15__Malevitch___carre_blanc_sur_fond_blanc___1918___78_7x78_7cmPétard! (oué, je commence en jurant si je veux). 

Je sais pas ce qui se passe en ce moment mais j'ai perdu l'inspiration. D'habitude, je pense à un truc et immédiatement mon cerveau connecte ses petits synapses et imagine des histoires farfelues qui font ton délice depuis quelques mois. Mais là, rien. Mon inspiration a disparu. Comme ça. Un jour elle était là, et le lendemain, pouf! plus rien. 


Tu penses bien que je la cherche comme une malade. J'ai retourné la maison, regardé sous le lit, demandé à mon Tendrépoux s'il l'avait pas vue, lancé un avis de recherche. Mais rien. Carré blanc sur fond blanc. Limite j'ai de l'écho.

J'ai bien quelques esquisses de théories pour expliquer ce vide intersidéral qui habite ma tête: 


- Théorie n°1: je viens de passer le cap des 30 ans. Mine de rien, à cet âge avancé le corps commence à péricliter. Les cheveux blanchissent, les ridules se creusent, les kilos s'installent, on se rappelle plus du dernier film qu'on a vu alors qu'on se souvient encore des paroles de "Place des Grands Hommes" qu'on avait apprises par coeur à 11 ans quand on était amoureuse de Patrick Bruel (en gros, on a plus d'espace sur notre disque dur pour la mémoire à court terme) et, les neurones meurent par milliers tous les jours. D'où la difficulté d'établir des associations d'idées originales conduisant à un billet potable.


- Théorie n°2: je suis à court de sujets intéressants. Là, tu remarques, et tu auras bien raison, que je me dégage habilement de toute responsabilité quant à ma sécheresse intellectuelle. C'est pas ma faute, l'univers n'est pas assez vaste pour mon immense talent, je suis une artiste incomprise à qui on refuse le droit d'expression. Moué. Même moi j'y crois pas…


- Théorie n°3: je n'ai pas de théorie n°3, mais ayant fait hypokhâgne et khâgne, j'aime bien les plans en 3 parties. Ca fait classe.


Donc là, je vis ce qu'on appelle, nous autres écrivains (mouarf, mouarf), le syndrome de la page blanche. Tellement pas inspirée que quand j'écris une phrase et que je me relis, j'efface tout tellement je trouve ça trop nase. Tellement désespérée de trouver un sujet que je fais des choses bizarres comme écouter les conversations à la table d'à côté sans prêter attention à mon Tendrépoux qui essaye pourtant de m'expliquer à quel point sa carrière à la Slaves & Associates est à un tournant crucial depuis que Duchmol a claqué sa démission, laissant un boulevard à tous les requins qui veulent sa place. Sait-on jamais, peut-être aurais-je la chance d'assister à une scène de ménage digne d'être relatée? Je guette le fait divers sordide que je pourrais exploiter par écrit, telle une hyène de l'actualité. Mais écrire sur un accident de bus d'écoliers, c'est tellement surfait! Je réfléchis à quel épisode de ma vie je n'ai pas encore eu l'impudeur de dévoiler. J'hésite, je commence des bouts de textes et je me ravise, les jugeant trop personnels, trop mal écrits, ou trop fades, ou tout ça à la fois. L'impasse quoi. 


Et là, lecteur à qui on la fait pas, tu me rétorqueras qu'écrire, même sur le manque d'inspiration, c'est toujours écrire, que je commence à t'emmerder avec mes états d'âme à deux balles et que c'est quand qu'on rigole, scrogneugneu! 

Je te répondrai que bon ok d'accord, j'arrête de geindre, que de toutes façons, je pars en week end prolongé à Londres demain avec l'être exquis qui illumine ma vie au quotidien et que j'en reviendrai très certainement avec pleins d'anecdotes savoureuses rien que pour toi. 


God damn it! (oué, je finis aussi en jurant si je veux!)