pendule_daliJe te dis ça, lecteur, car je sais que tu peux faire partie de l'inévitable pourcentage de ceux qui vont oublier de reculer avancer (j'm'a gouré, quelle quiche!) leur montre d'une heure cette nuit et qui se pointeront à la messe avec une heure de retard demain (la honte). Ce billet est donc une véritable mission de service public quelque part. Si, si. 


Donc, officiellement, à partir de demain, c'est l'heure d'été. Je sais pas qui a choisi cette dénomination aussi trompeuse que mensongère, mais je ne le remercie pas.  Que de promesses non tenues! 

Avec l'heure d'été, tu visualises déjà l'apéro prolongé jusqu'à 22h, alors qu'il fait encore jour, sur une terrasse agréablement rafraîchie par une légère brise qui vient tempérer la chaleur naissante. Tu te vois déjà en tong et en petite robe légère, arpentant une campagne verdoyante et fleurie. Tu t'imagines déjà dormir la fenêtre ouverte, te faisant réveiller par le gazouillis des moineaux ou par un rayon de soleil engageant. Les gens dans la rue sont heureux, le soleil chauffe généreusement ton corps raidi par la rigueur d'un hiver interminable et réveille des couleurs depuis longtemps disparues de ton visage fatigué par ces longs mois de froid. Tu sens une énergie nouvelle t'envahir, une envie de faire du sport, de sortir, de croquer la vie à pleines dents! 


Alors qu'en fait, tu sais pertinemment qu'il y a une période d'ajustement non négociable. Deux ou trois mois d'oscillations météorologiques qui feront de Catherine Laborde la personnalité la plus influente de France - son heure de gloire annuelle en somme. Deux ou trois mois, où tu auras toujours tout faux, quoique tu fasses. Démonstration. 

"En Avril, ne te découvre pas d'un fil" dit le proverbe. Tu décides donc de jouer la prudence et ne remises pas encore ta doudoune et tes mitaines.  Mais il suffit que tu sortes chaudement vêtu, pour qu'à tous les coups il fasse 20°C,  que tu crèves de chaud et que tu transpires comme un porc, ruinant ta chemise préférée et passant pour un handicapé du déo auprès de tes collègues, ou pire, de tes élèves!


Du coup, pas con, le lendemain tu vas t'habiller léger, en te disant qu'on te la fera pas deux fois. C'est là qu'évidemment, le baromètre va redescendre dans les 10-11°C avec un petit vent glacial qui va te geler les panards que tu as audacieusement glissés nus dans tes ballerines. En général, ton lycée, très porté sur les économies d'énergie, aura coupé le chauffage depuis le 20 mars (date officielle du printemps), et tu auras la goutte au nez pendant tes 7 heures de cours, passant pour un handicapé du mouchoir auprès de tes collègues, ou pire, de tes élèves! 


Pour couronner le tout, tu te prendras probablement une giboulée de mars dans la gueule foulée, c'est-à-dire une énorme averse façon Tahiti douche. En général, cette ultime tuile t'arrive pile le jour où t'as pas pris ton parapluie, las de trimballer cet objet encombrant. Tu arrives donc trempé comme une éponge mal essorée, tu essayes de sécher ce que tu peux avec l'essuie-main des toilettes. Tu arrives en cours avec les fesses encore mouillées et passes pour incontinent auprès de tes collègues ou pire, de tes élèves! (Je te passe l'épisode où ils t'auront filmé à ton insu et auront diffusé la vidéo de ton popotin mal séché sur le ouéb, avec pour légende "la prof L C  fé 2su c trop la teu-hon"). 


Suite à cela, tu auras probablement chopé une bronchite que tu mettras un mois à soigner car les pollens vont finir de t'achever en te collant un look de lapin myxomatosé. 


Donc en fait, si on était un peu plus honnête, on arrêterait de faire rêver les gens avec cette saloperie d'heure d'été et on me laisserait dormir une heure de plus demain!

 

(Billet sponsorisé par ma mauvaise foi légendaire).