Sainte_ViergeLecteur, tu ne vas pas le croire. Un petit miracle vient de se produire. Telle Saint-Thomas, j'ai du le voir pour le croire, mais il n'y a pas de doute possible: Jean-Kévin a été touché par la grâce. Si. 

Le bon Dieu a du me prendre en pitié, et dans sa grande miséricorde s'est penché sur le lit de Jean-Kév' pendant qu'il dormait et lui a insufflé le Saint-Esprit. C'est obligé. 

Bah oui, sinon comment tu expliques ce qui s'est passé au lycée hier? 


Ma classe de Seconde entre en cours. Ils sont là, tels des fauves affamés, à me regarder d'un oeil torve. Pas même un Bonjour!, juste un M'dame, vous avez nos moyennes?. Je soupire. L'heure va être longue. 

Je réponds: Hello to you too guys!

Ils haussent les épaules. 

- Ah ouais. Hello. Bon vous avez nos moyennes? 

Je m'exécute. J'arrive à la moyenne de Jean-Kévin. 8/20. Aïe. Je prends une respiration et lui donne sa note. Aucune réaction. Pas de Kwâââ? ni de protestation, juste un air d'acceptation. Aurait-il mal entendu? Je continue ma liste, faisant taire les quelques élèves qui contestent leur moyenne. 


Le cours commence. On débute une séquence sur les histoires fantastiques. Je décide qu'un petit brainstorming pourrait leur délier la langue. Je lance un Can you give me the names of fantasy stories or films?

Et là, stupeur. Jean-Kévin LÈVE LA MAIN ET DIT EN ANGLAIS: Harry Potter.

Une larme d'émotion me monte aux yeux mais je ne veux rien laisser paraître. Fébrile, je félicite Jean-Kév et demande aux autres de suivre son exemple. Mon petit miraculé prendra la parole à encore 2 reprises, toujours sagement, en attendant son tour. 


Je me tourne vers le tableau blanc pour écrire leurs idées, murmure une petite prière de remerciement à la Vierge, à Saint Jean et Saint Kévin et reprends. 


Je leur distribue maintenant un dossier contenant plusieurs extraits du roman d'Harry Potter ou de Twilight (c'est eux qui choisissent lequel ils veulent étudier, j'ai préparé un dossier pour tous les goûts - on pourra pas dire que j'essaye pas d'être conciliante…). L'idée est de leur apprendre à lire un texte en anglais en continu, sans s'arrêter aux mots inconnus, et à en saisir le sens global (à l'aide de fi-fiches brillamment mises au point par moi-même). Pari risqué, c'est sûr, mais j'aime vivre dangereusement, et je me dit que la difficulté de l'exercice pourrait être justement ce qu'il faut à mes loulous pour les motiver un peu. 


Je donne les consignes, chacun doit travailler à son rythme et je passe dans les rangs pour filer un coup de main. 

Premier miracle: Jean-Kévin lit le texte, sort un stylo et commence à répondre aux questions. 

Deuxième miracle: il lève la main et me demande une précision sur la question 3. 

Troisième miracle: il ne moufte pas de toute l'heure. Rien, pas une réflexion à la con (même quand je note au tableau que le mot tail signifie queue, alors que c'est quand même une énorme perche pour un gamin de 15 ans!). Un saint que je te dis. 


La sonnerie retentit. Je n'ai pas vu passer l'heure. Emue, je les congédie d'un vibrant Thanks for the great job you did today guys!. Jean-Kévin et son auréole toute neuve quitte la salle en me lançant un Goodbye! dans lequel résonnait aussi un et pardon de vous avoir pourri les 7 derniers mois. Encore sonnée par cette manifestation si limpide de l'existence de Dieu, revigorée dans ma foi et dans mon amour de mon prochain,  je remonte en salle des profs. 

Et là, je vois le planning des conseils de classe affiché au mur. Celui des Secondes est demain…