cerveau_HomerCher lecteur, ton imagination si débordante qu’elle en est presque perverse a été mise à contribution cette semaine puisque je t’ai demandé de me trouver une idée aussi originale que farfelue pour mon prochain billet. Devant l’enthousiasme suscité par ce concours, j’ai décidé que je piocherai dans tes suggestions de temps à autre.

Mais aujourd’hui, c’est Marine (oui encore elle, que veux-tu, elle a été la première à réagir) qui a eu l’idée géniale quoiqu’un peu bizarre de me défier sur le sujet suivant : "Que ferais-tu si tu étais un homme pendant 24h ?" Tu me connais, je suis pas du genre à me défiler donc aujourd’hui, et avec l’aide inestimable de mon mari préféré, je te ferai partager les doutes existentiels, moments de solitude, grandes satisfactions, petits tracas, etc, qui font de nos hommes ce qu’ils sont… des femmes pas comme nous.

7h30 : le réveil sonne. Pour la première fois de ma vie j’ai une érection. Marrant. Je me tourne vers ma femme et lui fais un bisou dans le cou (on sait jamais, mon RER n’est qu’à 8h45, j’ai le temps pour un quicky). Elle grogne un "Mmmph ?" peu convaincu, se retourne et se rendort. Tant pis.

7h35 : il faut que je fasse pipi. Je commence à m’asseoir puis me ravise. Je lève la lunette. Merde, j’ai toujours cette érection… Si je fais pipi, je vais repeindre les murs. Comment faire ? Je pense aux impôts, à Raymond Domenech, à Roseline Bachelot. A y est. Je vide ma vessie et rabaisse la lunette (je sais à quel point ma femme appréciera !).

7h40 : après une bonne douche où j’ai pu réaliser que les poils du torse moussent avec le savon, je me rase la barbe. Aïe ! Je suis pas doué, je me coupe. Je mets des bouts de PQ rose un peu partout sur mon visage tailladé comme j’ai vu faire mon Pôpa quand j’étais petit. Un peu l’air d’un con, mais quand même assez fier de ce premier succès en tant que mâle…

8h : j’enfile mon costard. La classe. Zut ! Je sais pas faire un nœud de cravate (oui, je suis un homme depuis pas longtemps). Tant pis. De toutes façons, mes élèves se seraient foutus de ma gueule si j’étais arrivé habillé comme une princesse un consultant. 

8h45 : je suis dans mon RER. Je m’aperçois avec joie que je ne suis plus à hauteur de l’aisselle de mes voisins, mais que je dépasse tout le monde d’une tête (oui, je fais 1m90). Ma voisine de trajet me regarde et fait une drôle de tête. Quoi, j’ai oublié quelque chose ? Pourtant j’ai enlevé les bouts de PQ avant de partir, j’ai mis du déo, je me suis même brossé les dents et j’ai mis du parfum. Merde ! Le parfum ! Par habitude, je crois que j’ai mis mon "Lolita Lempicka" de tous les jours. Pas étonnant qu’elle grimace la dame : vanille/patchouli + aftershave, ça doit pas sentir super bon…

9h : arrivé au lycée. Premier cours avec mes élèves de Seconde R (comme Racailles). D’habitude, en femme, ma frêle voix a du mal à porter et je finis souvent la journée aphone. Là, est-ce l’effet de ma nouvelle voix de baryton testostéroné ou mon mètre 90 qui en impose, mais un silence respectueux s’installe dès que je lance un "Hello everyone ! Sit down and shut the fuck up ! " Intéressant…

10h30 : c’est la récré. Je remarque pour la première fois que ma collègue de Maths est super bien roulée. Celle d’EPS aussi d’ailleurs. Hmm… je note mentalement les messages que mon pénis m’envoie.

12h : fin de la journée de boulot. Oui on est mercredi. Pourquoi quand c’est un homme qui dit qu’il a fini sa dure journée de labeur à 14h tout le monde se dit que c’est un branleur sans ambition alors que quand c’est une femme, on pense immédiatement que c’est pour pouvoir s’occuper de ses gosses qu’elle fait ce job ? Je suis victime de sexisme. La lose.

13h : je déjeune avec un pote. On parle foot, boulot, bagnoles. On achète l’Equipe et on dépiote les news concernant l’équipe de France. On parie qu’on gagnera la Coupe du Monde contre ces salauds de Ritals 4-0. On fustige Domenech. On trouve qu’Anelka est une chèvre qui sait pas centrer. On reprend une bière. Je dis que je changerai bien de voiture. On court acheter Auto-Moto. Y a un spécial cabriolets.

15h : mon pote part précipitamment en marmonnant quelque chose à propos de se faire licencier par son boss hystérique. Il est pas prof, lui. Je file à la salle de sport entretenir mon nouveau corps d’Apollon. J’enfile mon short en lycra  spécial "maintien renforcé" et mon Tee-shirt technique qui moule mes abdos et m’installe aux machines. Je sue en regardant mes muscles bandés (oui, c’est comme ça qu’on dit). Je jette des coups d’œil en biais aux demoiselles qui papotent sur leur vélo de salle réglé sur le niveau minimum. Je note que celle de gauche a les seins refaits. Mon pénis tente de me dire quelque chose mais je fais la sourde oreille. Je suis marié et ma femme n’est pas en silicone, elle.

16h30 : je vais chercher les enfants à l’école (quoi ? Si je dois m’imaginer être un homme, j’ai aussi le droit de dire que j’ai 3 enfants : Jean-Albert, Alphonse et Mauricette, la petite dernière). Je suis le seul papa. Je note que les mamans sont jolies, mais moins que ma femme tout de même. Une fois à la maison, je fais goûter les enfants, leur fais faire leurs devoirs et en profite pour faire un brin de ménage avant de préparer un bon bœuf bourguignon pour ma chérie qui rentrera tard, elle a une réunion client à 21h. Oué, je suis un homme moderne.

Alternative plus réaliste : Je vais faire un peu de shopping. J’ai un besoin impérieux de nouveaux pneus pour mon VTT. J’entre chez Décathlon. J’en ressors avec des pneus neufs, une nouvelle tenue de sport, une paire de skis,  un rameur de maison, et un cardio-fréquencemètre. Mais j’avais vraiment besoin de tout ça, elle se rend pas compte ma femme, ça a des besoins un mec.

19h : c’est l’heure de l’apéro. Je rejoins des copains dans un bar. Je commande une pinte de Guiness. Oui j’ai le droit d’être un gros porc. On fait un concours de rots. Je gagne. On re-parle foot. On recommande une pinte, ou deux, je sais plus.

20h : 6 pintes en une heure. Même pas mal. Je sors du bar. Je vomis.

20h30 : j’ai repris le métro pour rentrer mais comme je me suis endormi dedans, j’ai raté ma station 2 fois. J’arrive enfin à la maison, le teint verdâtre, l’haleine aussi légère qu’un jour de marée basse dans le port de Pornichet. Ma femme me demande ce que j’ai.
- Oh, je sais pas, je pense que je couve une gastro ou peut-être un cancer du côlon, je sais pas, je me sens pas bien.
Je pue la bière. Elle me grille, mais, gentille, elle joue le jeu.
- Tu veux que j’appelle un médecin ?
- Nan, c’est bon. Je vais prendre un Alka Selzer et ça ira mieux. Tu peux me faire des pâtes à la carbonara ?
- Si tu as mal au ventre, vaut peut-être mieux du riz nature ou du bouillon.
- Euh…. Non, ça va déjà mieux en fait. Et puis, j’ai envie de pâtes. Avec beaucoup de crème et de gruyère. Je crois que, dans mon état, il serait préférable que je mange un truc qui me fasse envie… Enfin, si j’ai assez de forces…

21h30 : j’ai englouti 500 grammes de pâtes. La bière ayant été épongée, ça va beaucoup mieux. Je reprends un peu de fromage avec mes chips et demande à ma femme d’aller me chercher le pot de Nutella. J’ai le droit, je prends pas de gras, je suis un homme. Je goûte les chips trempées dans le Nutella. C’est pas mal.

22h30 : ma femme et moi allons nous coucher. Mon pénis est au garde-à-vous et prend le commandement sans me demander mon avis.

22h35 : je m’endors, béat. Quoi ? C’est ma toute première journée en tant qu’homme, fallait pas t’attendre à beaucoup mieux ! Je suis très fier de Roger moi (oui, j’ai donné un petit nom à mon compagnon à poils…).

7h30 le lendemain matin : je suis redevenue une femme. Quand mon mari se tourne vers moi pour me faire un bisou dans le cou, je ne grogne pas mais éteins la radio et lui demande : "Alors, comment va Roger ce matin ?"