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Illustration: l'Attente de G. Klimt. 

 

Les idées de génie ne poussent pas sur les arbres mais Lilas semble bien cultiver son jardin perso car elle vient de me taguer sur un super concept: thème libre à l'exception d'une figure imposée, mon thème doit commencer par la lettre A (oui parce que, vois-tu, et c'est là le côté génial de l'idée, il s'agit de suivre l'ordre alphabétique, et comme c'est une idée toute fraîche, bah je commence par la 1ère lettre - en passant, bonne chance pour ceux qui se taperont le Y ou le W, parce qu'à part parler de yaourt ou de wagon, je vois pas...). Mais je m'égare. Pouf pouf.

Aujourd'hui, je t'entretiendrai donc d'un thème que je n'ai pas abordé depuis un bail, rapport que je suis un peu timide quand même, mais que là, faut que ça sorte. Alors je me jette à l'eau. Plouf. (Rire nerveux).

A comme:

Attendre un enfant. Littéralement j'entends. Bah oui, tu penses bien que si j'étais with child comme on dit si bien en ingliche, je t'aurais déjà bassiné avec mes nausées, mes gros seins, mes sautes d'humeur ou mes envies de saumon fumé. Nan, bien évidemment, je te parle de l'attente qu'un enfant veuille bien de moi comme mère, ou plus humblement, qu'un embryon veuille bien de moi comme maison (je me contente de si peu).

Apparemment, je pue de la gueule ou alors c'est écrit "future mauvaise mère" sur ma tronche parce que ça marche pô. Mais là, n'est pas la question. Mon propos d'aujourd'hui touche à comment gérer cette putain d'attente, quand ça fait déjà 3 ans que la cigogne se fout de ta gueule.

Hé bien, je te le dis direct: ça se gère pas. A partir du moment où tu passes en mode reproduction, il est très difficile d'admettre que la photocopieuse est en panne, ou qu'il n'y a plus de toner, ou qu'il faut changer la cartouche d'encre, ou qu'il faut juste espérer que le bourrage papier s'évacue de lui-même. (Je sais, je suis fortiche en métaphores).
Bref, quand tu attends un enfant, c'est toujours plus ou moins en fond de tâche dans ta vie.

Tu as la phase: "Je m'en fous, ça viendra quand ça viendra, je suis pas pressée, je suis encore jeune, j'ai ma carrière à faire (pouf pouf), je peux encore profiter, faire des grasses mat', picoler plus que de raison et faire du saut à l'élastique." Ca, lecteur peu averti, ça s'appelle un gros refoulement. Parce qu'en fait, à l'intérieur, tu es plutôt en mode tragédie grecque: "Mais pourkwâââââââ???? Qu'est-ce que j'ai fééééééé pour mériter çaaaaaa?" et tu t'arraches les cheveux en te traînant par terre sur un décor d'apocalypse.

Tu as aussi la phase bio: je vais me mettre au yoga/ à l'acupuncture / au magnétisme / aux graines de pavot séchées / au jus de concombre / aux hormones de brebis corse / à l'eau / à la magie noire, dans le fol espoir que Dieu, dans sa grande miséricorde, prenne pitié de sa créature dérangée ou qu'une bonne âme te propose direct son propre enfant pour te rendre la raison. Au final, tu tiens 2 semaines puis tu te retrouves à picoler à outrance, faire la fête jusqu'à pas d'heure, reprendre des rillettes avec ton chocolat, rester au lit pendant 3 jours, t'abrutir devant la télé, et fumer des huiles essentielles juste pour voir.

Enfin, tu as la phase "méthode Coué" où tu te dis que plus tu côtoieras d'enfants, plus tu habitueras ton corps à les supporter. Du coup, tu te retrouves à parler épisiotomie avec toutes les jeunes accouchées de ton entourage, lorgner les vitrines des boutiques de bébé en te pâmant devant les bodies naissance, comparer les prix des poussettes, écumer les forums de femmes enceintes, et faire des risettes à tous les nains que tu croises. Tout ça pour te retrouver à te croire enceinte dès que t'as la gerbouille alors que tu sais pertinemment au fond de toi que ces sushis n'étaient pas nets, t'engueuler avec ton mari parce qu'il refuse d'être agressé sexuellement tous les 14 du mois, te ruiner en tests de grossesse juste pour le frisson d'espoir que ça te procure, juste avant de t'effondrer en larmes parce que c'est encore négatif.

Au final, attendre un enfant, c'est un peu comme attendre un bus à minuit, ou un métro un jour de grève: tu sais pas si y en aura un pour toi, mais dans le doute, tu poireautes.