penseur1Ouah dis donc! On est déjà samedi et j'ai rien posté depuis je sais pas combien de jours! Pfiou! Désolée, lecteur, j'étais occupée à réfléchir.

Je sais pas toi, mais moi je me pose tout le temps plein de questions existentielles qui me plongent dans un abîme de perplexité.  Déjà toute petite, les grandes interrogations métaphysiques de l'être humain m'occupaient pendant des heures. J'essayais de concevoir la notion d'infini (comment c'est possible qu'un truc n'ait ni début ni fin?), la notion d'éternité (mais quand a-t-elle commencé? Et si elle a commencé un jour, qu'est-ce qu'il y avait avant?), ou encore l'insaisissabilité de l'air (l'idée même de bombonne d'air m'a toujours beaucoup perturbée... Comment tu sais quand ta bombonne est vide???)...
Bref, tu le vois, depuis que je suis naine je me pose des milliards de questions à la con.

Je peux passer des plombes à me tortiller la cervelle pour trouver des réponses. Comme par exemple:

- si on creuse un trou dans la terre pour traverser le globe, à partir de quand cesse-t-on de tomber et à partir de quand commence-t-on à monter ?

- si quelqu'un est né le même jour que moi, la même année, le même mois, à la même heure dans la même maternité nos destins seront-ils parallèles?

- si Dieu existe vraiment, qui a créé Dieu?

- si on est veuf et qu'on se remarie, qui retrouve-t-on au Paradis? Sa première femme ou la deuxième? Est-ce que les anges ont prévu ce genre de situation?

- si la Terre tournait dans l'autre sens, est-ce qu'on remonterait le temps?

- s'il était vraiment possible de remonter le temps, n'aurions-nous pas déjà eu la visite d'un voyageur du futur?

- comment est-il possible qu'un être humain soit construit en 9 mois à partir d'une seule cellule alors qu'il faut bien 4 heures pour monter une seule armoire IKEA à partir de 150 pièces détachées et d'un mode d'emploi en suédois ?

- si on n'utilise que 10% de notre cerveau, de quoi serions-nous capables si on en utilisait 100%?

- avant le Big Bang, y avait quoi? Et qui a appuyé sur le bouton rouge pour tout faire péter et ainsi créer notre univers? Qui a construit le bouton rouge? Et qui a construit celui qui a construit ce putain de bouton rouge?

Bref, tu peux le constater, je suis adepte de la prise de chou, des questions qui ne servent à rien ou qui n'ont pas de réponse. D'ailleurs, si tu avais un début d'explication à un des problèmes sus-mentionnés, n'hésite pas à éclairer ma lanterne!

Pourquoi je te parle de ça me diras-tu? Hé bien parce que j'essaye de comprendre ce qui peut bien traverser le désert qui se situe entre les deux oreilles de certains de mes élèves. Vraiment, je me mets en quatre pour saisir le sens de certaines de leurs interrogations personnelles.

Exemple en plein cours d'Ingliche. Je posais une question bateau du type:

- So, who killed Dr. Hornet? Who's got an idea?

Comme d'habitude, tout le monde fait mine de copier un truc dans son cahier ou de chercher un mouchoir au fin fond de son cartable. Quand soudain, ô joie!, une main se lève. Jean-Kévin. Serait-il touché par la grâce? Cette volonté de participer témoignerait-elle d'un soudain revirement de comportement, fruit de mes efforts répétés pour intéresser ce cas désespéré? Pleine d'espoir tout autant que d'une vive émotion, je lui donne la parole:

- Yes Jean-Kévin! What do you want to say ?

- Madame! Pourquoi il pleut?

Gni? Soupir.

- Jean-Kévin, vous êtes pas en cours de biologie je vous signale... Et puis, il pleut même pas là.

- Vas-y on peut rien dire ici! J'ai levé la main pourtant!

- Nan mais, Jean-Kévin, ça a rien à voir avec ce qu'on fait là... On est en cours d'anglais, pas chez Gillot-Pétré.

- C'est qui ça? Vas-y, je pose une question et voilà!

Je te passe le dialogue de sourds qui s'ensuivit, où les autres élèves s'en sont mêlés, certains voulant expliquer que Gillot-Pétré devait être un grand scientifique étranger, d'autres que c'était Emily wou killèd Docteur Hornète wiz ze qunaïfe (merci les gars!), tandis que le reste en profitait pour bavarder. Situation classique quoi.

Mais moi, pendant tout ce temps, je me demandais ce qui avait bien pu conduire Jean-Kév' à poser une telle question (hormis bien sûr le désir évident de se faire remarquer). Quelle bizarre association d'idées l'a conduit à se demander pourquoi il pleuvait alors que pour une fois il faisait à peu près beau? Combien de cours de biologie a-t-il pu sécher pour ignorer à ce point un phénomène météo aussi basique? Venait-il d'un milieu si pauvre intellectuellement qu'aucun adulte de son entourage n'avait jamais songé à lui expliquer 2 ou 3 trucs sur le monde qui l'entoure? Ou plus simplement, était-ce là la seule question débile qui lui soit venue à l'esprit pour perturber le cours et jouir du chaos occasionné? Mais alors du coup, quel mal-être  sous-jacent pouvait bien susciter un tel comportement, qui, bien que compréhensible venant d'un adolescent perturbé, laisse tout de même présager une attitude sinon anti-sociale, du moins systématiquement contestataire qui ne saurait faciliter l'insertion de cet enfant dans une société si prompte à cataloguer les rêveurs en fous?

Comment ça je suis tordue?