Martine_en_ZEP

Tu l’auras remarqué, lecteur, je t’ai tutoyé d’office. Sans même te demander ton avis. Pourtant, je suis une fille bien élevée, je dis « Bonjour Madame », « Au revoir Monsieur» (si possible, pas à la même personne), je tousse dans mon coude, et je ne pète pas au lit. Mais bon, le contexte est différent, on est sur le Ouèbe, où tout le monde se tutoie même si on se connaît pas, parce que tu comprends, c’est virtuel. On peut s’ajouter ou s’ignorer, voire se bloquer sur Fesse-bouc sans avoir à se justifier. On peut se dire des trucs super intimes, mais ne même pas se connaître dans la vie.

D’où le tutoiement.

Par contre, je vouvoie mes élèves. Même les nains de secondes qui ont 15 ans, la voix qui déraille, et le string qui dépasse (enfin, là où je suis, c’est plutôt la burqa qui aimerait bien ne rien laisser dépasser…).


C’est un des rares trucs que j’ai appris à l’IUFM. Pour les profanes, l’IUFM c’est l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (aka Inutile et Ubuesque Foutage de gueule du Ministère). C’est là, après 3, 4 voire 5 ans d’études, un concours, des nuits à taffer comme des malades, qu’on est censé apprendre comment on va enseigner notre matière à des ados en pleine crise de la puberté.


Or donc, j’y ai appris certains principes vitaux fondamentaux :


- Ne jamais toucher un élève. Pas toucher, genre abus sexuel, non ! Toucher, genre poser la main sur l’épaule, lui mettre une grosse baffe ou ébouriffer les tiffs. Ça pourrait être mal pris par le petit ange, sa famille, la DDASS, TF1.


- Si un élève se lève et fait mine de quitter le cours et s’il est plus grand que vous (dans mon cas, cela concerne tous les élèves), ne jamais se dresser physiquement devant lui. Au contraire, s’en écarter pour montrer que nos intentions ne sont pas belliqueuses. Un élève qui se lève est en général un élève énervé, qui pratique probablement un sport de combat afin de « canaliser son énergie », ou dont les faux ongles pourraient aisément arracher un oeil.


- Pour avoir la paix, vouvoyer les élèves. Ça leur donnera l’impression qu’on les traite comme des adultes, qu’on les respecte, et que si nous on les vouvoie, alors eux, ils ne peuvent pas nous tutoyer (sauf quand ils s’énervent, mais alors là, revenir au 2ème point).


Ça fait un peu peur dit comme ça, mais en fait, c’est très simple : si tu les vouvoies, ils sont contents, donc ils ne s’énervent pas, donc tu n’as pas à les toucher pour les calmer, donc ils ne portent pas plainte, donc tu ne te fais pas virer envoyer dans l’académie de Wallis et Futuna.


De toutes façons, je m’en cogne, en anglais, y a pas de tutoiement. Je peux leur dire « You moda fucka », tout en restant polie.