langue_des_signesEt oui, c'est déjà l'heure du E (non pas du T, petit malin !). Quelle jolie lettre que le E, marque du féminin en français, qui se prononce "i" en anglais (alors que le I se prononce "aïe", va faire comprendre ça à des nains). 


Ecriture: sainte pour certains. Ce qui est surtout écrit, d'après un chanteur moustachu à l'accent du sud, c'est que je prierai jusqu'aux heures où personne n'écoute mais j'aimerais autant ne pas en arriver à vider tous les bars qu'on mettra sur ma route. Merci. 


Echographie endopelvienne: si tu connais pas, c'est que t'as pas lu ça. Moment d'une intimité folle avec un quinquagénaire sympathique et néanmoins médecin où l'on se voit commenter son intérieur en des termes dignes de Elle Déco


Enfant: je ne vois pas de quoi tu veux parler. 


Ecole: j'y ai été, j'y suis encore, j'espère en sortir en jour. 


Enseignement secondaire: traité de la sorte par beaucoup de lycéens. 


Enseignement supérieur: chargé de faire le tri parmi les bacheliers et de les ramener un peu à la réalité. Oui, avec un bac littéraire tu peux t'inscrire en fac de maths, mais est-ce bien judicieux? Tu as la capacité de travail d'un enfant de 3 ans et tu veux faire une maths sup' ? Bien sûr, inscris-toi, mais en maternelle supérieure alors (ok, pas top celle-là). 


Elitisme: gros mot de la langue française. 


Egalitarisme: doctrine qui prône l'égalité stricte entre individus. En théorie, noble idéal. Dans la pratique à l'école, donne souvent lieu à un nivellement par le bas. Exemple tout bête: tu veux faire un point sur le prétérit en anglais. Tu expliques à tes nains que ça peut correspondre à plusieurs temps en français (passé composé, imparfait, passé simple et parfois aussi plus-que-parfait). La moitié de la classe a compris du premier coup. L'autre moitié n'écoutait pas, redemande une explication. Une autre moitié de cette moitié comprend également de quoi je cause. Reste un quart (t'as vu comme j'aurais pu enseigner les maths?) qui reste dubitatif et à qui il faut encore reformuler la chose. Après environ un quart d'heure avec schémas au tableau, phrases d'exemples dans les deux langues pour comparer, seuls restent quelques irréductibles qui auront les réactions suivantes: 

- D'tes façons, c'est trop auch' on comprend rien. 

- J'ai pas eu de prof au collège, je sais pas c'est quoi le "prête-rite". 

- C'est quoi le passé simple? 

- Vous allez trop vite m'dame, je comprend rien. 

Tu décides de passer aux exercices pratiques car les 10/12èmes de la classe qui ont à peu près pigé commencent à se dissiper. Les 2/12èmes restant râlent qu'ils n'ont toujours rien compris. Tu leur donnes 5 minutes pour faire les 3 premières phrases, mais au bout de 30 secondes, tu as déjà 4 mains levées (les bons élèves), qui ont fini l'exercice et veulent donner la réponse. Les autres n'ont même pas eu le temps de comprendre la consigne. Tu leur demandes de patienter un peu mais ils commencent à bavarder au bout de 2 minutes. Tu sonnes la fin du temps imparti et tu commences la correction. Les 4 élèves re-lèvent la main, accompagnés de quelques autres, plus timides, qui viennent juste de finir. Tu commences la correction avec un des bons élèves, la réponse est correcte. Tu tentes le coup avec un élève plus moyen: réponse fausse. Tu demandes aux autres de corriger: les bons élèves lèvent la main mais tu décides de vérifier si les autres ont compris. Tu demandes à l'un de ceux qui disaient ne rien comprendre. Grave erreur: te voilà embarquée pour 15 minutes de débats sur comment c'est trop dur l'exercice, comment ils ont trop rien compris, comment de toutes façons ils sont nuls en anglais depuis qu'ils ont eu Mme Machin en 4ème qui était jamais là parce qu'elle était dépressive. 

Quand la cloche sonne, tu repars avec ce constat tristounet: 

- les bons élèves qui ont compris très vite se sont fait chier pendant tout le cours car ils ont fini tes exercices avant tout le monde. Tu aurais pu bien avancer avec eux et leur faire découvrir des subtilités particulières, les faire s'entraîner à l'oral et à l'écrit. Mais en fait non. 

- les élèves moyens qui ont fini par comprendre ont appris quelque chose aujourd'hui mais n'ont pas vraiment eu l'occasion de mettre en pratique. Tu te dis que tu aurais pu consolider tout ça au lieu de te répéter pendant 1/2h, leur donner plus d'exercices et qu'à la fin, ils auraient maîtrisé le point alors que là, tout porte à croire qu'il te faudra préciser deux ou trois choses au prochain cours. 

- les élèves les plus faibles ont monopolisé beaucoup de ton temps, n'ont pas forcément tous bien compris et n'ont pas commencé les exercices. Tu te demandes si tu trouveras une façon de leur faire comprendre que l'anglais et le français sont des langues différentes avec chacune leur logique propre et que donc, non, on ne peut pas tout transposer mot à mot. Tu soupires en pensant au prochain cours où ils ne manqueront pas de te demander de tout expliquer du début.

Tu te prends à imaginer à quel point ton métier serait plus facile si les groupes de niveau étaient autorisés, puis tu te ressaisis et tu te rappelles que le Ministère préconise une "pédagogie différenciée" aussi aisée à mettre en place en classe qu'un accord de paix au Proche-Orient. 


E comme s'Egarer, un peu comme moi là.