pronunciationCher lecteur, tu te délectes quasi quotidiennement de mes billets, tu sais presque tout de moi, et je réalise que je t’ai même pas encore parlé de mi broteur.

Gni ? Elle a encore pété un câble la titcheur, on comprend que dalle à ce qu’elle raconte…

Je m’explique. « Mi broteur », c’est la première chose que j’ai su dire en anglais lorsque je suis revenue de mon premier cours en 6ème. Oui, je sais, je n’étais manifestement pas prédisposée à enseigner cette matière vu ce que j’ai retenu de cette première rencontre avec la langue de J’expire. Chèques pire. Chez Xpire. Damn.
Et pourtant, Dieu sait si j’avais adoré le cours, la prof, Kelly et Ben qui étaient « in the kitchen», et qui étaient donc « broteur » et « sisteur ». Je me souviens encore la fierté avec laquelle je m’étais écriée, à peine rentrée à la maison : « Maman, maman ! Je sais parler anglais ! Je sais dire "mi broteur" ! »
Ma chère mère, dont je te parlerai plus longuement à l’occas’ mais pas là car il me faudrait beaucoup, beaucoup plus de temps tellement c’est un personnage, tellement elle est à la fois drôlissime et complètement barge, tellement elle va pas aimer si je la bâcle en deux lignes, ma chère mère, disais-je, s’était alors bien foutu de ma gueule : « Ouah hé l’autre ! "mi broteur", tu parles anglais comme une vache espagnole ma fille ! »
Piquée au vif, je mis un point d’honneur à travailler mon « the » (tu mets la langue entre tes dents et tu la tires à l’intérieur de ta bouche en soufflant, fastoche) et mes diphtongues pour bien lui clouer le bec. « Maille Brozeur ». Nickel.

Depuis, j’ai fait plein de progrès, t’inquiète, ton nain est entre de bonnes mains s’il est dans ma classe.

Bref, à la base, je voulais te parler de mi broteur , c’est-à-dire mon petit frère. Bon alors déjà, avant de me faire péter les genoux, je tiens à préciser que j’ai deux frères. Two broteurs. Mais aujourd’hui je vais te parler du plus grand, qui est quand même mon petit frère, même s’il est plus grand que moi mais moins que grand que le plus petit qui est le plus grand de nous trois. Pigé ?

Or donc, mi broteur se trouve être une rock star. Oué. Carrément. Ça t’en bouche un coin, lecteur, hein ? Il est guitariste solo dans un groupe de rock, il compose, il joue, il chante des chansons en anglais qu’on comprend pas les paroles, il se reproduit sur scène, il met des fringues de rockeur et parfois il enlève son tee-shirt, il met aussi des lunettes de soleil sur scène, genre je suis ébloui par les spotlights ou je suis là incognito. Oué.

Je sais ce que tu te dis, lecteur (je commence à te connaître, depuis le temps…) : « Mouais, la titcheur elle est complètement pas objective. Son frangin, il doit gratter 3 accords genre « No woman no cry » et y a 2 gamines hystériques de 13 ans qu’ont pas encore lu Twilight qui lui courent après quand il a fini de jouer à la kermesse du village. »

Mais tu commences à me connaître toi aussi : t’ai-je déjà laissé croire que je tolérais la médiocrité ? Mes propos te laissent-ils penser que je lis ou écoute de la merde ? L’ironie subtile qui transpire de mes billets laisse-t-elle la moindre place au 1er degré ?
Nous sommes bien d’accord. Donc si je te dis que mi broteur est une rock star, c’est que c’est une rock star.

Déjà quand il était tout minot, il gratouillait son instrument nuit et jour, répétant inlassablement jusqu’à s’en faire saigner les doigts, prenant des cours avec un des meilleurs guitaristes du monde de l’univers, tout ça en passant le bac (parce que je te dis pas ma mère comme elle l’aurait déchiré sinon…). Voilà pour le côté David Copperfield (le gamin du roman de Dickens, pas le magicien, idiot !).

Et aujourd’hui, il est rock star. Si, si, dans les fiches d’état civil, à la case « profession », là où toi tu mets « consultant » ou « titcheur », bah lui, il met « rock star ». Bon d’accord, il joue pas encore au Stade de France mais franchement, quand tu vois que même Bigard s’y produit (et que l’équipe de France est en train d’y voler sa place en coupe du monde), tu te dis que c’est surfait. Mais y a des vraies filles qui poussent de vrais hurlements à ses concerts, qui ont des vrais posters du groupe dans leur chambre, et qui font des vrais blogs sur eux tellement elles les kiffent, tellement Robert Pattinson à côté de mon frère et son groupe, c’est un troll. Oué.

Et pis y a aussi des vrais gens, comme toi zé moi (si, si, toi aussi tu vas aimer), qui adorent ce qu’ils font et qui vont danser à leurs concerts, qui achètent leurs disques, qui sont leurs amis sur Facebook et tout et tout.

Mais non content d’être un artiste (ou un « artist » comme on dit en anglais), mi broteur est aussi un mec bien. C’est p’têt le mec le plus gentil au monde même. Mais j’ai pas trop le droit de le dire car ça fait pas très rock.
Oué parce que mi broteur c’est pas un rockeur genre ça :

forbans3

Mais bon, c’est pas ça non plus :

kissyf2

C’est plutôt ça :


Nameless

En tous cas, tu l’auras compris lecteurounet, je suis très fière et protectrice de mi broteur, et si t’es pas sympa avec lui dans tes commentaires, je te ferai exactement ce que j’avais fait à Grégory Morel en CM1 quand il avait osé embêter mon frère, qui était alors en CE1, dans la cours de récré : j’te pète la gueule à coups de guitare.
Rock ‘n roll la titcheur. Yeah. Et le premier qui demande pourquoi j’avais une guitare dans la cours de récré en CM1 a un gage. C’est de la licence poétique que ça s’appelle. Yeah.

P.S. : mi broteur n°2, patience, ton heure viendra aussi. Gniark, gniark, gniark.