtes enceinte?" (Nan, j'ai pris du gras) ou idiote "Madame, pourquoi vous avez mis les lettres I et S après John?" (parce que c'est le verbe IS - être! - du genou!). Même plus d'attitude rebelle ou casse-bonbon à la Jean-Kevin l'année dernière. J'en viendrai presque à envier ma collègue de STG qui a été la cible d'une canette de Coca vide habilement lancée par un de ses élèves la semaine dernière (presque, j'ai dit!). 


Mes classes de cette année sont insupportablement normales. Les nains ne mouftent pas, prennent des notes, participent en cours, font leurs devoirs et apprennent leurs leçons. Y en a même qui s'enthousiasment pour les projets que je leur propose. Si. Alors moi, forcément, je suis toute déroutée: plus de maux de ventre avant d'entrer en cours avec mes secondes, plus de migraines en en sortant, de vrais fous rires avec mes terminales littéraires, une complicité sincère avec mes terminales spécialité anglais… J'ai tiré le gros lot quoi. 


Attention hein! Loin de moi l'idée de m'en plaindre! Mais j'avoue qu'il m'était agréable de me demander comment j'allais te transcrire les fulgurantes aberrations de mes nains, rendre le regard vide d'un élève à qui on explique pour la nième fois la même chose, peindre à gros traits l'ambiance d'une salle de classe. 


Même le rectorat s'y met. En postulant à certaines formations, je me disais intérieurement que je m'exposais à des heures d'ennuis qu'à côté un épisode de Louis la Brocante c'est la chose la plus palpitante au monde. Hé ben même pas. Non seulement les trois formations auxquelles j'ai assistées étaient intéressantes, mais elles m'ont même donné plein d'idées à mettre en place avec mes nains. Motivée à bloc je suis. 


Bon alors on est bien d'accord, ça durera le temps que ça durera. Si ça se trouve, demain mes élèves vont me mettre la misère comme ils disent si bien. Mais là, tout de suite, je suis bien contente de les retrouver demain matin.